CHAPITRE III
ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE DES VERGETURES
Peut-on rapporter à une cause unique la production des vergetures dans tous les cas ? Les auteurs qui se sont occupés de cette question ont émis diverses opinions sur leur nature, et certains font intervenir différentes causes, suivant les conditions dans lesquelles elles se produisent,
CE . } É Pour les uns, la lésion est toujours de nature
mécanique ; pour d'autres, elle peut parfois dépendre
d’un trouble trophique d'origine nerveuse ou autre ; plus récemment enfin, le D' Piet (de Denain) en a voulu faire une modification des vaisseaux lymphatiques. {Voici les raisons sur lesquelles il s'appuie pour rejeter la théorie mécanique:
1° Certaines personnes ont des vergetures caractéristiques à la hanche ou à l'épaule sans y avoir jamais eu de distension appréciable. Mais pour que cette raison soit entièrement justifiée, il faudrait savoir à quel moment et comment ont apparu ces vergetures de la hanche et de l'épaule. La distension, les tiraillements nécessaires pour les produire peu-
vent être si minimes que les sujets ont pu ne jamais les remarquer. Nous savons par les observations rapportées qu’un effort musculaire violent,un accroissement rapide peuvent les faire apparaître ;
2° On n’en trouve pas dans beaucoup de cas où la peau est distendue au maximum : au niveau des tumeurs du sein ou des tumeurs blanches articulaires par exemple.
3 Enfin, parce qu'on ne produit pas de vergetures en distendant la peau artificiellement. Il semble qu'en donnant ces deux dernières raisons l'auteur ne songe pas, comme nous en parlerons plus loin, à faire intervenir une prédisposition du sujet.}
S'appuyant sur une observalion que nous rapportons à la fin de ce travail, le D" Piet pense que les vergelures répondent à un état de dilatation moyenne du système et particulièrement des vaisseaux lymphaliques, que cette dilatation des vaisseaux est due, sans doute, à un obstacle qui s’y oppose à la circulation : c’est ainsi qu'il pense que les vergetures de l’abdomen sont provoquées par toutes les causes qui donnent lieu à une gêne de la circulation abdominale. Pour lui, la distension de la peau par les organes sous-jacents ne parait jouer
aucun rôle dans la formation des vergetures. Cellesei siègent sur le trajet des vaisseaux lymphatiques et semblent résulter d’une modification de ces vaisseaux. N'ayant pas d'éléments d'appréciation suflisanis pour discuter cette théorie, mais d'autre part ayant assez d'observations pour expliquer dans tous
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les cas la théorie mécanique de la distension, nous rejetterons l'hypothèse du D' Piet pour nous rallier à: la théorie mécanique que nous justifierons, après avoir toutefois exposé et discuté la théorie nerveuse.
Certains auteurs, ayant observé des vergetures. dans des cas où la distension n’était pas manifestement visible, ont pensé qu'il y avait lieu de faire intervenir un facteur nerveux dans la production de: cette lésion. La théorie nerveuse fut d'abord soutenue par Thaon en 1880, à propos d'une observation sur un Cas de vergetures du thorax siégeant au niveau. des espaces intercostaux et parallèles à ces espaces ; il voulut voir un rapport entre la disposition de ces vergetures et la distribution des nerfs iriercostaux, rapport qui était fondé sur le siège des vergetures du côté sain, lequel, suivant Thaon, et contrairement à ce qu’on a remarqué dans toutes les autres observations — probablement à la suite d’une erreur de mensuralion — présentait un développement moins grand que le côté opposé malade. Féré et Quermonne ont rapporté trois observations de vergetures chez des adolescents névropathes, paraissant être survenues sans motif, et pensent qu’elles sont le résultat d’un trouble trophique en rapport avec l’état du système nerveux de ces malades, ou bien qu'elles sont causées par un défaut de résistance congénitale de la peau.
Arnould, dans une note du Bulletin de la Société anatomique de 1887 publie,à son tour,quatre observations de vergetures survenues chez des épilep-
tiques sans cause appréciable et croit devoir les mettre sur le compte de l'affection nerveuse dont ces sujets sont atteints, et sous la dépendance d’un trouble trophique. Toutefois, il a soin d'ajouter que ces malades n’offrent pas de troubles trophiques autres, ni aucun trouble de sensibilité de la peau, et que l’origine de ces vergelures reste un peu douteuse.
Pitres et Vaillard, étudiant les altérations ner- veuses des nerfs périphériques dans le cours et la convalescence de la fièvre typhoïde, attribuent à ces névrites parenchymateuses la production de tous les troubles trophiques qu’on rencontre dans cette affection. Toutefois, dans leur article, 4 n’est aucunement question de vergetures.
Diverses raisons nous permettent de rejeter la théorie nerveuse. C’est d’abord l'anatomie pathologique des vergetures, telle que l'ont décrite MM. Troisier et Ménétrier : QI n’y a,en effet,/aucun processus atrophique, mais une simple élongation et parfois rupture des fibres élastiques.» Une autre raison indiquée par le professeur Bouchard, c'est que les vergetures n'existent qu’en des circonstances bien déterminées ; c’est ainsi que les vergetures soit des membres, soit du thorax ne se sont rencontrées jusqu'à présent que chez des adolescents en période de croissance, atteints de pyrexies graves, ou encore à la suite de très violents exercices musculaires. On n’en trouve pas de cet ordre chez les adultes. Il est difficile d'admettre qui si cette lésion nerveuse existe,
elle n’exerce son action que dans des cas aussi bien déterminés. A la vérité, l'apparition des vergetures semble être influencée par un état morbide très par- ticulier du sujet : c’est dans la grossesse, où le rôle de l’auto-intoxication est si considérable ; c’est dans la fièvre typhoïde grave où la virulence du poison typhique augmente l’inflammation des os longs et conséquemment l’allongement de ces os; c’est aussi dans certaines affections pleuro-pulmonaires où les toxines microbiennes influencent probablement l'état de résistance de la peau. ;
La théorie mécanique est depuislongtemps admise pour les vergetures de la grossesse: le développement de l'utérus joint à la dilatation des vaisseaux et aux modifications qui se produisent, chez les femmes enceintes, dans la texture de la peau, en expliquent la production. D’après Balzer, la graisse Jouerait un rôle important dans la production des vergelures. Elles seraient plus fréquentes chez la femme enceinte qui engraisse que chez celle qui reste maigre. Le développement plus ou moins rapide de la polysarcie chez la femme et chez l'homme est une cause habituelle de vergetures de l'abdomen et des membres. Et si l’ascite, les tumeurs de l'abdomen causent des vergetures moins fréquemment que la grossesse, quoique la distension soil parfois considérable, c’est que l’adiposité fait ici ordinairement défaut. Le scrotum riche en tissu élastique, mais pauvre en tissu adipeux, ne présente pas de verge-.
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tures, bien qu’il soit sujet à des distensions considé-
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C'est M. Bouchard qui, le premier, admit la théorie mécanique pour les vergetures survenues aux membres pendant la convalescence de la fièvre typhoïde. Mêtre en main, il put constater chez un de ses malades un accroissement de 25 millimètres durant le cours de la maladie, tandis qu’à l’âge du malade et suivant les tables dressées par Quételet, la croissance ne serait à ce moment-là que d’un millimètre en quinze jours. Cet accroissement du tissu osseux, sans participation de la peau, explique la production des vergetures des membres. Cette croissance rapide des adolescents survenant dans certaines pyrexies a déjà souvent élé signalée, et Auboyer dans sa thèse l’a bien mise en relief.
Le siège même des vergetures sur les membres
explique leur production par distension : c’est au niveau des épiphyses, c’est-à-dire à l'endroit même où se produit l'allongement de l'os et près des articulations où se font les grands mouvements et par suite les Liraillements de la peau à leur niveau. De même la distension du thorax amène la production des vergetures chez certains adolescents atteints d’affections pleuro-pulmonaires. À la suite d’une lésion dela plèvre ou du poumon d’un côté, eten particulier dans les cas de pleurésie, de pneumo ou d’hydrothorax des vergelures peuvent apparaître sur la paroi thoracique du côté opposé. Si, en effet, on examine les observations rapportées, on voit