‹ Contribution à l'étude des tumeurs du testiculeChapitre 2 sur 14 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

TUMEURS PERLÉES DU TESTICULE, ÉPITIIÉLIOMA TESTICULAIRE.

Nos deux premières observations offrent une assez grande analogie pour que nous ayons cru devoir les réunir dans un même chapitre. La substance fondamentale est du sarcome dans toutes deux; mais, dans chacune d’elles, l’épithélium testiculaire est plus ou moins différent; ici des perles, là de Tépithélioma.

Observation I.

Sarcome kystique du testicule avec tumeurs perlées et nodules du cartilage,

. (voir Société anatomique, 1870, p. 66), parNepveu.

Il y a onze mois, un jeune homme d’une bonne constitution, âgé de 28 ans, et dont les antécédents ne révèlent qu’un peu d’herpétisme, vit apparaître un gonflement assez notable du testicule gauche. Il se rappelle qu’il a reçu sur ce testicule un coup assez léger, et qu’un peu plus tard, en jouant au billard, ce tqsticule fut l’objet d’un froissement assez notable.

La tumeur s’accrut progressivement, sans déterminer la moindre douleur; le malade consulta un chirurgien de Paris, qui lui ordonna le traitement spécifique (iodure de potassium à hautes doses); l’ablation fut conseillée sans que, cependant, le diagnostic fût bien précis; il y avait une arrière-pensée de sarcocèle.

M. Verneuil est appelé, il y a trois semaines environ, et se Lndant sur la régularité absolue, sur l indolence de la tumeur, sur sa résistance générale, sur l’intégrité du cordon, l’absence de tout phénomène cachectique, s’appuyant aussi sur les antécédents traumatiques, diagnostique une hématocèle, après avoir longtemps, il est vrai, pesé l’idée d’un sarcocèle.

L’opération est décidée, et le 3 janvier, après avoir prévenu le malade qu’on serait peut-être obligé d’enlever le testicule, et s'être ainsi prémuni à ses yeux d’un prétexte suffisant pour la castration au cas où il y aurait eu erreur de diagnostic, M. Verneuil fait, selon son habitude, une incision sur la partie latérale externe du scrotum, qui peut, au besoin, servir à la castration. Au premier coup de bistouri, on tombe dans le tissu testiculaireldense et également résistant, sans que la vaginale ait fourni la moindre quantité de liquide. Le diagnostic de tumeur étant ainsi établi, le testicule est enlevé.

Voici ce qu’à l’œil im on pouvait observer sur la pièce fraîche. Tout d’abonî, le cordon est complètement intact et la vaginale n’offre pas la moindre inflammation. \u niveau du cordon on trouve une assez grande quantité de graisse en pelotons volumineux. Toutelatumeur est formée par le testicule et la tête de l’épididyme. Elle a le volume du poing d’un adulte, est régulièrement ellips ïde, d’une consistance généralement uniforme, en quelques points plus molle; si on fait une coupe en ces points-là, on y reconnaît une grande partie du parenchyme testiculaire, aplati, comprimé contre l’albuginée. Si on fait une coupe suivant le grand diamètre de la tumeur, on trouve à la périphérie les canalicules sains mais ratatinés, puis, sur le tissu même de la tumeur qui fait hernie hors de son eiiveloppe propre, de nombreuses saillies, des kystes nombreux. Vers le corps d’Higliniore et la tête de l’épididyme, on oh'erve des kystes volumineux, irréguliers, à contenu transparent, séreux, formant pour la p'u[)art des anses semblables aux circonvolutions intestinales; si on introduit dans leur intérieur un stylet de trousse, on est étonné de voir la longueur de ces kystes, de ces anses ê!re,en quelques points, sept ou huit fois plus considérables que leur largeur; en un mot, ils forment des canaux transparents, tortueux, goudronnés, irrégulièrement renflés. Vers le centre de la tumeur, des kystes moins volumineux, de la grosseur d’un pois et au delà, renferment un contenu muqueux, très-gluant, très-épais ; la cavité de ces kystes est très-irrégulière; quelques-uns présentent à la coupe des formes diversement ramifiées. D’autres, de même nature, ont un contenu séreux. Enfin, vers la périphérie, le volume de ces diverses espèces de kystes diminue encore, et n’égale bientôt plus que celui d’un grain de millet. C’est surtout à la périphérie, mais cependant aussi irrégulièrement, disséminées dans le reste de la tumeur, qu’on aperçoit de petites saillies sphériques, brillantes, nacrées, ressemblant à des perles fines. Quelques-unes qnt été sectionnées par l’instrument tranchant, et on peut voir à leur centre soit un point noirâtre ou jaunâtre, soit des couches concentriques régulières.

Le tissu fondamental de la tumeur est dense, brillant, presque nacré, vers le corps d’Highmore et l’épididyme; il présente à l’œil nu l’aspect du sarcome; en quelques points, on remarque un développement vasculaire assez considérable, enfin, on aperçoit quelque ramifications cartilagineuses.

A l’examen microscopique, le parenchyme de la tumeur paraît formé d’une néo-formation conjonctive considérable; cette néo-formation est notable autour des canalicules testiculaires et dans leur intervalle donne naissance à de fins réseaux de cellules étoilées comme dans le myxome. Ces îlots myxomateux sont entourés de toutes parts par des faisceaux serrés de cellules fusiformes qui paraissent avoir pour point de départ la néoplasie péri-canaliculaire.

Les ramifications cartilagineuses appartiennent à la variété de cartilage décrit sous le nom d’hyalin; les circoiivolulions que forment ces ramifications cartilagineuses rappellent assez bien les circonvolutions ou j3lutôt les nodosités successives des lymphatiques ; mais on ne pourrait, dans ce cas, les regarder d’une façon certaine comme formées par ces vaisseaux, bien que Billroth et Pagel eu aient vu des exemples bien avérés* On ne voit au centre de ces cordons cartilagineux aucun reste de cavité, et je n’ai pu, malgré le plus grand soin, découvrir d’altération de ce genre au début. Nulle part, je n’ai trouvé, comme Rokitansky ou Rindfleisch en ont rapporté des exemples, des masses formées de fibres musculaires lisses.

Les canalicules testiculaires restés comprimés présentent un contour granuleux, à coloration brunâtre ; on n’y trouve pas de spermatozoïdes; les canaux épididymaires présentent en quelques points un contenu graisseux visible à l’œil nu. Dans la tumeur on trouve quelques canalicules, dont la membrane propre, très-épaissie, est formée d’une série découches concentriques; dans l’intérieur du canalicule, on vo't sur les coupes faites avec le plus grand soin et dans une direction parfaitement perpendiculaire à l’axe du canalicule, les fins épithéliums testiculaires faire une saillie notable. En quelques points, cette tumeur épithéliale rompue communique librement avec le contenu granuleux brunâtre qui bourre le canalicule. Autour de l’enveloppe propre du canalicule se trouve cette zone néoplasique formée de jeunes cellules dont nous avons parlé plus haut, jeunes cellules en nombre considérable, infiltrant la paroi propre elle-même.

Sur d’autres canalicules, l’épithélium a pris des dimensions plus considérables; le contour du canalicule est fortement déformé; le contenu est plus abondant encore; il est donc évident ici que la néoplasie dont j’ai parlé forme arrêt sur les canalicules, les étrangle en divers points, et les transforme en longs boyaux, kystes à contenu tantôt séreux, tantôt muqueux. Sur ces derniers, l’on trouve à la périphérie de la masse gluante, qu’on peut retirer de toute pièce, une couche jaunâtre qui, examinée au microscope, se montre formée d’épiihéliums pavimenteux très-grossis, dont les dimensions sont dix et quinze fois plus considérables que celles de l’épithélium canaliculaire, et qui, fait important, forment des couches sphériques, concentriques sur la surface de la masse visqueuse ; mais ici ces couches sont sans consistance, et leur disposition se détruit facilement.

Les perles brillantes, nacrées, solides, sont plus propres à l’étude des couches sphériques; elles sont très-régulièrement concentriques, parfois autour d’un point formé d’une bouillie noirâtre, où on trouve des épithéliums en grand nombre, avec une petite quantité de jeunes cellules, dont le carmin révèle le noyau, et qui sont mêlées à des cristaux et des lamelles de cholestérine de toute beauté. On peut, par le

carmin, colorer les noyaux des couches les plus externes ; on trouve alors une mosaïque des plus régulières ; c’est de l’epithélium pavimenteux penta ou hexagonal le plus pur.

Ne voit-on pas maintenant que toutes ces altérations diverses : kystes séreux, kystes à contenu muqueux enveloppés de cellules pavimenleuses, volumineuses, disposées en couches concentriques, tumeurs perlées, sont des altérations d’un même élément, du canalicule testiculaire, altérations dont nous avons eu la bonne fortune de pouvoir saisir les gradations.

En résumé, nous avons ici un bel exemple de cysto-sarcome du testicule avec tumeurs perlées et nodules dii cartilage.

Réflexions. — Le sarcome kystique du testicule, cystic disease des Anglais, avec complication de tumeurs perlées, est assez rare. Gomme la présence de perles épithéliales n’a été jusqu’ici signalée que par quelques auteurs, qu’on nous permette de résumer, à ce sujet, l’état de la science.

Les tumeurs perlées ont été décrites pour la première fois par M. Cruveilhier, en 1829 (1), qui les observa sur un testicule atteint de cancer alvéolaire. C’est lui qui les a désignées sous le nom de tumeurs perlées, terme qui exprime parfaitement leurs caractères physiques, leur brillant, leur aspect nacré.

En 1838, J. Millier (2) ayant eu Toccasion d’observer un fait du même genre sur la pie-mère, décrivit ces tumeurs sous le nom de cholestéatome, terme impropre, car on n’y trouve pas toujours de la cholestérine, et qui a été repoussé depuis par la majorité des auteurs. Virchow, Vogel, Schuh, Lebert, Rokitansky, s’en sont successivement occupés dans leurs ouvrages, tandis que Verneuil, Esmarck, R. Volkmann, Waldeyer, ajoutaient à leur histoire générale des faits importants.

Ces tumeurs s’observent à la base du cerveau, dans le thvmus (Verneuil), dans le testicule, l’ovaire, entre l’utérus et le rectum. Autrefois on y comprenait des tumeurs diffuses avec perles qu’on a depuis rangées dans les épithéliomas.

Elles sont généralement enkystées, bien qu’elles puissent ne pas avoir d’enveloppe directe.

(1) Cruveilhier. Anatomie pathologique. Liv. II et V.

(2) J. Müller. Uber den f. Eau und die Formeii der krankh. Gcschwülsle.

Dans le tesUcule, Tiiistoire des tumeurs perlées est des plus intéressantes. A la suite de l’observation précédente, j’en ai résumé les principaux traits (voir Bulletin de la Soc. a^iaf., 1870, p. 70). Un de nos amis, M. le D’* Viardot, a bien voulu, sur mes conseils, en faire le sujet de sa thèse : Essai sur les tumeurs perlées du testicule., 1872, par Viardot. Je prendrai la liberté d’y renvoyer le lecteur pour leur histoire anatomique, me réservant seulement l’étude de quelques points spéciaux?

Au point de vue clinique, en effet, il n’est pas sans intérêt de savoir que ces tumeurs perlées du testicule peuvent se rencontrer seules, ou avec du cancer, du sarcome, de l’enchondrome.

Dans trois cas, les tumeurs perlées du testicule étaient mélangées à du cancer.

Gruveilhier {Anaf .path.., liv. v, pl. I, fig. 2) a décrit le premier cas de tumeur perlée de ce genre.

Dans Lebert {Maladies cancéreuses., p. 491), on peut voir une courte mention d’un cas analogue.

Baring (Markschwamm des Hodens, p. 280, fig. 2} raconte un fait de même espèce.

Dans quatre autres cas, les tumeurs perlées se trouvaient mêlées à du cancer et à du cartilage.

Gobée de Leyden a observé un cas de ce ^enre (Virchow' s Archiv, III, p. 223).

Wardrop (Observ. on fung hœmatodes or cancer, p. 137), puis Curling {Med. chirurg. transact., 1853, vol. XXXVI, p. 451), puis enfin Rokitansky {Allg. pathol. Anatomie, § 196), citent des cas analogues.

Dans une troisième catégorie, on peut ranger deux faits, décrits par Virchow dans ses Archives, sous le nom de fihro-cystoïde. {Virch. Archiv, Bd. VIII). Un cas décrit par Curling, page 418, dans son Traité des maladies du testicule, s’en rapproche beaucoup, de même q\f une observation de M. Trélat, alors aide d’anatomie, et emprunté à la clinique de Nélaton {Archives générales de médecine, 1854, t. 1). On peut y ranger aussi la nôtre (voir Nepveu {Société anat., 1870, p. 66). Dans une quatrième catégorie,

tumeurs perlées seules sans altération du stroma testiculaire, se trouve le fait unique de Lotzbeck [Deutsche Klinik, 1857) qui a été observé sur un tuberculeux.

On pourrait rapprocher de ces faits de tumeurs perlées du testicule une belle observation de Robin {Archives, t. Vil); il s’agit d’un sarcocèle kystique avec tumeurs perlées de l’épididyme.

Ainsi donc, en résumé, les tumeurs perlées apparaissent le plus souvent avec diverses néoplasies du stroma testiculaire, soit avec le cancer, soit avec le sarcome kystique; rarement la tumeur perlée existe seule. Dans tous ces faits jusqu'ici les seuls que nous ayons pu trouver, au total, 43 observations, la tumeur perlée en elle-même n’acquiérait pas grande valeur clinique, leur importance est à peu près nulle ; le vrai rôle appartient donc au tissu morbide fondamental.

Au point de vue pathogénique plusieurs faits importants semblent se rapprocher pour indiquer la vraie voie à l’interprétation de leur origine.

Dans presque toutes ces observations, outre les perles, il y avait des kystes à contenu divers, séreux, muqueux, avec débris épithéliaux et cholestérine (obs.de Gruveilhier, Wardrop, Virchow, Rokitansky, Trélat, Curling, Nepveu); total 9 fois sur 13. En outre, dans tous les cas, sauf un, celui de Lotzbeck, le stroma testiculaire était occupé soit par du cancer, soit par du sarcome, soit par du tissu fibreux.

Ces diverses coïncidences devaient faire admettre a 'priori l’hypothèse, depuis vérifiée par l’observation, que les perles ont pour origine l’épithélium des canalicules testiculaires. Cependant Gruveilhier, puis Trélat et même Virchow, un certain moment, soutinrent que les tumeurs perlées étaient dues à une formation de toutes pièces d’un tissu nouveau. On pourrait défendre l’opinion que les lymphatiques, dont l’épithélium est pavimenteux, pourraient aussi leur donner naissance; mais si on rassemble tous les faits positivement étudiées jusqu'ici (Lotzbeck, Nepveu), on pourra voir, sans nier absolument ce mode de développement,

que l’observation de M. Tillaux (thèse de M. Viardot) rend assez probable, que les plus grandes chances sont en faveur de Torigine canaliculaire des perles. Altérations diverses du stroma (cancer, sarcome, etc.), altérations consécutives des canalicules (kystes séreux, kystes à contenu muqueux enveloppé de cellules pavimenteuses, disposées en couches concentriques, kystes perlés): \oilà des lésions trop rapprochées pour ne pas avoir de liens étroits.

Arrêt mécanique du produit de sécrétion glandulaire, sa rétention dans les canalicules ; puis irritation consécutive par le contenu de canalicules altérés et par la néoplasie périphérique : telles seraient, ce nous semble, les conditions principales de leur formation. L’arrêt de la sécrétion glandulaire pourrait être produit par la néoplasie qui étrangle les canalicules, ou par l’épaississement du liquide sécrété : telle est le résultat de mes observations à ce sujet.

On concevra bien facilement qu’une cause quelconque qui viendrait à réaliser une des conditions précédentes pourrait être suivie d’effets semblables. M. Verneuil avait essayé sur son malade l’iodure de potassium et le mercure, mais sans succès; cependant, bien qu’aucun renseignement n’ait pu faire croire à la syphilis, il y a , quelques mois, le malade présentait une syphilide ulcéreuse du nez qui a été rapidement améliorée par Tiodure de potassium.

Aussi, M. Verneuil croit-il que la syphilis peut produire les tumeurs perlées. « On sait, en effet, dit Viardot, que les diverses affections syphilitiques du testicule ont pour effet d’atrophier et de comprimer les canalicules séminifères.

« On peut donc, comme l’admet l’éminent chirurgien, faire jouer, aux divers exsudais dus à la syphilis, le même rôle qu’aux autres néoplasies : sarcome, cancer, enchondrome.

c( Cette idée nous paraît vraisemblable, et si, dans le fait actuel, elle trouve quelques objections, il n’en est pas moins vrai qu’à l’avenir, il faudra soigneusement rechercher si la théorie de M. Verneuil est d’accord avec les faits.

« Cependant nous ferons remarquer que le testicule offrait au microscope tous les caractères du sarcome; il s’y trouvait, en

outre, de petites masses cartilag^ineuses, fait habituel daus le sarcome testiculaire et qui n’a jamais été rencontré dans Torchite syphilitique chronique, Torchite indurative. » (Extrait de Viardot, p. 20, thèse.)

Dans toutes ces observations, les tumeurs perlées ne sont qu’un accident pour ainsi dire; dans le fait de Lotzbeck, seul, les tumeurs perlées existent sans complications d’aucune sorte; la tumeur atteig'nait, dans ce cas, le volume d’une cerise. Gomment donc désigner tous ces faits? Faudra-t-il, comme Millier, les désigner sous le nom de cholerstéatome? le terme est impropre, nous l’avons déjà repoussé. Faut-il, comme Gornil et Ranvier, leur appliquer le terme d'épithélioma perlé? mais alors on aurait, comme le fait de Gruveilhier, un cancer alvéolaire avec épithélioma perlé: exemple de dimorphisme dans les tumeurs que n’admettent pas tous les auteurs. Le terme à'athérome perlé, employé par Bilroth (1), serait peut-être le meilleur pour rendre l’idée d’origine et les connexions intimes de ces faits avec la pathogénie générale de l’athérome et la physionomie de l’affection (kystes séreux, muqueux avec cholestérine, perlés); cependant le fait, jusqu’ici unique, de Lotzbeck sans kyste d’aucune sorte, serait aisément défini par le terme d'adénome perlé du testicule.

Quoi qu’il en soit de ces diverses dénominations qu’il est bon d’étudier en elles-mêmes pour avoir des termes commodes et clairs pour désigner tous les faits, revenant à notre point de départ, nous pouvons dire que les tumeurs perlées en général, de n’importe quelle région, peuvent se ranger en divers groupes.

ËiMTHÉLioMA^ERLÉ (Rauvier et Gornil), tumeur perlée de la base du cerveau.

Athérome perlé (Bilroth) (2), athérome cutané avec perles, ou encore, d’après Bilroth, tumeurs perlées du testicule.

(1) Bilroth. Allçem. Chirurf^ie, p. 689.

(2; Allgem. Chirurgie, p. 689.

Adénome perlé (fait de. Lotzbeck), perles du thymus, etc. (1).

Si, au point de vue anatomique, les tumeurs perlées du testicule ne paraissent être qu’un accident; leur importance au point de vue clinique n’est guère plus grande. Il est impossible de les diagnostiquer sur le vivant, et jamais on ne les a vues se généraliser. Deux ans après l’opération, l’opéré était encore en bonne santé.

Observation II.

Sarcome fasciculé, avec épithélioma pavimenteux testiculaire. — Kystes phyllo-

diques et nodules du cartilage.

Cette tumeur a été enlevée par M. Verneuii en 1870, peu de temps avant la guerre; la note clinique qui avait été prise a été perdue malheureusement pendant le siège de Paris. Celte observation, purement anatomique par conséquent, se rapporte à un jeune homme d’environ 25 ans.

Bien que je n’aie pu avoir d’autres détails, il m’a semblé que cette étude offrait cependant un certain intérêt.

L’epididyme ne pouvait être distingué du testicule lui même; une grande coupe de l’organe laissait voir de petits corps cartilagineux, quelques kystes ; la masse de la tumeur était dense, il n’y avait pas de foyers hémorrhagiques.

A l’inspection microscopique , les canalicules testiculaires offraient diverses lésions. Tout d’abord quelques-uns d’entre eux étaient atrophiés et renfermaient seulement leurs épithéliums en dégénérescence graisseuse; mais la plupart contenaient un épithélium pavimenteux, très-large au centre du canalicule, et diminuant petit à petit de volume jusqu’à la périphérie; la tunique fibreuse, très-épaissie, était aussi infiltrée de jeunes cellules épithéliales. Les kystes étaient remplis d’un contenu granuleux assez abondant, mais leurs contours étaient surtout formés par des épithéliums pavimenteux presque aussi larges que les épithéliums cutanés. Ces cellules s’amassaient, parfois, en forme de papille et faisaient une saillie considérable da*ns l’intérieur de la cavité : l’épithélium pavimenteux large et très-aplati diminuait petit à petit de volume dans les kystes vers leur périphérie et se confondait graduellement avec le tissu conjonctif ambiant. En passant peu à peu par tous les degrés entre les cellules embryonnaires et les cellules complètement développées, quelques canalicules offrent une

(1) Un seul de ces termes, épithélium, atbérome, adénome, ne peut servir à distinguer toutes les tumeurs perlées ; c’est pourquoi nous repoussons toute tendance exclusive.

espèce de bourgeons épithéliaux qui se dirigent dans l’intérieur du tissu conjonctif et contiennent de l’épithélium pavimenleux.

Le tissu ambiant est formé par du tissu conjonctif à cellules fusiformes en très-grande quantité, dans quelques points dominent les cellules étoilées. Les vaisseaux ne sont pas visibles comme tels, sur leur trajet, on ne trouve plus que des cellules embryonnaires en grand nombre, dont les traînées en rappellent très-bien la disposition.

Le tissu conjonctif est prédominant et écarte tous les éléments à une distance considérable l’un de l’autre ; de place en place on trouve de petites masses byalines, laiteuses, dures, formées par du vrai cartilage ; chacune de ces nodosités est entourée d’une couche épaisse de tissu conjonctif qui en forme comme la matrice ; il semble qu’on ait affaire là à un canalicule transformé en cartilage; mais on peut voir commencer la lésion le long de ces traînées de cellules ou plutôt de noyaux embryonnaires que nous avons signalés. En quelques points, sur la coupe transversale de ces traînées, on voit les noyaux embryonnaires s’écarter, prendre un aspect épithélioïde, une masse molle séparer les cellules entre elles ; ainsi m’a semblé se former le cartilage dans ce cas. Je n’ai vu nulle part de lumière au centre des nodules de cartilage qui pût révéler leur origine aux dépens des canalicules. Je n’en ai pas rencontré sur les parois des kystes ; tous m’ont paru dériver de ces traînées embryonnaires dont le trajet rappelle celui des capillaires.

En résumé, c’est un sarcome fasciculé avec épithélioma pavimenteux canaliculaire, kystes, athérome dans certains points et nodules de cartilage sans perles.

De ces deux observations, on peut déjà tirer un fait important au point de vue de l’élément glandulaire. Vu la longueur énorme des canalicules, les altérations de l’épithélium ne sont pas toujours les mêmes. En certains points, il devient pavimenteux, en d’autres, il forme des perles, plus loin il est atrophié, plus loin encore les canalicules se transforment en kystes, avec matière athéromateuse et épithéliale, ou encore avec matière visqueuse ou muqueuse. Cette remarque nous conduit à cette conclusion : H semblerait que l’altération primitive n’est pas celle des canalicules, mais plutôt celle du tissu interstitiel qui a fait subir aux canalicules, dans leur énorme longueur, diverses altérations ; ici, compression ; là, isolement complet d’une portion qui a pu fonctionner encore un moment, mais dont l’épithélium a changé de nature. I L’affection épithéliale est discontinue dans le testicule, surtout à

cause de la longueur des canalicules et probablement aussi à cause de la compression et de l’isolement de quelques-unes de] leurs portions.

Enfin, oa remarquera que, dans ces deux observations, la force! pathologique qui a fait dévier le tissu conjonctif de son type primitif, a exercé aussi son influence sur le tissu glandulaire. Les deux tumeurs ne sont pas simples; non-seulement elles présentent des variations dans le même type; dans le sarcome, pari exemple, à côté du tissu sarcomateux, on voit du cartilage (type de la substance conjonctive), mais encore elles présentent des types divers. A côté du sarcome du stroma, il y a l’épitbéliome des canalicules (type épithélial), car enfin, l’épithélium glandulaire est dévié de son type normal : chaque élément dans le testi-| cule semble répondre à sa manière à ^irritation pathologique. Nou^' avons dimorphisme, quoiqu’on puisse dire. A côté du sarcome s’est développé le cartilage, et l’épithélium testiculaire s’esti développé de telle façon, qu’il est presque égal à l’épithélium pavimenteux cutané. Ces deux types de tumeurs, type épithélial, type conjonctif, se mêlent l’un à l’autre ; on a une tumeur com-j posée.

La dénomination d’une tumeur doit correspondre exactement àj ce qu’on y a observé. C’est pourquoi nous avons désigné lai seconde tumeur, par exemple, scus le nom de sarcome fasciculé, avec épithélioma pavimenteux dVigine canaliculaire; kystes] athéromateux et nodules du cartilage.

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