INTRODUCTION
En deux ans, dans le service d’oto-rhino-laryngol'ogie de l’hôpital Saint-Antoine, j'ai observé cliniquement et à l’œsophagoscope trente et un cas de cancer œsophagien.
J’apporte dans cetravail le résultat de mes observations et les quelques remarques qu’elles m'ont inspirées. Certaines de ces observations sont venues confirmer ou préciser sur quelques points les notions que j'avais acquises auparavant sur la foi des choses lues. Certaines, au contraire, m'ont paru devoir les infirmer sur quelques autres.
Quelques-unes tirent un intérêt certain d’une grande rareté.
Avant de commencer leur exposé, je tiens à remercier mon maître, M. le D' Grivot qui, après m'avoir ouvert tout grand son service, m’a encouragé et conseillé avec une bienveillance cordiale et discrète dont je luisais infiniment gré.
Je tiens aussi à remercier le D’ Lallemant, assistant du service, qui m’a donné d’utiles conseils, le
cins et internes de Saint-Antoine qui ont voulu m ‘adresser des malades.
qui dans mes
| L'étiologie. L 2 ie Le L’anatomie. se
La clinique. RE AE
: Les examens spéciaux. ® L'évolution. | Le diagnostic. RP :
Le traitement. HR
ÉTIOLOGIE
La fréquence du cancer de l’œsophage me paraît grande, J’en ai observé personnellement 31 cas en moins de deux ans. Tous ou presque étaient des malades du recrutement de Saint-Antoine où fonctionnent d’autre part la réputée consultation de M. Bensaude et le centre radiumthérapique, du Service du D' Lapointe, maintenant Brechot, dirigé par M. Gaget, qui en drainent un bon nombre.
L'on a fait des statistiques sur la fréquence relative du cancer de l’œsophage par rapport aux autres cancers. Cela me paraît’ sans intérêt pratique : je dois signaler, cependant, qu'il est et de loin le plus fréquent des cancers observés dans le Service D'O.- R.-L.
C’est évidemment l'affection la plus fréquente de l’œsophage. Mais sa prédominance numérique n'est toutefois pas aussi marquée qu’on l’admet d’une manière générale. Souvent j'ai redressé des erreurs de diagnostic. Presque toujours l'erreur était un diagnostic en faveur de néoplasme, alors qu'il s’agissait d’une autre cause de sténose.
La prédominance dans le sexe masculin confor-
mément aux données classiques m'est apparue
immense :
30 cancers chez l’homme pour 1 chez la femme.
L'âge des malades atteints varie de 45 (obs. n°24) à 77 ans (obs. n° 28). | |
3 avaient moins de 50 ans ; 1, 45 ans, et 2, 46 ans.
8 avaient de 50 à 60 ans.
14 avaient de 60 à 70 ans.
6 avaient de 70 à 77 ans.
CAUSES PRÉDISPOSANTES,
Parmi les causes prédisposantes, j'ai recherché : l'alcoolisme, le tabagisme, la thachyphagie, l’absence de dents depuis un âge relativement jeune. Aucun de ces facteurs ne s’est présenté avec un coefficient de fréquence suffisant pour fixer l’attention.
J'ai recherché avec soin la syphilis chez tous ces
cancéreux. Je ne l’ai pas trouvée souvent par interrogatoire ou l'examen cliniqüe. Mais dans quelques cas les constatations que j'ai faites me font lui donner une valeur toute particulière dans la genèse du cancer de l’œsophage.
Voici cinq observations :
19 M. F...,{obs. n° 8) présentait trois localisations néoplasiques de l’œsophage, nettes à l’œsophagoscope. Je pratiquai une biopsie sur chaque. Pour les 2 supérieures à 27
et 3o cm, des arcades dentaires, l'examen histologique
répondit : épithélioma spinocellulaire (il s'agissait de for-
mations pédiculées évoquant l’idée de tumeur bénigne), pour l'inférieure, à 37 cm. des arcades qui apparaissait
comme un cancer infiltrant la réponse fut : leucoplasie.
20 M. J. J... (obs. n° 9) présentait une histoire clinique de néoplasme œsophagien. L'œsophagoscopie montra simple- ment à 38 cm. des arcades dentaires, une tache blanchâtre
de leucoplasie absolument typique. La muqueuse sousjacente paraissait légèrement infiltrée, l’on franchissait facilement cette plaque et l’on arrivait juste dans l’estomac sans constater autre chose. L'examen histologique de la biopsie pratiquée au niveau de cette lésion permit de saisir un cancer à son début. |
« En un point effondrement de la couche des cellules
« basales, prolifération malpighienne dans le chorion, aty- « pies cellulaires, signes histologiques certains d’épithé-
« lioma à tendance spinocellulaire ».
30 M. P. H... (obs. n° 12) présentait à 37 cm. des arcades dentaires et sur le bord gauche de l’œsophage un épithélioma d'aspect typique. L'examen révéla qu'il s'agissait « d’un épithélioma cylindrique typique dont les formations «se voient sous une leucoplasie avec hyperacanthose et «hyperkératose considérables. L'origine de cet épithé-
« lioma se trouve sans doute dans les glandes du cardia ».
L'intérêt de ce cas me paraît considérable :
D’une part, l’on saisit là sur le fait la transformation d’une plaque de leucoplasie en cancer avec les aspects caractéristiques d’hyperacanthose et d’hy-
— 18 — Là
perkératose, témoins du passage du stade de cancer en puissance au stade de cancer réel.
D'autre part, il s’agit là d’un cancer développé aux dépens de formations gastriques : soit cancer propagé, soit plus vraisemblablement cancer développé aux dépens d’un ilot hétérotopique de cellules gastriques. Ce cas montre l'importance du rôle que peut jouer la syphilis dans le développement des néoplasmes gastriques.
4° M. L. A..…., (obs. n° 22) agé de 63 ans, a contracté la syphilis à l'âge de 14 ans, n’a jamais été traité correctement, souffre depuis 6 ans de troubles dysphagiques, paroxystiques haut situés. Le 20 juillet 1932, je constate l’existence d'un volumineux néoplasme de la portion supérieure de l'œsophage cervical : au-dessus, autour, au-dessous, la muqueuse est recouverte des plus belles plaques de leucoplasie que j'ai rencontrées. L'examen histologique ne montre rien de spécial. Mais il est logique de supposer, étant donné les antécédents et les lésions voisines, qu’il existait là une lésion de nature syphilitique qui a subi une
tranformation maligne.
5° M. L.., (obs. n° 30) est venu consulter pour dysphagie paroxystique avec dyspnée. À 29 cm. des arcades dentaires, je trouvai une masse bourgeonnante sur laquelle je pratiquai plusieurs biopsies : «sur l’un des fragments : formations &épithéliales malpighiennes, néoplasiques, malignes à type € spinocellulaire. Partout ailleurs épithélium leucoplasique
« et sclérose intense du chorion ».
HA
Là encore le cancer était venu se développer sur une région atteinte de leucoplasie.
Ces cinq cas me paraissent démonstratifs et me font accorder à la syphilis un rôle ineontestablement très important dans l’étiologie du cancer de l'œsophage. C’est là une notion classique. Ges observations viennent la confirmer de manière évidente. Cinq cas sur 31 réalisent une proportion vraiment impressionnante. |
L'on insiste sur le rôle prédisposant du mégaæsophage dans l'étiologie du cancer. Les aliments fermentant dans l’æœsophage dilaté et sténosé causeraient une irritation chronique des parois œsophagiennes et entraîneraient assez souvent une transformation néoplasique.
Je n’ai jamais eu l’occasion de faire une constatation qui confirme nettement cette hypothèse. J'ai observé quelques mégaæsophages : aucun d’eux ne présentait de lésions qui pussent faire penser à un cancer. D'autre part, au cours de mes œsophagoscopies pour cancer, je n'ai constaté que deux fois une augmentation nette et qui m’a parue anormale des dimensions de l’œsophage. Dans ces deux cas, le cancer n’était pas très sténosant (obs. n°59 et 12). Il y avait une atonie anormale des parois œsophagiennes constituant peut-être un état de moindre résistance, mais dans aucun des deux cas il n’y avait de stase. Le rôle irritant des aliments restant longtemps au contact des parois ne pouvait donc être
incriminé,
étiolo giqn
retenir de ces se qu une seule cause pré-
disposante incontestable : la ne SOUS sa forme de leucoplasie. RARE
à ce sujet.