DIAGNOSTIC
Le diagnostic du cancer de l’æœsophage est, tout considéré, un diagnostic facile dans de nombreux cas dans les conditions où j’ai été appelé à l’étudier.
Une dysphagie progressive survenant chez un homme âgé de plus de 40 ans fait penser au cancer, surtout si elle s'accompagne d’amaigrissement. Dans presque tous les cas que j'ai observés, ce diagnostic paraissait s'imposer, mais il est vrai que je les ai vus relativement tard. La conclusion à en tirer est que le diagnostic que je trouve facile est celui d’un cancer évoluant depuis longtemps déjà. Cela démontre par contre-coup qu’il est méconnu pendant longtemps : méconnu ou négligé,
Il est rare qu’un cancer soit pris pour autre chose; Je n’ai observé ce cas que rarement. J'aurais tendance à dire que c'est là le fait des médecius peu avertis.
Il est plus fréquent d’autre part que le diagnostic du cancer soit posé à l’occasion d’une autre affection : ce serait là par opposition, semble-t-il, le fait de médecins expérimentés.
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Au point de vue diagnostic, j'ai observé trois séries de faits :
Le cancer est méconnu.
Le cancer est confondu avec autre chose.
Autre chose est confondu avec un cancer.
Je passerai successivement en revue ces trois. ordres de faits.
Mais auparavant j'insisterai à nouveau sur l’importance de la dysphagie comme symptôme d’alarme, de la radiologie et de l’œsophagoscopie surtout comme moyens de diagnostic. Seule cette dernière méthode d’exploration permet à coup sûr d'affirmer ou d’infirmer l’existence d’un cancer. Dans ce dernier cas, il est toutefois prudent de la
répéter plusieurs fois après un certain intervalle.
1° Le cancer œsophagien est très souvent méconnu
- à son début.
On nele reconnaît que trop tardivement, lorsque les symptômes sont devenus par trop gênants.
Deux ordres de faits d’après mes observations sont responsables de cet état de choses.
Dans un certain nombre de cas il ÿ a incontestablement manque d'instruction ou d’intuition de la part du médecin.
Dans d’autres il faut incriminer la négligence du malade due à son manque d’éducation.
Certains médecins ont une téndance fâcheuse à
ne pas prendre au sérieux une gêne passagère de
la déglutition, une douleur inconstante et légère au passage d'aliments durs. Plusieurs fois des malades m'ont répondu, alors que je leur reprochais leur négligence « je l'ai bien dit au docteuril y a six mois ou un an, il m'a répondu que ce n’était rien ».
On ne saurait trop attirer l'attention de nos con-
frères surla valeur de ce symptôme capital : la dysphagie, surtout dans ses formes frustres. Il faudrait qu'ils aient toujours l'attention en éveil à son sujet et ne la rangent pas parmi le nombre des troubles dits fonctionnels dont on écoute le récit d’une oreille
distraite et que l’on traite par deux ou troisremèdes anodins donnés au hasard. is
Je n'ai jamais été appelé à pratiquer une æsopha- se goscopie de vérification pour une dysphagie discrète, 1/0 pour une histoire de bouchée qui est mal passée ou n’est pas passée à une ou deux reprises. J’ai l’impression que certains doivent tout de même penser au cancer mais attendent l’apparition de symptômes plus nets pour oser en parler. Ils laissent ainsi évoluer une tumeur qui n’en est que plus difficile à traiter si plus aisée à reconnaître. | |
Une autre excuse invoquée par plusieurs camarades na auxquels j'avais fait ce reproche est la réputation a fâcheuse de l’æsophagoscopie. Beaucoup trop croient k que l'œsophagoscopie est une exploration dangereuse. J'ai la satisfaction d’en avoir persuadé quelques-uns du contraire.
D'autres et plus nombreux ont répondu à mes.
reproches « à quoi bon un diagnostic précoce
puisqu'on ne peut rien faire ». Ce raisonnement d'apparence solide, je dirais même irréfutable est en réalité désastreux. Evidemment, nous ne savons pas guérir les cancers de l’æœsophage tels que ceux qu'on nous envoie. Mais j'ai observé d’incontestables améliorations passagères après radiumthérapie. Peutêtre bien qu'en s’attaquant à des cancers dès le début, l’on aurait de meilleurs résultats. Quelques - chirurgiens audacieux, et pourquoi ne pas l'être devant des cas aussi désespérés et désespérants, ont essayé d’extirper des cancers de l’æœsophage : ils se sont tous découragés devant la difficulté de cette opération, liée, en grande partie, à l'extension trop grande des lésions. On pourrait leur supprimer les difficultés de cet ordre par un diagnostic précoce. Je crois qu’il serait profitable que les voix autorisées incitent plus souvent et plus énergiquement les médecins à demander une œsophagoscopie au moindre soupçon de cancer, en présence d’une dysphagie pas encore continue. C’est là la seule manière de reconnaître un cancer au début. C'est là le seul moyen de donner au malade une chance bien minime encore, mais une chance tout de même, sinon de guérir, tout au moins d’être amélioré. Il faut donc éduquer les médecins sur ce sujet et leur enseigner qu'ils doivent penser au cancer en présence de toute dysphagie même légère, mème passagère; que l'œsophagoscopie, méthode sans danger, peut seule à ce moment en faire le diagnostic ; que le problème de la thérapeutique du cancer de l’œsophage
US" ri & ne pourra être efficacement étudié sinon résolu que lorsque ceux qui s'en occupent auront en mains des cancéreux au début,
Mais en plus de l'éducation du médecin, il faudrait faire l'éducation du public. Un certain nombre de mes malades n'avaient été examinés que depuis un temps relativement court par rapport à la durée totale de l’évolution de leur mal. Il croyaient « que ce n’était rien, que cela allait se passer »- Sans trop d'inquiétude, ils en étaient arrivés à ne plus pouvoir avaler que des pâtées, des purées, des liquides. Il serait bon que les quelques médecins qui ont pris l'habitude de donner des articles de médecine aux grands quotidiens ou hebdomadaires signalassent de temps en temps au public le danger qu’il y a à avaler difficilement même de temps en temps. Cela affolerait peut-être quelques névropathes mais serait plus utile à la majorité que l’exposé des discussions sur la pathogénie de l'asthme, l'ozène l’eczéma ou l’urticaire.
2° Le cancer de l’æsophage est confondu avec autre chose.
C’est l’erreur grave.
Les diagnostics ayant été posés avant le vrai chez les malades que j'ai observés étaient divers.
Le plus souvent, alors qu’il n’y avait que de la
dysphagie, celle-ci, faute sans doute d'interroga-
toire serré, avait été considérée comme un manque