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HISTORIQUE

Le cancer de l'oreille ne paraît avoir été individualisé qu'assez tard.

En 1875, Schwartze rapporte un cas de cancer primitif épithélial de l'oreille moyenne. Bürkner, dans son article « Beiträge zur Statiskik der Ohrenkrankeiten », publié en 1884, fait remarquer l'extrême rareté du cancer auriculaire, et jusqu’à lui, il ne retrouve que 8 cas de Grüber, 3 de Heidinger, 1 de Lucæ et 1 de Newarth, et encore un de Zaufal. Soit 14 cas de carcinomes sur un total de 43,730 malades examinés dans les diverses cliniques.

Deux ans plus tard, Rasmüssen et Schmiegelow (1886), publient un cas d’endothéliome, ayant eu comme point de départ l'oreille moyenne.

Depuis cette époque, les spécialistes ont publié de nombreuses observations sur le sujet : le peu de fréquence du mal les ayant incités à communiquer leurs observations.

On trouve actuellement dans la littérature à peu près une centaine de cas de cancers de l'oreille.

Dans les livres des maladies de l'oreille, les maladies cancéreuses sont décrites très brièvement et ces livres ne concluent pas sur la fréquence des tumeurs.

Schwartze lui-même, dans son article (Handbuch der

ts Ohreinheilkunde Bd. 2, S. 610), sur la chirurgie de

l'oreille, en traite rapidement.

En 1887, Kretschmann rapporte 16 cas personnels. Trois travaux importants sur l'oreille moyenne sont. à détacher des nombreuses notes publiées :

Ce sont ceux de Lucae, de Zéroni et plus récemment celui de Leïdler.

Bezold (1895), fit un travail de statistique et constata que sur 20,468 malades atteints de maladies de l'oreille, 7 seulement présentaient des néoplasmes malins dont 4 étaient des épithéliomas.

On peut donc affirmer nettement que le cancer de l'oreille est une maladie rare.

Ces cancers apparaissent rarement avant 40 ans, ordinairement entre 40 et 60.

Langes a publié une observation d’un homme de 83 ans, et Mathewson cite le cas d’une femme âgée seulement de 27 ans.

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À s L CANCER DU PAVILLON

Etiologie. — Le cancer du pavillon apparaît ordinairement au delà de 40 ans. On trouve toutefois dans la

httérature quelques statistiques où les malades avaient

un âge moindre. Weissberger (Thèse de Munich, 1908), sur 30 cas de cancers primitifs du pavillon relatés dans les dix dernières années en rapporte 7 au-dessus de 40 ans. Rüttin cite le cas d’une femme de 32 ans.

Il ne semble pas que le sexe ait une influence spéciale et malgré l’éliologie souvent invoquée du port de boueles d'oreilles, une plus grande fréquence dans le sexe féminin n'est pas évidente.

On a prétendu que ces tumeurs étaient plus fréquentes à droite et on a incriminé comme cause l’action de se gratter avec l’auriculaire droit ; mais nos recherches ne semblent pas prouver cette prédominance du côté droit.

Nous avons trouvé dans les cas rapportés un nombre sensiblement équivalent de malades atteints de l'oreille gauche.

Cependant Kretschmann, sur 16 cas de néoplasmes de l'oreille, en cite 11 à droite ; mais il semble qu'il n'y a là qu’une pure coïncidence.

On a invoqué comme cause prédisposante, les verrues, les nævi pigmentaires, les traumatismes répétés et la

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transformation possible d’hématomes chez les boxeurs et les lutteurs.

Bouisson a montré que l’eczéma et les lésions de grattage qu'il entraîne, provoquent sur le pavillon une irritation permanente qui peut le faire dégénérer en cancroïde. Il en est de même de l'impétigo et des psoriasis.

Weissberger, dans son travail statistique, trouve que sur 30 cancers du pavillon : 6 seraient imputables à des traumatismes, 4 à l'eczéma, 2 à des verrues et 2 autres à des engelures répétées ; dans les 12 autres cas il fut impossible d'en trouver l’étiologie.

Haug rapporte la transformation d’un lupus en carcinome chez une femme de 42 ans.

Anatomie pathologique. — Le siège du cancer du pavillon semble être le plus souvent le bord de l'hélix et cela s’expliquerait en partie par sa position facilement accessible aux traumatismes et aux troubles de nutrition,

Plus rarement le cancer occuperait le lobule. Weissberger en trouve 4 cas sur 30 cancers du pavillon : dans 3 cas, le port des boucles d’oreilles pouvait être incriminé et dans un la présence d’un érythème chronique. A ces causes 1l faut ajouter le grattage répété avec l’auriculaire. Duplay, Velpeau rapportent chacun un cas de cancer primitif du lobule avec envahissement rapide des régions voisines.

Il semble pourtant que le cancer du lobule ait une individualité un peu spéciale et un développement plus

lent. Il se cantonne longtemps au lobule avant d'envahir les autres régions.

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Herzfeld cite à l'appui de celte théorie, le cas d’une femme de 46 ans, dont nous rapportons à la fin de notre travail l'observation complète et dont la tumeur évolua très lentement pendant trois ans.

Au point de vue analomo-pathologique, on peut classer les tumeurs selon la fréquence des Lypes histologiques. 2

- Le plus fréquent, de beaucoup, est l'épithélioma pavimenieux que l’on peut diviser en épithélioma lobule, donnant la forme dite cancroïde et en /{ubulé ou polyadénome {Broca).

L'épithélioma pavimenteux lobulé est une tumeur blanchâtre, sèche, d'aspect granuleux, criant sous le bistouri et friable. Par pression sur Ja coupe on fait sourdre quelques filaments vermiformes.

[istologiquement, on trouve un stroma à limites peu précises, qui entoure la tumeur et envoie des cloisons qui séparent les lobules. Ceux-ci sont composés à la périphérie de cellules cylindriques qui vont en se déformant vers le centre du lobule et reproduisent les cellules du corps de Malpighi : Stratum granulosum et couche cornée représentée par les globes perlés.

Par prolifération, les cellules viennent au contact du périchondre et s’insinuent entre les chondroblastes dans la masse du fibro-cartilage.

Bien moins fréquent est l'épithélioma tubulé constitué par de longs tubes de cellules épithéliales qui ne subissent pas l’évolution des éléments épidermiques. Ils prennent naissance dans les glandes sudorifères ou sébacées, dont le canal et le cul-de-sac terminal se remplissent de cellules

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épithéliales, qui distendent les parois ; des anastomoses se forment alors entre les conduits voisins.

Kipp a signalé un seul cas d'épithélioma cylindrique du pavillon.

Le sarcome se rencontre moins fréquemment, c'est alors dans le type encéphaloïde, une tumeur plus molle souvent ecchymotique ressemblant quelquefois au début à un angiome, mais non pulsatile et à marche très rapide ; plus fréquent est le sarcome fusiforme, de consistance plus dure et d'évolution moins rapide que le précédent.

Dans quelques cas, c’est un sarcome à cellules radiées avec par place du tissu intercellulaire très lâche, dans les mailles duquel on trouve des cellules étoilées.

Jamais il n’a été constaté de sarcome mélanique, n1 à myéloplaxes.

Beaucoup plus rarement nous retrouvons le carcinome et 1l ne faut accepter comme tel qu’une tumeur de ce type histologique nettement décrite, car les auteurs allemands emploient toujours ce terme comme synonyme de cancer.

Il est difficile de dire si l’on retrouve plus fréquemment telle variété que telle autre selon le siège de la tumeur. Pourtant dans deux cas de néoplasmes du lobule (Hertzfeld, Citelli), on avait affaire à des sarcomes. Senif est d'avis opposé, sur onze sarcomes du pavillon, il n'en a trouvé que deux au lobule. Il n’est donc pas permis d’en tirer une conclusion.

L'évolution anatomique de ces tumeurs est relativement peu rapide, comparée à celle de semblables tumeurs sur d’autres parties de la peau. Néanmoins, on

ne peut pas penser qu'il y ait arrêt dans la prolifération de cellules et guérison anatomique par enkystement.

Symptômes. — Le début se présente de façon insidieuse, révêtant l'aspect d’une petite verrue. Souvent même le malade ressent en se palpant le pavillon un simple épaississement, de consistance plus dure que les parties avoisinantes, mais non douloureux. La peau est soulevée à ce niveau sans présenter de coloration spéciale. C'est là du reste un mode de début que l’on retrouve aussi dans le conduit : tel ce malade observé par nous récemment et dont nous relatons l’histoire plus foin (Observ. III).

Dans d’autres cas, la tumeur prendra naissance sur un point déjà infiltré par un eczéma permanent.

La tumeur augmentant pourra prendre l'aspect au lobule de l'oreille, d'une masse sphérique, légèrement ecchymotique pouvant avoir la grosseur d’une noix. Dans le cas de Hertzfeld, la tumeur avait un diamètre de 3 cent. sur 1 cent. 3 sans que la peau fut ulcérée, et présentait seulement au moment des règles une couleur violacée. |

Senff rapporte un cas d’épaississement du lobule (trois fois le volume normal), au-dessous du trou de la boucle d'oreilles ; la peau était mince, de teinte cyanotique mais intacte. L’épaississement s'étendait sur le bord libre de l’hélix, la tumeur mesurant de la sorte D centimètres.

Toutes les parties du pavillon peuvent donner lieu au

point de départ du cancer: la face postérieure de la CUVILLIER. 2

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conque (Karrer), la paroi antérieure (Nager) et la région du tragus. :

La tumeur envahit progressivement toutes les parties du pavillon et peut alors s’ulcérer. A partir de ce moment, les bords de l’ulcération sont décollés, dentelés, anfractueux, laissant s'écouler par la plaie un liquide féuide et

sanieux.

La tumeur, assez friable, s'élimine et peut donner lieu à des pertes de substance considérable.

Les ganglions régionaux manquent assez souvent et lorsque l’on en trouve, il se peut que la destruction intense et la suppuration suffisent à provoquer léur tuméfaction.

Jamais on n’a noté de métastases à l'examen microscopique des ganglions et ceux-ci semblent être toujours inflammatoires.

Les douleurs ne sont pas constantes au pavillon mais elles sont de règle au lobule ; ce sont des douleurs lancinantes, sans répit, qui finissent par mettre le malade dans un état de nervosité extrême.

Les hémorragies sont rares et ne présentent jamais de gravité bien grande.

Evolution. — Le cancer du pavillon évolue assez lentement et y reste relativement localisé (trois ans pour un cas d'Urbantschich et quatre ans pour celui de Hertzfeld).

Pourtant la tumeur peut gagner le conduit et se propager à la mastoïde. On ne signale pas de métastase et cela peut s'expliquer par l'absence probable de l’essaimage des cellules cancéreuses dans les voies lymphatiques ainsi que tend à le prouver par ailleurs l'absence de retentissement ganglionnaire.

Karrer rapporte le cas d’un homme de 73 ans, pré. sentant un épithélioma du pavillon droit, neuf mois après l'opération d’un épithélioma de la lèvre, mais tous les deux seraient apparus en même temps.

Diagnostic. — Le diagnostic positif devra se faire par l’évolution de la tumeur, sa consistance, sa coloration, sa tendance à proliférer, et plus tard par l’ulcération, l'écoulement perpétuel de liquide sanieux et la perte de substance.

Au début, on devrait éliminer les verrues, les naevi

et toutes les malformations congénitales et, par consé-

quent, les fibro-chondromes branchiaux.

Le kyste dermoïde pourra prêter à confusion, mais sa présence est extrêmement rare au pavillon ; Citelli rapporte le seul cas existant sur le lobule.

On devra penser à l’angiome en face d’une tumeur existant depuis la naissance et s’étant développée progressivement. La tumeur saigne de temps à autre, elle est de couleur sombre, de consistance molle et saignant facilement au contact. On la trouve le plus souvent au lobule, quelquefois sur la face antérieure du pavillon.

Le fibrome est une tumeur qui existe assez fréquemment au lobule de l'oreille ; elle est souvent consécutive au port de boucles d'oreilles trop lourdes. Sa forme est globuleuse, sans irritalion de l’épiderme susjacent, l’évolution est lente. sans tendance à l’ulcération, et l'accroissement se fait dans la masse sans gagner les parties voisines.

Nous signalons l’éléphantiasis du pavillon qui est une tumeur extrêmement rare, prenant volontiers tout ou

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