‹ Contribution à l'étude des tumeurs du testiculeChapitre 11 sur 14 · TUBERCULE DU TESTICULE · texte numérisé non relu

TUBERCULE DU TESTICULE

Les difficultés que soulève l’étude du tubercule du testicule sont] assez considérables. Virchow ne regarde comme tubercule qua la granulation grise; Rindfleich ne l’a jamais vue dans le testicule] et ce qu’il décrit paraît bien loin du cadre classique.

Cette question touche étroitement au problème de l’origine di| tubercule d’une façon générale, et de ses diverses formes. Qu’oi| nous permette donc de nous y arrêter un instant.

La granulation grise a été signalée dans bien des points : Ij tissu conjonctif (Virchow); l’épithélium des séreuses (Golbergl Rindfleisch, sur la plèvre); l’endothélium lymphatique (Langhau et Klebs); l’épithélium glandulaire, l’épithélium des follicule du corps thyroïde (Cornil et Ranvier(l)); la gaine des petit) vaisseaux : tels sont les divers points où l’on en a constat] l’existence.

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(i) Manuel d’anatomie pathologique, p. 205,

La prolifération conjonctive (Virchow); les globules blancs du ang ou éléments lymphatiques(Gohnheim); l’épithélium (Golberg t Rindfleisch) : tels seraient les éléments qui, d’après diverses léories, donneraient naissance au tubercule. Dans ces dernières nées, on a accueilli avec une faveur assez vive la théorie de arigine du tubercule par une espèce de néoplasie lymphatique. IN’y a-t-il de tubercule que la vraie granulation grise? la nodoté fibreuse, avec centre caséeux, est-elle du tubercule? Gette rme de nodosité fibreuse, qui s’observe dans l’espèce bovine, se |îtrouve aussi chez l’homme; on y voit le fibrome caséeux du cerau; comme nous verrons aussi le fibrome caséeux du testicule;

encore dans de plus petites limites de vrais petits fibromes iliaires à centre caséeux. Billroth (1) fait remarquer que les turcules varient essentiellement avec les organes sur lesquels ils issent ; ceux de l’épiploon ont une grande tendance à s’indurer à s’entourer d’une capsule, tandis que ceux du poumon se raollissent facilement; dans le rein, par exemple, il sont localisés disséminés; Billroth admet que leur tissu peut être parfois pmblableà du tissu de cicatrice. Rindfleisch (2) regarde le tuberile fibreux du testicule comme une espèce de fibroïde, comme tissu semblable à du tissu de cicatrice et semble le rapprocher fibrome caséeux du cerveau.

Fœrster, lui, remarque que, de l’avis des principaux’ vétériires, il faut ranger la nodosité fibreuse avec centre caséeux s ruminants {Perlsucht ou Franzosen Krankheit des rumints) parmi les tubercules, bien que Gurlt et Virchow les en pare nettement pour les rapprocher du sarcome.

Toutes ces questions de forme, encore en litige, sont bien vite solues, si on admet qu’il n’y a de vrai tubercule que la granu tion grise.

Les faits qui suivent semblent, au contraire, élargir un peu la estion.

Nous élaguerons, [mur raccourcir un peu notre travail, tout ce

1(1) Billroth. Bd. I, II, abth. p. 346 (Pilha et Billroth).

(2) Rindfleisch. Path. Anat. Hoden ^Tuberkel).

qui .aurait trait à la distinction du tubercule testiculaire, d’avec Torchite caséeuse ou les gommmes syphilitiques du testicule.

Observation VII.

Tubercule du testicule.

L’observation clinique est due h l’obligeance de M. Girard, interne des hôpitaux'.

M. X...., âgé de 20 ans, entre dans le service de M. Demarquay, à la Maison de santé. Il est porteur d’une tumeur du testicule gauche que différents chirurgiens ont diagnostiquée, les uns hydrosarcocèle ,| d’autres tubercule.

Ce testicule présente un volume deux fois plus considérable que sorJ congénère, il est dur, résistant, plus en certains endroits que Buij d’autres. Pas de bosselure.

11 est allongé dans le sens vertical , la pression semble détermine un peu de douleur à la partie inférieure de la tumeur, tous les autre points sont complètement insensibles.

L’épididyme paraît se confondre avec la tumeur, il est dur et indolent. Le cordon qui lui fait suite ne présente pas de bosselures , il es douloureux à la pression. Les ganglions de l’aine sont très-peu engorgés et indolores.

La prostate paraît saine. Les bourses, d’aspect normal, neprésenien aucune adhérence avec le testicule , sur lequel elles glissent avC' l'doiiilé.

Constitution lymphatique, bronchites fréquentes, respiration rud dans les sommets.

Son père n’eut jamais qu’un testicule dans les bourses, il hérita d cette anomalie, et jusqu’à l’âge de 14 ans, le testicule droit était se descendu.

Dans le canal inguinal on sentait une tumeur allongée transver salement, douloureuse à la suite d’une longue marche, à la pressio tumeur plus volumineuse que le testicule droit; c'était le testicul gauche qui descendit subitement dans les bourses sans détermin d’autres accidents qu’une gêne assez grande dans la marche.

Dès cette époque, le testicule ne cessa d’augmenter progressivemen il ne fut jamais douloureux et n’empêcha pas le jeune homme d prendre part à la dernière guerre.

De 16 à 17 ans, spermatorrhées et éjaculations involontaires asse fréquentes pour préoccuper le malade.

A 18 ans, il eut une première chaudepisse, à 19 une seconde qd détermina une augmentation rapide du volume du testicule. Il suij alors plusieurs traitements qui ne modifient en rien son état, il entr à la Maison de santé, où M. Demarquay après avoir vidé 40 à SO gr|

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liquide citrin qui se trouvait dans la tunique vaginale et fait un :amen approfondi de la tumeur, lui en proposa l’ablation.

Une incision sur les tuniques du testicule permet de l’énucléer facileent et de l’enlever. Une ligature est posée sur l’artère différentielle; irtère fumiculaire ne peut être saisie vu son petit volume.

La plaie est pansée à plat avec glycérine, charpie et lavage à la teinre d’eucalyptus.

La cicatrisation se produit rapidement et sans encombre, il n’y a sn à signaler, si ce n’est quelques crachements de sang, qui ne s’éient point montrés jusqu’alors.

Examen microscopique. — Sur une grande coupe de l’organe, on )uve la tunique vaginale en partie épaissie, en partie remplie de lilide; l’épididyme est volumineux vers la tête, jaunâtre sur la coupe, î testicule présente à sa périphérie les canalicules séminifères, dont Lspect est un peu charnu ; la consistance générale et la résistance IX tractions ont singulièrement augmenté. Cette paftie en coiffe le autre, le rete testis , le corps d’Highmore qui est dense, jaune ouble et présente la couleur et l’aspect d’une infiltration purulente.

A l’examen microscopique, voici ce que j’ai trouvé : tout d’abord à périphérie de l’organe sous l’albuginée, les canalicules testiculaires it un volume d’abord égal à l’état normal, puis moitié moindre, et îtit à petit en passant de la périphérie vers le centre, leur calibre (croît rapidement et offre à peine la largeur d’une de* leurs celkiles dlhéliales, puis enfin ils disparaissent à peu près complètement dans j partie granulo-graisseuse, jaunâtre, qui forme le centre de l’organe, br membrane propre en revanche s’est épaissie considérablement et pris un aspect vitré. Leur tunique fibreuse a éprouvé aussi une augfântation de volume considérable ; mais, si dans quelques points elle ire seulement un volume un peu supérieur à la normale, petit à petit,

^ se rapprochant vers le centre, elle augmente singulièrement de vome, et à mesure que le calibre du canalicule’décroît , le diamètre de tunique fibreuse augmente.

Vers la partie centrale, il acquiert une largeur énorme, comparativeent au diamètre du canalicule réduit au minimum.

L’épithélium testiculaire est en dégénérescence graisseuse, en atropie progressive, de temps en temps on aperçoit quelques cellules bilhéliales d’aspect hyalin , et dont les dimensions paraissent un peu jus grandes qu’a l’état normal, au milieu des débris cellulaires qui nvironnent. Pas de globules de pus nulle part dans l’intérieur des nalicules.

Le tissu conjonctif a subi des altérations très-grandes en certains lintsdela périphérie du testicule; il est formé d’un dépôt considérable I cellules embryonnaires qui se présentent en foule le long des vais^ aux et forment de longues traînées qui les recouvrent; puis bientôt

il offre autour des plus gros troncs artériels, des réseaux étoilés avec substance muciforme prise en gelée dans leurs mailles. Mais peu à peu le tissu devient fibroïde, les corps fusiformes se développent en grande abondaiice, en même temps que les gaines des canaux testiculaires s’épaississent, puis, au voisinage de la partie centrale, on ne trouvé plus qu’un tissu fibroïde très- caractérisé, dont le peu de cellules qui restent est chargé de fins granules graisseux.

Les vaisseaux sont, dans la partie périphérique, suivis d’une traînée' énorme de jeunes cellules, puis les parois des plus gros d’entre eux sont le point de départ des réseaux de cellules étoilées; bien plus, les capillaires sont cachés par les jeunes cellules et enfin les vaisseaux, à leur tour, sont étouffés par les parties périphériques et il n’en reste aucune dans la partie centrale.

La plupart des capillaires et les canalicules paraissent être le point de départ de l’hyperplasie conjonctive; quelques-uns des plus petits! vaisseaux sont entourés de nodules formés de cellules embryonnaires, la partie centrale de ces nodules est nuageuse, et quelques cellules] centrales plus volumineuses que d’autres.

J’ai observé aussi très-nettement un nodule pariétal dans l’adventicei d’une petite artère (1). Le calibre du vaisseau n’était pas, comme on le voit dans la plupart des cas, obturé par un coagulum. Ces nodules sont des granulations tuberculeuses; mais il faut avouer que ces gra nulations sont rares. On peut voir, en quelques points, une portion] d’aspect gélatineuse, bien qu’encore transparente, ovalaire, générale mpni à bords nets; ces îlots, d’aspect muqueux, sont traversés en tou sens de cellules fusiformes, plus nettes et plus nombreuses vers la pé riphérie qu’au centre. 11 faut distinguer cette matière de la matière] myxomateuse qui n’existe qu’entre des travées cellulaires nettemen définies; celle-ci, au contraire, forme une masse qui se trouve à égale distance des canalicules, et qui englobe des cellules fusiformes et em bryonnaires sans aucun ordre ou arrangement.

Le peu qui restait de l’épididyme montrait une hyperplasie notabh] du tissu conjonctif, et une dégénérescence graisseuse totale de l’épilhé lium.

Ainsi donc, canaux testiculaires, vaisseaux, etc., sont petit à peti graduellement étouffés par le tissu conjonctif et transformés en un<| masse jaunâtre , d’aspect purulent à l’œil nu et dans laquelle on ni peut reconnaître aucune des parties normales. Cette partie centralij n’était ramollie dans aucun point, et formait, au microscope, un véri table et fin nuage granulo-graisseux. ,

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(1) La lumière du vaisseau n’est pas toujours obturée dans le tubercule ]^| des coagulations sanguines, e’est le fait le plus général, il est vrai, mais il faï avouer qu’il y a des exceptions (voir planche III; fig 23.

Ainsi hyperplasie cellulaire, métamorphose conjonctive (corps fusiormes, cellules étoilées) puis fibroïde, et enfin caséification commentante ici : tels sont les diverses zones que l’on trouve dans la lésion et [ni expriment les transformations successives du stroma testiculaire.

Réflexions. — Ces diverses lésions sont donc identiques avec celles qu’ont décrites les auteurs; on sait, en effet, qu’une zone )roliféralive (jeunes ceJlules embryonnaires, etc.), puis une zone ibroïde forment la transition de l’état sain à l’état g^ranulo-graisleux; il y a entre cette lésion du testicule et le tubercule du cerceau une ressemblance très-g^rande; on y trouve dans les deux or« pnes la même structure et l’on pourrait y caractériser la lésion jous le nom de fibrome atrophique.

Les tubercules miliaires sont rares dans le testicule; j’ai eu la |onne fortune d’en rencontrer quelques-uns; Virchow déclare [u’on ne peut désigner un testicule sous le nom de tuberculeux, on n’y trouve pas la granulation miliaire. Rindfleisch (1) délare qu’il n’y a nulle part de tubercules miliaires dans la forme jabituelle ; on doit se rappeler qu’effectivement sur le péritoine et ms d’autres drganes (le cerveau) la tuberculose présente la même ^rme qu’ici. Sur le péritoine on voit, en effet, des tubercules qui [teignent la grosseur d’une fève.

Le peu de tubercules miliaires que j’ai trouvé dans le testicule, mmet de se rapprocher beaucoup de cette vue de Rindfleisch. [es tubercules miliaires y existent néanmoins comme l’admet lirchow.

Rindfleisch, qui n’en a pas trouvé, fait remarquer que latuberilose occupe dans le testicule la région où Ludwig et Tomsa ont irtout démontré l’existence d’un riche réseau lymphatique; if ippelle en outre que Laughans et Klebs (2) ont cherché à dé- [ontrer que l’origine de cette néoplasie si énigmatiq'ie avait son ngine dans une hyperplasie de l’endothélium lymphatique; issi lui semble-t-il probable que dans le testicule, si la tubercii- Ise, au lieu de se présenter sous forme de granulation, prend

1(1) Rindfleisch. Path. Anat., page 457.

1(2) BeitrægeZ. Geschichte der Tuberculose. Virchow’s Archiv, Bd. XLIV.

Nepveu.

plutôt une forme diffuse (1)^ cela lient à ce que les phénomènes intimes se passent dans les lymphatiques et qu'ils ne se distinguent de la formation miliaire ordinaire que par leur aspect plus diffus.

Il est évident qu’on pourrait désigner ce fait sous le nom de fibrome atrophique avec granulations tuberculeuses. Cette désignation aurait l’avantage de rapprocher cette observation des cas analogues qu’on rencontre dans le cerveau, et qui sont désignés généralement sous le nom de tubercules, bien qu’ils s’éloignent singulièrement de la forme classique : la granulation tuberculeuse. Le cas suivant (observation 8) est complètement analogue ; on y trouve le type de la granulation tuberculeuse fibreuse ; mais au lieu de former, comme ici, un vaste îlot, elle s’y trouve en nombre considérable.

Observation Vlïl.

Tubercule du testicule et du rein gauche.

Partie clinique et autopsie dues à l’obligeance de M, Girard, interne des hëpitaux.

M. X...., âgé de 27 ans, entre à ia Maison de santé, service de M. Üemarquay, le 21 mai 1872. De constitution débilitée, il se plaint d’un catarrhe de la vessie et de douleurs dans la région des reins. Les urines sont épaisses, muco-purulentes, et laissent un dépôt très-abondant au fond du vase. Sueurs nocturnes, inappétence, diarrhées, fièvre à recrudescence vers le soir. i

Le pouls à 120 , température 39°, 5. L’examen de la région rénale! gauche qui est le siège des douleurs les plus intenses, fait reconnaître une fluctuation profonde qui peut être perçue de la dernière côte, jusqu’au niveau de la crête iliaque.

M. üemarquay diagnostique un phlegmon périphérique et fait und incision de 4 centimètres de longueur qui donne issue à environ uiJ litre de pus bien épais, bien lie ; des injections iodees et des lavaged sont faits deux fois par jour dans la cavité de l’abcès.

La suppuration se tarit, mais la lièvre ne discontinué pas ; le malada maigrit peu à peu; les tubercules qu’il présentait au sommet du pou-l mon et qui semblent reconnaitre comme cause les fatigues de la cam-j pagne, gagnent en étendue. Plusieurs frissons répétés annoncent une! fin prochaine qui arrive le 17 juin 1872. |

(1) Criiveilhier est le premier auteur qui ait démontré l’existence des tubercu I loscs dans la paroi des vaisseaux lymphatiques. (Atias d’anat. palhol., 2® livre '.j Traité d’anat. patho'., IV, p. 'iü9.)

Sur le côté gauche des bourses , existait une fissnlette , qu'on sent tait jusqu’au niveau de Tépididyme, elle donnait issue de temps en temps, h une goutte de pus.

Il y a trois ans, X . avait eu une orcbite à la suite de laquelle il

aperçut un jour, sur les bourses du côté gauche, un petit bouton fluctuant; il l’ouvrit lui-même, et fit sortir environ 20 grammes de pus. Ce petit bouton ne se referma jamais et donna lieu à la fistule.

Autopsie. — Les abcès périphériques, les reins et les testicules ont pu seuls être examinés.

Le rein gauche baigne dans la cavité purulente, et s’étend de la der- [nière côte jusque dans la fosse iliaque.

La capsule est considérablement épaissie, et adhérente au tissu cellulaire voisin. Une incision permet de reconnaître un ^rand nombre de cavernes très-volumineuses, ayant détruit presque en entier la substance rénale.

Çà et là, au milieu d'un tissu lardacé et noirâtre, on aperçoit des noyaux brillants analogues à la 'granulation tuberculeuse.

Le rein droit paraît en dégénérescence graisseuse et ne présente ni cavernes ni noyaux brillants.

L’épididyme du testicule gauche est représentée par une masse caséeuse, semi-liquide; l'intérieur du testicule offre un grand nombre de points blanchâtres. La vaginale est intimement adhérente à l’albuginée.

Sur le testicule droit rien d'apparent.

Examen du testicule et du rein, — Sur une grande coupe de l’organe pacéré dans l’alcool, on remarque que l’épididyme est rempli de pus caséeux; une partie du corps d’flighmore est aussi caséeuse, mais cette portion est nettement limitée, et de ce point comme centre, partent des travées fibroïdes, fibreuses qui rayonnent jusqu’à ralhuginée. Entre ces travées irrégulières on aperçoit des masses glandulaires d’aspect extépeur normal. Si on fait une section perpendiculaire à ces rayons, on pouve toujours leur . section sous forme d’îlot blanchâtre, du volume d’un grain de. millet ou plus petit encore. Sur l’albuginée, qui n’est pas très-épaisse, ils présentent à leur point d’attache un peu plusd’éjpaisseur.

Entre ces travées, entre ces rayons, on aperçoit de plus petits îlots blanchâtres plus ou moins disséminés; mais ce que chacune de ces masses offre de caractéristique, c’est que la périphérie de chacune l’elles est d’un aspect tendineux, nacré, tandis que le centre paraît lifférent.

L’examen microscopique rend compte de tous ces faits. En quelques boints, la lésion semble débuter entre les lobules testiculaires, dans es minces travées qui les séparent, et de là, s’étendre de tous côtés.

En allant de la portion glandulaire vers la partie fibreuse, on revoit ‘eûtes les altérations que nous avons décrites dans l’observation pré-

cédente : infiltration cellulaire, zone fibreuse. Mais on n’y voit pas encore d’infiltration caséeuse. En d’autres points , on voit de petites masses miliaires très-nombreuses, d’aspect presque tendineux, qu’on peut parfaitement reconnaître à l’œil nu par transparence, sur une plaque de verre, au centre desquelles on aperçoit de petites cellules. Ces cellules, en quelques points, s’amassent en plus grand nombre, et même se ramollissent au centre, et deviennent jaunâtres, caséeuses. On y retrouve encore les trois zones nettement tranchées, de l’observation précédente : zone cellulaire (petites cellules embryonnaires brillantes), zone fibreuse, traversée par des capillaires atrophiés; zone cellulaire centrale dont le centre est souvent caséeux, à côté des états fibroïdes à centre caséeux, on en rencontre d’autres qui n’offrent qu’unej très-faible infiltration cellulaire, ou bien même encore dont le centre est fibreux, mais un peu plus lâche et plus clair que la périphérie. Ce fait semble tenir à ce que les coupes ont été faites sur divers points de l’épaisseur des nodosités miliaires. |

L’épithélium des canaux testiculairès est atrophié, le noyau des cellules est très -granuleux, le protoplasma, au contraire, atrophié; la plupart des cellules épithéliales testiculaires sont tantôt détachées des parois, tantôt réunies en un bouchon central; leur tunique propre a trois! ou quatre fois le diamètre normal. Les intervalles qui les séparent les! uns des autres ont une largeur considérable; dans quelques canali-j cules on trouve des globules de pus ; quelques-uns d’entre eux sontj dilatés et remplis d’une matière granuleuse ou de globules de pus. |

Dans les points où la lésion est peu avancée, on peut facilement s« convaincre que les vaisseaux offrent des altérations assez notables ; le| parois des petites artères sont parsemées de noyaux, leur épaisseur a augmenté; les veines présentent le long de leurs parois, soit des traîj nées de globules lymphoïdes, soit des noyaux de tissu conjonctif eij plus grand nombre. Les capillaires laissent voir des épaississementl notables de leurs tuniques, produits par des cellules lymphoïdes qui petit à petit deviennent fusiformes, ou bien encore conservent un cer tain temps un aspect granuleux presque pyriforme.

Nulle part je n’ai trouvé de granulation tuberculeuse ni conjonctive ni lymphatique (1).

Le testicule droit ne présente aucune lésion notable.

Le rein gauche, durci dans l’acide chromique, présente un aspet bien différent : les canalicules séminifères sont atrophiés et réduits l’aspect d’une simple ligne, les corpuscules de Malpighi.sont de mêm atrophiés. Dans quelques-uns des canalicules, on voit encore l’épith^ lium plus ou moins normal, mais très- petit, dans d’autres on r

(1) Voir Klebs et Langhans, cités plus haut, et Rindfleisch, qui a décrit dans J poumon, les tubercules des parois, des vaisseaux lymphatiques (Anat. pathol.).^

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trouve plus que des débris granulo-graisseux. Sur des coupes parallèles à la direction des canalicules, ceux-ci, très-écartés l’un de l’autre, offrent l’aspect de tubes linéaires plus ou moins espacés, dont on re- connaît encore la nature par leurs rapports avec les glomérules de Malpighi et par leur épithélium resté plus ou moins visible en certain point.

Sur une coupe transversale, cet écartement considérable des caiiali" cules est très-visible. Le stroma, le tissu interstitiel du rein, est le siège de la néo-formation.

Le stroma est formé de cellules embryonnaires, lymphoïdes et fusiformes; en quelques points, on voit ce stroma prendre un aspect fibroïde, fibreux même; en d’autres ces cellules forment des amas en forme de granulations isolées. Les vaisseaux à leur tour disparaissent comme les tuniques des canalicules; l’infiltration néo-cellulaire est diffuse, et extrêmement considérable; en quelques points seulement, elle donne lieu à de petits amas cellulaires qui ont la forme, l’étendue et la composition des granulations tuberculeuses. Ces tubercules sont assez nombreux, sur une même coupe, on en trouve plusieurs, trois ou quatre et même davantage (1).

La capsule graisseuse du rein est farcie de tubercules. .

La vessie et l’uretère n’ont pas été examinés.

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Réflexions. — La coïncidence de l’affection rénale et testicullaire donnait une grande probabilité au diagnostic^ mais la présence des granulations tuberculeuses dans le rein, et celle de granulations tuberculeuses fibreuses , avec centre caséeux en nombre considérable dans le testicule, complètent la certitude. De ce fait intéressant , il résulte que ces deux formes spéciales ; Ituberculose diffuse et circonscrite (granulations), que ces deux es- Ipèces : granulations cellulaires et granulations tuberculeuses fi- Ibreuses, s’observent en même temps sur le même sujet; est on en Idroit d’en tirer la conclusion qu’on a affaire dans le rein et dans Ile testicule au même principe, s’exprimant par des processus [différents? Cette opinion semble avoir pour elle toutes les chances, h si au point de vue anatomique on est forcé de séparer la granu-

(1) Voir sur la tuberculose rénale :

Rayer III, p. 618, — Lebert. Anat. pathol.,p. 142. — Villeiniii. Élude sur la tuberculose, 1868. — Millier, üeber Entwickclung des Tuberkels in derNiere. 1857 .— Beer. Die Bindesubstanz der menschlichen Nif-re. 1859.

lation tuberculeuse proprement dite du fibrôme atrophique caséeux, il n’en n’est pas moins vrai que la nature les réunit sur le même! ' sujet, et vraisemblablement sous la même diathèse. Parfois isolé,! le fibrome atrophique caséeux s’accompagne aussi d’autres tumeurs de même genre ou encore de granulations tuberculeuses propre-j

ment dites. |

Observation IX. j

Observation clinique due à l’obligeance de M. Girard, interne des hôpitaux. |

X..,., âgé de 59 ans, bonne constitution, pas d’hérédité; causes! équitation depuis vingt ans, hydrocèle du côté droit, injection iodée! guérison sans engorgement persistant. N’a rien ressenti pendant quinzl ans; lorsqu’à la suite d’une douleur rhumatismale, l’hydrocèle a re| paru. . I

Nouvelle opération, sans injection; deux ans plus tard, nouvelle opa ration, encore sans injection. |

Il y a dix-huit mois, coup de fleuret sur le testicule, qui détermiri une violente inflammation, à la suite de laquelle est resté un engorg® ment. I

L’engorgement a augmenté et est devenu douloureux depuis sil mois; douleur continue, pas de véritables douleurs lancinantes, pil de douleur à la pression. I

On sent une tumeur dure, surtout à la partie postérieure, et n<* pas supérieure, de consistance cartilagineuse ; en bas et en avant, I sensation éprouvée était celle du testicule; la pression de ce point doi nait lieu à la sensibilité testiculaire. I

Pas d’épanchement dans la tunique vaginale, cordon absolumei sain, le scrotum à l’état normal. I

M. Ricord diagnostique un enchondrome du corps d’Highmorel l’opère le 19 juin. I

Deux jours après l’opération la tumeur était presque complète. I Voici ce qu’il était permis de constater à l’œil nu sur la tumeur cl fut présentée à la Société anatomique, dans la séance du 21 juin 18m La portion granulaire du testicule est complètement saine, eti trouve ajoutée sur une coque épaisse, dense, fibroïde, qui forme conri une géode avec des irrégularités nombreuses à sa face interne, tani que sa face externe est lisse à l’extérieur, et se met en contact avec! parenchyme testiculaire. L’épaisseur de la paroi de la géode est asi variable, elle atteint jusqu’à 2 centimètres en quelques points et nï guère moindre de 1 centimètre. L’épididyme n’est visible à l’œil I nulle part, il est pris, ainsi que le corps d’Ilighmore, dans la lésion|

M. Robin, qui avait eu l’obligeance d’examiner la pièce, sur la prière de M. Ricord, en donne la description suivante :

« Ce produit morbide est une forme d’altération rare du corps d’Higlimore, de nature fibreuse, devenue phymatoïde et par suite d’aspect homogène dans la partie non aréolaire , fait ordinaire dans les produits analogues épididymo-testiculaires. Ce produit n’a rien de la nature des sarcocèle s, ni cancéreux, ni tuberculeux, et ne récidive pas après l’ablation, seul moyen curatif connu. L’aspect des phymatoïdes est dû à la production de granules jaunâtres, presque tous de nature graisseuse. »

Lors de la présentation à la Société anatomique, un examen à l’œil nu porta M. Ranvier à penser que cette tumeur n’était autre qu’une vaginalite chronique limitée, avec épaississement considérable de la tunique vaginale. M. Chassaignac se rangeait à son avis.

Couches fibreuses en voie d’organisation, noyaux embryonnaires, dépôts de cellules lymphoïdes très-abondants; puis dépôt de granulations fines granulo-graisseuses, entourées de parties fibreuses, de cellules étoilées. Tel est l’ensemble de la lésion. Les canalicules testiculaires sont très-dilatés, leurs parois légèrement épaissies, les espaces intercanaliculaires triplés de volume. Dans les canalicules, on observe une masse assez considérable de globules purulents, dans leurs parois des cellules en grand nombre , d’aspect lymphoïde, et dans les espaces intercanaliculaires, des masses hémorrhagiques en plus ou moins grande quantité, ne formant généralement que de petites taches jaunâtres, puis des corpuscules lymphoïdes.

Les vaisseaux sont augmentés de volume; leurs parois très-épaissies, mais infiltrées de cellules de même genre, qui parfois forment'des amas irréguliers et tendent à s’organiser. Les canaux épididymaires ont disparu dans la lésion, une faible partie des canalicules testiculaires a aussi subi cette influence.

Toutes ces lésions sont irrégulières, nulle part on ne trouve de masses caséeuses, et s’il semble y avoir une similitude qui est parfois assez considérable, l’aspect général rappelle les inflammations chroniques de la tunique vaginale.

Le processus est totalement différent de ceux que nous venons de décrire dans la tuberculose, et le tout paraît être dû à une vaginalite et à une épididymite, avep épanchement de sang, suites de la violente conlussion reçue quelques mois avant l’opération.

En résumé, dans l’observation 7 on voit un processus, qu’on peut désigner sous le nom de fibrome atrophique, avec caséification centrale, coïncider avec des granulations tuberculeuses et

une tuberculose disséminée de l’organe, comme on l’observe dans le rein.

Dans l’observation 8, on trouve dans le testicule une masse de petits fibromes atrophiques avec caséification centrale coïncidant avec une tuberculose manifeste du rein.

Si, au point de vue anatomique pur, on doit séparer le fibrôme atrophique avec caséification centrale de la granulation grise , au point de vue clinique, il semble, au contraire, qu’on doive les réunir sous la même diathèse; et qu’il y a lieu d’en distinguer deux espèces : l’un le tubercule fibreux grand ou petit; l’autre la gra nulation miliaire, ou tubercule gris miliaire. Car, dans le premier cas ils coexistaient l’un et l’autre dans le même organe; et dans le second, une forme se trouvait dans le rein, tandis que l’autre s’observait seulement dans le testicule.

Ici, il ne peut être question de l’origine épithéliale des tubercules (1^; au contraire, on pourrait aisément trouver quelque moyen de soutenir la théorie de Cohnheim. Dans l’état actuel des choses, il est difficile de résoudre ces difficultés et de savoir si la prolifération conjonctive (Virchow) ou le passage des globules blancs du sang à travers les vaisseaux (Cohnheim) explique réellement tout.

En somme, nous appuyant sur les observations précédentes, à côté de la granulation grise, il faut placer le tubercule fibreux ; chacune de ces lésions peut exister isolée ou former, réunies en groupes, de grosses masses tuberculeuses. Enfin, il existe aussi une tuberculose disséminée comme dans le rein dont l’observation 7 semblerait être le type.

(1) M. Vcrueuil, Société anat. 1856, a signalé des tubercules des canalicules testiculaires.

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