‹ Contribution à l'étude du cancer du pancreasChapitre 9 sur 11 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Nous allons maintenant rapporter les observations de carcinome du pancréas que nous avons pu réunir et nous discuterons ensuite la symptomatologie de cette affection.

Nous avons résumé très brièvement celles empruntées à des thèses déjà parues et auxquelles il est facile de se reporter ; ces thèses sont celles de MM. Lapierre et Bonnamy, Paris, 1879; Salles, Paris, 1880; Madré, Paris, 1883, et Vernay, Lyon, 1884. Dans chacune de ces observations nous n’avons relevé que les symptômes pouvant nous être utiles et nous leur avons donné pour titre le résultat de l’autopsie.

Quelques-unes d’entre elles se rapportent non à des cancers primitifs, lésion que nous visons surtout dans cette étude, mais à une généralisation secondaire au pancréas de cancers d’autres organes.

Si nous les avons consignées dans ce travail, c’est afin de réunir le plus possible de cas de lésions pancréatiques et de montrer que les signes dits physiologiques dénotant un état pathologique de cette glande sont en somme très rares.

Enfin nous avons terminé cette série d’observations par un groupe de sept que nous avons extraites de la très

remarquable monographie de MM. Bard et Pic (1). Ces observations sont intéressantes en ce qu’elles montrent que, dans certains cas , le cancer primitif du pancréas répond à un type clinique assez bien défini lorsqu’il débute dans la tête de l’organe, cette localisation étant d’ailleurs son siège le plus habituel. En effet, plusieurs des observations que nous avons rapportées corroborent en grande partie les opinions des auteurs lyonnais, mais nous ne saurions comme eux généraliser ces conclusions et nous pensons au contraire que bien souvent le carcinome pancréatique se présente avec des caractères absolument différents, c’est ce que nous discuterons plus loin dans le chapitre que nous avons réservé à la symptomatologie .

Observation I

Cancer primitif du pancréas. — Tuberculose pulmonaire. Mondière. Recherches pour servir à l’histoire pathologique du pancréas. Arch. méd ., 1836, 2e série, t. XI.

Jeune homme d’une constitution délicate, très adonné à l’étude et menant une vie sédentaire, éprouva quelques années avant sa mort, une douleur obtuse profondément située dans la région épigastrique ; il y avait courbure du corps en avant et impossibilité de le tenir dans une position verticale, même assis sur une chaise, sans augmentation considérable de cette douleur. Peu de mois après l’apparition de cette dernière, survinrent de la dyspepsie, du pyrosis et parfois des vomissements, l’appétit était généralement bon, mais aucun aliment ne pouvait

(1) Cancer primitif du pancréas. Revue de médecine, 1888, nos4 et 5.

être retenu dans l’estomac, si ce n’est le lait qui formait la plus grande partie de la nourriture du malade. Les moyens employés contre cette affection furent les émétiques, les cathartiques et les vésicatoires sur la région épigastrique.

La douleur, le pyrosis, les vomissements existèrent avec plus ou moins de violence dans les derniers mois. Un peu d’ascite.

Tuberculose pulmonaire. Mort.

Observation II

Cancer du pancréas, sans généralisation aux organes voisins.

Mondière. Loc. cit.

Jeune homme de 27 ans, livré à des occupations sédentaires et prenant peu d’exercice au grand air, fut pris un peu avant sa mort d’une tuméfaction des glandes parotides et sous-maxillaires ainsi que de quelques ganglions du cou. Cet engorgement disparut tout à coup et aussitôt après une tumeur considérable se montra dans la région épigastrique, s’accompagnant d’une douleur violente et profonde et de vomissements continuels.

Comme dans le cas précédent, il y avait courbure du corps en avant impossibilité de garder, soit assis, soit debout, la position verticale sans augmentation des douleurs. L’estomac ne gardait que les aliments froids. Il y avait ordinairement constipation ne cédant qu’aux purgatifs. Ces substances, les vésicatoires sur l’épigastre, l’opium et l’eau de chaux furent les moyens les plus efficaces pour soulager le malade, mais leur action ne fut que palliative ; la faiblesse et la maigreur firent des progrès et bientôt la mort survint.

Durée, quelques mois.

Observation III

Sarcome du pancréas , du foie et de la vésicule biliaire.

Thèse Bonnamy.

Femme de 55 ans. Douleur vive dans la région épigastrique s’irradiant dans tout l’abdomen. Augmentation de volume du foie constatée par la percussion. Aucun dégoût pour les aliments qui ont toujours été absorbés avec plaisir et bien digérés. Un mois et demi après le début, symptômes de péritonite, douleur terrible et vomissements porracés. Depuis lors la malade vomit tout ce qu’elle prit. Jamais d’ictère ; le matin de sa mort seulement elle eut une selle décolorée.

Durée, 2 mois.

Observation IV

Cancer de l'estomac, du pancréas , de V épiploon et des ovaires.

Loc. cit.

Femme de 42 ans. Troubles dyspeptiques pendant 4 mois. Douleurs sourdes dans la région épigastrique s’irradiant dans la fosse iliaque mais sans exacerbation à la pression, et vomissements alimentaires quotidiens. Jamais d’hématémèses. Amaigrissement progressif, collapsus, mort. Les matières graisseuses ont été plusieurs fois recherchées mais non trouvées dans les déjections à aucun moment de la maladie.

Durée, 16 mois.

Observation V

Cancer de l'estomac, du foie, du pancréas et des ganglions

mésentériques. Loc. cit.

Homme, 58 ans. Dyspepsies pendant 6 semaines environ, puis

vomissements alimentaires et glaireux revenant de temps à autre. Jamais d’hématémèses. Pas de douleur à l’épigastre sauf au moment des repas, sensation de pesanteur, de brûlure et de tiraillement s’irradiant vers l’hypochondre droit. Ptyalisme exagéré ; le- malade crache à tout moment et excrète de cette façon de 500 à 700 gr. de salive par jour.

Constipation habituelle. Une selle tous les cinq ou six jours. Impossibilité de retrouver dans les déjections la présence de matières graisseuses. Urines sans albumine, ni glucose. Pas d’œdème, ni d’ascite.

Durée, 2. mois 1/2.

Observation VI

Mélanose généralisée avec plusieurs îlots pancréatiques.

Dr Landrieux. Bullet. de la Soc. anat., 1867.

Femme de 34 ans. Mélanose généralisée ayant envahi la peau et tous les organes splanchniques. On sentait des tumeurs nombreuses superficielles et profondes dans toutes les régions de la paroi abdominale. La douleur était constante, vive et s’exacerbait à la pression ; le point le plus douloureux siégeait dans l’hypochondre droit.

L’examen des urines fut toujours négatif. La mort arriva dans la cachexie la plus complète.

Durée, 6 mois.

Observation VII

Carcinome du foie , de l’estomac et du pancréas. Dr MossÉ.

Soc. anafi, 1876.

Homme de 56 ans. Ayant tout d’abord souffert de dyspepsie pendant deux mois ; quelques vomissements alimentaires. Entre à l’hôpital avec les signes habituels d’un cancer de l’es-

tomac, douleur sourde au creux épigastrique, dégoût de la viande, teint jaune paille, vomissements alimentaires, bilieux et quelques-uns marc de café.

La propagation de la diathèse au pancréas ayant été recherchée, tous les caractères ont été négatifs.

Durée, 2 mois 1/2.

Observation VIII

Cancer mélanique du pancréas , du foie et des reins. Dr Latil.

Soc. anat., décembre 1878.

Homme, 32 ans. Ne s’est plaint, pendant treize mois, que de dyspepsie et d’amaigrissement. Au bout de ce temps, tympanisme abdominal assez marqué, sans ascite. Un peu d’œdème des membres inférieurs. Aucune douleur spontanée, aucun point douloureux à la palpation. Examen négatif des urines.

Les quinze derniers jours, la cachexie fait des progrès considérables. Quelques épistaxis assez abondantes, et signes de péritonite, particulièrement vomissements porracés incoercibles. La mort survint dans le collapsus.

Durée, 6 mois.

Observation IX

Cancer primitif du pancréas. Dr Labbé. Bull. Soc. anat., 1865.

Homme, 75 ans. Fut pris au mois de décembre de violentes douleurs dans l’abdomen, douleurs concentrées au niveau de l’épigastre et s’irradiant dans toute la cavité abdominale et de vomissements bilieux. En janvier, amaigrissement rapide, anorexie complète, teint jaune paille des cancéreux. Les derniers jours le malade vomit tout ce qu’on voulut lui faire avaler. Mort dans le collapsus.

Durée, 5 mois.

Observation X

Cancer de la tête du pancréas : diabète sucré. Frerighs. Traité pratique des maladies du foie , trad. franç. de Duménil et Pellagot, 3e édit., p. 147.

Homme, 50 ans. Atteint pendant un an environ de troubles de la digestion. Puis commença à avoir des douleurs épigastriques sourdes d’abord, puis très vives et très aiguës par la suite avec irradiation dans tout l’abdomen. Dès le début de la maladie, ictère à marche progressive, ayant vite acquis une intensité considérable, mais ayant notablement diminué les six dernières semaines.

L’examen des selles décolorées ne permit pas de découvrir de stéarrhée. Examen des urines négatif au point de vue de l’albumine, mais permettant de reconnaître des quantités considérables de sucre (environ 100 gr. par jour). Le dernier mois, amaigrissement rapide, cachexie. Coma. Mort.

Durée, 15 mois.

Observation XI

Cancer du pancréas , du duodénum et de V ampoule de Va ter.

Dreyfus. Soc. an., 1876.

Homme, 33 ans. Début par ictère avec douleurs intenses dans l’hypochondre droit, revenant par crises et faisant croire à des coliques hépatiques. Anorexie, vomissements alimentaires. Urines rouges, chargées de pigment biliaire, négatives au point de vue du sucre et de l’albumine. Selles argileuses, décolorées. Meurt dans le coma.

Durée, 8 mois.

Observation XII

Cancer du pancréas, probablement primitif : cancer du côlon transverse et de la région hépatique contiguë au gros intestin ; ictère progressif ; occlusion intestinale incomplète au point d'adhérence du gros intestin avec le foie ; météorisme abdominal excessif. Dr Gouguenheim. Soc. méd. hôp., mai 1878.

Femme de 56 ans. Début par des troubles dyspeptiques avec un ictère qui apparut vers le huitième jour environ. Cet ictère augmenta et devint bien vite fort intense ; les selles furent décolorées dès le début de la jaunisse et restèrent ainsi jusqu’à la fin. L’examen des urines fut toujours négatif. Un peu plus tard, vomissements alimentaires avec dégoût de tous les aliments en général. Le ventre peu douloureux jusque-là devint le siège de coliques violentes. La constipation fut constante et opiniâtre au début, puis sous l’action des purgatifs la diarrhée s’établit et persista jusqu’à la fin. L’idée du cancer du pancréas vint à l’esprit et la recherche minutieuse de la stéarrhée fut faite. A cet effet on administra même de grandes quantités de matières grasses (beurre.) L’examen fait à plusieurs reprises fut toujours négatif. Les selles devinrent rubannées et le diagnostic de carcinome intestinal resta seul très net. Mort dans le collapsus.

Durée, 2 mois 1/2.

Observation XIII

Dégénérescence cancéreuse du pancréas et du foie.

Homme de 21 ans, impaludique. Consécutivement à une fièvre typhoïde, le malade s’est plaint, pendant deux ans, de ressentir une douleur vague d'abord, mais devenant peu à peu plus

vive et plus aiguë. Cette douleur siégeant au creux épigastrique revenait par accès paroxystiques.

Au bout de ce temps début d’un ictère léger accompagné de vomissements alimentaires et bilieux et d’un peu de diarrhée. Le ventre était ballonné avec un peu d’ascite. Les matières argileuses, décolorées, ne présentaient rien de particulier.

Les urines foncées chargées d’urates et de pigment biliaire ne contenaient ni sucre ni albumine.

Par la suite Pictère augmenta et l’ascite aussi. La douleur du creux épigastrique devint de plus en plus intolérable, en sorte que les trois symptômes suivants dominèrent la scène : ictère, ascite, douleur.

Le malade mourut dans le collapsus.

Durée. Etat chronique, 2 ans.

Marche aiguë, 2 mois.

Observation XIV

Cancer paraissant avoir débuté par le foie et s'être étendu

Vestomac , au duodénum , au pancréas , auxcapsules surrénales et a laparoi abdominale. Bull. Soc. anatom ., 1870.

Homme, 58 ans. Début par douleurs vives dans Phypochondre droit, douleurs revenant par crises, dans l’intervalle desquelles il n’y avait qu’une sensation de pesanteur, puis vomissements alimentaires et quelques hématémèses ; œdème des jambes et ascite devenant assez accentués.

Les vomissements devinrent constants, la cachexie extrême et le malade mourut dans le coma.

Durée, 6 mois.

Observation XV

Cancer de Vestomac latent pendant la vie , cancer secondaire

du foie; généralisation a la rate , au pancréas et aux poumons. The Dublin Journal of medical science, 1876.

Homme, 37 ans. Dyspepsie depuis 2 mois, puis douleurs violentes au creux épigastrique. La palpation permet de sentirune tumeur volumineuse avec nodules marronnés dans l’hypochondre droit. Ascite devenant considérable et nécessitant une ponction qui n’eut qu’un effet palliatif. Le malademourut dans la cachexie des cancéreux.

Durée, 3 mois.

Observation XVI

Cancer de la tête du pancréas. Service du Dr' Desnos. Obs. recueillie par le Dr Arnozan, alors interne du service.

Jeune homme de 25 ans. Surmenage physique. Un jour en faisant un effort violent il ressentit tout à coup une douleur très vive au creux épigastrique, douleur qui s’accrut rapidement; puis, on constata l’apparition d’une tumeur dure, superficielle, très douloureuse et assez mobile dans la même région.

Les douleurs s’irradièrent aux régions lombaires droite et gauche. Pas de vomissements. Selles régulières sans caractères spéciaux. Puis ictère léger.

L’examen des urines fut toujours négatif pour l’albumine et le sucre, mais elles contenaient une très notable proportion de pigment biliaire.

La quantité d’urée excrétée chaque jour tomba à 12 gr.

Puis, la tumeur se développa et devint adhérente au foie à

tel point qu'il ne fut plus possible de déterminer la ligne de démarcation entre le foie et la tumeur.

L’ictère devint intense. L’examen des selles ne permit pas de découvrir de stéarrhée et cette recherche faite à plusieurs reprises fut toujours négative, alors même que dans ce but on avait fait ingérer force beurre au patient.

L’amaigrissement devient considérable et le malade eut une répugnance invincible pour tous les aliments, sauf pour le beurre. La douleur devint atroce, s’irradiant partout et le malade mourut dans l’état le plus complet d’émaciation.

Durée ? ?

Observation XVII

Cancer de la tête du pancréas. Observation recueillie par le

Dr Arnozan, dans le service du Dr Desnos. Thèse Bonnamy.

Homme, 62 ans. Le premier symptôme fut l’amaigrissement qui, pendant plusieurs semaines, fut le seul signe d’une lésion organique. Puis le ventre se ballonna et on constata un peu d’ascite en même temps qu’apparaissait un ictère d’abord léger puis plus intense par la suite. Dès le début de l’ictère les selles furent examinées ; elles étaient décolorées sans traces de matières graisseuses.

Les urines étaient riches en pigment biliaire, mais leur examen plusieurs fois répété fut toujours négatif au point de vue du sucre et de l’albumine. La palpation ne donnait aucun renseignement. L’ictère et l’ascite progressèrent sans qu’aucun changement notable se produisît pendant 7 mois 1/2. A cette époque, vomissements graisseux quotidiens. L’ictère commença alors à diminuer et perdit progressivement de son intensité jusqu’à la fin. Un jour, en allant à la selle et enfaisantun effort, le malade eut une sensation de déchirure avec une douleur atroce. Mort, une heure après.

A l'autopsie on trouva une déchirure de l’estomac d’environ 6 cent, de long.

Durée, 8 mois.

Observation XVIII

Cancer primitif du pancréas. Richard Pott. Deutsche Zeitschrift fur praktis. Médecin, n° 16.

Homme, 45 ans. Le malade souffrit longtemps tout d’abordde gastralgie avec douleurs violentes, paroxystiques ayant leur maximum d’intensité au creux épigastrique, mais s’irradiant vers le bas-ventre et les membres abdominaux. Ces douleurs étaient surtout provoquées par le passage des aliments ou un mouvement du corps intéressant cette région.

Le malade trouvait un grand soulagement en tenant le corps fléchi en avant. La palpation permettait de reconnaître une tumeur dure, bosselée, peu mobile et située un peu au-dessous de l’appendice xiphoïde. L’ictère se montra rapidement et devint vite très marqué. Les selles étaient argileuses, décolorées et dures. Sur le contenu du vase, à différentes reprises on vit netrement nager des gouttelettes graisseuses de différentes dimensions et en assez grande quantité.

Mais il faut noter que le patient absorbait de notables quantités d'huile de ricin pour remédier à la constipation qui était constante et opiniâtre. Jamais de vomissements. L’examen des urines fait à maintes reprises fut toujours négatif au point de vue du sucre et de l’albumine. Vers la fin ou put constater un peu d’œdème des malléoles. Cachexie. Mort.

Durée, 7 mois.

Observation XIX

Cancer primitif du pancréas propagé au duodénum.

Thèse Besson.

Jeune homme, 21 ans. Amaigrissement, dyspepsie. Selles graisseuses, ictère.

Observation XX

Cancer primitif du pancréas ayant débuté par la queue.

Dr Adolf Strumpell, de Leipzig. Deutsches Archiv. für

Klinische Medicin. Band XXII.

Jeune homme, 25 ans. L’affection débuta par du météorisme consécutif aux repas, avec une sensation de pesanteur, parfois même de douleur très vive dans la région épigastrique. Pyrosis. Au bout d’un mois environ l’amaigrissement commença et s'accentua d’une façon rapide. L’examen de l’abdomen permit de constater une certaine quantité de liquide. Pas d’oedème des jambes. La palpation ne donna aucun renseignement. L’examen des urines fut toujours négatif. Un peu plus tard vomissements alimentaires fréquents dans lesquels Y examen microscopique ne révéla jamais la présence de cellules graisseuses. Constipation toujours opiniâtre. Deux mois après le début hématémèse grave, terrible ; le malade mourut quelques heures après.

Durée, 2 mois.

Observation XXI

Cancer primitif du pancréas. Bruzelius et Key. Deutsche Zeitschrift für praktische Medicin , n° 32.

Femme, 42 ans. Cette femme souffrit pendant six mois d’une douleur continue mais peu forte au pourtour de l’ombilic,

Ictère marqué et œdème des malléoles. Mourut d’une affection intercurrente (gangrène progressive de la jambe consécutive à une ostéo-myélite diffuse).

Durée ? ?

Observation XXII

Cancer mélanique du pancréas et du cæcum. Obs. recueillie

dans le service de M. le Dr Labadie-Lagrave. Thèse

Bonnamy.

Homme, 37 ans. Début par des douleurs abdominales d’une intensité extrême qui firent tout d’abord croire à des coliques de plomb. Les douleurs s’exacerbèrent, devinrent intolérables et retentirent dans tout l’abdomen. Puis la diarrhée s’établit et l’amaigrissement ne tarda pas à faire des progrès assez rapides.

Cet état dura environ 6 mois, et, à la suite de deux mélæna le malade entra à l’hôpital.

On constata que l’amaigrissement était notable et que les téguments avaient la teinte subictérique des cancéreux, sans ictère à proprement parler. La palpation permit de sentir une tumeur mobile, dure, profonde à 5 travers de doigt au-dessus de l’ombilic. Urines négatives. L’examen des selles dénota la présence d’une grande quantité de petits grumeaux blancs de graisse. Un peu d’ascite. Mort dans le collapsus.

(Le canal de Wirsung était complètement oblitéré).

Durée, 7 mois.

Observation XXIII

Cancer primitif du pancréas. — Compression du canal cholédoque. — Rétention biliaire complète. Thèse Madré.

Homme, 60 ans. Début par anorexie, pyrosis, vomissements alimentaires et amaigrissement simultanément. Puis la cache-

xie vint rapidement, accompagnée d’une teinte jaune paille au début, mais qui devint franchement ictérique par la suite ; d’ailleurs selles décolorées sans traces de substances graisseuses. Examen des urines négatif sauf pour le pigment biliaire. Aucun renseignement par la palpation. Plus tard vomissements alimentaires ne renfermant pas de matières graisseuses. Mort dans le coma.

Durée, 1 mois 1/2.

Observation XXIV

Cancer de la tête du pancréas généralisé au foie. M. Garnier, interne des hôpitaux. Progrès médical , 1886, p. 1037.

Anne Naj..., âgée de 77 ans, est entrée le 23 mai à l’infirme-* rie de l’hospice d’Ivry, dans le service de M. Roques, suppléé par M. Chauffard. Elle avait eu trois mois auparavant des symptômes de colique hépatique avec ictère passager (à l'autopsie, outre les lésions cancéreuses, on trouva deux calculs, de la grosseur d’une noisette chacun, dans la vésicule biliaire). A son entrée on constatait de l’anorexie, des nausées, un léger degré d’ictère ; les selles étaient décolorées. L’ictère s’accentua dans l’espace de huit jours environ, puis resta stationnaire. La malade accusait dans l’hypochondre droit une douleur vive, spontanément et à la pression. Les vomissements, le plus souvent alimentaires, ne présentaient pas de caractère spécial. Les matières fécales étaient argileuses, non graisseuses à l’oeil nu ; mais le microscope y démontra une grande quantité de cristaux d'acides gras qui disparaissaient dans l’éther et le chloroforme. Ce caractère permit à M. Chauffard défaire, pendant la vie, le diagnostic de cancer de la tête du pancréas. Le foie débordait les fausses côtes de trois travers de doigt et à sa surface, la palpation révélait des tumeurs marronnées dont le développement s’effectua rapidement. L’épigastre était le siège d’un empâtement profond. Il n’y eut pas d’ascite. La tempéra-

ture oscilla autour de 38°, avec rémissions matinales légères. Dans les trois derniers jours elle monta le soir à 40°. La malade était dans une sorte de demi-coma ; elle mourut le 24 juin, à 8 heures du matin.

Durée, 5 semaines.

Observation XXIV (bis)

Cancer primitif du pancréas comprimant les voies biliaires. P. Legendre. Bull. Soc. méd. hôp., 1881.

Femme, 77 ans. Début par longue période d’anorexie, de dyspepsie et de dégoût pour la viande. Puis ictère et amaigrissement considérables. Tumeur épigastrique très dure et peu mobile. Œdème des malléoles.

Selles demi-liquides, jaunâtres et d’aspect graisseux. Urines négatives.

Durée? ?

Observation XXV

Cancer primitif du pancréas , envahissement des gros conduits biliaires. — Cancer secondaire du foie. Dr Gille-Bréchemin. Bull. Soc. anat., 1879.

Homme, 66 ans. Début par amaigrissement, anorexie et dyspepsie, puis ictère devenant rapidement intense. Vomissements et à plusieurs reprises hématémèse et mélæna. Pas de douleurs à l'épigastre, même à la pression. Pas de tumeur appréciable par le palper. Œdème des jambes. Meurt cachectique.

Durée, 4 mois.

Observation XXVI

Cancer primitif du pancréas . DOCernig. Petersb. Med. Woch.,

n° 4, Jahresbericht, 1882.

Homme, 53 ans. Ce qui frappe le plus dans cette observation c’est l’absence de troubles dyspeptiques pendant toute la durée de l’affection, sauf pendant la dernière semaine. Pas d’anorexie, pas de douleur, pas de vomissements. Le signe principal fut un ictère intense qui persista toute la durée de la maladie. Le palper avait permis de limiter une tumeur située profondément entre l’ombilic et le foie. Cette tumeur dure et passablement mobile était environ grosse comme une pomme d’api.

Durée??

Observation XXVII

Cancer primitif du pancréas. Thèse Vernay.

Homme, 32 ans. Début par des troubles gastriques et un météorisme considérable, anorexie complète, dégoût des aliments, bouche sèche et pâteuse, soif exagérée.

Un mois après le commencement de la maladie, ictère progressif jusqu’à la fin. Les urines étaient fortement colorées. Selles argileuses.

Durée, 5 mois.

Observation XXVIII

Cancer primitif du pancréas ayant légèrement envahi le foie.

Thèse Vernay.

Femme, 70 ans. Début par ictère rapidement intense. Aucun trouble dyspeptique tout d’abord. La palpation permet de

reconnaître une tumeur dure, bosselée et très peu douloureuse à la pression, siégeant au niveau de l'épigastre.

Au bout d’un mois environ, amaigrissement et vomissements fréquents. Les matières ont toujours été décolorées et les urines chargées de pigment biliaire. Mort dans le collapsus.

Durée, 3 mois 1/2.

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Observation XXIX

Cancer primitif du pancréas. Dr Meus. The Medical and Surgi-

cal report , 1861.

Femme, 49 ans. Début par ictère, puis simultanément douleur épigastrique et vomissements devenant fréquents. Les urines étaient fortement colorées et les selles argileuses et décolorées. La constipation fut opiniâtre pendant toute la durée de la maladie. Répugnance invincible pour les aliments de quelque nature qu’ils fussent.

Coma, délire, mort.

Durée ?? mois.

Observation XXX

Cancer primitif du pancréas. Dr Bqucaud. Gazette heb-

dom., 1865.

Homme, 56 ans. Début par troubles dyspeptiques et vomissements revenant à intervalles irréguliers. Trois mois après, ictère et augmentation de fréquence des vomissements alimentaires et bilieux. Constipation opiniâtre pendant toute la durée de la maladie. Par le palper, on trouve une tumeur grosse comme une pomme dans l’hypochondre droit. Urines négatives ; amaigrissement excessif. Mort.

Durée, 4 mois.

Observation XXXI

Cancer primitif du pancréas . Dr Labbé. Bullet. Soc.

Anat. , 1865.

Homme, 75 ans. Début par douleurs violentes abdominales, douleurs surtout concentrées au niveau de l’épigastre et s’irradiant dans toute la cavité abdominale. Quelques vomissements bilieux au début, mais qui, comme la douleur, ne durèrent pas. Ictère léger plus marqué par la suite. Urines fortement colorées. Œdème des jambes et des pieds. Constipation opiniâtre. Examen négatif des urines. Les derniers jours le malade ne put rien conserver.

Durée, 5 mois.

Observation XXXII

Cancer primitif du pancréas propagé au foie. Dr Bruen. Boston medical and sur gical journal, 1882.

Homme, âge?? Début par dyspepsie et vomissements, puis douleurs aiguës analogues à des crampes d’estomac ; puis démangeaisons cutanées très vives précédant d’une semaine environ l’apparition d’un ictère qui dura toute la maladie; amaigrissement progressif, cachexie. Mort.

Durée, 4 mois.

* Observation XXXIII

Cancer primitif du pancréas propage aux organes environnants. Dr Battersby. Arch. gén. de médecine , 1884.

Femme, 60 ans. Début par douleur dans le dos, les épaules et les bras. Peu après le début, constatation à l’épigastre d’une

tumeur dure, mobile, de la grosseur d’une orange, puis douleur dans l’hypochondre droit, augmentée par la pression au niveau de la tumeur précitée. Constipation constante, selles aqueuses ou glaireuses manquant de bile. Dans son lit ou levée, la malade était presque toujours couchée en avant, cette position diminuant les douleurs. Anorexie complète ; la bouche semblait toujours pleine de salive; œdème considérable des jambes et des cuisses. L’ascite devint considérable. Cachexie, mort.

Observation XXXIV

Cancer primitif du pancréas. — Nodules secondaires dans l'estomac, le foie , les reins et la peau.

Femme, 64 ans. Le diagnostic porté fut « Ectasie aortique ». Un seul symptôme se présenta, ce fut une douleur continuelle avec exacerbations de temps à autre, en même temps que, par la palpation, on sentait assez mal une tumeur puisante qui fut prise pour la dilatation du vaisseau ; cette erreur s’explique d’autant mieux que la tumeur, ayant commencé à envelopper l’aorte près du tronc cœliaque, amenait la production d’un bruit systolique distinct.

Durée ? ?

, Observation XXXV

Cancer primitif du pancréas. — Généralisation aux organes environnants . — Phlegmasia alba dole.is. Dr Cane. British Medical Journal. Feb. 1883.

Homme, 59 ans. Début par phlegmasia alba dolens, sans autre signe pendant 3 mois ; puis amaigrissement progressif, aphasie et paralysie graduelle du bras droit et du côté droit de la face. Par le palper, on pouvait nettement sentir une tumeur un peu au-

dessous et en dehors du creux épigastrique ; amaigrissement considérable. Cachexie. Mort.

Durée, 9 mois.

Observation XXXVI

Cancer de la tête du pancréas. Ch. Bouchard. Maladies par ralentissement de la nutrition , 2e édit., p. 172.

Homme, ? ans. Début par diarrhée quotidienne avec borborygmes, sans douleur, survenant environ trois heures après le repas, constituée par des matières mal digérées, extrêmement fétides. Amaigrissemnet rapide et glycosurie ; 4 mois après le début, apparition d’une tumeur qui, par sa forme, sa direction, était évidemment une tumeur du pancréas.

Durée, 4 à 5 mois.

Observation XXXVII

Cancer probablement primitif du pancréas ; propagation secondaire aux organes voisins et notamment au foie. M. Ramey.

Bull. Soc. anal, et phys. de Bordeaux , 1883, p. IV.

Homme, 48 ans, exerçant la profession de laboureur, raconte qu’il est malade depuis un mois environ*. A cette époque, il s’est plaint de quelques douleurs abdominales, d’une constipation opiniâtre, d’une diminution considérable des forces et d’un amaigrissement rapide.

Voyant son état empirer, le malade se décide à entrer à l’hôpital St-André, salle 13, lit 30, le 25 septembre 1882.

Notre sujet a une physionomie souffreteuse. L’amaigrissement est général, la faiblesse musculaire considérable ; quant à la peau elle est sèche, d’une teinte brunâtre et en quelque sorte collée sur les os. Le ventre, rétracté en bateau, est très

douloureux à la pression ; aussi l'exploration de cette région est-elle rendue difficile, non seulement à cause de la douleur constante que le malade éprouve dans tout l'abdomen, mais encore en raison de la contraction des muscles abdominaux.

La constipation opiniâtre cède à peine devant les purgations les plus énergiques. La percussion et l’auscultation ne fourbissent aucun signe notable du côté des poumons et du cœur. L’examen des urines est complètement négatif.

Tel est l’état du malade à son entrée à l’hôpital. Pendant la durée de son séjour la constipation persiste comme par le passé, l'amaigrissement fait des progrès de jour en jour, les forces vont en diminuant et le malade meurt dans le marasme le 1er janvier 1883.

Durée, 5 mois.

A l’autopsie, nous avons tout d’abord rencontré des tubercules cancéreux disséminés çà et là dans les deux poumons. Le foie était également carcinomateux à sa surface, il était facile de constater çà et là une série de tumeurs marronnées d’un blanc jaunâtre, formant une saillie hémisphérique dont le centre était déprimé en forme de cupule. Le pancréas dans son entier avait subi la dégénérescence cancéreuse et l’examen macroscopique, nous a montré que, selon toutes probabilités, nous avions affaire à un squirrhe, variété qui d’ailleurs paraît se montrer le plus fréquemment. Enfin nous avons constaté que le duodénum adhérait complètement au pancréas, mais que le calibre de cette portion de l’intestin grêle n’avait ni augmenté ni diminué de volume.

Quant au canal cholédoque, il nous a été permis de le cathétériser à l’aide d’un fil de crin. L’ampoule de Vater est encore visible, et l’on aperçoit nettement l’embouchure du canal pancréatique.

Observation XXXVIII

Cancer primitif du pancréas. Isch Wall. Progrès médical,

juin 1888.

Le nommé G..., âgé de 49 ans, entre le 26 janvier à l’hôpital St-Antoine, dans le service de M. le Dr Marchand, pour un fibrome douloureux de la paroi abdominale. C’est un homme de force moyenne, bien portant d’habitude, n’ayant aucun antécédent morbide en dehors d’une scarlatine dont il fut atteint à l’âge de 17 ans. Son père vit encore et se porte bien. Quant à sa mère, elle est morte d’un carcinome utérin.

Le fibrome dont il est porteur siège un peu au-dessus de l’arcade crurale, à 2 cent, de l’épine iliaque antérieure et supérieure ; il est gros comme une noisette et est relié à l’aponévrose du grand oblique par un pédicule très grêle et suffisamment long pour permettre de le mobiliser en tous sens. Lorsque l’on touche cette tumeur on provoque des douleurs assez vives, aussi le malade veut-il en être débarrassé, bien que l’idée d’une opération lui procure une vive émotion. Cinq jours après son entrée à l’hôpital, G... présente subitement des symptômes d’ictère, coloration jaune de la peau et de la conjonctive, coloration très foncée des urines, etc. ; en même temps, il est en proie à un malaise général ; il se sent très faible et ne peut se tenir debout ; il a des vomissements, et, depuis quelques jours, une constipation opiniâtre ; sa langue est très sale.

On fait passer le malade en médecine, dans le service de M. le Dr Landrieux. On constate alors, outre les symptômes précédents, que le foie est augmenté de volume ; lorsqu’on palpe l’abdomen, on provoque dans les hypochondres et à l'épigastre, mais surtout dans l’hypochondre droit, une douleur assez vive. Le malade nous dit que. depuis quelque temps il ressent à ce niveau des douleurs venant de son fibrome en s’irradiant ; actuellement, il accuse des douleurs spontanées partant de

l’hypochondre droit et se propageant vers l’épaule du même côté. Il souffre suffisamment pour ne pouvoir se coucher sur le côté gauche. A ces troubles s’ajoutent des douleurs vagues dans les articulations et de l'anorexie. Pas de fièvre ; pas d’albumine dans les urines ; on ne sent de tumeur nulle part. Pas de troubles respiratoires. On porte le diagnostic d’ictère catarrhal.

Quelques jours après le passage en médecine, comme la constipation persiste on administre des purgatifs qui entraînent une débâcle de matières d’abord colorées, puis argileuses.

L'état du malade reste le même jusqu’au 22 février ; à cette date, il est pris brusquement de fièvre coïncidant avec l’apparition d’un gonflement des régions parotidiennes, il tombe dans le collapsus et à 1 h 1/2 il meurt.

Durée, 22 jours.

Autopsie . — Le pancréas plus que doublé de volume est totalement dégénéré en une masse cancéreuse résistante, blanche, uniforme, criant un peu sous le couteau et donnant par le raclage un suc caractéristique, ce cancer vient comprimer le canal cholédoque, aussi, la vésicule biliaire est-elle énormément distendue, mais le foie n’est nullement envahi parle néoplasme. Le duodénum et l’estomac sont également respectés. La rate est saine, mais l’on trouve de nombreux noyaux de généralisation dans les reins. Ces derniers sont parsemés de très nombreux nodules carcinomateux gros comme de petites noisettes. La capsule surrénale du côté droit est totalement transformée en une masse néoplasique. Les reins sont d'ailleurs doublés de volume. Les uretères et la vessie sont normaux. Nous recueillons l’urine renfermée dans cette dernière et n’y trouvons aucune trace de sucre. Le mésentère est parsemé de petits noyaux cancéreux. Les médiastins renferment de nombreux ganglions dégénérés; enfin, dans le poumon droit, se trouve, vers la base, un foyer cancéreux gros comme une mandarine.

Tous les autres viscères sont normaux. La tumeur de la paroi abdominale est bien un fibrome.

Ce qui est surtout remarquable dans cette observation c’est le développement qu’a pu prendre le cancer du pancréas sans amener de troubles notables ; à part quelques douleurs peu intenses rien n’était capable de mettre sur la voie du diagnostic, et l’ictère qui a précédé la mort s’est d’abord montré si bénin que l’on a pensé à un ictère catarrhal ; le malade lui-même attribuait cet ictère à l’émotion produite par l’approche d’une opération. Aucun trouble n’a d’autre part attiré l’attention sur les organes présentant des noyaux de généralisation.

Observation XXXIX (personnelle)

Cancer primitif du pancréas. — Carcinose miliaire aiguë

secondaire, Bulletin de la Société de médecine de Rouen .

Caron, 1888.

Le nommé B..., entre à l’Hospice-Général le 30 mars 1888, salle Saint-Joseph, lit n° 22, service de M. le Dr Gargam, suppléé ensuite par M. le Dr Boucher.

Depuis deux mois, il se plaignait de douleurs vagues dans la région abdominale et de coliques légères. Quinze jours après le début de sa maladie, il a été envahi par un ictère donnant à ses divers tissus, peau, conjonctives et muqueuses, une couleur jaune foncé.

Le diagnostic porté d'abord fût « cirrhose hypertrophique, l’observation donnant les renseignements qui suivent :

Antécédents héréditaires. — Père mort à 80 ans ;mère morte à 55 ans (?). Fils unique.

Sa femme a eu de lui 6 enfants et a fait une fausse couche. Trois enfants sont morts en nourrice à 4, 4 1/2 et 11 mois et trois sont encore vivants et bien portants.

Antécédents personnels. — A 30 ans, fluxion de poitrine ; à 40 ans, lésion charbonneuse de l’épaule gauche (large cicatrice d’incision); à 54 ans, soigné à l’Hôtel- Dieu, pour rétention d’urine ; à 60 ans, érysipèle de la face.

Diathèses. — Pas de traces de syphilis. Nutrition retardante : varices très développées dès l’enfance, hémorrhoïdes, migraines , nodosités digitales d’Heberden très marquées. (Le voisinage d’un anthrax très douloureux et dont il va être parlé plus loin n’a permis ni la recherche de la dilatation de l’estomac, ni le palper de la région.) Éthylisme habituel avoué.

A part ces divers accidents et ces tares arthritiques, santé générale bonne jusqu’à l’âge de 42 ans.

Histoire de la maladie. — Il y a 4 mois 1/2 environ, le malada se plaignit de douleurs vagues, peu intenses, dans la région épigastrique et dans l’hypochondre droit ; quelques coliques et une légère diarrhée accompagnèrent ces douleurs qui durèrent environ un mois et disparurent pour ne plus revenir .

Quinze jours après, ictère accentué avec coloration des téguments en jaune foncé. Décoloration complète des fèces, décoloration qui persistera jusqu’à la fin et urines rouges fortement colorées.

Cet état dura 3 mois, pendant lesquels, à part l’ictère, le malade se porta relativement bien. Appétit conservé , soif assez vive, 2 à 3 litres par jour. Pas d' amaigrissement, jamais d’hémorrhagies .

n y a trois semaines environ l’appétit diminua, le malade commença à s’affaiblir en même temps qu'un anthrax volumineux se déclarait sur le ventre avec le cortège habituel des accidents pyrétiques qui accompagne la naissance de ces phlogoses. Cet anthrax de 11 cent, sur 8 environ, suivit son cours régulier sans cependant qu’aucun trajet fistuleux ne s’établît à sa surface.

État actuel, 8 juillet. — Examen. Le malade est dans le décubitus dorsal, les jambes légèrement fléchies sur les cuisses et les cuisses sur le bassin ; cette position relâchant la paroi

abdominale, siège de l’anthrax, soulage le malade qui est considérablement amaigri. La cachexie est grande. Les téguments ont la coloration ictérique susmentionnée. Le malade se plaint de démangeaisons vives et continuelles sans qu’aucun signe visible autre que l’ictère puisse les expliquer.

A l’œil gauche, on remarque un leucome central adhérent et une déformation cicatricielle de la cornée, suite de brûlure. Un ptérygion empiète de 2 à 3 millim. sur la cornée.

Foie. — La matité du foie se perçoit au niveau des dernières fausses côtes dans un espace de 2 1/2 à 3 cent, à la partie moyenne et latérale du thorax. En avant, la matité déborde d’un travers de doigt le rebord des fausses côtes en s'approchant de l’appendice xiphoïde.

Poumon , — La percussion ne donne aucun renseignement; l’auscultation ne permet de constater que l’existence de quelques râles d’emphysème aux deux sommets avec diminution du murmure vésiculaire.

Rate. — Matité d’environ 8 cent, sur 3.

Cœur. — Très léger souffle au 1er temps et à la base.

Urines. — (Analyse de M. Ducasse, pharmacien en chef de l’Hospice-Général.) — Quantité moyenne: 1 litre 20.

Couleur jaune rouge.

Limpidité faible.

Sédiments : légers flocons au fond du vase.

Réaction acide.

Urée : 2 gr. par litre, soit 2gr. 20 en 24 heures.

Sucre, albumine: néant.

Bile : coloration verte caractéristique avec Facide azotique.

10 juillet. Affaiblissement, délire léger, râles muqueux dans les deux bases des poumons.

Le 12. Cachexie extrême ; le malade ne peut plus rien prendre.

Le 16. Meurt dans le coma.

La lecture de cette observation amènera, nous le pen-

sons, à la confirmation du diagnostic porté dès le premier abord. En effet, avec les antécédents éthyliques comme étiologie, les douleurs dans l’hypochondre droit, l’ictère coïncidant avec le début de Faffection, l’absence absolue d’ascite et d’œdème, l’anorexie et l’amaigrissement tardifs, l’augmentation de la matité de la région préhépatique et la diminution considérable de l’urée excrétée comme signes, l’idée de cirrhose hypertrophique semblait s’imposer.

L’autopsie réservait une surprise.

Autopsie, trente heures qprès la mort.

Le cadavre est dans l’état le plus complet d’émaciation. Les téguments ont conservé la teinte dont nous avons parlé plus haut. Disons d’ores et déjà que tous les organes auront cette coloration très marquée. ■

A l’ouverture du corps, les poumons sont adhérents à la plèvre à leur partie inférieure, notamment le gauche qu’on ne peut enlever qu’au prix d’une perte considérable de tissu.

Les plèvres, le diaphragme, le péritoine, la partie supérieure du foie, le pancréas, la rate, les reins, sont adhérents et c’est également au prix de pertes de substance qu’on peut enlever ces différents organes. Il est impossible de séparer le péritoine du diaphragme et le diaphragme des plèvres, le tout farci de noyaux cancéreux; beaucoup d’entre eux sont purulents.

L’épiploon gastro-hépatique est notamment le siège d’une infiltration cancéreuse considérable formant une masse dure, bosselée, volumineuse qui, accolée à la face inférieure du foie vers la partie interne de son bord antérieur, refoule le côlon transverse et donne ainsi l’explication de l’augmentation de matité constatée lors de l’examen au lit du malade (1).

Poumons. — La partie supérieure présente de l'emphysème

(1) Voir l’Obs. XVI.

pulmonaire. Des plaques noires cTanthracosis sont disséminées sur la surface des deux poumons. Le poumon droit n’offre rien de particulier ; le poumon gauche est infiltré à sa partie inférieure par des noyaux d’apparence lardacée qui paraissent être des noyaux cancéreux.

Un fragment de cette partie inférieure ne surnage pas dans l’eau. A côté des noyaux indurés, d’autres noyaux renfermant du pus surtout à la partie inférieure ; ce pus provient vraisemblablement des lymphatiques du voisinage, d’autant plus que presque tous les lymphatiques de la cage thoracique sont remplis de pus et que les ganglions hypertrophiés sont farcis de granulations spécifiques.

Aorte. — Nombreuses plaques d’athérome, notamment au niveau du tronc brachio-céphalique, de la carotide primitive et de la sous-clavière gauche.

Péricarde. — Pas de liquide dans le péricarde.

Cœur. — Valvules intactes. Épaississement assez notable du ventricule gauche ayant environ 2 cent, d’épaisseur. Quelques caillots fibrineux dans l’intérieur de la cavité.

Rate. — La rate se détache difficilement du péritoine auquel adhère la plus grande partie de sa capsule qu’il est impossible de décoller.

Elle présente de nombreuses indurations et le parenchyme splénique crie sous le couteau.

Reins. — Substances médullaire et corticale jaunâtres présentant nettement des plaques nombreuses et étendues de dégénérescence amyloïde, plaques bleuissant avec la teinture d’iode.

Estomac. — Un peu dilaté. Pas de traces de noyaux cancéreux. A l’ouverture, on constate qu’il est au tiers rempli de pus dû à une gastrite phlegmoneuse ayant envahi toute la muqueuse stomacale.

Foie. — Gorgé de bile verte très foncée, qui lui donne la couleur vert épinard. Paraît diminué de volume (1080 gr.) . Absolument adhérent au diaphragme où la capsule de Glisson reste collée en plusieurs endroits,

Le parenchyme hépatique est parsemé de taches jaunes de dégénérescence graisseuse. A la coupe, on trouve des noyaux d’induration et les sections sont semées de petits points jaunâtres qui sont reconnus comme des noyaux carcinomateux. Le lobe gauche paraît plus atrophié que le lobe droit.

Vésicule biliaire. — Très dilatée : du volume d’une grosse poire. Elle contient environ 25 centilitres de bile verte noirâtre, rappelant sous une certaine épaisseur la terre de Sienne brûlée.

Pancréas . — Adhérent à tous les organes du voisinage et remplacé par une masse cancéreuse dure, bosselée, lardacée, de la grosseur du poing, dans laquelle il est impossible de rien distinguer de l’organe primitif. Plus de traces de canal de Wirsung, de l’extrémité du canal cholédoque, de l’ampoule de Vater qui sont transformés en une masse informe envahissant légèrement la partie correspondante du duodénum sur une surface de 8 à 10 centimètres carrés.

L’état de cet organe, comparé à celui des autres organes splanchniques, ne laisse aucun doute sur le début de l’affection carcinomateuse.

Observation XL (personnelle)

Cancer primitif du pancréas propagé a la paroi postérieure de l’estomac , à V épiploon et au foie (Inédite.)

Pélagie G..., 79 ans, trameuse.

Antécédents héréditaires. — Père (?). Mère morte à 58 ans d’un cancer de la matrice.

A eu quatre enfants : un mort à 4 mois de diarrhée verte, un à 3 ans 1/2 du croup, une morte à 22 ans de la poitrine: un vivant et bien portant.

Antécédents personnels. — Rougeole, coqueluche dans l’enfance. A 35 ans une attaque de rhumatisme articulaire aigu

dans le genou, le coude et le poignet du côté droit. Arthritique, varices aux jambes, migraines fréquentes dans l’adolescence, artères athéromateuses. Pas de traces de syphilis ni d’éthylisme.

Histoire de la maladie. — Reçue comme vieillard à l’hospice en 1886, entra deux ans après à l’infirmerie St-Vincent-de-Paul, service de M. le DP Gargam, se plaignant de douleurs et de crampes à l’estomac. L’observation prise le 15 juillet donne les renseignements suivants.

Depuis trois mois environ Pélagie G.... a perdu complètement l’appétit ; rien ne lui semble bon ; les œufs et le lait seuls sont assez bien tolérés, mais elle a pour la viande un dégoût invincible. Depuis cette époque, elle a passablement maigri. Elle se plaint en outre de souffrir de douleurs vagues, sourdes, dans la région épigastrique, douleurs qu’exacerbent à peine la pression et le passage des aliments.

La succussion permet de constater une dilatation de l’estomac assez notable.

La malade ne vomit pas habituellement, mais la digestion est plus pénible ; toutefois, le mois dernier, peu de temps après le repas, elle a, à deux reprises différentes, rendu les aliments qu’elle avait ingérés.

Le palper de la région douloureuse permet de sentir nettement dans l’hypochondre droit, à environ trois travers de doigt au-dessous et en dehors de l’appendice xiphoïde, une tumeur dure, bosselée, assez mobile, peu sensible à la pression et à peu près de la grosseur d’un œuf de poule. La teinte des téguments est cireuse, blanchâtre légèrement jaune paille comme on l’observe généralement chez les cancéreux. L’examen de l’abdomen, un peu météorisé, permet de constater une faible quantité de liquide.

L’auscultation des poumons révèle un peu d’emphysème pulmonaire et de bronchite chronique.

Au cœur, léger souffle diastolique à la base.

20 et 21 juillet. La malade a rendu ses aliments à chaque

fois qu’elle a pris quelque chose. L’ascite est beaucoup plus marquée. Potion de Rivière, glace.

Le 22. Les vomissements sont arrêtés ; la malade n’a pas été à la selle depuis quatre jours. H. de ricin. 30 gr.

Le 25. Vomissements dans la journée parmi lesquels se trouve mêlée une certaine quantité de sang sous forme de poudre noire (marc de café).

On constate un peu d’œdème malléolaire plus accentué à droite qu’à gauche. L’amaigrissement marche progressivement.

Le 28. La constipation est opiniâtre, lavement purgatif; deux selles pendant la nuit. Le bassin conservé contient quelques scybales dures et marronnées et une notable proportion de sang sous le même aspect que celui rendu par vomissement. Pas de traces de matières grasses ou huileuses. Les urines sont rouges, colorées et chargées d’urates ; leur examen est négatif quant au sucre et à l’albumine.

La douleur siégeant au creux épigastrique est plus vive, plus lancinante qu’au début avec retentissement dorsal.

Le 31. L’œdème des jambes est de plus en plus marqué. Les vomissements alimentaires sont quotidiens. Dans la matinée, mélæna. Lavements peptones.

Du 1er au 5 août. Même état. La tumeur siégeant dans l’hypochondre droit ne paraît pas avoir augmenté de volume. Par contre les douleurs augmentent et sont intolérables, les vomissements deviennent incoercibles.

Le 6. Les conjonctives et les muqueuses sont légèrement teintées en jaune. L’ascite est de plus en plus considérable; la circulation collatérale devient très manifeste. La constipation est toujours opiniâtre.

Le 7. L’ictère a légèrement augmenté.

Les selles argileuses et décolorées ne contiennent aucune trace de matières graisseuses ; l’examen des urines chargées de pigment biliaire est toujours négatif.

La malade est très abattue et considérablement amaigrie ; la cachexie est complète.

Le 8. Même état.

Les 9 et 10. La malade est dans le coma.

Le 11. Mort à 1 heure du matin.

Durée, 4 mois.

Autopsie, 33 heures après la mort. — L’aspect extérieur du cadavre très émacié ne présente rien d’anormal.

A l’ouverture, les poumons sont emphysémateux et parsemés de quelques granulations tuberculeuses crétacées.

Cœur. — Légère surcharge graisseuse. De nombreuses plaques d’athérome siègent à la naissance de l’aorte et ont envahi les valvules sigmoïdes.

Pancréas. — Transformé en une masse dure, bosselée, scléreuse et adhérente à la paroi postérieure de l’estomac.

Estomac. — Légèrement dilaté et contenant environ 60 gr. de pus. La paroi postérieure est semée de noyaux cancéreux pénétrant plus ou moins dans son épaisseur ; plusieurs d’entre eux ont fait irruption à l’intérieur et gagné la muqueuse qui est le siège d’une gastrite phlegmoneuse tout autour d’eux.

Foie. — Très volumineux et atteint de dégénérescence graisseuse très accentuée. Le lobe droit, surtout dans le voisinage du bord interne, est semé de noyaux cancéreux disséminés, dont deux environ de la grosseur d’une noix. Le canal cholédoque est intact et la communication avec le duodénum par l’ampoule de Vater est entièrement libre.

Le mésentère et V épiploon gastro-hépatique sont envahis dans leurs parties avoisinantes.

Les autres organes ne présentent rien d’anormal.

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