‹ Contribution à l'étude du cancer secondaire du cœurChapitre 8 sur 16 · N° au répertoire : 86, 189 J · texte numérisé non relu

N° au répertoire : 86, 189 J

REVUE DE MÉDECINE

particulier et qui les distingue des noyaux secondaires, que leur tassement se fait sans ordre; leur cohésion est moindre que dans ces derniers; et souvent l’aspect carcinomateux s’ébauche dans des amas qui au premier abord semblent être pleins de cellules cohérentes.

Dans la plus grande partie de la préparation au contraire, les loges carcinomateuses, limitées par des travées fibreuses épaissies, denses, se rencontrent occupant la sous-muqueuse, et envahissant déjà la couche musculaire.

Dans ces espaces où sont irrégulièrement distribuées des cellules épithéliales morphologiquement reconnaissables, on constate encore un ou deux globes cornés, parfaitement nets.

Cœur. — Sur les coupes du cœur portant au niveau du néoplasme, on constate, à un faible grossissement, un assez grand nombre de nodules épithéliaux régulièrement arrondis, distribués au sein d’un tissu celluloadipeux qui recouvre le myocarde. Les îlots néoplasiques sont entourés d’un cercle de tissu fibreux dense formé d’assises conjonctives, stratifiées, assez épaisses.

En certains points, la coupe porte sur de très gros vaisseaux, dont la lumière est incomplètement remplie par un ou deux lobules cancéreux fixés dans une gangue conjonctive en voie d’organisation.

Enfin l’aspect des masses cancéreuses n’affecte pas toujours la forme arrondie, lobulée; assez souvent, le groupement cellulaire figure des traînées pleines plus ou moins ramifiées.

Les portions néoplasiques sont constituées par des amas de cellules épithéliales pavimenteuses , du type épidermique, présentant', suivant les préparations qu’on examine, des globes cornés parfaitement nets, ou seulement en voie de formation. A la périphérie des lobules ou des traînées, la limite des masses cellulaires est figurée par une assise d’éléments dont l’ensemble dessine une ligne de couleur plus sombre, plus fortement imprégnée par le carmin : ce sont des cellules qui tendent à la forme cylindrique; plus colorées que les précédentes, à contours moins nets, elles représentent ici les cellules de la couche génératrice de l’épiderme. A mesure qu’on se rapproche du centre des lobules, les cellules se présentent de plus en plus volumineuses, mieux individualisées, avec des contours nets, accusés par leur forme polyédrique à pans coupés; elles possèdent un gros noyau ovoïde à contours très distincts, qui occupe près de la moitié de la cellule et se colore très fortement en rose vif par le carmin.

Dans les points qui, à un faible grossissement, trahissent par leur coloration jaune clair et leur éclat réfringent la présence d’éléments cornés, on peut voir les grosses cellules de Malpighi se creuser de vacuoles que remplit un contenu clair, le noyau se trouvant refoulé à la périphérie de la cellule, et le reste de la cellule étant distendu par une boule jaune clair, granuleuse. A côté de ces cellules au sein desquelles semble s’opérer une évolution spéciale, on remarque des espaces intercellulaires vides ou remplis d’une matière granuleuse.

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Là où l’évolution cornée est complète, les globes épidermiques figurent une série de lamelles disposées en bulbe d’oignon.

Au sein des nodules cancéreux la cohésion des cellules est assurée par la présence de pointes de Schultze qu’à un fort grossissement on peut voir interposées entre les faces contiguës de cellules voisines.

Le myocarde semble en partie respecté par l’infiltration cancéreuse. Les masses épithéliales ne vont guère au delà de la zone de tissu celluloadipeux qui recouvre les fibres musculaires, sauf toutefois en un point où, sur toutes nos préparations, l’on peut observer un petit nodule cancéreux s’insinuant, en les écartant, entre les fibres musculaires.

Celles-ci paraissent dissociées, et bien que leur striation soit encore très nette, et que l’on ne constate pas de prolifération conjonctive interstitielle entre les faisceaux musculaires, ceux-ci présentent à un haut degré l’aspect de la désintégration segmentaire.

La zone néoplasique de la préparation est parcourue par une artère assez volumineuse, reconnaissable à la disposition de ses trois tuniques, et par plusieurs veines satellites.

L’artère est le siège d’une endartérite oblitérante très accusée : la tunique interne considérablement épaissie est constituée par plusieurs assises de cellules plates et fusiformes au sein d’un stroma clair, réfringent, de fibres élastiques. Son bourgeonnement lui donne une apparence plissée et rétrécit notablement la lumière du vaisseau.

D’autres vaisseaux sont le siège de thromboses cancéreuses caractéristiques. On y constate des lobules épithéliaux très nets , très régulièrement arrondis, disposés soit immédiatement contre la paroi, soit plus ou moins profondément dans l’aire du vaisseau, mais fixés par une zone de tissu conjonctif disposé autour d’eux, soit en nappe continue, soit sous forme de prolongement pédiculé. Ce tissu conjonctif qui sert de support aux amas néoplasiques est représenté par des éléments du stade muqueux de ce tissu : fibres, fibrilles élastiques et conjonctives formant un feutrage très délicat, cellules rondes, fusiformes ou étoilées munies de prolongements. L’aspect des éléments épithéliaux ne diffère pas de celui que nous avons précédemment décrit.

Poumons. — Là où une travée interlobulaire vient affleurer à la plèvre viscérale, il existe un nodule néoplasique qui s’insinue à la manière d’un coin entre les deux lobules adjacents, figurant sur la coupe un espace triangulaire dont la base répond à la surface pleurale, et le sommet se perd insensiblement sur les travées conjonctives interlobulaires.

L’îlot néoplasique, ainsi figuré sur une coupe totale portant sur deux lobules voisins, est constitué par des boyaux pleins, contournés, irrégulièrement ramifiés à la manière des traînées d’épithélioma tubulé; ils sont distribués au sein d’un stroma fibreux dense parcouru par de très nombreux capillaires. Nulle part on ne rencontre d’espace alvéolaire, rappelant la structure du carcinome. Il n’existe de globes cornés sur aucune de nos coupes.

A un fort grossissement, les traînées sont formées par des amas pleins

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de cellules épithéliales, pavimenteuses, du type de Malpighi, à noyau volumineux, ovoïde, très distinct, à contours nets, rectilignes, unies entre elles par des dentelures. Certaines de ces cellules offrent à leur intérieur des vacuoles remplies d’une matière jaune très réfringente.

A la périphérie des boyaux cellulaires, il existe une rangée de cellules plus basses, cubiques, très fortement colorées en rouge par le carmin.

Le stroma conjonctif, qui sert de support à ces édifications néoplasiques, est constitué en majeure partie par un feutrage élastique très abondant, et par une sorte de densification des fibres conjonctives. Au sein de ce stroma serpentent des capillaires très nombreux, remplis de globules rouges.

Les travées conjonctives du parenchyme pulmonaire offrent surtout des capillaires très turgides, très apparents ; leur paroi fait saillie dans l’intérieur des alvéoles; et dans un certain nombre de ces derniers il existe de véritables suffusions hémorragiques.

Les altérations alvéolaires ne s’étendent pas très loin au delà du nodule cancéreux sous-pleural. Ce qui domine, c’est un léger degré d’inflammation catarrhale, dans la plupart des alvéoles; tout autour des nodules sous la plèvre, les alvéoles les plus proches sont atélectasiés.

Foie. — La nature épidermique, la structure lobulée des productions néoplasiques sont ici des plus nettes.

Les traînées épithéliales sont très régulières ; chaque cellule a ses limites précises, accusées par la présence de pointes de Schultze.

Le stroma est formé de fibrilles conjonctives très déliées, formant des faisceaux linéaires ou bien incurvés de façon à circonscrire des loges arrondies, dont le contenu, parfois évidé, laisse entrevoir leur parfaite régularité d’alvéoles carcinomateux.

Dans les lobules cancéreux avoisinants, les cellules ont moins de cohésion, semblent dissociées; et grâce à cette disposition, la forme de chacune d’elles apparaît plus nette : large disque à pans coupés, à cinq ou six faces, granuleux, pourvu d’un gros noyau ovoïde qui se colore plus nettement que le reste de la cellule.

Les modifications de structure du parenchyme hépatique apparaissent surtout dans les points les plus proches des nodules cancéreux.

Les trabécules hépatiques n’ont plus leur direction rectiligne, radiée; elles sont déviées, plus ou moins refoulées, et leurs cellules sont comme dissociées.

A la limite de la tumeur, il existe un espace porte considérablement élargi, constitué par une nappe fibreuse dense au milieu de laquelle on distingue la coupe d’un ramuscule de l’artère hépatique et de la veine porte, ainsi qu’une branche du canal hépatique avec son revêtement de hautes cellules cylindriques.

Toute cette zone fibreuse est le siège d’une infiltration de cellules embryonnaires, très accusée.

Rate. — Les coupes nous montrent un nodule cancéreux assez volumineux, développé sous la capsule, en dehors de la pulpe splénique. 11

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présente la structure 'classique de l’épithélioma lobule ; les lobules arrondis sont d’une parfaite régularité; chacun d’eux présente à son centre, un globe corné très net.

Le stroma conjonctif, développé autour de chaque masse épithéliale, est constitué par les éléments du tissu cellulaire lâche, fibrilles très déliées, éléments fusiformes aplatis.

En résumé, il s’agit d’un homme de quarante-quatre ans, malade depuis six mois, et n'ayant présenté d’autres symptômes que celui d’un cancer de l’œsophage, sauf le mode de terminaison par mort subite, attribuable peut-être à une altération du cœur. A l’autopsie on trouve en effet un cancer de l’œsophage, mais, en outre, de nombreux noyaux secondaires dans le cœur, les poumons, le foie et la rate. Or la tumeur primitive, qui existait sous forme d’un épithélioma corné au niveau de l’œsophage, s’est retrouvée avec ses caractères essentiels et indiscutables dans chacun des noyaux secondaires, et en particulier dans le cœur, où nous nous proposons d’étudier plus spécialement le développement de la néoplasie secondaire.

Dans ce but, jetons un coup d’œil sur l’ensemble de nos observations : partout, le microscope nous a révélé l’existence d’un épithélioma, sans stroma dans l’observation II, à stroma conjonctif adulte dans les observations I et III. — Dans chacun de ces cas, la tumeur s’est présentée sous des aspects histologiques à peu près semblables, en quelque organe qu’on l’examine. Malheureusement, dans les observations I et II, la tumeur primitive n’a pu être examinée; mais de par l’observation III, la plus complète et la plus probante de toutes, il est évident que le cœur ne fait pas exception à la loi suivant laquelle les tumeurs secondaires reproduisent constamment les caractères histologiques de la tumeur primitive h La portée générale de cette loi s’affirme chaque jour par l’étude d’un nouveau cas particulier. Dans un mémoire auquel l’un de nous a collaboré, M. Bard en a fait l’application au pancréas1 2 ; notre collègue M. Orcel, dans un travail émané du même laboratoire, l’a vérifiée pour le corps thyroïde 3 4; d’autre part, MM. Hanot et Gilbert, par leur belle étude sur le cancer du foie \ M. Raymond, par son mémoire sur

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