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INTRODUCTION

L’Evolution rapide des thérapeutiques modernes, le changement radical dans l’orientation des recherches, l'étendue des possibilités qu'ont fait naître les derniers travaux sur la chimiothérapie, la Pénicilline, nous interdisent presque, désormais, le moindre regard dans le passé. Il semble, en effet, que s’attarder à tirer quelques enseignements de l’empirisme, soit de conception pué-

rile.

Nous avouons, quant à nous, sans fausse honte,

qu'il ne nous a pas paru inutile d'observer et de retenir comme intéressantes, quelques pratiques indigènes d'Indochine.

La crainte de la mort, qu’une tendance bien compréhensible nous fait remonter au premier homme, a, semble-t-il, toujours tenu compagnie à la crainte de souffrir. De nos jours, la science du médecin, celle du thérapeute, tendent à réagir, à s'opposer de plus en plus à cette prédilection de l’être humain. Les pouvoirs publics même s'efforcent de freiner ce sentiment ; et généralement, pour rasséréner une masse chaque jour plus sensible à l’endroit du médicament, on fait volontiers appel au passé, en rappelant « qu'’autrefois: les médicaments étaient plus simples, moins nombreux, et que l’on se portait mieux ».

Il n'apparaît pas toutefois, que cet argument puisse être proposé en Extrême-Orient, en Indochine

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notamment où nous avons déjà passé de longues années, et où nous avons pu constater, bien que notre expérience soit loin d’être parfaite, que les thérapeutiques y sont variées et les médicaments fort nombreux.

À plusieurs reprises la Médecine et les médicaments chinois ont attiré l’attention de personnalités scientifiques, qui cnt tenté parfois de condenser en une sorte de matière médicale d'Extrême-Orient, ces drogues à multiples usages. Le Dr Jean SOUBEIRAN et de THIERSAUT, entre autres, en ont fait, dès 1874, l’objet d’une étude très intéressante (1).

En fait, ces thérapeutiques d’Extrême-Orient bien que codifiées apparemment, par la tradition, ne s'en sont pas moins de plus en plus dispersées, sous l’influence de la médecine et de la pharmacie occidentales.

En Indochine notamment, une pénétration médicale française désintéressée, des formations hospitalières toujours plus nombreuses, nos Instituts PASTEUR, la création de Facultés assurant une formation scientifique aux médecins, pharmaciens, dentistes, vétérinaires, sages-femmes, infirmiers, ont définitivement convaincu des populations, qu'une tradition ancestrale, un degré de culture avancé, tendait à rendre méfiantes.

Cette preuve administrée, il est indispensable toutefois de constater qu'il reste encore, dans beaucoup de régions indochinoises, un attachement, non négligeable, aux thérapeutiques traditionnelles.

Il nous faut, en effet, remarquer, que si les méde-

{1) Dr Jean Soubeiran et de Thiersaut (La Matière Médicale chez les Chinois - Masson, Paris 1874)

rose

cins et les pharmaciens français et annamites s’y comptent par centaines, les médicastres, ou plutôt, suivant l'appellation coutumière, les marchands de drogues sino-annamites, s y comptent encore par milliers. L'’importation, principalement de CHINE, des plantes destinées à la médecine traditionnelle, est très importante : la province chinoise de SETCHOUAN fournit une grande partie de ces plantes.

L'influence des médicastres y est encore si forte, qu'il fut question, à une certaine époque, de créer une chaire de médecine traditionnelle. Projet audacieux, certes, devant l’imprécision et la variabilité de cette médecine, mais qui souligne l'importance qu’on lui accorde encore.

Il est évidemment difficile de n’accorder aucun intérêt à ces traitements empiriques, et si de nombreux charlatans, vendeurs d’orviétans, ent pu, sous le couvert de la tradition, exercer leur talent (1), il n’en reste pas moins vrai, que de véritables médicastres traditionnels tiennent boutique : c’est ainsi qu'il nous fut possible d'approcher, et de converser longuement sur ce sujet curieux, avec M. NGUYEN VAN LIENG, à qui un grand âge (82 ans) conférait une forte autorité.

La deuxième guerre mondiale, en isclant l’Indcchine, la contraignait à une vie autarcique. L'’approvisionnement de ce pays de 22 millions d'habitants, en

(1) La patente de marchand de drogues, sino-annamites est pratiquement délivrée à qui la demande. Jusqu'en 1940, nous avons eu une véritable floraison de charlatans, vendant presque sans contrôle des médications étonnantes (pilules à absorber par 100 unités à la fois !) Ces charlatans n'ont aucun rapport avec les véritables médicastres, avec qui ils sont néanmoins souvent confondus.

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produits pharmaceutiques occidentaux, était assuré jusqu’en 1940 par la métropole. Parmi les: nombreux problèmes posés par le conflit, celui des médicaments était donc au premier plan et demandait une solution immédiate.

Une nécessité impérieuse imposa donc aux praticiens français et annamites, pharmaciens et chimistes, de rechercher dans les ressources locales, les éléments indispensables à l’arsenal habituel des produits pharmaceutiques.

Beaucoup de plantes, de produits, ont été identifiés en Indochine, et ont fait l’objet d’une première étude ; mais l’évolution rapide des traitements modernes, et des nécessités commerciales toujours exigeantes, n’ont pas toujours permis des études plus poussées.

Ce n’est donc que contraint par les événements que nous avons été amenés à apporter cette modeste contribution à l'Etude du Calophyllum Inophyllum L., arbre de la famille des guttifères.

Il nous est particulièrement agréable de rendre ici

hommage à MM. CREVOST et PETELOT, dont le catalogue des plantes médicinales de l'INDOCHINE (1) fut, pendant la guerre, entre les mains de tous les chercheurs et qui ont contribué pour une large part, par l'étendue de leurs travaux et leur parfaite connaissance du pays, à l’œuvre qui, pendant la guerre, s’est

accomplie en INDOCHINE.

(1) Crevost et Petelot - Catalogue des produits de l’Indochine, p. 52.

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Nous avons divisé cette étude de la façon suivante :

Dans une première partie, nous nous sommes efforcé de tracer l’aire géographique du Calophyllum Inophyllum L, signalé séparément par de nombreux auteurs. Il nous a semblé indispensable, en complément, de réunir les différentes appellations sous lesquelles cet arbre est désigné dans les différents pays où il croît.

Nous avons consacré la deuxième partie à l'examen botanique, en rappelant les études faites précédemment.

Une troisième partie nous a permis de participer à l’étude chimique de l’huile de C. Inophyllum L, qui serait éventuellement la plus usitée en thérapeutique.

Nous réservons encore à cette partie les observations qui ont été faites sur les emplois possibles du Calophyllum Inophyllum L. dans différentes affections.

Nous avons cru bien faire d’amorcer dans une quatrième partie, l'étude de quelques formes pharmaceutiques de l'huile de C. Inophyllum L. Nous avons essayé, pendant la guerre, ces différentes formes, et les résultats obtenus ont été encourageants. Nous signalons en outre dans ce même chapitre l'emploi de l’huile en pharmacie vétérinaire.

Quant à la conclusion, elle s'efforce d'attirer l’attention sur les possibilités thérapeutiques de l’huile, donc sur l'intérêt d’une étude plus poussée.

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