INTRODUCTION
Epidémie de Saint-Gérand-de-Vaux
Monsieur et Madame J..., fermiers d’un domaine des environs de Saint-Gérand-de- Vaux, élèvent un porc au cours de l’année. 1944, en le nourrissant, remarque intéressante, avec une forte proportion de laitages écrémés, l’abattent au mois d'août 1944, donc en pleine période de chaleur et le mettent en salaison, en utilisant le strict minimum de sel prévu par les coutumes ancestrales. |
Au mois de mars 1945, ils commencent à consommer l’un des jambons mis au saloir.
Quelques jours après, tous les membres de la famille comprenant : le père, la mère, le fils et la fille sont pris de troubles oculaires, secrétoires et digestifs. Un médecin appelé en consullation pense à une encéphalite léthargique et les traite pour cette affection, jusqu'au 25 avril 1945. Pendant tout ce temps, ils continuent tous à manger d’une façon discontinue de ce jambon, qui, nous le verrons par la suite, était la source de tous leurs maux.
Le 21 avril dans la matinée, arrive en visite de Paris, Madame B..…., sœur de Madame J... Au déjeuner est servi de ce jambon. Tout le monde en mange, particulièrement Madame B.. qui en ingéra une assez grande quantité. Il y avait de plus à table un garçon de ferme, Monsieur Robert G... qui était venu ce jour-là aider aux travaux des champs et l’enfant Gaston R..…. de l’ Assistance.
Ce dernier qui en absorba à peine, n'eut que des troubles oculaires très légers.
ET gr
Le garçon de ferme, en plus de symptômes oculaires fut en proie à un syndrome abdominal très violent avec vomissements et diarrhée qui fit diagnostiquer au médecin traitant une crise appendiculaire. Le syndrome abdominal ayant brusquement cessé, il ne fut point envoyé à l'hôpital. Il n'y vint, par la suite, que lorsque l’épidémie fut découverte dans notre Service. |
Par contre, l'absorption de ce jambon devait être fatale à Madame B.….
Le lendemain même de son arrivée, donc à peine 24 heures après le repas toxique, se déclaraïient de violents symptômes digestifs, accompagnés de paralysies oculaires, ptosis et troubles de la salivation.
Le médecin traitant la famille J... pensa à un nouveau cas d’encéphalite épidémique par contagion et traita la malade pour cette affection.
Les symptômes empirant de jour en jour et la paralysie respiratoire s’annonçant, ùl conseilla de faire admettre Madame B... à l'hôpital de Moulins.
Elle fut donc admise le 26 avril au matin avec un certificat d’encéphalite épidémique.
Un examen complet de la malade nous ayant fourni tous les signes d’une intoxication botulinique ainsi que la notion de l’absorption de jambon salé suspect nous firent opter pour le diagnostic de Botulisme.
Hélas, la malade qui ne pouvait déjà ni avaler ni parler et éprouvait beaucoup de difficultés à respirer, décéda le lendemain de son admission, avant que nous ayons été en possession du sérum et de l’anatoæine.
Il était d’ailleurs vraisemblablement déjà trop tard.
Nous avons traité par la suite, avec succès, les siæ autres intodiqués.
Nos observations personnelles, celles de trois autres cas, faisant partie d’une même épidémie urbaine, mis gracieusement à notre disposition par le DT Ganne, de Moulins, les publications du DT Legrouæ, de l’Institut Pasteur de Paris, vont nous permettre d'étudier dans ce travail : |
L'influence de la méthode des conservations alimentaires sur l’éclosion et l’évolution du germe botulique.
La prophylaxie qui en découle.
Les erreurs de diagnostic auxquelles expose le syndrome d'intoxication botulinique.
Le traitement pratique à instaurer.
Mademe B.., 47 ans, de Paris, arrive chez sa sœur, Madame J.…., le 21 avril 1945.
Elle absorbe au déjeuner et dans la soirée plusieurs tranches d’un jambon salé, qui, nous le verrons dans les observations suivantes, entretenait les quatre membres de la famille J... dans un état d'intoxication permanente.