HÉMOLYSE PAR D'AUTRES SUBSTANCES
D'autres acides organiques, notamment l'acide tartrique, l'acide citrique, l'acide oxalique, employés à des dilutions convenables, produisent le même phénomène. Aucun de ces acides ne donne de meilleurs résultats que l'acide acétique. Les acides minéraux le produisent également. Nous venons de mentionner la teinte grise et poussièreuse que prend, en solution chlorhydrique, le sang de lapin anémique. Cet aspect est probablement dû aux hématies hémolysées opaques. Mais les altérations globulaires que produisent les acides minéraux, même dilués, rendraient assez difficile toute numération.
Les solutions de base ne produisent rien de semblable. Quand la dilution est assez faible pour qu'il n’y ait qu'hémolvse sans destruc- Lion du stroma, on peut constater qu'aucun élément ne se différencie des autres. Il est vraisemblable que la substance, précipitée dans l'hémolvse acétique est, au contraire, dissoute dans l’hémolyse basique. La nature lipidique de la substance réticulo-granulo-filamenteuse explique ces faits.
L'hémolvse par l'eau distillée ne permet pas, non plus, de mettre en évidence les éléments que l’on voit si nettement par lhémolyse acélique. Cependant, en examinant très attentivement, à un fort grossissement et en diaphragmant beaucoup, une dilution de sang dans l'eau distillée, on arrive à trouver, de place en place, quelques rares éléments à peine visibles, beaucoup plus rares qu'avec l'acide acétique; ils sont entourés de granulations en amas qui semblent se désagréger. Nous pensons que ces amas en désagrégation sont probablement des réticulocytes, mais comme il s’agit là d'éléments à la limite de la visibilité, même pour un œil exercé, il ne saurait être question de les numérer. Du reste leur nombre est notablement inférieur à celui des éléments mis en évidence par l'acide acétique.
Dans le groupe des glucosides hémolytiques, nous n’avons essayé que la saponine. Cette substance, aux dilutions de 1/10.000, 1/1.000 1/100, aussi bien dans l’eau distillée qu'en solution isotonique, n’a
Hématies hémolysées par l'acide acétique à 0,5 °
Eclairage à fond noir.
blanes = hématies réticulocytes,
Cercles hémolysées Disques blancs =
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pas donné lieu au phénomène de l'opacification de certaines hématies hémolysées. Par contre, l'addilion de saponine à la solution acétique à 0,59 % n'empêche pas l'apparition des hémalies hémolysées opaques.
Comment peut-on interpréter ces faits ? Nous pensons qu'ils trouvent leur explication dans un changement d'état physique de la substance réliculo-granulo-filamenteuse. I se produit sans doute, sous l'influence de l'acidité, une précipitation, une floculation des phospholipines à l'intérieur de l'hémalie.
Notons que cette précipilation ne se produit pas en milieu alcalin, ce qui est conforme à la nature Hipidique de la substance rétieulogranulo-filamenteuse.
ASPECT, A L'ÉCLAIRAGE A FOND NOIR, DES HÉMATIES HÉMO- LYSÉES OPAQUES.
C'est avec l'éclairage à fond noir que l'on peut distinguer le plus nettement ces hémalies. Lorsqu'on examine une dilution acélique du sang de lapin à l'ultra-microscope, on constate que les hématies hémolysées sont encore très visibles. Elles apparaissent comme des cercles lumineux, beaucoup moins lumineux, loutefois, que ne le serait les cercles d'hémalies non hémolysées. Ce sont les hémalies éleintes de Jeantet [7].
Au milieu des cercles faiblement lumineux des hématies hémolysées, on observe quelques éléments qui ont l'apparence de disques pleins. Leur surface paraît constituée par un voile blanchâtre légèrement plissé, qui leur donne un aspect dépoli et lumineux contrastant avec la transparence parfaite des autres hématies à travers lesquelles le fond noir reste absolument pur (fig. 3).
Sans changer la préparation de place, on peut très facilement, en abaissant le condensateur de l'ultra-microscope, remplacer le fond noir par l'éclairage ordinaire. On constate alors que chacun de ces disques dépolis correspond à un des éléments opaques après l'hémolvse acétique que nous avons décrits plus haut. Avec une cellule à compter construite spécialement pour l'éclairage à fond noir (Zeiss, Stiassnie), on peut numérer très aisément ces hématies hémolysées
opaques sur fond noir. Nous avons conslalé, en de multiples occasions, que leur nombre correspondait, aux nombres obtenus par la méthode précédente.
L'HÉMOLYSE ACÉTIQUE CHEZ L'HOMME ET CHEZ LES ANIMAUX AUTRES QUE LE LAPIN.
La méthode de l'hémolyse acétique, dans l'état actuel de notre technique tout au moins, ne semble pas susceptible de s'appliquer à l'homme, ni aux animaux autres que le lapin. C’est donc un caractère particulier aux rélieulocytes du lapin d'être nettement visibles el numérables par l'hémolyse acétique.
Lorsqu'on hémolyse, par l'acide acétique dilué, du sang de lapin dans la proportion de { pour 20, comme nous l'avons dit, on constate au microscope que les hémalies ordinaires ont à peu près complètement disparu. Seules Îles hémalies visibles après l’hémolyse apparaissent nettement, elles sont faciles à compter puisqu'on ne distingue guère qu'elles.
D'autre part, les hématies du lapin, hémolysées par l'acide acétique dilué, se répartissent d'une façon égale sur toute la surface du quadrillage et restent bien distinctes les unes des autres, même si elles se touchent ou si elles se superposent. Elles ne s'agglutinent jamais par l'hémolyse acétique.
Si l'on agit de la même façon avec du sang humain, on constate que les hématies hémolysées sont, dans l’ensemble, beaucoup plus visibles que les hématies hémolysées du lapin; d'autre part, elles sont, le plus souvent, agglutinées en gros amas. Il est impossible d'éviter complètement cette agglutination, même en agitant énergiquement le mélangeur. Au milieu de ces hématies hémolysées trop visibles et agglutinées, il devient impossible de distinguer les éléments opaques qui sont, par ailleurs, eux mêmes, moins distincts que chez le lapin. Il faut donc renoncer à cette méthode pour la recherche et la numération des hématies hémolysées opaques, chez l’homme.
Nous avons essayé successivement notre méthode sur le cobaye, la souris, le chien, l’âne, la vache. Les trois premiers présentent un pourcentage assez important de réticulocytes ‘par la méthode de la
coloration vitale. On les distingucrait assez bien par l'hémolvse acétique, mais, les hémalies hémolysées S'agglutinent aussi en amas, au milieu desquels on ne peut plus distinguer les éléments granuleux. La méthode à l'hémolyse acélique ne leur est done pas applicable.
Pour la vache et l'âne, il y a également agglutinalion des hématies par l'acide acétique dilué. De plus ces animaux, à l'âge adulte, ne présentent pas de réticulocytes. Chez des ânes très anémiques, au cours de l’évolution de l'anémie infectieuse des équidés, nous n’en avons, non plus, jamais trouvé. (Observation en collaboration avec L. Balozet).
En résumé, la plupart des hématies du lapin, hémolysées par l'acide acétique dilué, sont très peu visibles; elles ne s’agglutinent pas en amas. Les hématies opaques sont, au contraire, nettes et faciles à compter.
Les hématies des autres animaux et de l'homme sont agglutinées par l'acide acétique dilué; hémolvsées, elles sont trop visibles. H y a tous les degrés entre les hémalies hémolysées ordinaires et les hémalies opaques. Ces deux faits gènent considérablement Ia numération «de ces derniers éléments.
QUE SONT CES HÉMATIES HÉMOLYSÉES OPAQUES ?
Nous avons dit que, chez les lapins devenus anémiques au cours de l'infection par Trypanosoma congolense, nous avions constaté que le nombre de ces éléments atteignait son maximum au moment le plus aigu des poussées de réticulocytose. II devenait à peu près certain que les hématies demeurant visibles après l'hémolyse et les réticulocytes étaient identiques.
Toutefois il fallait le prouver. Nous désirions également nous rendre compte si la numération des éléments que nous avons décrits donnait des résultats suffisamment approchés de la numéralion classique des réticulocytes par la coloration supravitale, pour être, le cas échéant, élevée au rang de méthode. Dans ce but, nous avons fait des centaines de numérations comparatives de ces deux sortes -d'éléments. Nous avons comparé les résultats chltenus sur de nombreux lapins adultes normaux, puis nous avons suivi quotidiennement, {tou-
jours par les deux méthodes, les variations physiologiques de ces éléments : baisse du taux réticulocytaire depuis la naissance jusqu à l'âge de quatre mois, réticulocytose physiologique du tiers moyen de la gestation, réliculocytopénie de la lacti ation et du dernier tiers de la gestation, réliculocytose de l'ablactalion.
Puis nous avons étudié les variations pathologiques, en particulier la réliculocytose dans les anémies à trYpanosomes, la réticulocytose et la réticulocytopénie d'allure particulière, au cours des périodes de gestalion, de lactalion el d'ablactalion, chez une lapine infectée par Trypanosoma equiperdunr.
Enfin, nous avons tenu à compléter ces comparaisons de nombres, en étudiant les variations loxicologiques du taux réticulocylaire sous l'influence d'un poison hémolytique : le chlorhydrate de phénvlhydrazine.
Les résultats obtenus par les deux méthodes, comme le montrent les tableaux ci-joints, ont été toujours très comparables.
iV. — Numérations comparatives 1° LES RÉTICULOCYTES CHEZ LES LAPINS ADULTES NORMAUX.
On trouvera, dans le tableau 1, les résultats que nous ont donné 86 numérations effectuées en double, sur 17 lapins (8 mâles et 9 femelles) 0).
. Si l'on fait la moyenne générale, sans distinction de sexe, on voil que l'hémolvse acélique à mis en évidence 184.000 éléments pour 5.871.000 hématies, soit un pourcentage de 3,11 et que la coloration supravitale a permis d'en compter 3,1% pour 100 @
Nous avons eu l'occasion de constater que les mâles présentaient constamment un taux réticulocylaire légèrement inférieur à celui des femelles. La différence est encore plus nette lorsqu'on compare, non plus les nombres individuels, mais les moyennes de nombreuses nu-
(1) Femelles n'ayant jamais eu de petits et soigneusement séparées des mâles, depuis plusieurs semaines, pour éviter les changements du taux réticulocytaire pendant Ja gestation, la pseudo gestation et les périodes de chaleurs.
(2) Nombres déterminées à Tunis, en hiver et au commencement du printemps.
rnérations. Chez les mâles, la coloration supravitale a donné 2,94 réticulocytes pour 100 hématies. Chez les femelles, 3,31. L'hémolyse acé- TABLEAU I
Hémogrammes de lapins adultes
EEE LL
NUMERATION DES RETICULOCYTES CT ME NOMERE Se = nr.
/ MOYEN 1° PAR LA 2° PAR L'HÉMOLYSE | MOYENNE LAPINS de d’'hémalies | coloration acétique des : NUMÉRATIONS or 2/3 vilale Rs ie || "POUCERLS d Par y A CT ER ; De | tages par lapin Res er Nombre POURIOUN ES Spies D Pour 100 par ‘}, ; s à hématies | desang | hématies |Par les deux 5 méthodes 1° Lapins mâles RS 4 5.740.000 | 3,00 170.000 2,95 2,97 ce J 5.775.000 | PAU 160.000 SU 8,74 11. SDF PE et 6.340.000 8,81 180.000 2,83 2,82 EL, SRE PA a 9.672.000 2,96 172.000 3,02 2199 -. 3 5.670.000 2,90 160.000 2,81 2,85 2 AFÉRSS 10 6.146.000 3,10 188.300 2,99 3,03 6... p) 6.042.000 2,85 170.450 2,82 2,83 D... 2 6.210.000 3,19 191.200 3,07 3,13 2° Lapins femelles D 3 5.925.000 3,36 | 195.000 3,88 3,32 LIENS ’ il 9.800.000 2.09 | 175.000 3,01 2,98 DC... 3 9.603.000 | 3,8 | 201.000 3,57 | 3,57 RU... 8 9.797.000 | 328 RTSS-U00E dE 53:18 0 8,21 LCR 9 D:802.000 0023500 2-0 218.300 + 3,6 ronS Rs D... 6 9.786.000 3,28 | 186.000 3,20 3,84 Re ..... 3 9.760.000 3,45 | 198.600 3,41 3,43 Moyennes des 86 numérations Remelles....... » 5.801.000 Sail | 192.794 3,89 3,30