CHAPITRE PREMIER
Introduction
En 1882, MM. Bard et Pic montrèrent, dans un travail depuis lors classique, que le cancer primitif du pancréas n'était pas une rareté comme on Favait cru trop longtemps, et que, dans un très grand nombre de cas, son diagnostic était parfaitement possible. Presque toujours, en effet, comme ils le montraient, le néoplasme siégeait au niveau de la tête de l'organe, comprimait le cholédoque et amenait rapidement l'apparition d'ictère par rélention auquel un certain nombre de symptômes annexes donnaient une physionomie très spéciale.
Le syndrome Bard et Pic étant ainsi créé fut reconnu exact dans l'immense majorité des cas. Ceux qui ne correspondaient pas au {type individualisé devaient être considérés comme des formes anormales, anomalies tenant le plus souvent à un siège extra-cervical.
Quelques années plus tard, en 1899, Pic avee Tolot, puis dans la thèse de Bachon, étudiait ces formes anormales. Il en distinguait deux catégories: celle où le cancer siégeant à la tête, le syndrome classique n’apparait pas et celle où le cancer siège au niveau du corps
pe ou de la queue. Il considérait le cancer du corps comme très rare, à peine connu. Bachon ne réunissait que quatre observations.
En 1902, Gimbert, à l'instigation de Barjon, rapportait une observation nouvelle de cancer du corps à forme aorlique pseudo-anévrysmale el continuait à considérer cette localisation comme infiniment rare.
C'est celle opinion qui est consacrée par les traités classiques où on fait à peine mention de celte variété du néoplasme, qu'on considère habituellement comme une lrouvaille d'autopsie.
Cependant le cancer du corps du pancréas n'est peutêtre pas aussi rare qu'on à bien voulu le dire. Des statisliques globales suffiraient à le prouver.
Sur 79 cas de cancer du pancréas réunis par Biach en 1883 (citée par Kærte) :
19 fois la tumeur siégeait au niveau de la tête;
13 fois la tumeur siégeait au niveau du corps;
31 fois la tumeur était diffuse.
Segré, sur 127 observations de fumeur du pancréas, trouve le siège indiqué 57 fois :
95 fois à la-tête:
19 fois diffus; 2 fois au corps:
{ fois à la queue.
Statistique d'Ancelet (citée par Nimier, /èevue de Chi rurqte, 1893) : ;
32 fois à la tôle;
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fois au corps :
2 fois à la queue; 88 fois toute la glande.
Kœrte, dans son travail de la Deutsche Chirurgie (1898), donne le tableau des affections pancréatiques autopsiées par Benda, du 1* septembre 189% au 1% septembre 1897. Sur 3.018 autopsies, il a vu : 79 maladies pancréaliques parmi lesquelles il s'agissait :
8 fois de tumeur primitive maligne du pancréas;
2 fois de cancer du corps.
M. le professeur Jaboulay nous à dit en avoir observé quelques cas, mais n’en à retrouvé qu'une observation dans ses notes. |
Depuis trois ans ont été observés, dans le service de M. le professeur Poncet, {rois cas que nous rapportons plus loin, et qui furent laparotomisés par MM. Leriche et Delore.
L'étude de la première de ces observations avait conduit à cette notion : que ces tumeurs, prises habiluellement pour des cancers gastriques, s'en différenciuient par l'intensité des douleurs et les caractères physiques de la tumeur. La chose avait paru st. vraie, qu'en présence d’un deuxième cas on put v songer el mème en porter le diagnostic, sous loutes réserves, évidemment.
De son côté, M. le professeur Chauffard avant été frappé, dans un cas, de l'intensité des douleurs, fut amené à décrire, à l'Académie de Médecine, le 10 octobre 1908, le syndrome douloureux des cancers du
corps, dont il a rapporté deux observations.
Peu après, M. Malbot, à la Société médicale des Hopiaux de Paris, apportait un fait confirmatf de ces recherches.
À l’occasion d’un fait que nous avons observé personnellement dans le service de M. Poncet et qui a vivement attiré notre attention, nous avons cru, à l'instigation de M. Leriche, qui avait laparotomisé le malade, qu'il serait intéressant de revenir sur ce sujet et d'en esquisser une brève étude clinique.