N° au répertoire du laboratoire
REVUE DE MÉDECINE
l’autopsie sont assez concluants pour permettre d’affirmer que ce néoplasme était le premier en date. Or la structure des noyaux secondaires du cœur et des poumons était celle de Tépithélioma sarcomateux, type épidermique. S’il était prouvé que le cancer secondaire du cœur reproduit toujours les caractères du cancer primitif, on devrait conclure par réciproque, qu’ici la tumeur primitive était un épithélioma sans stroma. L’étude de l’observation suivante, en prouvant la légitimité des prémisses, démontrera par suite celle des conclusions.
Obs. III. (Personnelle, recueillie dans le service de M. le professeur Bondet.) — Cancer primitif de l'oesophage. — Noyaux secondaires dans le cœur , les poumons , le foie et la rate.
B. Jean-Marie, quarante-quatre ans, entre le 4 juin 1891, à l’Hôtel-Dieu, salle Saint- Augustin, n° 20.
Père et mère morts de maladie indéterminée. Deux soeurs vivantes. Quatre enfants en bonne santé. Rien à signaler dans les antécédents personnels du malade.
Entre dans le service pour une sténose très prononcée de l’œsophage, qui a débuté il y a six mois. A cette époque est apparue la gêne de la déglutition.
Au mois de décembre 1890, premier^séjour à l’Hôtel-Dieu, salle Saint- Maurice; on lui fit de la dilatation avec les olives. Grande amélioration : à la suite, ce malade put absorber les aliments solides et les liquides.
Mais depuis trois semaines environ, la gêne de la déglutition est apparue de nouveau; les liquides eux-mêmes ne peuvent passer. Malade très amaigri; cachexie profonde.
La moindre gorgée de liquide avalée détermine desfsecousses de toux.
Ganglions dans le creux sus-claviculaire gauche. Vomissements répétés.
On tente vainement de passer la plus petite des olives.
Même difficulté pour introduire la plus petite des sondes de Bouchard.
Néanmoins, après chaque tentative de cathétérisme, le malade avale plus facilement.
15 juin. — On peut passer une fois une sonde de Bouchard d’un très petit calibre; mais il est impossible de renouveler ce cathétérisme. Lavements alimentaires.
18 juin. — Le malade était arrivé au dernier degré de la cachexie et de l’amaigrissement; cependant il paraissait avoir encore plusieurs jours à vivre, lorsque ce matin, pendant la visite, il a succombé brusquement.
Aub.psie le 20 juin 1891.
L œsophage présente au niveau de son tiers moyen une induration néoplasique de 10 centimètres de longueur, rétrécissant le calibre du conduit au diamètre d'une plume d’oie. En arrière, le néoplasme est adhérent à la bronche gauche; en l’en détachant, on produit une perforation des tuniques œsophagiennes. L’ensemble de la tumeur a l’aspect
A. PIC et J. BRET. — CANCER SECONDAIRE DU CŒUR 1031
d’une plaque blanchâtre se terminant en bas par un rebord festonné.
Aucune altération de l’estomac ni du tube digestif.
Le cœur pèse 280 grammes; il présente une teinte feuille-morte très caractérisée; il est flasque et mou; ses parois sont d’une minceur remarquable. Les cavités sont remplies de caillots cruoriques. La tonicité du myocarde est tellement abolie, qu’à l’épreuve de l’eau, les deux orifices auriculo-ventriculaires sembleraient insuffisants. A l’examen direct, cependant, aucune altération des orifices, sauf un peu de dilatation de l’orifice tricuspidien. La cloison interventriculaire, à l’union des deux tiers supérieurs avec le tiers inférieur, présente un noyau du volume d’une noix, lardacé à la coupe, de forme hémisphérique, à bords festonnés, présentant une zone de démarcation très nette avec le tissu musculaire voisin. A la pointe même, deux petits noyaux de même aspect, du volume d’une lentille.
La rate pèse 125 grammes; elle est de dimensions et de consistance normales; à la partie moyenne de sa face externe existe une tache oblongue, de 5 centimètres de haut sur 3 centimètres de large, d’un aspect nacré, et à bords festonnés. Sur une coupe, cette surface correspond à un noyau du volume d’une mandarine, lardacé à la périphérie, et ramolli au centre, et présentant dans son ensemble la forme d’un coin à base tournée du côté de la face externe du viscère.
Le foie pèse 1750 grammes, est volumineux, et présente à la coupe, tranchant sur la substance hépatique, 8 à 10 noyaux, durs, lardacés, de couleur blanchâtre, les uns apparents à la surface externe, les autres plus rares situés dans la profondeur. Le volume de ces noyaux hépatiques varie de la grosseur d’une noisette à celle d’une noix.
Les deux poumons présentent une congestion notable, un peu d’œdème. — Le poumon gauche, à la partie moyenne de la surface externe du lobe inférieur, présente un petit nodule cancéreux du volume d’un haricot, immédiatement sous-jacent à la plèvre viscérale. Le poumon droit offre à son sommet un tubercule crétacé.
Plèvre : aucune altération à gauche; à droite, adhérences marquées.
Reins : ne présentent aucune altération; leur poids est de 150 grammes pour le gauche, et de 200 grammes pour le droit.
Examen histologique l. Œsophage. — La muqueuse et le tissu conjonctif sous-muqueux sont le siège d’une infiltration néoplasique qui s’est presque entièrement substituée aux éléments normaux de ces deux tuniques.
L’infiltration néoplasique est diffuse, irrégulière : les cellules se présentent tantôt éparses dans des alvéoles, des loges conjonctives incomplètement remplies, tantôt réunies en amas pleins, lobulés, ou sous forme de traînées irrégulières.
Ces cellules ont une forme polygonale très nette, et sont pourvues d’un gros noyau ovoïde; leurs contours rectilignes accusent leur parenté avec les cellules des revêtements épidermiques. Mais elles offrent ceci de