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RÔLE BIOLOGIQUE DES RÉTICULOCYTES

Le rôle biologique des réticulocytes est assez complexe. Par ce que nous venons de dire, on voit déjà qu'ils interviennent, pour une part tout au moins, dans les processus de réparations des anémies.

Les réticulocytes sont-ils plus où moins résistants à lhémolyse que les autres hémalies ? La question est loin d'êlre résolue. Pour Mermod et Dock [43], ils sont plus résistants à l'hémolyse par les solutions hypotoniques, et moins résistants à l'hémolvse par la saponine. Pour Patrassi et Micheli [19} les réticulocytes normaux seraient seuls plus résistants. Les réliculoeytes du sang anémique seraient, dans cerlains cas, plus fragiles.

Cilons, à ce sujet, le passage suivant du remarquable ouvrage de IL. Diacono sur l'Hémolyse [5] :

Cholestérine Cholestérine

Acides gras Phosphore lipoïdique dénommés par À. Mayer et G. Schaeffer [42] coefficients lipocyliques, permet d'évaluer la puissance absorbante de la cellule vis-à-vis de l'eau et, de fait, on remarque que l'hvdratation des différents tissus

« L'étude des rapports

de l'organisme est en rapport avee la grandeur de leur coefficient lipocytique.

« Transposant ces divers résultats à l'hémolyse, Mayer et Schaeffer démontrent que l'hémolvse par l'eau se fait d'autant plus facilement que le coefficient lipocytique des globules éprouvés ‘est plus grand. »

Il est donc assez logique que l'augmentation des phospholipines, en supposant le taux de la cholestérine constant, augmente la résistance des réticulocytes à l'hémolyse par les solutions hypotoniques.

Ainsi, la réticulocytose pourrait être considérée comme un processus de défense contre l'hémolyse dans l'organisme.

Prunell [48] constate, chez le lapin, une réciprocité fonctionnelle entre le développement du pouvoir hémolytique du sérum et le pourcentage des réticulocytes dans le sang. Tout se passe, d’après lui, comme si la substance réticulo-granulo-filamenteuse des hématies, mise en évidence par la coloration vitale, jouait un rôle important dans l'apparition des propriétés hémolytiques dans le sérum,

bre

Litarezek, Baicoiano et Bals [4], contirmant.des travaux anciens de Warburg, Roessingh [20], Denecke, Schilling et Seyfarth [4] montrent que les sangs riches en réticulocytes ont une capacité de fixation de l'oxygène supérieure à celle des sangs pauvres. Les réticulocytes auraient donc pour rôle de maintenir la valeur normale de lhématose malgré une diminution du nombre des globules rouges.

Si l’on admet avec Pappenheim, et avec Fiessinger el C. M. Laur que la substance réticulo-granulo-filamenteuse est formée de lipines du groupe des lécithines ou de la céphaline, il est intéressant de rapprocher du sujet qui nous occupe les travaux de l'école américaine, notamment ceux de Wadsworth, Frank et Elizabeth Maltaner [231 sur le rôle favorisant de ces corps dans la coagulation du sang, sur leur pouvoir inhibiteur du complément et sur leurs propriétés antigéniques.

Enfin, dans le travail qui fait suite à celui-ci, nous avons rapporté l'étroite dépendance qui lie l'équilibre réticulocytaire aux états physiologiques de la gestation, de la lactation et de l’ablactation. Ces constatations, et les résultats encore inédits de nos expériences sur les variations du nombre des réliculocytes sous certaines influences hormonales, nous donnent à penser que ces éléments jouent un rôle, actif ou passif. dans le métabolisme des lipines, chez les individus normaux, et plus particulièrement chez les femelles en gestation et en lactation.

11. — Technique de la coloration supravitale des réticulocytes

Laissant de côté, intentionnellement, les nombreuses variétés de coloration supravitale, nous ne mentionnerons ici que l'excellente technique de C. M. Laur qui nous a toujours donné de bons résultats. Nous empruntons à cel auteur le passage suivant :

« Une solution dans l'alcool absolu, à saturation, d'un mélange de :

2 parties de bleu de crésyl brillant en poudre, 1 partie de rouge neutre en poudre,

représente notre violet vital... Disons que la propreté des lames doit être rigoureuse; de plus, l’eau dans laquelle on les a lavées doit être

exemple d'acides. Nous lavons nos lames dans une eau savonneuse tiède, rinçons à l’eau ordinaire, où même encore une fois à l'eau distillée. Il faut essuyer chaque lame séparément avec un chiffon de toile propre; le coton laisse souvent adhérer des fibres gènantes. On conservera les lames dans un bocal contenant de lalcoo! absolu, ou de l'alcool à 90°, mais non point de l'alcool dénaluré. On ajoutera une goutte de lessive de soude pour 250 cme. d'alcool environ. l

« La goutte de solution alcoolique du colorant doit être assez petite, autrement elle ne se localise pas à une extrémité de la lame. On peut préparer plusieurs lames d'avance. D'autre part, comme chambre humide, nous nous servons d'une grande boîte de Petri; un buvard humecté d'eau ordinaire en garnit le fond. Une pelite grille en fil de fer est disposée sur ce buvard pour éviter le contact entre les lames et le buvard imprégné d'eau. Si ce buvard est trop mouillé, l'eau en s'évaporant forme des gouttelettes sur la face interne du couvercle, et peut retomber sur les préparations. On obtient très facilement le degré d'humidité avec un peu d'expérience.

« La goutte de sang (par piqûre du doigt) est déposée sur la tache de colorant sec et recouverte d’une lamelle, le tout est rapidement posé dans la chambre humide. Au bout de 5 à 7 minutes, on soulèvera la lamelle à 45° environ, très doucement une ou deux fois. On remettra encore la préparation pendant 7 minutes au moins dans la chambre humide. Cette opération, effectuée à mi-temps de la préparation, permet d'obtenir une sorte de brassage des cellules colorées. Leur distribution sera très régulière, celles du centre seront aussi bien colorées que celles de la périphérie. Enfin, on étalera la préparation, el on séchera au plus vile, par exemple en soufflant avec une poire. Ne jamais sécher à la chaleur ou à l’étuve. Si l’on veut conserver les préparations, on peut les fixer, en les présentant au goulot d'un flacon contenant une solution aqueuse d'acide osmique à 1 %. Nous avons conservé pendant 2 ans des lames ainsi traitées, à l’abri de l'air et de la lumière. Elles ont à peine pâli. Le baume de Canada les abime, même celles fixées aux vapeurs osmiques. Il ne nous semble pas utile de surcolorer ces préparations, car le colorant que nous proposons pour la technique courante, et que nous appelons « violet vital » colore suffisamment le fona des hématies pour voir s'y déta-

cher la substance réticulo-filamenteuse. Nous verrons plus loin que les bleus basiques employés seuls laissent souvent le globule rouge non coloré, sous forme d'un disque jaune très pâle ou verdâtre. Gel aspect est gènant pour la numération des réticulocytes. Cunningham avait proposé, en 1915, de surcolorer les préparations au Giemsa; Seyfahrt et Jurgens recommandent aussi de fixer à l'alcool les préparalions vitales 24 heures après l’élalement et de surcolorer par un iriacide. Nous n'avons pas trouvé que celte méthode ait des avanages sensibles. Certes, on distingue mieux les leucocytes et surtout les pelits lymphos qui présentent parfois un réseau bleu avec les bleus basiques; de même, les hématies apparaissent en rose. Mais la subslance réticulo-filamenteuse pâlit sous l’action de l'alcool qui entre dans la composition des éosinates usuels Lype : Giemsa, Leishman ou Tribondeau. I suffit de laver à l'alcool à 100° une préparation supravitale séchée, et même fixée aux vapeurs d'acides osmiques, pour voir la substance réticulo-filamenteuse perdre complètement sa coloration. C’est surtout par la composition et la nature du colorant dont est recouverte la lame a priori que se distinguent les techniques proposées par les différents auteurs. Ces colorants ont un seul caractère commun : ils sont fous de réaction basique. »

L'inconvénient de celte technique est que l’on ne peut pas toujours proportionner la grosseur de la goutte de sang à la quantité de colorant déposée sur la lame. La concentration du sang en colorant sera donc très variable d’une préparation à l’autre, d’où des différences assez sensibles dans les résultats. Il peut arriver aussi qu’on ait trop de colorant pour la quantité de sang recueillie. Nous avons remarqué que si le colorant est en excès, les réticulocytes sont plus difficiles à voir, la numération donnera des chiffres trop faibles.

Enfin, bien qu'exercé depuis longtemps à faire des frottis, nous n'avons jamais pu, par celle méthode, obtenir des étalements assez minces, avec un espacement des globules suffisant pour numérer commodément. Nous avons eu recours, pour éviter ce dernier inconvénient, à l’artifice suivant : on opère le mélange de sang ef de colorant comme il vient d’être dit. Lorsque le temps de la coloration est écoulé, on soulève la lamelle par un de ses bords, au moyen d’une

aiguille à dissocier, Llandis qu'on l'empêche de glisser sur la lame en arrêtant le bord opposé avec une autre aiguille. Quand la lamelle fait avec la lame un angle de 45°, on la saisit entre le pouce et l'index de la main gauche el on fait légèrement basculer le bord qui est resté en contact avec la lame, de manière à ce que la lamelle ne touche plus la lame que par un angle. Toute la goutte du mélange vient se rassembler dans cet angle. De la main droile, on présente à cette goutte une pipette eflilée. Le liquide v monte par capillarité. On reporte alors, sur une lame propre, une gouttelette du mélange qu'on mesurera facilement aussi petite qu'il est nécessaire. On étale, ensuite, comme on le ferait pour un frotlis ordinaire, Une très petite goutte de sang permet un étalement mince el régulier. On pourra ainsi, avec le liquide de la pipette, obtenir plusieurs lames

ASPECTS DES RÉTICULOCYTES DU LAPIN ADULTE NORMAL, TRAI- TÉS PAR LE VIOLET VITAL.

Si l’on examine à l'immersion une préparation de sang de lapin obtenue par le procédé que nous venons d'indiquer, on observe, dans un champ, 500 à 600 hématies assez uniformément leintes en :auneverdâtre ou en vert, quelquefois en vert tirant su” le \iolet. Parmi ces hémalies, on en trouve 15 à 18 environ, qui présentent de petites granulations isolées ou groupées, et intensément colorées en violet presque noir (fig. 1).

Les groupements de granulations le plus fréquemment observés sont des amas épineux presque compacts, des diadèmes ou des couronnes d’'épines, plus rarement des grains isolés, des chaïînettes. Il nous à semblé que la forme filamenteuse et la forme en réseau, si fréquentes chez l'homme, étaient plus rares chez le lapin.

Nous avons été frappé par le fait que, dans certains sangs, les réticulocytes présentent quelques rares granulations, tandis que dans certains autres, ils sont beaucoup plus riches. Pour un nombre égal de réticulocytes, on a des différences considérables dans la quantité totale de substance réticulo-granulo-filamenteuse. À côté de la notion du nombre, il faut donc considérer la notion de la quantité totale de cette substance, Malheureusement, nous ne voyons

Dee

pas comment on pourrait mesurer avec précision celle quantité. Force est done de se contenter d'apprécialions arbitraires. Il existe de nombreuses classifications des réticulocytes suivant l'aspect que prend la substance réliculo-granulo-filamenteuse, suivant le mode de groupement des granulations, suivant la richesse approximative des éléments en substance colorée, en particulier la classification de Engel qui distingue 5 groupes de réticulocytes. Nous croyons que de telles classifications, intéressantes du point de vue théorique, sont peu utilisables dans la pratique. Nous avons adopté un moyen assez grossier, mais rapide, qui consiste à répartir chaque réticulocyte observé dans une des 3 classes suivantes : réticulocytes pauvres, réliculocytes moyens et réticulocytes riches. C’est un peu le procédé de Seyfahrt [22] el celui de Moldawski [44]. Nous croyons qu'il y a un grand intérêt à compléter la numération des réticulocytes de renseignements, même approximatifs, sur leur richesse en substance réticulo-granulo-filamenteuse, puisqu'aussi bien la plus grande richesse révèle l’état de moindre maturation de ces éléments.

La numération des réticulocytes sur des préparations supravitales, si l'on veut oblenir des résultats précis, est une opération assez longue. On admet généralement qu'il suffit de compter le nombre de ces éléments sur 1.000 hématies. Nous sommes, à ce sujet, de l'avis de Crosetti [8}, Krumbhaar [8 Benhamou et Nouchy [1], qui s'astreignent à les compter sur 4.000. Quand on est bien exercé, cette numération prend de 20 à 30 minutes, c’est dire que la méthode devient impossible si l’on doit suivre quotidiennement l’hémogramme de 15 à 20 animaux. Nous n'avons pu mener à bien le travail qu’on trouvera au chapitre suivant, que parce que nous avons eu entre les mains une méthode beaucoup plus rapide, la méthode par l'hémolyse acétique.

Avant d'entreprendre la description de cette nouvelle méthode et d'en donner les résultats comparatifs avec la méthode de coloration supravitale, disons qu'elle n’a rien de commun, malgré l'apparence du nom, avec la méthode dite hémolytique, ou plus exactement, avec la coloration hémolytique de Chauffard et Fiessinger [2, qui consiste à traiter un frottis de sang non fixé par le réactif de Pappenheim (pyronine el vert de méthyle en solution saturée dans l’eau distillée),

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