ÉTUDE HISTORIQUE
On observe dans les services de chirurgie que le pus de certaines plaies est bleu, et colore en bleu les linges de pansement. On a découvert que ce phénomène doit être attribué à un microbe, signalé successivement par LüCKE (1862), SCHRŒTER (1872), et EBERTH (1873, 1875).
Mais c’est GESSARD (1882), qui a commencé vraiment l'étude du Bacille du pus bleu, qu’il a appelé Bacillus pyocyaneus ou Bacille pyocyanique. Le Bacille de GES- SARD est. caractérisé essentiellement par la sécrétion d’une substance bleue : la pyocyanine, que Forpos (1869) avait fait cristalliser et dont il avait donné un procédé d'extraction. :
Le Bacille pyocyanique se rattache au groupe des bac. téries chromogènes, dont les produits de sécrétion sont appelés pigments ou corps colorés. L'étude du Bacille pyocyanique, faite de facon magistrale par GESSARD, au point de vue du pouvoir chromogène, a également été menée à bien, dans un ordre d’idées différent, par CHAR- RIN (1889), qui, avec la découverte de la « maladie pyocyanique expérimentale », a résolu divers problèmes intéressant les microbes pathogènes.
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CARACTÈRES MORPHOLOGIQUES. —- Le Bacille pyocyanique est court (1x à 1u.,5 sur 0,5) ; il se présente isolé ou en amas peu cohérents.
Si l’on cultive le Bacille pyocyanique sur des milieux auxquels on a ajouté des antiseptiques, on observe des variations morphologiques qui modifient totalement la forme microbienne normale. On retrouve la forme habituelle par transport sur milieux normaux, des germes ayant vécu en milieux antiseptisés.
CARACTÈRES GÉNÉRAUX. — Le Bacille pyocyanique est mobile, monotriche, non sporulé. Anaérobie facultatif, 1l se développe à l’air, avec beaucoup plus de facilité. La température eugénésique est 37°, mais on observe encore
des cultures à 15° et à 43°. HAVERMANN (1894) a même signalé à 7° une végétation, très lente il est vrai.
COLORATION. — On colore facilement avec les colorants habituels d’aniline, le Bacille pyocyanique, qui ne prend pas la coloration de GRAM.
VITALITÉ. — Le Bacille pyocyanique, qui vit longtemps dans les milieux habituels de culture, est tué assez facilement, comme nous le verrons, par les antiseptiques : on s'explique ainsi la rareté relative de ce microbe dans les suppurations. Pourtant plusieurs médecins m'ont signalé sa présence encore fréquente dans la flore microbienne du pus des plaies de guerre. On a remarqué que les objets et produits de pansements non stérilisés (notamment le coton cardé), contribuaient à rendre extrêmement facile la propagation du Bacille pyocyanique. Quant aux compresses stérilisées, TISSIER (1917) a vu qu’elles présen-
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taient « de larges taches d’un beau jaune d’or, cernées d’un liséré bleu-vert ».
La pression, l'électricité, ont aussi des effets intéressants sur le pouvoir chromogène et le pouvoir toxique du Bacille pyocyanique.
GESSARD a signalé que le Bacille pyocyanique pouvait être tué par chauffage à 59° pendant cinq minutes.
Pigments
Le Bacille pyocyanique sécrète quatre pigments, plus ou moins bien connus :
4° La pyocyanine (bleue);
2° Le pigment vert fluorescent;
3° Le pigment jaune verdâtre ;
4° Le pigment noir.
1° Pyocyanine
GESSARD (1882) a modifié le procédé d'extraction de la pyocyanine, décrit par Forpos (1869). Le principe commun aux deux procédés réside dans l’alcalinisation des cultures à l’ammoniaque, suivie de traitement au chloroforme, qui dissout surtout la pyocyanine.
D'après GESSARD (1890), pour que le Bacille pyocyanique sécrète de la pyocyanine, la présence d’une source d'azote organique ou d’un sel ammoniacal est indispensable. MASst (1911) montre que le soufre et la magnésie sont également nécessaires à la production de la pyocya-
nine. FRouin et M'° LepEBT (1912), cultivant le Bacille pyocyanique en milieu synthétique au phosphate de potasse et au sulfate de magnésie, observent un développement chromogène (1). Certaines peptones pauvres en potasse, et la gélatine à 10 %, sans bouillon ni peptone, permettent, d’après GESSARD, d'obtenir la pyocyanine seule.
CHARRIN (1889) a constaté que, en présence de sérums d'animaux immunisés à son égard, le Bacille pyocyanique avait perdu la propriété de sécréter de la pyocya-
nine. GEORGHIEWSKY (1899) à confirmé ce fait.
La pyocyanine est soluble dans l'alcool faible et le chloroforme, et selon KRAUSE (1900), insoluble dans la plupart des dissolvants organiques.
La pyocyanine possède une fonction basique, et vire au rouge sous l'influence des acides, en donnant avec eux des composés cristallisables.
Par oxydation, la pyocyanine, bleue, se transforme en une substance jaune, la PYOxan those) susceptible de eristalliser en aiguilles.
D'après LEGROS (1900), la pyocyanine ne serait pas toxique, même à haute dose.
(1) Lasseur (1911) avait déjà vu que le magnésium était indispensable à la production de la chlororaphine et que le sulfate de magnésie donnait des résultats constants.
De même, Kunrz (1900) s’était rendu compte qu'il fallait du soufre et de la magnésie pour produire la pigmentation chez B. prodigiosus. Son observation fut confirmée par Samkow (1903). Enfin, SULLIVAN (1905) avait montré que le sulfate de magnésie était indispensable à : la production des pigments rouges de B. prodigiosus, B. rosaceus, . B, metalloides, B, ruber balticus, etc. .