ETUDE CLINIQUE
Les modifications leucocytaires sont observées aussi pendant la radiothérapie des malades. De toutes les phases étudiées en expérimentation, seule la leucopénie progressive est la plus nette, la plus caractéristique et par conséquent la plus intéressante en clinique.
Des variations leucocytaires sont observées au cours de toutes les affections traitées par les Rayons X. Cependant elles suscitent un intérêt particulier pendant la radiothérapie du cancer car 1) les Rayons X sont très fréquemment employés dans la thérapeutique de cette affection; 2) les modifications sanguines peuvent avoir des répercussions graves sur l’organisme déjà affaibli par cette maladie; 3) on a voulu tirer des variations leucocytaires des indications pronostiques pour l’évolution ultérieur du cancer. Pour toutes ces raisons le problème des variations leucocytaires au cours de la radiothérapie du cancer sera envisagé à part.
Les modifications des globules dans le sang chez les sujets atteints de la leucémie myéloïde sont intéressantes du fait que les Rayons X agissent avec
élection sur les éléments jeunes anormalement présents dans la circulation.
Les variations leucocytaires sont fonction d’une série de facteurs biologiques et techniques, c’est pourquoi dans les affections identiques les réactions leucocytaires peuvent être différentes et inversement dans les maladies diverses les mêmes modifications des globules blancs peuvent se reproduire.
Variations leucocytaires au cours de la radiothérapie
des cancers.
RÉNAUD (1923) étudia la formule sanguine au cours de l’évolution des cancers. Sa conclusion confirme la notion classique qu’un cancer évolue sans exercer aucune influence sur le système hématopoïétique et sur la composition du sang; toute modification de la formule sanguine relève d’une complication. LAVE- DAN (1932) soutint pareillement cette opinion.
Cependant, tous les auteurs ne sont pas de même avis. PATTI (1927) affirme que la répercussion du néoplasme sur le sang est la règle. Après avoir examiné le sang des sujets atteints du cancer, l’auteur conclue que chez eux il y a une anémie et une légère leucocytose sans neutrophilie marquée; le nombre des monocytes serait souvent augmenté.
La radiothérapie dans les cancers produit des mo-
difications sanguines très variables, souvent contra-
Soie
dictoires. Aucune règle n’existe. La leucopénie, si caractéristique en général de l’action des Rayons X, peut manquer dans certains cas; elle peut être rem-
placée par une leucocytose.
La surveillance hématologique systématique est indispensable au cours du traitement -radtothérapique des cancers. Les examens répétés du sang sont d’un grand intérêt. Ils peuvent être utiles pour la conduite du traitement. Ils livrent aussi certaines indications pronostiques.
Dans un travail considérable, SEIrrz et WinTz (1920) insistent sur la nécessité d'emploi des doses massives des Rayons X dans le cancer. Les résultats favorables ne sont obtenus qu’au prix des lésions hématologiques importantes. Les modifications sanguines produites par cette méthode brutale de Roentgenthérapie des néoplasmes malins se rapprochent beaucoup des perturbations hématologiques causées par l’irradiation expérimentale de Heinecke. Faire supporter une telle épreuve aux malades n’est pas sans danger. Ant. BECLÈRE (1921) attire l’attention sur la gravité de destruction des cellules sanguines et se demande si les malades sont capables de supporter une telle altération sanguine. « Aux troubles très apparents du Roentgenkater se joignent invariablement des altérations du sang que seul le microscope permet de reconnaître. Les examens microscopiques pratiqués: aussitôt avant et après l’irradiation, puis 6 heures, 3 jours, 4, 6 et 8 semaines plus tard, révèlent une abondante destruction des globules blancs, spéciale-
ment des lymphocytes. » La réparation complète
ne se fait qu'après 8 semaines; « … c’est-à-dire au plus tôt 6 semaines après la première irradiation on a le droit d’en donner une seconde. Cest une question de savoir si le sang est capable de supporter à plusieurs reprises une telle altération ».
SIEGEL (1920) observe, chez les sujets atteints du cancer et traités par les Rayons X, deux phases dans les modifications sanguines. D’abord il y a une leucocytose; elle est surtout nette entre le deuxième et quatrième jour. Cette leucocytose est due iexclusivement à l’augmentation des polynucléaires; le nombre des lymphocytes reste invariable; les éosinophiles diminuent. Au bout de 3 à 6 jours, la leucopénie apparaît. Cette leucopénie est d'aspect un peu différent selon l’importance de la dose. Après une dose moyenne (dose de castration) la leucopénie est due à la diminution relative et absolue des neutrophiles. La réparation dans ce cas ‘se fait au bout de 12 à 16 semaines. Après une dose forte (dose de cancer} la leucopénie s’accompagne d’une diminution de tous les éléments blancs du sang; le nombre des Iymphocytes et des éosinophiles est particulièrement faible. La réparation est plus lente et dans le cas favorable, elle ne se fait que dans 20 à 24 semaines.
Masrerr (1921) étudie de même les modifications sanguines au cours de la radiothérapie pénétrante dans les 50 cas de néoplasmes utérins. L’auteur observe, contrairement à SIEGEL, que la leucocytose neutrophile se produit immédiatement après l’irradiation
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et persister seulement quelques heures. Puis la leucopénie apparaît; elle s'accompagne d'une lymphopénie, d’une diminution du nombre des grands mononucléaires et d’une augmentation des formes de transition et des éosinophiles.
Russ (1921) insiste sur l’extrême variabilité des modifications leucocytaires au cours de la radiothérapie chez les malades atteintes du cancer cervico-utérin ulcéré. Les polynucléaires tantôt augmentent, tantôt diminuent, tantôt restent sans changement. Quant aux lymphocytes, ils varient aussi très irrégulièrement.
En France, Roussy, LABORDE, LEROUX et PEYRE (1922) publient les premiers une étude sur les réactions sanguines au cours de la radiothérapie des cancers. Ils insistent sur l’intérêt et l’importance que présente un examen hématologique au cours de la radiothérapie : « Plus importants, au point de vue pratique sont les phénomènes généraux, et en particulier les modifications du sang que l’on observe dans les jours qui suivent le traitement des cancers par la radiothérapie profonde... L’examen du sang des cancéreux paraît fournir un moyen de prévoir et de suivre les réactions générales de l’organisme, au cours du traitement par les radiations. En effet, il ne faut pas seulement tenir compte des phénomènes de radio-sensibilité et de l’action locale des rayons sur le néoplasme, mais il est important aussi de connaître la manière dont l’organisme réagit pour en tirer des déductions pronostiques et des indications dans ‘le mode de traitement à instituer ».
MouquiN (1923) dans un travail fondamental étudie les modifications sanguines, au cours de la radiothérapie, chez 29 sujets atteints du cancer viscéral. Il insiste sur l'extrême variation de ces modifications. L'auteur s’efforce d’en tirer les éléments pronostiques (voir page 42). D’après lui, un examen du sang n’apprend que très peu de chose. Pour tirer le maximum de profit pour le pronostic, il faut établir la courbe des variations leucocytaires au cours de la radiothérapie et pendant les jours qui suivent.
MaToxI (1924) examine le sang des sujets qui suivent un traitement radiothérapique pour les affections gynécologiques diverses et tire la conclusion suivante : une leucocyiose souvent importante débute, en général, 12 heures après la fin de la séance roentgenthérapique. Ensuite, elle fait place à une leucopénie; celle-ci atteint son maximum au bout de 24 heures. Le retour à la normale est relativement rapide. Quatorze jours après l’aspect du sang peut être normal.
WESTMAN (1925) observe chez les malades atteintes du cancer de l’utérus ou du sein les modifications analogues. Après l’irradiation, il y a une leucocytose immédiate avec polynucléose neutrophile qui persiste 1 ou 2 jours. Puis la leucopénie se manifeste. Elle est due à la diminution des éléments neutrophiles et des lymphocytes. Les mononucléaires et les granulocytes éosinophiles et basophiles ne subissent que des variations insignifiantes. La réparation hématologique complète se fait un mois après le traitement. Cependant, l’auteur note que dans les cas de
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