‹ Contribution à l'étude des tumeurs primitives du nerf sciatique (volume 2)Chapitre 19 sur 36 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Observations

Tr

MYXO-SARCOME DU NERF SCIATIQUE

= (Observation inédite) Communication du docteur BESSON.

à la Société des Sciences médicales de Lille, Décembre 1909

\ A G.., 16 ans, dit n'avoir jamais été malade. A l’âge de

12 ans, reçut un violent coup de pied à la partie postérieure de la cuisse gauche, au niveau de lunion du 1/3 moyen et du 1/3 inférieur. Il dit avoir ressenti alors une douleur extrêmement vive qui se propagea jusqu’au bout du pied ; les jours suivants, il ressentit dans toute la jam- ‘be et le pied, des fourmillements et un engourdissement très marqué. Ces symptômes s'atténuèrent considérable: ment, mais ne disparurent jamais entièrement. Il y a environ deux ans, ils reparurent peu à peu, augmentant pro-

— 76 — ñ gressivement d'intensité et cette fois ne cédèrent plus ; ils “consistaient en douleurs fulgurantes, allant de la partie inférieure de la cuisse à l'extrémité du membre, en fourmillements et engourdissements très pénibies, mais surtout en une hypéresthésie très vive de la face plantaire. fl en résulta une attitude vicieuse très caractéristique, le sujet prit, en effet, l'habitude d'appuyer de moins en moins sur le talon et la plante, pour en arriver à ne marcher que sur la pointe des pieds, le talon très relevé et le genou fléchi par compensation. C’est alors qu'apparut au niyeau du 1/3 inférieur et postérieur de la cuisse gauche, une tuméfaction qui s'accrut assez rapidement. Après avoir épuisé la liste habituelle des onguents obligatoires, G... se décida à demander un avis médical ; il vit même plusieurs de nos confrères dont l'opinion fut à peu près unanime : il s'agissait d'un abcès froid. Divers traitements furent alors essayés sans succès ; c'est ensuite que je vis le malade. Il souffrait vivement, non seulement dans le membre inférieur, mais aussi au niveau de la tuméfaction. Celle-ci siégeait exactement à 14 centimètres au-dessus de l'interligne articulaire du genou, un peu au-dessous de l'union du 1/5 moyen et du 1/3 inférieur de la face postérieure de la cuisse gauche ; elle paraissait avoir le volume d’une orange et distendait asez notablement les tissus, avec une tendance acuminée assez prononcée ; il n'y °vait pas de changement de coloration à la peau, qui paraissait libre sur la tumeur. Celle-ci ne donnait aucune sensation de vraie fluctuation, mais bien de résistance très nette ; elle, ne suivait pas les mouvements musculaires et ne paraissait pas être adhérente au tissu osseux du fémur. Le diagnostic précis était fort malaisé, nous ne pûmes admettre que eelui d’une tumeur comprimant assez étroitement le nerf sciatique ; mais l'hypothèse d'abcès froid avait été si unanimement admise par les confrères qui m'avaient précédé dans cet examen, que je fis, au préalable, une ponc-

tion avec l'appareil de Calot, ponction qui ramena à peine

quelques centimètres cubes de liquide grumeleux. Dès lors, une intervention chirurgicale fut décidée et pratiquée le 15 janvier 1909. |

Opération. — Longue incision verticale de la peau, dé-

passant largement les limites de la tumeur ; les deux lèvres

de l'incision sont facilement dégagées. La main, s’insi-

- nuant alors entre la tumeur et les muscles demi-tendineux

et demi-membraneux, trouve très facilement un plan de

clivage qui permet d'attirer au dehors la masse entière avec la plus grande facilité. La tumeur apparaît sous le volume d'une grosse orange, portant à son pôle inférieur un pédicule blanchâtre qu'un examen immédiat fait reconnaître pour le nerf sciatique ; celui-ci fait absolument corps avec le néoplasme et paraît se confondre absolument avec lui. Je fais alors une incision latérale sur la capsule: épaisse et résistante de la tumeur et ce n'est qu'au prix de très grandes difficultés que je parvins à la séparer du

tronc nerveux. Celui-ci à d'ailleurs complètement perdu

sa forme arrondie habituelle et apparaît entièrement aplati, en quelque sorte laminé, avec dissociation très nette des faisceaux nerveux : l'épaisseur en est considérablement réduite.

Mais une nouvelle surprise nous attendait : en ‘«explorant la partie supérieure du nerf, une nouvelle masse nous apparut ; agrandissant aussitôt la brèche cutanée ct musculaire, je mis à nu le nerf sciatiqueéjusqu'à la partie supérieure de la cuisse et pus reconnaître alors l'existence de petites masses semblables à la première, mais de volume beaucoup plus réduit, s'égrienant verticalement en chapelet, en diminuant progressivement jusquà la grosseur: d’une petite noisette. Elles furent extirpées avec la même difficulté, mais le tronc nerveux, quoique légèrement aplati, ne présentait pas à leur niveau les mêmes altérations de structure qu'au niveau de la tumeur principale.

lon Am

Les brèches musculaires furent ensuite réparées et après la mise en place d’un gros drain, les téguments furent suturés. Les suites opératoires furent marquées pendant les 8 premiers jours, par de violentes douleurs de névralgie sciatique ; la température s'élevàa seulement de quelques dixièmes. L'opéré ne put, pendant les huit premiers jours, pratiquer l'extension du membre inférieur, qu'il conserva «en «chien de fusil»; l'administration du pyramidon nous fut, ici, très utile, pour calmer les crises douloureuses de l'opéré. Tous ces symptômes douloureux se calmèrent, d'ailleurs rapidement et ‘un mois après l'intervention, da guérison était complète et notre sujet marchait correctement.

J'ai revu l'opéré il y à quelques jours (em décembre 1909). Son état général s’est très amélioré et il n’éprouve plus aucune gêne ni douleur dans le membre inférieur gauche. La marche est normale ; la sensibilité ne présente aucune altération spéciale. La zûne opératoire est parfaitement souple et indolore : l'extension forcée du membre ne développe enfin aucune douleur.

Examen de la tumeur pratiqué par M. le docteur D. Augier. — La tumeur enlevée a le volume d'une petite pomme. Elle est complètement encapsulée entourée par une capsule conjonctive épaisse et résistante. À la section, suivant son grand axe, la tumeur présente un aspect très particulier, elle est constituée par ‘un tissu d'aspect feuilleté, aréolaire, à mailles plus ou moins lâches, formant par endroits, de véritables cavités remplies d’un liquide visqueux et filant. Au centre une cavité d’un volume d'une cerise, remplie d’un liquide muqueux. Microscopiquement la tumeur à l'aspect d'un myxome.

Des coupes ont été faites sur certains points de la tumeur, d'aspect solide. Elles ont démontré l'existence au sein d’un réseau fibrillaire très fin de noyaux cellulaires de forme variable, disposés tantôt régulièrement, tan-

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