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d’appétit de cause non précisée ou une manifestation d'un état psychique défaillant. Quatre ou cinq
fois les malades m'ont montré des ordonnances leur prescrivant des gouttes amères, du bromure ou de la valériane. Deux ou trois avaient été considérés comme des gastriques, leur gêne de déglutition, traitée par des alcalins. Dans deux de ces cas il y avait en même temps quelques douleurs qu’une
analyse trop rapide des symptômes avait fait vraisemblablement prendre pour -du pyrosis ou des douleurs de gastrite (tous deux étaient des alcooliques).
Une fois un malade fut adressé avec un diagnostic de diverticule œsophagien : diagnostic posé à cause des régurgitations relativement tardives que présentaient le malade qui accusait par ailleurs des douleurs cervicales bas situées à type de distention. En fait ce diagnostic ne résistant pas même à l'examen clinique et l’œsophagoscopie ne fit que confirmer mon impression de cancer.
Une fois un malade fut adressé au service pour œsophagoscopie avec le diagnostic de cardiospasme, Là encore il me parut que l’interrogatoire serré du malade eût dû orienter plutôt vers celui de cancer. Il y avait un épithélioma à 39 cm. des arcades dentaires.
Au total les erreurs de diagnostic que j'ai eues à redresser dans ce sens n'étaient pas très nombreuses. Il est vrai que presque tous les cancers que j'ai vus évoluaient depuis longtemps et bon nombre de ceux qui m'étaient adressés avec un diagnostic
J. lllaire 5
2.) ee exact avaient été méconnus jusqu à peu de temps auparavant.
Au point de vue des erreurs de diagnostic méconnaissant le cancer au profit de toute autre affection à l'examen œsophagoscopique, je n’ai que peu de chose à dire. Je n’ai en aucune circonstance contrôlé un autre endoscopiste en défaut.
Pour ma part je ne crois pas avoir laissé passer de cancer. J’ai-toujours demandé à ceux qui m’avaient adressé un malade auquel je n’avais rien trouvé, de me tenir au courant de l’évolution.
Dans deux cas douteux j'ai refait de nouvelles æsophagoscopies à deux et trois mois d'intervalle qui ont vérifié l’absence de lésion.
Dans trois cas, sans la biopsie je n'aurais pas conclu à cancer. Dans un cas il s’agissait d’une plaque de leucoplasie en voie de dégénérescence. Dans le deuxième, d'un cancer qui simulait une tumeur bénigne. Pour le troisième j'aurais penché vers le diagnostic de lésion traumatique (il s’agissait d'un cancer haut situé, le passage du tube en raison d’une saillie marquée de la septième cervicale avait été pénible et en apercevant dans la lumière un gros bourgeon saignant, allongé et aplati, je crus qu'il s'agissait d’un fragment de muqueuse arraché par le bec du tube, une biopsie pratiquée de parti pris, me détrompa.) Ces trois exemples montrent que l’on ne doit jamais hésiter à pratiquer une biopsie. J'aurais, faute de cette pratique, donné aux familles de ces trois malades, une fausse sécurité.
30 On croit à un néoplasme qui n'existe pas.
Cette erreur est moins grave que la précédente.
J'aurais tendance à dire que c’est l'erreur des bons médecins.
J'en ai constaté un certain nombre de cas :
Une fois, j'ai observé un malade nettement dysphagique aux solides, il m'était adressé avec un soupcon de cancer œsophagien. L’œsophagoscophie montra l’absence de toute lésion et je ne remarquai qu’ensuite, à ma confusion, l'absence complète de dents responsable de cet état de choses. Les troubles disparurent par le port d’un dentier convenablement ajusté. 3
Une fois, une malade me fut adressé sinon avec le diagnostic, tout au moins avec une forte présomption de cancer du cardia. Je trouvai à l'examen un mégaæsophage modéré avecspasme du cardia. Après dilatation forcée aux bougies, de calibre croissant, la dysphagie disparut. j'ai revu cette malade récemment, plus d’un an après le premier examen : elle est bien guérie et a engraissé de plusieurs kilos.
Un autre malade porteur d’un mégaoesophage très développé et dans un état général des plus médiocres, était suspecté de grefle néoplasique en raison précisément de ce mauvais état. L'œsophagoscopie et quelques semaines plus tard l'examen nécropsique montrèrent l'absence de néoplasme.
J'ai signalé au Chapitre de la Radiologie quelques
HG,
cas d'erreurs de diagnostic en faveur du cancer
reconnus grâce au passage d’un tube.
Deux cas de gros cœur.
Trois cas de tuberculose pulmonaire. Deux fois seulement l’œsophagoscopie donna une explication satisfaisante en montrant une déformation de la lumière refoulée por un élément extérieur. La troisième fois elle n’apporta aucun renseignement, mis à part celui de l’absence de cancer. Ces cas de dysphagie pseudo-néoplasique chez les tuberculeux pulmonaires sont connus. On les interprète tantôt comme des compressions par ganglions (hypothèse exacte probablement dans deux de ces trois cas), tantôt comme des tiraillements ou des compressions par pleurésie médiastines sèche ou avec épanchement.
J'ai signalé dans ce chapitre un cas très curieux. Il s'agissait d’un maladedysphagique depuis deux mois. La dysphagie était à type paroxystique et élevé. La bouchée n'avait pas plutôt quitté la cavité buccale que le malade devait la rejeter. L'examen œsophagoscopique fut négatif. Mais dans les jours qui suivirent, apparurent sur les amygdales des plaques grisâtres qui s’étendirent rapidement, prirent un aspect ulcéreux avec aggravation rapide de l’état général. Le malade fut emporté en une dizaine de jours. L’examen histologique des amygdales révéla qu’il s'agissait de tuberculose aiguë. Notion en concordance avec l’aspect clinique pris dans les derniers jours qui réalisait un syndrome d'’Isambert.
J'ai signalé également là un cas très intéressant de faux cancer. L'histoire clinique, l'examen radiologique étaient tout à fait en faveur de ce diagnostic: seule l’æœsophagoscopie montra qu'il s'agissait d’une coudure de l’œsophage pour laquelle je n’ai pas trouvé d'explication très satisfaisante.
Deux fois également, l’œsophagoscopie montra l'intégrité de l’œsophage dans sa totalité chez un malade suspecté d’une atteinte néoplasique de ce conduit dans son segment terminal. Un examen radiologique plus serré pratiqué à la suite révéla l'existence d’un cancer de la tubérosité gastrique.
Telles sont les erreurs que j'ai observées dans les cas où l’on croyait à un cancer qui n’existait pas. Chez ces malades fort bien examinés pour la plupart, dans les divers services de l'hôpital Saint- Antoine, j'ai été frappé par l’opposition entre, d’une
part le nombre des examens, la peine prise, le temps : employé pour arriver à un diagnostic parfois hésitant ou erroné et, d'autre part la simplicité avec la- quelle ce diagnostic était redressé par une simple œsophagoscopie.
Au point de vue œsophagoscopique, deux fois seulement, j'ai trouvé des aspects qui m'ont incité à tort à penser à un cancer. Il s'agissait une fois d’un repli muqueux œsophagien justa-cardiaque : je l’ai vérifié par une deuxième œsophagoscopie (qui m'a montré la cicatrice de ma biopsie sur une muqueuse absolument saine) et par l’évolution.
L'autre fois je posai le diagnostic de cancer infil-
HN, ete LS
trant de la portion terminale de l’œsophage chez un homme porteur d’un léger méga-œsophage : j'observai ce que je prenais pour cette lésion à bout de tube, la crémaillère à bout de course. L'examen de la biopsie répondit « fibres musculaires ». Au cours de la deuxième œsophagoscopie j'usais d’un artifice qui me donna plusieurs centimètres de tube à utiliser, je pénétrais ainsi jusque dans l'estomac et me rendis compte par le siège de la cicatrice de la biopsie que au cours du premier examen, je n'avais pu atteindre qu’un bord de l'anneau musculaire du cardia qui se présentait obliquement.
L'on entend dire souvent qu'un spasme peut à l’œsophagoscopie être pris pour un cancer. Cela me paraîtrait plus vraisemblable si j'avais rencontré des spasmes autre part qu’à la bouche œsophagienne ou au cardia: je n’ai jamais constaté semblable éventualité.
Je n’ai jamais eu de même l’occasion de voir des
lésions ulcéreuses de nature tuberculeuse, syphili-
tique ou autre. Ce doivent être là des affections beaucoup plus rares qu’on ne serait tenté de le croire d’après l’importance qu’on leur donne dans la littérature. |
Je n’ài pu donc me rendre compte de la difficulté qu'il y aurait à les distinguer d’une ulcération néoplasique.
Je n'ai vu qu’une seule fois une tumeur bénigne de l’œsophage (obs. n° 1) il s'agissait d’un papil-
lome immédiatement sous-jacent à la bouche œæso-
AE LE Re
phagienne. Le diagnostic me parut évident. La biopsie le contrêla (ce malade avait d’ailleurs un cancer plus bas situé), Mais quelques jours plus tard chez un autre malade, je portais le diagnostic du papillome sur la vue d'une tumeur analogue absolument dans son aspect et l'examen histologique révéla qu'il s’agissait d’un épithélioma spino-cellulaire.
En somme, à la fin de ce chapitre, je ne puis que constater une fois de plus, les résultats remarquables que donne l’œsophagoscopie.
J'ai été frappé également de la rareté des cas où les diagnostics se présentaient comme dans les livres. Le plus souvent j'ai eu affaire à des diagnostics qui peuvent paraître des exceptions. Je n'ai vu que rarement des spasmes orificiels, jamais de spasmes non orificiels, jamais de lésions sténosantes inflammatoires subaiguë ou chronique de nature tuberculeuse ou syphilitique. En somme je n'ai presque jamais eu à éliminer les causes d’erreurs réputées les plus fréquentes.