‹ Contribution à l'étude du cancer primitif du médiastinChapitre 2 sur 8 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les anciens auteurs ne nous apprennent que peu de choses sur le cancer du médiastin et tous les matériaux que nous avons pu recueillir se réduisent à une observation de Boerhaave à propos d’une tumeur lardacée placée dans le médiastin antérieur, pesant 7 livres; et plusieurs observations de Lieutaud.

Le premier, en 1812, Bayle, dans son dictionnaire des

sciences médicales, rapporte plusieurs cas de tumeurs de ce genre et cherche à en faire le diagnostic.

En 1835, Lobstein appelle l’attention des médecins sur ces tumeurs qu’il appelle étro-pleurales et place leur point de départ dans les ganglions et dans tout le système lymphatique, opinion que nous verrons se reproduire plus tard.

En 1842, Stockes rapporte plusieurs observations de tumeurs cancéreuses du poumon et du médiastin, et en résume la symptomatologie et le diagnostic. Il dit que la science ne renferme pas (du moins qu’il sache) d’observation de cancer primitif du médiastin antérieur. Cet ouvrage, en attirant l’attention des médecins anglais sur ce fait, devient le point de départ de nombreuses publications dans les journaux, parmi lesquelles nous citerons celle de Little, qui fait remarquer l’œdème des parties supérieures du tronc consécutif à la compression de la veine cave supérieure par la tumeur.

En 1854, Nélaton donne, dans son traité de chirurgie, une excellente description des tumeurs du médiastin en général et ajoute que le plus grand nombre est de nature cancéreuse.

Déjà des observations avaient été publiées en France dans le Bulletin de la Société anatomique par Demarquay en 1847, et Leudet en 1848.

Nous devons citer encore un travail remarquable de M. Oulmont, paru en 1856 dans les mémoires de la Société médicale d’observation, et où se trouvent décrits les symptômes des tumeurs du médiastin, en général, d’après 19 cas.

Puis viennent les observations de M. Mauriac 1860, de M. Martinon 1861, dans les Bulletins de la Société ana-

tomique, reproduite par M. Destord dans sa thèse inaugurale, Paris 1866.

En 1869, M. Hayem, dans les Archives de physiologie publie une observation et rend compte des altérations subies par le nerf vague dont il tire des conséquences au point de vue de l’anatomie et de la physiologie pathologique.

C’est surtout dans ces dernières années que le nombre et l’importance de ces travaux se sont accrus.

En 1870, James Ridson Bennett, dans une série de leçons sur le diagnostic du cancer intrathoracique, est venu apporter, dit M. Rendu, des documents importants et des remarques intéressantes.

En France en 1872, M. Siebert a résumé dans une thèse consciencieuse la plupart des observations connues, et le docteur Daudé essaya de faire la synthèse de toutes les observations de lésions du médiastin et de créer un chapitre de pathologie pour cette région, travail qui lui a valu le prix Godard à l’Académie de médecine.

Enfin les mémoires de Kaulich, Pastau, Riegel, Eger, Pasturaud et Rendu ont modifié, dans une certaine mesure, les idées enseignées jusqu’alors. La plupart des auteurs, en effet, ne s’étaient guère placés qu’au point de vue clinique, et on s’était peu préoccupé de la nature histologique de ces tumeurs. Cependant, en 1863, Virchow rapportant une observation de tumeur du médiastin, vit qu’elle était formée de tissu adénoïde infiltré de cellules lymphatiques et la rangea dans la classe des lymphadénomes. On décrivit dans la suite des lymphosarcomes, nous en trouvons deux cas dans la thèse de M. Rosbach. On rapprocha alors ces tumeurs des tumeurs ganglionnaires se généralisant et que l’on regardait comme étant des manifestations de l’adénie et de la pseudo-leucémie (leucémie sans exagération du nombre des globules blancs du sang). Ranvier émit l’opi-

nion que les lymphadénomes et les lymphosarcomes généralisés ne sont que des manifestations diverses d’une maladie que l’on pourrait appeler lymphadénie.

C’est alors que M. Rendu, dans le travail dont nous avons déjà parlé, mettant à profit les quelques cas où l’examen histologique des tumeurs rencontrées dans le médiastin avait été fait, montra que le point de départ de ces tumeurs a été le plus souvent dans les ganglions lymphatiques et appliquant à cette région les idées générales émises par Virchow en Allemagne et Ranvier en France, signala la fréquente confusion qui a dû être faite entre les cancers proprements dits et les tymphadénomes ou les lymphosarcomes du médiastin. R se base sur la marche et l’évolution clinique de ces tumeurs, en même temps que sur les données histologiques pour dire que les cancers du médiastin constituent une série pathologique commençant à l’hypertrophie ganglionnaire pure et simple et à l’adénie pour aboutir aux formes les plus malignes du lymphosarcome. Cette idée est évidemment très- séduisante ; mais elle demande, avant de passer dans la science d’une façon définitive, d’être appuyée sur des faits plus nombreux que ceux que nous possédons.

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