DE L’EXISTENCE DE CANCERS LATENTS
Après les caractères si tranchés de l'hématurie vésicale d’origine néoplasique, étant donnés les autres symptômes et moyens d'investigation mus à la portée de tout chaicien, il semblerait que faire le diagnostic d'ane tumeur de la vessie est, de nos jours du moins, chose facile.
Or, il n'en est rien.
« I existe, dit M. Albarran !, des néoplasmes de la vessie que ne révèle aucun symptôme apparent, et qui restent latents jusqu'aux dernières périodes de la maladie. C’est ainsi que certaines tumeurs peuvent passer inaperçues, même dans les services spécialement consacrés aux maladies des voies urinaires, c’est-à-dire après des examens soignéusement pratiqués.
« J'ai fait, deux fois, à l’autopsie, la découverte de tumeurs de la vessie chez des malades que je soignais tous les jours à Necker sans soupçonner leurs néoplasmes. Un de ces malades, même, a été opéré par M. Guyon de la néphrotomie, pour une pyonéphrose du rein droit, etquiconque a vu mon maître examiner |
1 Albarran, loc. cül,, p. 269.
OS un malade ne doutera pas que celui-là n'ait été bien exploré. Après la néphrotomie, cet homme vécut encore plusieurs mois et rien ne pouvait faire soupçonner que sa cystite dépendait d’un néoplasme vésical. »
Voici donc deux tumeurs de la vessie qui ont pu svoluer sans se traduire extérieurement par leurs symptômes habituels. Il est donc permis de les qualifier de latentes.
Nous appliquerons également cette épithète à un certain nombre de cancers dont on trouvera plus lom les observations, et qui ont donné lieu, en raison des maladies qu'ils simulaient, à des erreurs d’interprétaüon.
La découverte de ces cancers est le plus souvent une surprise d'am phithéâtre. Il serait donc possible que les observations de ce genre fussent beaucoup plus nombreuses que le peu que nous en citons, si on avait toujours le soin d'ouvrir la vessie de tous les sujets indifféremment, quelle que soit la maladie à laquelle 1ls ont succombé.
Les 1 cas de cancers laltents que nous rapportons peuvent, au point de vue de la maladie diagnostiquée, se classer de la façon suivante :
Y Cas, soit un peu plus du 1/3, se sont dissimulés derrière descystiles ; 5 cas, ou près du 1/4,ontété rapportés à des hypertrophies prostatiques ; À cas, soit le 1/9, Ont été pris pour de la rétention d'urine ; 3 cas s'accompagnaient de calculs et c’est ce qui a attiré toute Pattenüon ; les 3 derniers ont emprunté leurs symptômes à des affections très diverses. La tendance plus grande
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alors qu'il s’agissaitd'unetumeur, n’a rien qui doive nous surprendre, d'autant plus que l'affection néoplasique y prédispose les malades. « II y a, en effet, comme le dit M. le professeur Guyon’, exagération dans la vitalité de l'organe intéressé. La prolifération plus ou moins rapide dont le néoplasme est le siège, le développement remarquable de ses vaisseaux en sont des preuves anatomiques. Quant aux preuves physiologiques, nous les trouvons dans ces hématuries à répétition ou de longue durée, qui sont le symptôme dominant de la maladie ».
« Les néoplasiques sont donc prédisposés à la eystite à cause de l’état congestif dont leur vessie est le siège habituel.
Le savant chirurgien de Necker reconnait du reste sans peine que si la cystite est assez facile à diagnostiquer, 1l n’en est pas de même du néoplasme. Souvent la cystite ouvre la série des accidents, n’a par conséquent été précédée absolument d'aucun symptôme, et, par suite, il est très ardu de la rapporter à sa véritable cause. |
On pourrait, 1l est vrai, tenir compte de différents facteurs, comme par exemple du caractère des hématuries, qui ne se retrouvent dans aucune espèce de cystite avec la même abondance et la même persistance. Mais dans les cas que nous citons, iln°y a justement pas eu d'hématurie, ou, si elle a existé, elle a été tout à fait
insignifiante.
! Guyon, Annales mal. org. gén.-urin., septembre 1886,
RO) 208 Pour ce qui est des observations dans lesquelles le . néoplasme a été rapporté à une hypertrophie prosta- {ique, l'erreur était très possible.
En effet, « tous les auteurs, dit Pousson !, qui ont fait des recherches sur le siège des tumeurs de’ la vessie, s'accordent à reconnaître que leur point de prédilection, quels que soient leur volume, leur forme, est la base, puis le trigone ».
Or, en cherchant parmi nos observations quel est le point le plus souvent atteint, nous trouvons que c’est la base, le bas-fond vésical et la région du trigone. La prostate étant en connexion intime avec la base de la vessie, rien d'étonnant à ce qu'une affection vésicale en impose pour une lésion prostatique. Cela s'expliquerait d'autant plus, que lorsque cette partie de la vessie est attaquée profondément, il y a souvent propagation et infiltration de la prostate, qui atteint alors un volume anormal.
Nous ne nous attarderons pas à discuter les autres cas, dans lesquels soil une rétention d'urine, soit la présence de calculs, où même une symplomatologie hétéroclite, ont amené une erreur de diagnostie. Les considérations précédentes expliquent suffisamment comment la sagacité clinique d'auteurs éminents à pu être mise en défaut.
! Pousson, thèse, Paris, 1884, p.37.
TABLEAU
Des Observations de Cancers