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Nouvelle hémorrhagie

Il n’y a pas d’autres renseignements j usqu’à l’autopsie pratiquée le 24 août suivant.

Pièce. — Urèthre antérieur normal.

La prostate relativement peu augmentée de volume se continue directement avec la partie de la tumeur qui occupe le bas-fond de la vessie ; celui-ci est irrégulièrement bosselé ainsi que la région du

col vésical, disposé en entonnoir, mais à surface très inégale. Les parois vésicales sont infiltrées dans leur partie inférieure. La vessie n’est pas dilatée.

De la prostate se détache en arrière un prolongement néoplasique situé du côté gauche, refoulant en dedans, sans les entourer complètement, la vésicule et le canal déférent de ce côté. La tumeur refoule et soulève le péritoine du cul-de-sac de Douglas.

Obs. 22. — Néoplasme prostato-vésical. — Pièce n° 640

de la collection Guvon.

Y..., salle Velpeau, n°26. Autopsie du 17 octobre 1901.

L’urèthre antérieur est sain dans la partie qui en a été conservée.

La prostate est peu augmentée de volume ; la cavité uréthrale n’est pas envahie à ce niveau. La tumeur est surtout constituée aux dépens du lobe droit qui soulève le côté du trigone par une masse arrondie, bosselée, s’incurvant vers la gauche. Plus en arrière se trouvent plusieurs bosselures beaucoup plus petites. L'orifice vésical de l’uretère droit est peu visible ; celui du côté gauche est profondément situé dans une dépression formée par la présence de ces quelques saillies.

En arrière le développement de la tumeur s’est étendu surtout vers le côté gauche où elle refoule en dedans, tout en les recouvrant partiellement, les vésicules et les canaux déférents.

La vessie est grande ; ses parois non épaissies ; sa muqueuse est très plissée.

Le cul-de-sac de Douglas n’était pas envahi .

Obs. 23. — Néoplasme prostatique. — Pièce n° 655 de la collection Guyon.

M..., salle Velpeau. Autopsie du 16 mai 1902.

L’urèthre antérieur n’a pas été conservé.

La prostate a totalement disparu, remplacée par une volumineuse tumeur de forme irrégulière, remontant autour de la base de la vessiev principalement sur les parois latérales, Le bas-fond est légère-

ment soulevé. A gauche et en arrière du col se trouvent des bosselures plus marquées. Les orifices urétéraux ne sont pas déplacés. La vessie n’est pas augmentée de volume. En arrière la tumeur remonte et se prolonge, englobant les vésicules et les canaux déférents.

Le développement de la tumeur s’est fait surtout vers la droite, si bien que la vessie dans son ensemble est refoulée vers la gauche, ainsi que le cul-de-sac de Douglas soulevé en avant et à droite par une bosselure du volume d’un œuf environ.

Le long des vaisseaux iliaques et entre eux se trouvent une très grande quantité de ganglions volumineux, les uns isolés, les autres groupés.

Les uretères ne sont pas sensiblement dilatés dans la portion enlevée avec la pièce.

Obs. 24. — CarcÀnose pr o s talo -pelvienne. — Pièce n° 606

de la collection Guyon.

R..., 66 ans, salle Velpeau, n° 25. Autopsie du 3 juin 1902.

Urèthre antérieur normal.

Prostate relativement peu volumineuse, peu saillante aussi dans la vessie ; l’infiltration est surtout postérieure, se faisant vers les vésicules et vers le cul-de-sac de Douglas.

La vessie n’est pas augmentée de capacité ; sa paroi est assez considérablement épaissie. La muqueuse en est plissée, surtout en bas. Les orifices urétéraux, non déplacés, sont restés perméables. Le col n’est pas déformé non plus, l’urèthre prostatique n’est pas envahi.

Sur les côtés la tumeur présente des prolongements infiltrant la paroi vésicale.

Derrière et au-dessus de la vessie se trouvent les très nombreux ganglions enlevés avec les vaisseaux.

Immédiatement à droite de la tumeur s’en trouve un du volume d’une noix, devant la partie moyenne de l’ hypogastrique ; devant la bifurcation de l’iliaque primitive droite en est un autre aussi volumineux,

Hallopeau

Devant la bifurcation aortique se trouve une grosse niasse de trois ganglions juxtaposés et soudés.

Plus haut, remontant devant l’aorte, mais surtout à droite de celle-ci, devant la veine cave inférieure, est un gros amas de ganglions confondus en une seule tumeur, large de 6 centimètres environ, couverte de bosselures arrondies, s’étendant jusqu’au niveau de 1 origine des artères rénales où elle s’amincit un peu ; à ce niveau on trouve encore un gros ganglion isolé, du volume d’une cerise, à droite de la ligne médiane.

Obs. 25. — Néoplasme prostatique . — Pièce n° 661 de la collection Guyon.

S..., salle Velpeau, n° 21 . Autopsie du 26 septembre 1902.

La portion conservée de l’urèthre antérieur est normale.

La prostate est le siège d’une très volumineuse tumeur, dépassant

Fig. 5.

le volume du poing ; toute la glande est envahie ; ses lobes latéraux sont encore reconnaissables dans leur partie inférieure, sur les côtés

de l’uretère, leurs parties supérieure et postérieure remontent au con traire considérablement en arrière et sur les côtés.

L’envahissement de la paroi vésicale est net, surtout du côté gauche où la tumeur soulève le bas-fond et forme entre le col et l’orifice urétéral une série de bourgeons arrondis, du volume d’un pois environ, les uns lisses, réguliers et recouverts d’une muqueuse d’apparence normale, les autres irréguliers et à surface villeuse. Cette masse a refoulé en haut et en arrière l’orifice urétéral gauche qui néanmoins reste perméable.

Il existe à droite des saillies analogues moins nombreuses et l’orifice urétéral n’a pas été déplacé. La vessie n’est pas dilatée.

L'urèthre prostatique est enserré entre les deux moitiés de la tumeur et aplati transversalement ; son orifice supérieur est dominé et partiellement recouvert par les bourgeons intravésicaux.

La principale portion de la tumeur fait saillie en arrière, remontant derrière la vessie, englobant les vésicules, les canaux déférents, l’extrémité des uretères, les vaisseaux prostatiques, et refoulant assez haut le cul-de-sac de Douglas que l’on voit irrégulièrement soulevé par deux masses arrondies du volume d’une noix.

Obs. 26. — Néoplasme prostato -vésical. — Pièce n° 666

de la collection Guyon.

T. .., âgé de 45 ans, salle Richet, n° 2. Autopsie du 16 avril 1903.

L’urèthre antérieur n’a pas été conservé.

La tumeur occupe la région prostatique et le bas-fond vésical, infiltrant également une partie de la paroi postérieure de la vessie.

Le développement du néoplasme s’est fait surtout aux dépens du lobe gauche, et de ce côté remonte en arrière, englobant la vésicule et le canal déférent.

En haut pénètre dans la vessie une masse irrégulière, bosselée formée de noyaux arrondis séparés par des sillons peu profonds ; derrière cette saillie qui occupe le trigone se trouve une dépression, très marquée à droite.

L’orifice du col est très déformé ; il est dominé par les saillies intravésicales et refoulé en avant et à gauche.

La partie postérieure de la paroi vésicale est également infiltrée, mais sans former de bourgeons saillants.

La vessie est dilatée, ses parois épaissies.

Obs. 27. — Néoplasme prostatique. — Pièce n° 679 de la collection Guyon.

N..., salle Velpeau, n° 20. Autopsie du 13 septembre 1903.

L’urèthre antérieur paraît sain dans la portion qui a été conservée. La prostate est envahie dans sa totalité par un volumineux néoplasme, se prolongeant en haut et à gauche, le tout atteignant le volume du poing.

A la partie inférieure on distingue encore les deux lobes prostatiques, également augmentés de volume ; l’urèthre ne semble pas dévié. Il existe un lobe médian assez développé dans la vessie créant deux rigoles qui convergent vers l’orifice urétéral. Ce lobe soulève le bas-fond sur la ligne médiane par une saillie arrondie en avant, mais qui se bifurque en arrière et se prolonge par une bosselure allongée vers chaque orifice urétéral. Ces deux orifices sont refoulés en arrière et peu visibles, le droit particulièrement; ils sont en effet enfouis dans deux petites dépressions difficiles à distinguer parmi les nombreux plis que présente la paroi vésicale à ce niveau.

En arrière de la vessie, la masse néoplasique se prolonge sur une certaine étendue englobant les organes, vésicule, canal déférent et vaisseaux, surtout du côté gauche. La tumeur se continue ainsi jusqu’à de très vol umineux ganglions situés au niveau de T hypogastrique, groupés de façon à former une masse presque grosse comme un œuf de poule, et soulevant le péritoine.

Obs. 28. — Néoplasme pr os tato -vésical. — Pièce n° 685

de la collection Guyon.

M..., âgé de 61 ans, salle Velpeau, n° 38.

Autopsie du 8 décembre 1903.

La portion conservée de F urèthre antérieur est saine.

La prostate est augmentée de volume, surtout aux dépens du lobe

gauche qui fait en arrière une saillie forte et irrégulière, prolongée par des traînées de tissu néoplasique ; à droite, il y a un développement analogue, mais moins prononcé.

Les vésicules sont partiellement englobées dans ces portions de la tumeur.

Le bas-fond vésical est légèrement soulevé ; à gauche il est recouvert de bourgeons irrégulièrement déchiquetés, proéminant dans la vessie, surplombant la région du col.

Les parois vésicales sont épaissies, la muqueuse plissée et soulevée en colonnes. Les orifices uretéaux sont enfouis au fond d’une dépression très marquée.

L’urèthre prostatique n’est pas envahi.

Obs. 29. — Néoplasme prostato vésical. — Pièce n° 689

de la collection Guyon.

Autopsie du 5 décembre 1903.

D..., âgé de 50 ans, entre le 20 novembre 1903, salle Velpeau, n° 26.

Le malade a souffert de plusieurs blennorrhagies mal soignées, suivies d’une goutte militaire.

À 30 ans il a eu une cystite. Pas de syphilis.

Depuis un an il a commencé à uriner difficilement ; peu de temps après sont survenues des crises de polyurie. Depuis quatre mois sont apparus enfin des phénomènes de cystite. En même temps la difficulté de la miction a augmenté.

La fréquence des évacuations est devenue extrême ; les urines étaient troubles ; des douleurs accompagnaient chaque miction.

Le malade se présente avec de l’œdème de la verge et des bourses.

L’infiltration d’urine est limitée à la face antérieure de la vessie. Au toucher rectal, la prostate est dure, la vessie épaissie et douloureuse.

Incision et drainage le 23 novembre.

Le 27 on reconnaît que le périnée est aussi envahi. Nouvelle incision pratiquée le 28.

Mort le 4 décembre.

Pièce. — L’urèthre est sphacélé et perforé au niveau de la région bulbaire.

La prostate est le siège d’une volumineuse tumeur ayant envahi le bas-fond et presque toute la paroi postérieure de la vessie. Ailleurs la paroi vésicale est également épaissie. La muqueuse est couverte de nombreuses végétations, qui remontent presque jusqu’au sommet de la cavité.

En arrière, la tumeur se prolonge par une masse fort volumineuse, de la dimension du poing, qui, refoulant le cul-de-sac de Douglas, englobe les vésicules et l’extrémité terminale des uretères et des canaux déférents. Les orifices urétéraux sont profondément enfouis au milieu des végétations intra-vésicales et difficiles à reconnaître.

L’urèthre est envahi par un prolongement bourgeonnant de la tumeur qui a rempli et dilaté sa cavité et se continue plus bas en s’effilant.

L’étude histologique est indispensable au diagnostic de l’épithélioma de la prostate ; nous avons déjà vu que beaucoup de tumeurs prises macroscopiquement pour des hypertrophies présentaient des points de dégénérescence maligne ; et les tumeurs dont l’aspect est nettement fibreux peuvent apparaître comme très riches en éléments cellulaires. Nous verrons même parfois cette infiltration si abondante que la distinction entre le sarcome et le carcinome n’a pu être faite. L’épithélioma de la prostate peut se présenter sous deux formes différentes : dans l’une , qu’ont décrite pour la première fois Albarran et Hallé, on se trouve en présence d’un adéno-épithéliome où la structure glandulaire, avec les cavités acineuses se retrouve encore ; c’est

st

l’épithéliome adénoïde ; dans la deuxième ces cavités sont comblées par la prolifération cellulaire ; le stroma limite des espaces plus ou moins réguliers complètement remplis

par des cellules rondes ou polygonales ; c’est l’épithéliome alvéolaire. Ces deux formes ne sont d’ailleurs pas si différentes qu’on ne puisse les rencontrer simultanément et des points où la structure est intermédiaire doivent faire admettre que l’une peut être, tout au moins dans certains cas, l’aboutissant de l’autre.

Pour ce qui est de l’épithéliome adénoïde, la forme la plus simple de tumeur maligne, on peut trouver, comme dans l’observation d’Albarran et Hallé que nous rapportons, des lésions extrêmement peu étendues. A côté de points qui présentent simplement de l’hyperplasie adénomateuse, on trouve des tubes d’aspect glandulaire, mais serrés, disposés sans ordre, formés d’un mince stroma revêtu d’un épithélium très proliféré par endroits, au point de toucher celui de la paroi opposée, et ailleurs d’aspect presque normal. Ces formations tubulées montrent déjà la disparition du type de l’acinus prostatique ; lorsque la multiplication des cellules sera telle que la lumière aura disparu, l’aspect d’épithélioma ne sera plus discutable.

Ciechanowski, Socin, Kaufmann admettent que souvent l’hypertrophie adénomateuse peut simuler un épithélioma ; les conduits glandulaires, augmentés non pas de nombre, mais de volume, peuvent être comblés de cellules desquaniées, se colorant mal, lâchement accolées les unes aux autres, et simulant néanmoins un épithéliome ; ces formations sont en effet parfois extrêmement irrégulières ; aussi ces auteurs, de même que Motz, n’admettent-ils qu’avec des réserves les conclusions d’Albarran et Hallé sur la fréquence des tumeurs malignes et sur la transition entre les hypertrophies et les néoplasies épithéliales. Plus récemment

Rothschild, dans une étude portant sur 30 pièces d’hypertrophie en trouve 3 dans lesquelles on rencontre l'aspect décrit comme épithélioma adénoïde ; il admet donc la possibilité d’une transformation, tout en réclamant des preuves cliniques plus complètes.

Motz et Majewski dans leur récent travail admettent également la très grande fréquence des adéno-épithéliomes, avec néoformations de culs-de-sac glandulaires plus petits que ceux de la prostate normale.

D’après eux encore, dans cette dernière forme, la transformation fibreuse du stroma ne se ferait que tardivement ou même manquerait : d’où la conservation de la consistance normale de la glande et l’impossibilité du diagnostic clinique.

Il nous semble que les réserves émises sur les transitions avec l’hypertrophie proviennent surtout de l’influence des idées anciennes sur la rareté du cancer de la prostate; nous devons avoir aujourd’hui moins d’hésitations ; en nous basant néanmoins uniquement sur les faits cliniques, sur la rareté des malades chez lesquels on puisse suivre une semblable transformation, on peut admettre qu’Albarran et Hallé sont tombés sur une série particulièrement riche en cas malheureux et que l’observation des faits n’a pas encore démontré dans la pratique une pareille fréquence.

Déjà dans cette forme d’épithélioma adénoïde on peut voir Se produire l’infiltration du stroma, et l’on voit souvent précocement les cellules venir s’insinuer dans les interstices du tissu conjonctif ou musculaire lisse ; ce sont des traînées qui viennent remplir les espaces lymphatiques, les parois vasculaires, les gaines des nerfs.

C’est déjà une transition vers la tumeur diffuse. Ces pénétrations vasculaires sont importantes ; elles préparent les métastases ; elles provoquent les thromboses et les oblitérations des veines prostatiques.

Dans l’épithélioma alvéolaire le stroma est divisé et subdivisé en cloisons parfois très minces limitant les alvéoles remplies de cellules. L’aspect glandulaire a souvent disparu totalement de la tumeur. Le stroma lui-même est parfois tellement réduit que l’on ne voit plus qu’une accumulation de cellules, arrondies ou polygonales ; et dans ces cas Ton s’explique les difficultés de diagnostic avec le sarcome. On peut voir ces différents aspects sur les coupes ci-jointes, provenant d’une pièce enlevée par le Dr Tuffier et dont on trouvera plus loin l’observation.

Les cellules sont relativement petites , un peu plus volumineuses qu’un leucocyte, leur forme est des plus variables, parfois cylindrique ou cubique comme celles qui tapissaient les culs-de-sac glandulaires, elles deviennent ensuite arrondies ou même polygonales lorsqu’elles viennent se tasser les unes contre les autres. Leur noyau, arrondi, est volumineux, se colorant bien. Sur 6 cas publiés par Th. Walker, il y a cinq tumeurs à cellules rondes, et une à cellules cylindriques.

Le plus souvent les cellules qui se trouvent en un même point sont toutes semblables; mais parfois on les verra régulières, de forme et de volume différents. On les a vues creusées de vacuoles. Le stroma est mince et riche en vaisseaux fragiles. On a signalé aussi des épithéliomas à cellules pavimenteuses : ceux-ci ne doivent pas être admis comme des tumeurs prostatiques et il peut s’agir dans ces

cas de tumeurs d’origine vésicale, propagées à la prostate, comme dans l'observation que nous a communiquée Lecène.

Les deux formes de tumeur, nous l’avons vu, peuvent se combiner ; on pourra rencontrer simultanément, comme sur les pièces d'Albarran et Hallé, de l’hypertrophie adénomateuse, de l'épitbélioma adénoïde, de l’épithélioma infiltré diffus ; le passage successif de l’une à l’autre de ces formes semble bien établi. Voici deux des observations d’Albarran et Hallé qui reproduisent bien nettement ces faits :

Obs. 30. — Albàrran et Hallé (résumée).

Le malade souffre depuis vingt ans au moins de fréquence nocturne . On constate une hypertrophie de la prostate avec rétention complète. Mort brusque d’hémorrhagie cérébrale trois jours après l’entrée dans le service.

A Fautopsie, la prostate présente une hypertrophie de volume moyen, totale, portant également sur les trois lobes. La forme générale est conservée ; à la coupe, le tissu est dur et ne présente pas de lobulation nette.

Examen histologique. — A l’œil nu les coupes sont nettement tabulées ; la plupart des lobules ont l'aspect finement lacunaire qui caractérise l’hypertrophie glandulaire normale; quelques-uns se distinguent par leur texture homogène, solide. Ce sont les lobules épithéliomateux. Les lobules adénomateux simples, les plus nombreux, ont la structure ordinaire de 1 hypertrophie simple. Ils sont formés de glandes très nombreuses, volumineuses, ayant conservé

nettement la disposition acineuse. Ces glandes sont serrées les unes

contre les autres, au milieu d’un stroma peu abondant, et sensiblement augmentées de nombre et de volume ; les culs-de-sac sont larges, dilatés, vides au centre, tapissés d’un revêtement plus ou moins épais, cylindrique dans sa couche superficielle avec des couches ba-

sales de cellules de revêtement cubiques ou polygonales, plus ou moins nombreuses.

Dans les lobules pleins, épithéliomateux, peu nombreux, bien distincts et disséminés au sein des autres, la structure acineuse a complètement disparu. On ne voit plus que des formations épithéliales multiples, de forme irrégulière, ici étroites et comme tubulées, là irrégulièrement renflées, en culs de -sac. Ces tubes coupés suivant toutes les directions, serrés les uns contre les autres, sont séparés par de très minces tractus conjonctifs. L’épithélium qui les remplit ! est polygonal, les cellules sont disposées en plusieurs couches : celles du centre sont indistinctes et mal colorables. C’est déjà la structure de l’épithélioma adénoïde.

Entre les lobules d’hypertrophie simple et les lobules épithéliomateux, on retrouve, d’ailleurs, des lésions de transition : lobules eni core vaguement acineux, mais dont les culs-de-sac, très petits et nombreux, allongés, sont remplis d’épithélium polygonal abondant proliféré, avec, souvent, au centre, des concrétions en voie de formation .

Le stroma, peu abondant par rapport à l’élément glandulaire, est i sain.

Obs. 31. — Albarran et Halle (résumée).

La prostate, qui ne présente rien d’anormal à première vue, du côté du canal, est cependant atteinte d’une légère hypertrophie syt métrique des lobes postéro-latéraux, le lobe gauche étant plus dur ! que le lobe droit.

Examen histologique. — La prostate présente des lésions diverses très notables. Les coupes ont un aspect très vaguement lobulé, en quelques points seulement ; on distingue de grandes zones compactes, grenues, et des points limités finement aréolaires. Les zones aréolaires correspondent à des lobules œdémateux, dont la structure acineuse typique est très nettement conservée ; l’épithélium est cylindrique, normal, avec une couche basale à deux ou trois assises, un peu épaissie ; il n’y a pas de dilatation notable des culs-de-sac, qui contiennent quelques concrétions comme à l’état normal.

Ailleurs, la prolifération glandulaire est à un degré plus avancé ; les lobules bien circonscrits sont formés d’un amas de culs-de-sac allongés, serrés les uns contre les autres, disposés sans ordre ; on ne distingue plus Taxe du lobule ; la structure acineuse s’efface sous cette néoformation. C’est un stade de transition. Autour de ces lobules typiques déjà modifiés, le stroma est épais, abondant, plutôt fibreux que musculaire ; il contient des vaisseaux nombreux, à parois épaissies ; l’artério-sclérose des petites artérioles prostatiques est ici manifeste. Les zones solides qui forment la plus grande partie de cette prostate présentent les lésions de l’épithélioma adénoïde à son complet développement. Toute structure glandulaire typique a disparu : ce sont des tubes épithéliaux, pleins, ou à très faible lumière, coupés perpendiculairement, ou obliquement, ou suivant leur longueur, sans orientation régulière par conséquent ; le revêtement épithélial est formé de cellules cylindriques ou cubiques à protoplasma clair, disposées sur plusieurs couches. Ces tubes sont serrés les uns contre les autres, presque en contact, séparés par de minces travées d’un stroma fibro-musculaire normal, avec une ou deux rangées de cellules.

Ces zones épitbéliomateuses sont mal limitées, à contours vagues, elles se prolongent à leur périphérie par des traînées de formations tubulées erratiques, qui s’enfoncent au loin dans le stroma.

En résumé, il s’agit ici d’une prostate à hypertrophie mixte, avec artério-sclérose, où tous les stades de la lésion épithéliale se rencontrent : acini normaux, lobules adénomateux très proliférants, épithéliome adénoïde tubulé à cellules claires, occupant la plus grande partie de la glande, en voie d’infiltration et de diffusion irrégulière au sein du stroma.

Voici encore une autre description d’épithélioma infiltré :

Obs. 32. — Th. Walker.

« On trouve sur la coupe des canaux glandulaires prostatiques entourés d’un stroma infiltré par la tumeur. Ailleurs, cette infiltra-

tion est encore plus accusée et les canaux sont partiellement ou totalement détruits. En d’autres points enfin on trouve des masses de carcinome sans trace de tissu glandulaire. Dans la partie la moins envahie, les canaux varient de forme et de dimensions ; beaucoup semblent normaux. Ils renferment des concrétions prostatiques multiples. Dans certains d’entre eux, l’épithélium est réduit à une simple couche de cellules cubiques. Ailleurs, l’épithélium glandulaire est stratifié et par endroits il remplit complètement la lumière du canal. Dans un grand nombre de canaux, l’épithélium est bien séparé du stroma et des cellules carcinomateuses qui l’infiltrent ornais dans quelques-uns, l’épithélium prolifère et se continue parfois directement avec les cellules cancéreuses.

Le stroma séparant ces canaux est plus développé que normalement et est formé de fibres lisses. Entre ces diverses couches de fibres se trouvent des rangées de cellules, rondes, ovales, polyédriques, à noyau arrondi et bien coloré. Gomme cette infiltration va en croissant, les canaux glandulaires semblent comprimés, sinueux et parvenus à un degré variable de destruction.

Dans les grosses masses de carcinome, les cellules sont petites et rondes.

De fins capillaires parcourent la tumeur. »

Sarcomes.

Nous nous sommes limité jusqu’ici à l’étude des épithéliomas de la prostate. La deuxième forme de tumeurs malignes est constituée par les sarcomes. Nous ne voulons pas ici nous étendre sur ces tumeurs que Proust et Vian viennent de traiter dans une étude très complète, qui va paraître prochainement, et à laquelle nous devons les données qui suivent.

Ces auteurs ont réuni tous les cas jusqu’ici publiés et en ajoutent un nouveau, personnel à l’un d’entre eux ; ces cas

seraient au nombre d’environ soixante-cinq dans la littérature ; or de ce total il faut retrancher une quinzaine de cas où l’examen histologique n’a pas été fait et où les symptômes ne donnent pas une certitude absolue ; une dizaine de cas doivent être également mis à part, malgré la presque certitude clinique, parce que, là encore, la preuve histologique manque ; enfin quelques cas ont dù encore être éliminés parce qu’ils n’étaient comptés qu’à tort comme cas originaux et reproduisaient des observations déjà citées ailleurs ; c’est ainsi qu’il ne reste que 31 faits indiscutables de tumeurs conjonctives.

De l’étude de ces faits résulte une première notion, c’est que la grande majorité de ces tumeurs s’est développée chez l’enfant ou le jeune homme, puisqu’il y a 24 cas avant 35 ans, les autres étant apparus après 50 ans. Cette distinction n’est pas la seule : nous verrons, au point de vue clinique, la marche être très différente suivant l’âge ; au point de vue anatomique même, on a signalé des tumeurs prostatiques renfermant des fibres musculaires striées et décrites par Kaufmann comme rhabdomyomes malins; il semble

donc qu’on puisse rapprocher ces tumeurs de l’enfant, à grand développement, à marche rapide, à structure complexe, des autres tumeurs que l’on peut observer à cet âge, en particulier des tumeurs du rein qui ont une évolution si caractéristique, et l’on peut émettre l’hypothèse qu’il s’agit là de tumeurs nées aux dépens de débris congénitaux beaucoup plus que du tissu de la glande prostatique même.

Le plus grand nombre de ces tumeurs apparaît avant la dixième année ; on en a vu se former dès l’âge de 6 mois, plusieurs avant un an : une grosse masse, irrégulièrement

arrondie, envahissant rapidement toute l’excavation pel vienne se développe surtout vers la vessie, si bien que c’est de ce côté que seront enregistrés les premiers troubles ; ces tumeurs refoulent également le rectum ou l’envahissent, viennent faire issue par l'anus à l’extérieur, s’étalant en volumineux choux-fleurs. Le périnée est refoulé et bombe, si bien que nous verrons la tumeur prise parfois pour un abcès. L’envahissement ganglionnaire a été signalé également.

La structure histologique du sarcome de l’enfant montre qu’il s'agit de tumeurs le plus souvent formées de petites ou de grosses cellules rondes, extrêmement abondantes ; parfois c’est du sarcome à cellules fusiformes ; nous avons vu parfois aussi Kauffmann décrire des tumeurs à fibres musculaires striées.

Chez l’adulte ce sont des fumeurs à marche beaucoup moins rapide, mais atteignant également un volume considérable : néanmoins les tissus environnants sont plus refoulés qu’envahis et nous verrons ces tumeurs donner les meilleurs résultats au point de vue de la cure radicale.

Leurs éléments sont aussi d’ordinaire des cellules rondes, grosses ou petites ; leur disposition dans le stroma peut être telle qu’on ne puisse faire un diagnostic certain sur la nature sarcomateuse ou carcinomateuse de la tumeur : et dans un cas, Füller donne comme étiquette histologique sarco-carcinome, ce qui prouve l’impossibilité de décider. Les autres variétés, moins fréquentes, sont les sarcomes fuso-ceîlulaires, les myxo-sarcomes, les lympho-sarcomes, les angio- sarcomes comme dans le cas de Socin et de Burkhardt.

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