‹ Contribution à l'étude des tumeurs du testiculeChapitre 6 sur 14 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

SQUIRRHE DU TESTICULE.

Le squirrhe du testicule est assez rare ; accepté par Curling, il est mis en doute par Rindfleisch, l’observation suivante nous a semblé être particulièrement intéressante à ce point de vue.

Observation VI.

Recueillie et publiée par M. Maunoury (voir Gazette hebdomadaire, 1871).

Cornet (Isidore), menuisier, 40 ans, entre le 22 juin 1881, no 22, salle Saint-Louis. Cet homme a toujours joui d’une bonne santé, il a eu une fièvre typhoïde en 4 8S6, en Afrique; aucun antécédent syphilitique, ni strumeux. Il y a six ans, le testicule gauche commença à grossir spontanément, sans contusion, ni autre cause connue, et devint dur; à cette époque, douleur uulle, sauf dans les mouvements. Peu à peu la tumeur augmenta notablement, la fatigue produisait des douleurs gravatives dans le scrotum ; cinq ou six fois, à la suite de travaux pénibles, le testicule prit un accroissement passager que le repos faisait disparaître. Il y a dix-huit mois, à la suite d’un de ces excès, un médecin fit la ponction et retira environ les trois quarts d’un verre de liquide roussâtre, transparent, mais la masse endurcie persista.

Depuis ce temps, le mai lit des progrès continus ; il y a trois mois, apparut une nouvelle tumeur située au-dessus du testicule: la gêne des mouvements devint alors plus considérable; depuis cinq semaines, le malade éprouve de la difficulté à marcher, malgré le suspensoir qu’il porte depuis cinq ans; les douleurs sont très-vives, l’appétit disparaît peu à peu, l'amaigrissement fait des progrès.

C’est dans cet état que nous trouvons le malade. On constate dans la moitié gauche du scrotum une tumeur grosse comme le poing , à surface inégale, de consistance ligneuse, sans adhérence ni changement de couleur à la peau et s’étendant dans la partie la plus déclive du scrotum, au canal inguinal et à la racine de la verge.

A la palpation; on reconnaît qu’elle est formée de deux parties séparées par un léger étranglement : une supérieure qui correspond au cordon, une inférieure qui correspond au testicule. Elles paraissent jouir d’une certaine indépendance ; la partie testiculaire est ovoïde, grosse comme un œuf de poule, plus dure,- plus inégale que la partie funiculaire.

Celle-ci, plus volumineuse, offre à peu près la forme d’un tronc de cône dont le sommet s’applique sur le testicule, et dont la base irrégulière, tournée en haut, se prolonge vers le canal inguinal et le corps caverneux.

La tumeur n’est d)uloureuse que lorsque le malade se fatigue, elle est indolente au repos; la fosse iliaque paraît saine ; il n’y a pas d’engorgement ganglionnaire apparent ; rien du côté des poumons ni des autres viscères.

11 ne peut s’agir ici ni d’orchite chronique ni de testicule tuberculeux, ni de testicule vénérien. La consistance ligneuse et les inégalités superficielles de la tumeur, l’envahissement d’un seul testicule, malgré l’ancienneté du mal, l’âge du malade, ne permettent l’hésitation qu'entre le sarcocèie dur et l’enchoudrome.

11 n’y a rien à attendre de la médication interne; il n’y a de ressources que dans l’ablation de la tumeur pratiquée dès que le malade sera acclimaté.

Opération le 3 juillet, à dix heures et demie, à l’aide du chloroforme; état normal satisfaisant ; état général bon. Température à neuf heures du matin, 37o,6. Incision longitudinale de 10 à 12 centimètres pratiquée en avant, depuis le canal inguinal jusqu’au bas du scrotum. La tumeur inférieure se dissèque assez facilement , mais la supérieure adhère très-intimement au corps caverneux et à la surface ilio-pectinée ; ici la dissection est lente et laborieuse, on ouvre et on lie plusieurs artérioles. Pour isoler complètement la production , ©n incise la paroi antérieure du canal inguinal. Alors la tumeur ne tient plus que par le cordon, dont la section est faite au niveau de l’orifice supérieur du canal inguinal, à petits coups et avec ie soin de lier successivement les vaisseaux ouverts, artères et veines.

Pansement à la charpie alcoolisée. A midi, température 36°, 7. L malade accuse des douleurs très-vives.

La tumeur paraît formée de deux parties à peu près d’égal volume; elle présente à sa surface des veines remplies de sang noir. Sur une coupe longitudinale, elle ofiffe un aspect blanc, fibreux, avec des stries I jaunâtres et des dépôts de matière phymatoïde, la consistance ligneuse. Sur cette coupe, la séparation de la tumeur en deux lobes est à peine marquée. En somme, l’aspect est celui des squirrhes de la mamelle. Un tronçon de cordon long de 2 centimètres et resté adhérent paraît sain.

Note histologigue rédigée par le Nepveü.

« Deux parties intimement liées, mais distinctes à l’extérieur, composent la tumeur: 1° le testicule proprement dit; 2° l’épididyme et le canal déférent.

« Le testicule, étroitement enveloppé par la vaginale qui fait corps avec lui , offre des dimensions supérieures à celles de l’état normal : 9 centimètres de diamètre longitudinal sur 6 centimètres de diamètre transversal. Sa forme est irrégulièrement ellipsoïde; il est d’une dureté considérable, ligneux, et laisse voir à la coupe longitudinale un réseau de longs et larges tractus de tissu conjonctif partant du corps d’Highmore et s’irradiant en éventail jusqu’au voisinage de la tunique vaginale, dont ils restent néanmoins séparés par un espace dont la largeur varie entre 3, 5 et 8 millimètres. Ce réseau, très- nettement circonscrit en arrière, se perd en avant dans ces espaces, espèce de zone fibroïde où se trouvent les plus petits canalicules testiculaires.

« Examen microscopique. Le tissu fondamental est formé par des trabécules très-épaisses de tissu , qui entourent des alvéoles ou îlots oblongs , ovalaires , remplies de cellules renfermées à leur tour dans des mailles d’aspect divers, tantôt fines, élégantes et ressemblant aux fins réseaux des ganglions lymphatiques; tantôt, et c’est le cas le plus fréquent, plus épaisses, plus larges et semblables à ce que l’on rencontre d’habitude dans le cancer.

« Les cellules offrent les aspects les plus divers : les unes forment un semis, une véritable poussière; les autres sont produites par prolifération conjonctive; d’autres se présentent sous une forme presque régulière, arrondie, à noyau large, entourées d’une mince enveloppe cellulaire. Elles diffèrent de l’épithélium glandulaire par leur volume un peu plus considérable et l’éclat de leur nucléole, Birch Hirschfeld (1) a signalé la parenté de ces cellules avec l’épithélium testiculaire: dans un cas, il a réussi, dii-il, à isoler uu canaliculeau moyen d’une faible solution d’acide chlorhydrique et a observé à la surface des nodo-

(1 ) Archiv der Heilkunde, X, p. 537.

sités qui indiquaient une participation du canalicule à la formation de la tumeur. D’après lui, dans le testicule comme dans le foie et le rein, l’épithélium serait le point de départ du cancer; pour nous, nous n’avons reiparqué que la similitude de forme et de volume , et encore à un âge donné que nous désignerons sous le nom de deuxième stade. Du reste, sans nier ce qu’avance Birch Hirschfeld, nous pouvons dire qu’aucun des canalicuies que nous avons observés ne montrait l’ombre d’une activité pathologique quelconque. Les cellules à troisième stade offrent toutes les déviations polymorphiques habituelles; presque toutes sont remplies de granulations graisseuses, beaucoup sont atrophiées, quelques-unes sont pigmentées en noir ou en jaune-brun.

« Les canalicuies comprimées, atrophiées, ne présentent plus guère d’épithélium reconnaissable, excepté en quelques points. Nulle part ils ne peuvent s’isoler ; ils sont séparés les uns des autres par des masses très- épaisses de tissu conjonctif; ils s’observent encore assez bien vers la périphérie, quelques- uns renferment une espèce de bouillie athéromateuse avec des cristaux de cholestérine.

« La vaginale, intimement soudée au testicule, présente une épaisseur variable ; en quelques points , vers le corps d’Highmore , elle atteint 3 à 4 millimètres; dans le reste de son étendue, elle n’a que 2 millimètres eaviron; elle est infiltrée de cancer dans les parties les plus rapprochées du testicule et notamment dans les portions qui avoisinent l’épididyme; dans le reste de son étendue, elle offre de trèspetits foyers cancéreux ; en quelques points, vers le corps d’Highmore, on observe de longues traînées de graisse brillantes, renflées et noueuses, qui semblent être des lymphatiques.

« Le corps d’Highmore forme un noyau dense, criant sous le scalpel ; on remarque sur sa coupe de gros vaisseaux artériels et veineux et quelques-uns des vaisseaux testiculaires. Il est sillonné de stries jaunâtres, étroites et linéaires, graisseuses, foyers cancéreux en régression , et réseaux divers d’absorption graisseuse, lymphatique, et cellules plasmatiques.

« L’épididyme n’est plus reconnaissable comme corps distinct ; il forme un champignon dont le chapeau coiffe le testicule, et dont le pédoncule se continue avec le canal déférent qui est infiltré jusqu’au canal inguinal.

a Les mêmes caractères s’y retrouvent : mêmes cellules, mêmes alvéoles plus larges, séparées par des trabécules épaisses ; la consistance de cette portion est ligneuse.

« Dans toute la tumeur, on ne trouve que deux ou trois dilatations kystiques, remplies de bouillie athéromateuse ; on n’y trouve ni fibres musculaires, ni globes épithéliaux. Deux ou trois petites calcifications vers le corps d’Highmore.

« Les lymphatiques sont chargés de graisse ; les capillaires paraissent généralement sains.

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