‹ Contribution à l'étude des tumeurs du testiculeChapitre 3 sur 14 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

CANCER ENCEPHALOÏDE.

La question d’origine des tumeurs est une des plus curieuses à agiter, mais il faut le dire, qui comporte des desiderata de naturel presque insoluble en ce moment. Si nous la soulevons ici, c’est] bien moins avec le désir de faire un choix parmi toutes les hypo-

thèses qui régnent à ce sujet, que pour donner une idée au lecteur de la complexité et de la difficulté de tous ces problèmes, et légitimer en partie notre impuissance. Un autre but se rattache à cette question, c’est le désir de rendre plus saillantes les différences qui existent entre le sarcome médullaire et le cancer encéphaloïde. Le lecteur enfin, trouvant ici résumé ce qu’il y a de plus important sur la matière, pourra choisir parmi toutes les théories celles qui lui plaira. Quant à nous, plus soucieux d’une observation rigoureuse que de ces hypothèses utiles, il est vrai, mais dont le nombre indique assez que le terrain sur lequel elles reposent est bien mouvant, nous n’y toucherons que le moins possible. Faisons donc un court historique des doctrines qui ont régné sur ce sujet et spécialement sur le cancer.

L’école de Lebert a rendu le service d’attirer l’attention des observateurs, sur la forme spéciale et la polymorphie des éléments cancéreux. Ges observations, si justes, n’ont pas été distinguées des théories de l’école même appliquées à leur mode de génération, développement {denovo) aux dépens de blastèmes spéciaux; c’est ce qui semble en avoir atténué la portée. En tout cas, l’idée de la formation libre a trouvé aussi quelques défenseurs en Allemagne, Arnold (1) par exemple.

Gohnheim généralisant immédiatement les résultats de la découverte de Stricker, passage des globules blancs à travers les parois vasculaires, arrivait à cette conception, que la principale origine de quelques-unes des tumeurs peut s’expliquer par le passage des éléments blancs du s mg hors des vaisseaux. Besiadecki (2) en est aussi un des défenseurs les plus ardents.

On sait aussi que Recklingshausen a décrit des cellules voyageuses (Wandernde Zellen) dans le tissu conjonctif, cellules ami* boïdes; Pagenstecker (3), Glassen (4), Arndt, ont à leur tour exprimé une opinion analogue, en soutenant que les cellules

(1) Arnold. Virch. Archiv, VI, 44.

(2) Besiadecki. Arch. f. Dermatologie und Syphilis. 1870, II.

(3) Pagenstecker. Wien. Academie, 1808.

(4) Glassen. V. Archiv, LI. Arndt, idem.

Nepveu, 2

mobiles du tissu conjonctif, que des. cellules voyageuses dériveraient quelques-unes des tumeurs.

Virchow, au contraire, s’appliqua à trouver, dans les déviations des éléments du territoire même où naissent les tumeurs cancéreuses, la raison de leur propre développement. Trouvant Tunité histogénétique du corps dans le tissu conjonctif, il considéra le dernier tissu comme la matrice des épithéliums.

Rindfleisch définit, d’après lui, le cancer : une tumeur dans laquelle les cellules renfermées par foyers dans un squelette conjonctif ont un caractère épithélial ; autrement dit, le caractère épithélial des cellules renfermées dans les alvéoles -est le trait dominant du cancer. Le suc cancéreux a, pour Virchow, la propriété de pousser à la formation de cellules épithéliales le tissu conjonctif, en n’importe quel point de l’organisme. Le cancer peut naître dans les os, les ganglions, par exemple. Rindfleisch, un de ses élèves, est un des plus zélés représentants de la théorie du développement des ^tumeurs au moyen des éléments fixes (et non mobiles) du tissu conjonctif.

Gornil et Ranvier (1) placent le cancer à côté du myxome, du fibrome, du lipome, comme membre d’une même famille de « tumeurs constituées par un tissu dont le type se retrouve dans le tissu conjonctif.»

«Dans le carcinome, le tissu subit une altération hypertrophique portant sur le volume de ses cellules. C’est le carcinome, qui serait mieux nommé fibrome alvéolaire. »

Une autre théorie fait en ce moment beaucoup de bruit en Allemagne ; nous l’exposerons, parce que les autres sont déjà connues et que celle-ci prend plus ou moins indirectement racine dans les travaux de l’ancienne école française. En France, on sépare l’épithélioma du cancer; le premier dérivant nettement de l’épithélium. En Allemagne, au contraire, une tendance opposée s’est manifestée; on cherchait à les réunir : le caractère épithélial des cellules cancéreuses (fait admis, même par Virchow), rap-

(4) Cornil et Ranvier. Manuel, tome I, page 3.

prochait le carcinome de l’épithélioma. Mais, à la suite des travaux de Thiersch (1), Waldeyer (2) essaya de donner à ces tendances une base plus solide. Partant de ces données : 1® caractère épithélial des cellules du cancer (Virchow) ; 2® l’épithélium ne peut naître que de l’épithélium (école française; idée rééditée par Thiersch); il est arrivé à cette conclusion, que le cancer naît aussi de l’épithélium. L’épithélioma et le carcinome ne forment plus qu'un seul groupe, divisé en trois çlasses ou plutôt en trois variétés : 1® cancer cutané avec deux formes, l’une superficielle, l’autre profonde, avec adénomes malins des glandes sudoripares et sébacées; l’épithélium se rattache à la forme pavimenteuse. — 2® Cancer des muqueuses^ avec structure glandulaire et cellules pavimenteuses ou cylindriques. — 3® Cancer glandulaire : ma» melle, foie, testicule. — Dans ces organes, le cancer dérive de l’épithélium glandulaire, et par conséquent, l’élément cancéreux est en rapport plus ou moins étroit de forme, de volume, avec l’élément primitif.

Les diverses phases de productions de la tumeur cancéreuse seraient l’hypertrophie des éléments glandulaires ou des éléments épithéliaux formant surface ; l’adénome vrai, l’adénome malin, etc., puis le cancer, lorsque l’épithélium glandulaire envahirait le tissu périphérique. Toutes ces idées étaient en germe dans l’école française ; nulle mieux qu’elle n’avait soutenu que l’épithélium dérive de l’épithélium, que l’adénome peut se transformer en cancer, que la cellule cancéreuse offre quelque chose de spécial qui ne permet pas de tirer son origine du tissii conjonctif. La conclusion logique était facile à tirer, mais il était plus difficile de la vérifier anatomiquement. Birch Hirschfeld (3) a essayé de démontrer que les cancers du rein, du foie, du testicule, dérivaient de l’élément glandulaire. Aussi, Waldeyer semble définir, avec quelque raison, le cancer (épithélioma et carcinome des auteurs réunis), une tumeur épithéliale atypique,

(1) Thiersch. Der épithélial Krebs. namentlicii der Haut. 1865.

(2) Waldeyer. Die Entwickelung der Carcinome. Virch. Arch., Bd. XLI, 47Ü.

(3j Birch Hirschfeld. Archiv d. Heilk. IX. Jahrg, p. 537.

Du reste, chez l’embryon, les vrais épithéliums dérivent toujours du feuillet interne ou externe. Des organes d’origine épithéliale, comme le cristallin, par exemple, semblent faire exception à celte loi; inclus, en effet, dans le feuillet embryonnaire moyen, ils ne sont que des bourgeons du feuillet externe qui se sont petit à petit détachés de lui.

La production d’épithélium dans les plaies (1), aux dépens de l’épithéliome sudoripare et sébacé (Schron), de l’épithélium épidermique, est une autre raison, de même que la formation des kystes dermoïdes expliquée par étranglement fœtal. Du reste, le cancer primitif des ganglions lymphatiques peut être jusqu’ici rais en suspicion. Le doute semble devoir être plausible sur l’origine des cancers osseux ; dans presque tous les cas de vrai cancer des os, on peut, comme Gornil (2) a pu le voir (cancer de l’humérus dérivant d’une fistule de l’os, qui durait depuis trente ans), presque toujours faire dériver le cancer de l’épithélium épidermique ou des glandes cutanées.

11 y a bien des obscurités dans cette théorie; d’où viennent, par exemple, les petites cellules, les noyaux, les corpuscules lymphoïdes qui entourent les cellules complètement développées ? Quelle est l’origine de ces jeunes cellules de développement ? Si on admet que l’épithélium ne dérive que de l’épithélium, il faut encore renoncer aux «sucs infectieux;» la dissémination des jeunes cellules, môme leur migration active, que rendent possible leur élasticité, leur flexibilité, leur contractilité propre, ' expliqueraient leur entrée dans les voies circulatoires et spécia- | leiiient les lymphatiques (Lücke) (3). |

Thiersch, Waldeyer, Koster, Naunyn, Knoll, Laesiorfer, sont les soutiens, en Allemagne, de l’origine épithélialè du cancer; Kœster (4) s’est particulièrement distingué des observateurs pré-

(1) Heller, Hoffmann, Wodswort, h. Eberlh, Heiberg, ont vu que la formation d’épithélium nouveau dans les pertes de substance, provient du bord de l’épithélium sain.

(2) Cornil. Journal de l’anatomie, 1866, p. 277.

(3) Luecke. Traité des tumeurs, page 209.

(4) Kœsler. Die Ëntwickclung der Carcinome und Carcome. (Würzburg, 1869.)

cédents, en soutenant que le cancer se développe aux dépens de répilhélium des lymphatiques, et que les aspects glandulaires que Ton trouve dans certaines des préparations du cancer sont dus à cette origine : si pour ces derniers auteurs Tépithélium ne peut dériver que de l’épithélium, pour Langhans (1)’, Klebs (2), Leontowitsch (3), il faut prendre dans cette question une position mixte; le cancer naît aux dépens de l’épithélium préformé, cependant les éléments fixes du tissu conjonctif prennent une place notable dans son développement.

En résumé, six théories différentes : lo formation libre (blastèmes, Robin); formation aux dépens des globules blancs du sang (Gohnheim) ; 3o aux dépens des cellules mobiles du tissu conjonctif (Pagenstecker) ; 4o des éléments fixes de ce tissu (Virchow, Rindfleisch); |5o de l’épithélium préformé (Thierscb, Waldeyer); enfin, 6o théorie mixte de Langhans. Tel est, au point de vue de l’origine du cancer, l’état assez ernbarrassant de la question.

Heureusement que ces divisions ne se trouvent pas au même degré dans l’étude anatomique du cancer. L’pr/>le de Thierscb et Waldeyer insiste sur le caractère spécial des cellules, to'ut comme celle de Lebert et de Virchow : polymorphie et caractère épithéloïde; voilà les deux traits principaux des cellules canc'^reuses ; si, dans certain camp, on paraît priser beaucoup l’état alvéolaire du cancer, dans d’autre, ce fait anatomique parait moins important et on s’en rapporte davantage aux deux caractères propres de la cellule cancéreuse, Lebert, Robin, Thierscb, WaMeyer, etc.

Nous insistons ici, à dessein, sur tous ces points, car on trouve, dans des auteurs du plus grand mérite, des assertions opposées sur la nature dés tumeurs du testicule. Virchow (4) dit, en effet, qu’il y a incontestablement un sarcome du testicule, mais on peut à peineles distinguerducancer,autrementqueparrexaTien microscopique, «autant que j’en puis juger (ajoute-t-il), par ma propre

(1) Lançhans. Ueber Krebs und Cancroide der Lunge. V. Arch., XXXVIII.

(2) Klebs. Ueber-Larynx geschwülste ; idem.

(3) Leontowitsch. Central Blatt. 1869.

/4) Virchow. Traité des tumeurs. II, 365, édit, française.

expérience et par la littérature il est très-rare. » — Rindfleisch (f), au contraire, assure que le testicule est pour ainsi dire le siège de choix des sarcomes. « Le sarcome encéphaloïde, dit-il, ressemble beaucoup dans ses traits extérieurs au cancer encéphaloïde. Cette ressemblance.atteint surtout un haut degré, dans les cas très-ordinaires où il y a combinaison avec le carcinome. »

Ces assertions si opposées nous semblent justifier l’étude que nous venons de faire des diverses théories qui régnent encore sur le développement du cancer, et Surtout la recherche des caractères propres à cette néoplasie.

Faisons donc quelque chose d’analogue pour le sarcome médullaire.

Les sarcomes médullaires proprement dits, qu’il ne faut pas confondre avec les sarcomes mous, qui peuvent être formés de cellules fusiformes ou étoilées, sont des sarcomes à cellules rondes, avec noyaux plus ou moins considérables, nucléole brillant, protoplasme peu abondant. Elles sont enfermées dans un réseau semblable au tissu adénoïde et ne sont pas dans les formes pures réunies dans les alvéoles. Le sarcome médullaire, rondocellulaire, ou encore la tumeur embryoplastique de l’école de Lebert, offre donc des cellules comprises dans un parenchyme continu; ces cellules sont très-fragiles, et lorsqu’on voit dans une tumeur fraîche de gros noyaux avec des corpuscules brillants, sans enveloppe cellulaire, on peut, jusqu’à plus ample informé, présumer qu’on a affaire à un sarcome. Tant qu’on aperçoit dans les cellules la faculté de laisser exsuder la substance intercellulaire, ou la persistance de leurs rapports avec cette substance intercellulaire, on est sûr qu’il ne s’agit pas d’un cancer.

Le sarcome n’est quelquefois pas simple. Lobstein (2) a remarqué que plusieurs formes de tumeurs se combinent entre elles; Virchow (3) a observé lui-même que les fibromes, les myomes, les

(1) Rindfl;eisch. Patholog. Anatomie, p. 459.

(2) Lobstein. Traité d’anatomie pathologique, 1809, 1, 456.

(3) Virchow. Ueber Combination und Uebergangs-fæhigkeit der Krankhaften Geschwiilste. Würsburger, Verhandlurigen. 1850, I,p. 134.

mélanomes, peuvent entrer en transformation ou métaplasie cancéreuse.

On admet généralement l’invariabilité des types de tumeurs; cependant, on a été forcé de reconnaître l’existence de formes mixtes : du sarcome combiné à du cancer. On peut donc parler de sarcome carcinomateux, non que les éléments sarcomateux, déjà formés, puissent dégénérer en cancer. Ces deux espèces de tu- • meurs ne se développent pas en même temps; le développement primitif est habituellement sarcomateux, et le développement consécutif, carcinomateux; il se produit ainsi unetumeur composée (dégénération composée, Laënnec) d’un type mixte.

Après cet ensemble d’opinions, de théories sur l’origine des tumeurs en général et spécialement du cancer; après cet ensemble de caractères différentiels sur l’importance desquels presque toutes les écoles s’entendent, tout en leur donnant une place plus ou moins variable, nous pouvons aborder l’étude des observations qui suivent.

Observation IIÏ.

Cancer encéphaloïde.

La partie clinique est due à l’obligence de M. Maunoury, externe des hôpitaux.

Rousset, âgé de 61 ans, est entré, le 4 novembre 1871, salie Saint- Louis, n" 14, hôpital Lariboisière, service de M. Verneuil. Cet homme est tourneur et a l’habitude de faire marcher la pédale de sou tour avec le pied gauche. Il n’a jamais eu d’enfant bien qu’il se soit marié deux fois. Il y a une quinzaine d’années, il a eu une blennorrhagie suivie d’orchite du côté droit, le testicule gauche est resté intact. En 1863, il a souffert d’un calcul vésical qui est sorti spontanément au bout de six mois. Les voies urinaires reviennent alors à l’état normal, mais au bout de quelques mois, le malade s’aperçoit que son testicule gauche a pris un volume un peu plus considérable. Il y a quatre à cinq ans, sans cause connue, le testicule gauche commence à gonfler assez rapidement et arrive en un an au volume qu’il a aujourd’hui. Par la fatigue, cette tumeur prenait un volume plus considérable et devenait le siège d’élancements et d’irradiations douloureuses qui partaient de la région inguinale ; le repos faisait disparaître tous ces accidents et la tumeur diminuait paifois d’un tiers, jamais elle n’a été le siège de douleurs spontanées.

En 1869, il va à rhôpital Cochin, où on lui fait des onctions avec une pommade (?) qui restent sans résultat; le malade refuse Tablation. Mais depuis quatre mois les douleurs deviennent plus fréquentes, tout travail lui est impossible, le malade entre alors à Lariboisière.

On trouve dans la partie gauche du scrotum une tumeur ovoïde allongée, assez régulière, légèrement aplatie de dehors en dedans, offrant un diamètre vertical de 11 centimètres, et un diamètre transversal de 6 centimètres. La consistance est généralement ferme, mais elle n'est pas parfaitement uniforme; un peu plus élastique à la partie inférieure, très-dure en haut et en arrière où on peut reconnaître Tépididyme; enfin, en haut et en dehors, au devant de l’épididyme, il y a une fluctuation manifeste, paraissant située dans une sorte de gouttière au fond de laquelle on sent des inégalités; certains points de la tumeur sont un peu sensibles à la pression. La peau est mobile sans altération aucune. Le cordon est intact et ne présente que quelques veines dilatées de peu d’importance. Aucune trace d’engorgement ganglionnaire au pli de l’aine et dans la fosse iliaque.

Le teint est jaune , cachectique , la figure un peu maigre , l’appétit bien conservé, depuis longtemps emphysème pulmonairé donnant lieu à des quintes de toux.

11 n’y a donc qu’un mode de traitement : l’ablation; mais par précaution, on donne d’abord chaque jour 1 gramme d’iodure de potassium; au bout de douze jours la tumeur étant dans le même état, on cesse le traitement.

22 novembre. Castration. Le malade est chloroformisé. M. Verneuil fait une incision longitudinale sur la portion antéro-ex terne de la tumeur qui apparaît alors recouverte par la tunique albuginée; la dissection est très-facile, le cordon est sain, on en lie successivement les divers éléments, l’artère spermatique a le volume et l’aspect du canal déférent. Pansement à la charpie alcoolisée. Température avant l’opération 37°, 6, après 36®, 6 ; la perte de sang est insignifiante.

Le malade ne souffre pas après l’opération, mais vers une heure de l’après-midi, il se fait une hémorrhagie de 150 grammes de sang environ. Temp. 370,8. On lie une artère et deux veines, et on panse à la charpie imbibée de perchlorure de fer. Dans la soirée le malade souflre beaucoup, il n’a pas d’appétit. T. 38°,8.

Le lendemain, face rouge, langue très-sèche, soif vive, anorexie, subdelirium toute la nuit. La plaie n’est pas douloureuse, on substitue au pansement au perchlorure la charpie alcoolisée. Extrait thébaïque. T. 39® ,6 matin; soir 41®, 4; le pouls a 120.

Le 2i. Teint plus jaune que d’habitude, anorexie, bouche amère, vomissements bilieux, la plaie n’est pas douloureuse, si ce n’est dans les quintes de toux. — Pansement alcoolisé deux fois le jour, bouillon.

Le 25. Amélioration notable ; langue humide, soif moins vive, il n’y

a pas encore eu de selles après Topération. Sommeil plus calme, léger empâtement de la région inguinale gauche. Onctions d’enguent napolitain et cataplasmes; œdème des téguments de la verge. T. matin 138°, 9; le soir 38®, 7.

Le 27. Langue blanche, anorexie, la plaie est de couleur grisâtre, [sans bourgeons charnus, la suppuration offre une coloration jaunelorange. Dans la région iliaque et le flanc gauche, apparaît un large [phlegmon.

Le 28. Face altérée; T. matin 39°, 2, soir 39®, 9. Incision parallèle [et supérieure à l’arcade crurale, il ne sort pas de pus. Lavement au [musc, camphre, sulfate de quinine et opium.

Les jours suivants l’état reste le même, on fait des badigeonnages jà la teinture d’iode sur la tuméfaction du flanc gauche. Traits altérés, jsubdelirium tous les soirs, fièvre vive, le malade tousse et crache [beaucoup.

A partir du 3 décembre, le phlegmon diminue petit à petit, il se [manifeste, le 7, une fluctuation évidente, circonscrite au niveau de l’bypochondre gauche. Une incision faite en ce point donne issue à un lot de pus verdâtre, d’odeur infecte, des filaments de tissu cellulaire )lanchâtre viennent se placer sur les lèvres de l’incision. T. 39°, 2 le latin ; le soir 37°, 9.

A partir de ce moment l’amélioration est rapide, et bientôt le malade sort de Khôpilal, vers la fin de janvier, parfaitement guéri.

Examen de la tumeur. — La tumeur a la forme ovoïde, à grosse îxt'.émité inférieure; l’épididyme est encore reconnaissable, on trouve lans son voisinage un kyste rempli de sérosité citrine transparente. [Sur une grande coupe la surface paraît diversement teintée; en quel- [ques points, jaune rougeâtre, en d’autres une substance blanche molle, [en d’autres encore vers la partie supérieure, un tissu blanchâtre et Idense.

4 l’examen microscopique, on aperçoit que quelques-uns des cana- [licules testiculaires sont encore reconnaissables ; sur ceux-là l’épithélium est devenu un peu plus volumineux qu’à l’état normal; on y voit un gros noyau avec nucléole; le protoplasme est clair, hyalin, il n’y a pas de granulations dans les cellules. Les canaux épididymaires offrent aussi une hyperplasie très-notable de leurs cellules épithéliales ; quelques-uns ont gardé leurs cils vibratiles, la plupart sont bourrés d’épi- Ihélioma. Le tissu conjonctif, dans tous ces points, offre un aspect adénoïde très-manifeste, il est infiltré de jeunes cellules lymphoïdes, qui petit à petit augmentent de volume, prennent un gros noyau avec nucléole brillant; ce tissu englobe les canalicules et les vaisseaux et ne laisse plus rien voir, dans les points où la lésion est plus avancée, de la texture primitive de l’organe. En ces points, on voit tantôt dans

le testicule, de fins réseaux délicats et minces, tantôt au niveau de répididyme, de grosses trabécules.

Dans ces mailles de délicatesse variée , les cellules présentent une membrane d’enveloppe mince, un protoplasme hyalin, transparent, en quantité variable, avec gros noyau et nucléole brillant.

Les vaisseaux eux-mêmes, qui généralement sont en très-grand nombre, sont aussi envahis ; leurs épithéliums sont très-volumineux; cette lésion, plus visible sur les capillaires, donne à la colonne sanguine un contour déchiqueté, ou bien lui fait éprouver des interruptions dont l’image est très-belle sur des pièces durcies dans l’alcool ; il en résulte, en nombre de points , des foyers hémorrhagiques assez volumineux. Dans les plus gros vaisseaux, les éléments de la tunique moyenne augmentent de volume. L’épithélium lymphatique parfaitement reconnaissable à sa position dans l’espace intercanaliculaire, sur| une coupe transversale a subi une transformation analogue.

Là où les cellules ont détruit le tissu, on peut encore distinguer l’aide du pinceau les fins réseaux alvéolaires qui les entourent ; mai ce qu’il y a de remarquable, c’est que dans certains amas de cellules] épithéliales, devenues granuleuses, graisseuses, on observe de fins cristaux, qui paraissent, vus de côté, n’êlre composés que d’aiguilles, mais qui, vus de face, sont des lames de cholestérine disposées enj étoiles. Tout au pourtour de ces îlots en petit nombre mais parfois énormes en étendue de cellules atrophiées, en dégénérescence grais-| seuse, plus ou moins teintées par le sang, se trouve fréquemment df fortes travées conjonctives ; en quelques points elles atteignent unej épaisseur considérable. Leurs éléments surtout, au niveau de l’albu ginée qui est très-ëpaissie, sont infiltrés de fins granules graisseux l’aspect qu’elles offrent est tout spécial et rappelle l’aspect qu’on ob-j serve autour des gommes du testicule : on y voit, en effet, les masseï granuleuses jaunâtres, tantôt arrondies, oblongues, tantôt très-allon-i gées et qui semblent remplir des capillaires atrophiés, ou des cellule musculaires lisses. Cet aspect ne s’observe guère que dans les envi rons de l’albuginée; on ne peut guère douter cependant de la ratuni de la lésion ; l’étude des tumeurs en d’autres points est très-concluant et permet d’écarter l’hypothèse de tubercule ou de lésions syphilili ques gommeuses.

Un fait assez remarquable dans cette tumeur, c’est l’existence dan le voisinage direct des canaux de l’épididyme de plusieurs faisceau: musculaires striés ; l’un d’eux central surpasse en volume une plum d’oie, et tout autour de lui se rangent quelques petits faisceaux secon daires. Ces fibres striées dont la texture estlrès-reconnaissable,présenten une vascularisation très-développée. Rokitansky (1) a signalé un myom

(1) Rokitansky. Zeitschrift der Wien. Ærzte 4849.

triocellulaire du volume d*un œuf d'oie. Senftleben (l) a vu un fait du [même genre, enfin Billrolh (2' a décrit un cas analogue, dans un cas jde cystosarcome. Les myômes striés du testicule partiissent donc, jusqu’ici, assez rares; notre fait, le quatrième autant que j’ai pu m’en assurer, après d’assez longues recherches, offrirait ce trait caractéristique, c’est qu’il se trouvait mêlé aux canaux épididymaires ; j’ai pu en faire des coupes longitudinales et transversales, en reconnaître on ne peut mieux leur nature ; ses rapports de voisinage si étroit avec l’épi didyme , m’ont fait croire qu’il faudrait peut-être les dépouiller du [mystère qui environne leur origine et les rapporter à des émanations plus ou moins directes du crémaster. En tout cas, j’ai rencontré ces fibres musculaires dans la tumeur même et tout à fait à côté des canaux de l’épididyme qui se voient sur la même coupe. Je n’ai pas rencontré de lésions des fihres lisses. Rindfleisch a vu sur une tumeur du testicule que lui avait confié Middeldorpf, un myome lævicellulaire.

Le canal déférent était parfaitement sain, les vaisseaux seuls offraient un volume inusité.

Observation IV.

Cancer encéphaloïde.

La note clinique a été extraite de l’observation prise de M. Bourdon, interne ’ du service.

Nar., 35 ans environ, entre le 21 mars 1872, pour une tumeur du testicule gauche, dans le service de M. Verneuil. Il a eu un chancre induré, il y a douze ans, des plaques muqueuses, etc. Voilà deux ans il a été atteint d’une blennorrhagie légère sans orchite ; c’est en examinant son urèthre que le malade s’aperçut d’une petite grosseur du volume d’une noisette, au dehors du testicule gauche, tenant au testicule comme une bille. Cette petite tumeur était dure, indolente. Huit ou neuf mois après, cette tumeur n’était plus distincte, elle s’était confondue petit à petit avec le testicule , qui augmente considérablement de volume. Depuis deux ou trois mois il semble au malade que la tumeur se ramollit un peu; de temps en temps il survient de la rougeur dans le scrotum et quelques élancements; mais en général le malade ne souffre pas; sa tumeur le gêne seulement par son poids, il porte un suspensoir.

Le malade au moment de l’examen avait une bonne santé, n’avait pas maigri, ne présentait aucune tuméfaction ganglionnaire, aucunaçcident syphilitique, le cordon était sain.

(1) Senftleben. Virchow’s Arcbiv, Bd. XV, p. 345.

(2) Billroth. Virchow’s Arch. Bd. Vill, p. 433.

La tumeur était grosse comme un œuf de dinde, régulière, sans bosselures , élastique et fluctuante comme une hydrocèle bien tendue;] sans transparence. L’épididyme n’était pas distinct, mais à la partie postérieure de la tumeur est une espèce de masse un peu allongée et dure. La pression n’y détermine aucune douleur. Depuis quinze mois la sensation spéciale que détermine la pression sur le testicule sain n’existe plus, *e scrotum est bien tendu, lisse, mobile, sillonné de grosses veines.

A la partie supérieure de la tumeur est une masse saillante, molle, très-fluctuante, modérément tendue, qui a débuté il y a cinq ou six mois seulement et qui ressemble à un kyste annexé à la tumeur prin cipale. Cette partie est nettement fluctuante. M. VeriieuiJ enlève le tes ticule le 4 avril par le bistouri, le malade sort guéri le 4 mai.

M. Cauchois, interne du service, a bien voulu nous remettre la note] suivante :

Dès les premiers jours qui ont suivi sa sortie, perte d’appétit et des] forces; amaigrissement, fatigue facile à la marche; engourdissement de la jamhe gauche, qui a commencé en même temps à gonfler et est] devenue comme violacée.

Le 13 juillet, amaigrissement notable, la cuisse et la jambe gauche] sont plus volumineuses que le membre droit; la peau est violacée, le réseau veineux superficiel très-dilaté, surtout par places. On remarque également la dilatation des veines honteuses externes de la moHié\ gauche seulement du scrotum.

Au-dessus du pli inguinal gauche, la fosse iliaque est occupée par une tuméfaction ferme, résistante, non mobile, profonde, non douloureuse, soit spontanément, soit à la pression.

Examen microscopique. — M. Verneuil a bien voulu me remettre en entier la tumeur que je désirais injecter.

L’injection du canal déférent s’est arrêtée vers laqueue del’épididyme; l’injection des veines s’est perdue dans une vaste lacune sanguine; l’injection artérielle a donné seule quelques résultats, mais bien minces; quant aux lymphatiques, l’injection pouvait très-bien s’y faire: grâce à leur volume énorme, ils atteignent la grosseur d’une plume de' corbeau et au delà; mais elle s’est trouvée arrêtée. L’injectioa faite au nitrate d’argent a cependant permis de distinguer très-bien leurs épithéliums.

La tumeur était d’une consistance très-molle et fortement imbibée de sérosité.

Les canalicules testiculaires étaient en grande partie disparus, mais quelques-uns de ceux qui restaient offraient un épithélium très-net avec le fin réseau intra-canaliculaire de Sertoli (1); d’autres étaient

(i^ Sertoli. Voir à ce sujet la courte analyse des travaux de Sertoli et de Merkel, que j’ai fait paraître dans la Gazette médicale, 1872.

Lfl

iiS!

Page 1