COMPOSITION CHIMIQUE DE L’HUILE EXTRAITE DU FRUIT DU C. INOPHYLLUM
Nous avons vu, dans la première partie de notre exposé, que les différentes parties de l’arbre étaient utilisées suivant les pays : le bois, l'écorce, les feuilles, la résine qui exsude de l’arbre, après incision, et l’huile.
Cette dernière est la plus communément employée par les populations indigènes. C’est donc à l’examen chimique de l’huile, que nous avons limité notre étude, suivant en cela la plupart des auteurs consultés.
Notons cependant, au passage, le travail de HECKEL et SCHLAGDENHAUFFEN (1), qui ont montré que la résine existe dans les cotylédons du C. Inophyllum. Pour eux, cette résine remplit des poches secrétrices et se trouve en dissolution (probablement à l’état d'huile essentielle) dans l'huile grasse.
Extraction de l’ huile. — L'huile de C. Inophyllum n'a pas encore fait l’cbjet d’une extraction industrielle et les quantités consommées en Indochine, en quantité pourtant assez importante, ne proviennent que d’un traitement domestique, décrit par LEFEUVRE, dans le Bulletin économique de l’Indochine XIX, p. 567, 1917.
« En Cochinchine, les Annamites, après avoir séparé le grain de l’enveloppe, coupent l’amande en
(1) Heckel et Schlagdenhauffen — Journal thérapeutique 1876.
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tranches minces qu'ils font sécher au soleil et réduisent ensuite en poudre, au moyen d'un pilon. Cette poudre, chauffée à la vapeur d’eau, donne l’huile, qu'ils emploient ensuite, sans la purifier.
« Après un certain temps de repos, l'huile laisse déposer une matière solide, plus ou moins graisseuse.
Dans l’Annam central, on procède différemment ; les amandes, dépouillées de leur coque, sont écrasées par une meule actionnée à bras d'homme. La pâte qui en résulte est ensuite placée entre deux presses plates, sur lesquelles deux hommes exercent une pression, en s’asseyant dessus.
L'huile s'écoule par de petites rigoles pratiquées dans la pierre inférieure, mais cette pression à froid, trop sommaire, met dans l'obligation d'exercer une seconde pression à chaud. Celle-ci consiste à faire chauffer dans une marmite le résidu de la pression à froid, pendant deux ou trois heures, et à transvaser la partie huileuse, qui vient à la surface, dans une autre marmite recouverte d'une toile de coton, qui fait office de tamis ».
Les autres procédés d'extraction employés aux Indes Néerlandaises et aux Indes, ne diffèrent que peu, des procédés décrits ci-dessus, et restent identiques dans leur principe.
Citons néanmoins, CUZENT (1) qui décrit l’extraction de l'huile aux Iles de la Société, de la façon suivante :
« Les amandes réduites en poudre grossière sont mises dans des sacs de coutil, que l’on soumet à la
(1) Cuzent - Îles de la Société - Tahiti - Considérations géologiques, météorologiques et botaniques.
ire
presse. Toute l'huile vierge obtenue, de cette manière, on pile les tourteaux et l’on expose la pâte au bainmarie, à une douce chaleur, afin de coaguler l’albumine, et l’on soumet de nouveau à l’action de la presse. L'huile coule plus facilement et on en retire encore une grande quantité.
Dès le commencement de l'opération, on pourrait soumettre les amandes pilées à l’action de la chaleur, afin de faciliter la sortie de l’huile, mais on sait que les huiles chtenues ainsi s’altèrent beaucoup plus promptement que celles que l’on prépare à froid. Il est donc préférable d'éviter l'emploi de la chaleur ».
Voici les moyennes des résultats obtenus par CUZENT : « 1.000 gr. d'amandes ont donné, après une première expression à froid, 418 gr. d'huile ; les tourteaux pulvérisés et chauffés, puis remis à la presse, ont produit de nouveau : 408 gr. d'huile, soit un rendement de 81] % ».
Nous avons répété ces opérations sur les amandes du C. Inophyllum de COCHINCHINE, et avons constaté des résultats sensiblement inférieurs, malgré l’emploi d'une presse hydraulique, et n’avons obtenu qu’un rendement de 71 %. Le rendement en huile serait donc assez variable.
L'huile ainsi obtenue, est de couleur nettement verte. [Il] semble bien que ce soit là une des caractéristiques du C. Inophyllum de COCHINCHINE, car les huiles extraites des Calophyllum d’autres contrées, sont généralement décrites comme possédant une couleur tendant vers le jaune. Notons toutefois, que la couleur
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de l'huile est d’autant plus claire que la chaleur est moins utilisée. Le degré de maturité des graines influe également sur la couleur de l’huile.
L'huile est très épaisse, et possède une odeur rappelant celle de l’huile de jusquiame. En Cochinchine, où la température se maintient presque constamment entre 30 et 33°, l’huile est fluide.
Au bout de quelques semaines, l'huile tend à devenir très visqueuse, à demi-solide même. Après quelques mois, ce dépôt atteint presque le 1/3 du volume de l'huile au moment de l'extraction. À la température ordinaire, cette tendance s’accentue et, sur des échantillons transportés en FRANCE, nous avons pu constater, que l'huile devenait presque solide, et qu'il était nécessaire de la chauffer jusqu à 40°, pour lui redonner une consistance liquide.
Composition chimique. — L'huile de Calophyllum a été étudiée chimiquement par différents auteurs et nous avons pensé qu'il serait utile de réunir en plusieurs tableaux l’ensemble des résultats obtenus.
Ces résultats comparés, sont souvent assez éloignés les uns des autres. Cette divergence semble devoir être attribuée, à première vue, d’une part aux conditions dans lesquelles les huiles ont été extraites, et les échantillons prélevés, et d’autre part, à ce que les huiles étudiées provenaient de pays très différents.
CUZENT a étudié le Calophyllum Inophyllum des Iles de la Société, les Anglais celui des INDES, et LEFEUVRE, celui de Cochinchine.
Quoi qu'il en soit, il est possible de tirer de cette étude comparative des notions chimiques intéressantes.