B. — EXAMEN MICROSCOPIQUE
On à vu que nous usions pour les tumeurs qui font l’objet de ce travail du qualificatif : sous-muqueuses, à l'instar de notre Maître, le Professeur CARNOT.
C’est que cette dénomination rend bien compte de leur évolution spécialement bénigne. Ce qui frappe le plus en elles, en effet, c’est leur respect de la muqueuse gastrique, opposé à l'agression infiltrante du careinome ou du sarcome. Dans les cas que nous avons étudiés chez les divers auteurs, toujours la muqueuse reste cyltologiquement indemne, persévérant dans sa discipline histo-physiologique au-dessus du drame néoplasique.
Cependant, le terme de tumeur sous-muqueuse ne satisfait pas l’anatomo-patholog'iste, et il convient de rappeler avec lui que la plupart des tumeurs sous-muqueuses gastriques sont des schwannomes (1).
Voyons, avec Luermirre et Leroux ce qu'il faut entendre par là. Laermrrre et Leroux ont étudié ces tumeurs depuis 1919, d’après des pièces que leur avaient fournies P. Duvaz, CuNÉO, DESMAREST et LSAS SicaRD, et leur reconnaissent comme caractère fondamental d’être constituées par deux tissus |
4) un tissu compact, résultant de la juxtaposition de cellules fusiformes
(1) Certaines sont des fibromes purs, d’autres des leromyomes, d'autres enfin des neurofibromyomes. Mais la grosse majorité appartient aux schwannomes.
b) un tissu plus lâche, réticulé, formé de cellules à expansions proloplasmiques ramifiées et anastomosces avec les éléments voisins.
a) Eléments fusiformes. — Ts s'ordonnent parallèlement les uns aux autres pour former des bandes, des fuseaux et très fréquemment des lourbillons enchevétrés.
— Leur noyau régulier, ovoïde ou étiré, jamais bourgeonnant, est plongé au centre de la cellule dans un protoplasma acidophile où la méthode à l'argent réduit de BrezcHowskY montre une structure très finement fibrillaire.
— « Très fréquemment, au sein d'une bande ou d'un
fuseau de cellules fusiforimes, les noyaux se disposent suivant un même plan, et font face à un groupement semblable, comme si l’on assislait à la phase ullime d'une bi-parlilion nucléaire d'un faisceau de cellules fusiformes. »
C'est ce que Masson appela depuis la « disposition en palissade » pathognomonique des gliomes périphériques. Ce dispositif, dit Gosser en d’autres termes « tient au mode singulier d’accroissement de ces tumeurs, En effet, les cellules schwanniques au lieu de s’étirer en donnant des cellules-filles par mitose se fendent longiltudinalement ».
— Ce qui caractérise encore cette partie de la tumeur, c’est l'absence d'individualisation cellulaire. I serait plus juste de parler de masses syncyliales que de groupements cellulaires.
b) Tissu réticulé. — Les cellules ont un aspect étoilé,
avec des expansions protoplasmiques plus ou moins délices, anastomosées avec les prolongements des éléments voisins, d'où la confusion avec les myxomes el les fibromyxomes.
— Leur protoplasma est nettement fibrillaire, mais à fibrilles plus grosses que celles du tissu compact.
c) Organisalion générale de la tumeur. — La tumeur est traversée par des travées de substance collagène ou hyaline intensément colorée par la fuchsine acide du mélange de Van Gieson et le bleu Poirier (Technique Masson, modifiée par LEnoux).
— Ces travées sont en plein néoplasme, généralement indépendantes des vaisseaux.
— Les vaisseaux sont nombreux. Mais, élément important du diagnostic des schwannomes, jamais les hémalies ne circulent au contact des éléments lumorauæ, en des « lacunes sanguines taillées directement dans la masse néoplasique » comme il en est dans les tumeurs conjonctives.
Au contraire, la paroi des vaisseaux est particulièrement fibreuse el épaisse ; si épaisse que parfois, « colossalement hypertrophiée », elle finit par oblitérer la lumière du vaisseau. Et lorsque cette oblitération est parachevée, il en résulte la formation d’un bloc fibro-hyalin au sein de la tumeur, ce qui ne s’expliquerait pas si l’on n'avait observé, en des points différents de la tumeur, des phases différentes de cette obturation. L'oblitération ou la rupture des vaisseaux modifie l'irrigation du néoplasme, d’où nécrose, « dont
la fréquence fait penser aux multiples foyers de né-
crose qu'on observe dans les gliomes de lencéphale ».
— Enfin, le schwannome est le siège d’ilôts de dégénérescence colloïde où toute trace de structure cellulaire a disparu pour faire place à un tissu anhiste faiblement acidophile. Ce phénomène fait dire à Gosser « Un caractère, que nous considérons comme encore plus démonstratif que les nodules palissadiques nous est fourni par la dégénérescence micropolykystique. Il s'agit d'une dégénérescence nucléoprotoplasmique microkystique entraînant une fonte des fibrilles et Ia production au niveau des pôles de chaque noyau d’un kyste de 10 à 12/u de diamètre. Cette fine fonte kystique peut se limiter à l’un des pôles du noyau ; mais le cytoplasme, même à distance du noyau, peut subir une fonte spongieuse analogue. » [Gosser, Presse Médicale, 6 juin 1925].
Quand la fonte micropolykystique devient plus intense, elle apparaît macroscopiquement, el certains points de la tumeur prennent l'aspect « frai de grenouille ».
— La fonte kystique, jointe à la nécrose qui résulte
de l’obturation fibreuse des vaisseaux, fait dégénérer les schwannomes avec « une facilité extrême ». On s’explique donc la difficulté parfois considérable que lon éprouve à retrouver l'aspect pathognomonique des noyaux en palissades, et la facilité avec laquelle autrefois on faisait des schwannomes des tumeurs conjonctives.
On sait maintenant que ce polymorphisme est le fait
. Fes ‘ À , de tous les gliomes, périphriques ou non : on Pa cons-
taté dans des fibrogliomes pédiculés intrarachidiens.
Ce n’est pas seulement par goût de l'anatomie pathologique que nous nous sommes un peu étendu sur les travaux des auteurs au sujet des schwannomes. C'est parce qu'une connaissance plus précise de leurs caractères modifie notablement l’ordre relatif des fréquences des sarcomes et des schwannomes.
Ces derniers, en même temps qu'ils quittent le domaine peu rassurant des sarcomes, accroissent lintérèt clinique des tumeurs sous-muqueuses.
On peut résumer les caractéristiques respectives des sarcomes et des schwannomes comme suit, sans COmpter les affinités tinctoriales, qui sortent du cadre de ce
travail.
Sarcome Schwannome Origine : le lissu eonjonc- Origine : exclusivement, le üf, quel qu'il soit. syncytium de SCHwaANN (prou-
vée par l’absence d’individualisalion cellulaire ; lordination en bandes ou en tourbillons comme dans les gliomes réactionnels des blessures des troncs nerveux ; la fibrillation du protoplasma ; l’aspecl parfois épithélioïde rappelant le revèête-
ment épithélial péri-neural qui
d ‘ . à constitue lappareil de Schwann à l’origine).
Tendance à l’essaimage dans Aucun pouvoir mélaslalique
lès Iymphaliques et surtout | (1). Tendance à la nécrose et à
dans Îles vaisseaux sanguins. la fonte micropolykystique.
(D) Nous avons vu que dans le Cas 1, il ne s’agit pas de mélas. lase véritable,
Cellules souvent irrégulières, toujours individualisées.
Monstruosités nucléaires. Miloses abondantes.
Circulation lacunaire.
Structure synceytiale.
Noyaux régulièrement ovoïdes. Miloses rares.
Vaisseaux très nombreux à
paroi fibreuse, hypertrophique, parfois infillrée de cellules mononucléaires, comme dans les gliomes cérébraux.
Contient des graisses neutres el des lipoïdes analogues à a mvéline (Soudan IT - Bleu de
Nil).