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HISTORIQUE

Ce qui frappe surtout lorsqu’on parcourt les différents travaux qui ont été publiés sur les cancers de la parotide, c'est la rareté extrême, non pas des bonnes descriptions, mais des observations précises : « C’est à peine, dit M. S. Duplay dans son Traité de pathologie externe , si on retrouverait cinq ou six cas de cancer dans les cinquantedeux observations de Bérard, le mémoire de Bauchet en renferme deux exemples, l’un dû à Robert, l’autre à M. G osselin. Il faut y joindre huit ou dix cas que nous avons rencontrés dans les journaux français et étrangers. »

Mon excellent maître me permettra de montrer encore plus de rigueur que lui, et de ne considérer comme observations de valeur que celles où la date du début et les caractères de la tumeur cadrent franchement avec ce que nous savons des signes du cancer de la parotide; le

sujet que nous étudions en ce moment ne peut que gagner énormément à être débarrassé d’un certain nombre de faits incomplets reproduits partout depuis la thèse de concours d’Auguste Bérard, faite d’ailleurs au point de vue de l’extirpation de la parotide et non de l’étude de ces tumeurs.

Ces réserves faites, abordons l’histoire du carcinome parotidien.

Les premières notions historiques sur le squirrhe de la parotide, suivant l’expression de l’époque, se confondent absolument avec 1 histoire des tumeurs parotidiennes, et encore la question n est-elle traitée qu’au point de vue opératoire.

C’est à ce titre que l’ancienne Académie de chirurgie posséda quelques rares observations de tumeurs; plusieurs dissertations latines ont été soutenues également à la fin du xvmc siècle sur le squirrhe de la parotide et son extirpation, elles nous viennent d’Allemagne, et les plus connues sont celles des deux Siebold, en 1793 et 1797 ; il eût été curieux de connaître l’opinion de l’époque sur ce sujet, mais je n’ai pu me les procurer ni à la Bibliothèque nationale ni à celle de la Faculté.

Il faut arriver au commencement du siècle, et surtout vers 1820, pour trouver de bonnes descriptions du cancer de la parotide, et, chose bien remarquable, au milieu de

la confusion regrettable créée par l’emploi du mot squirrhe pour une foule de tumeurs fort distinctes du cancer, on trouve cependant, semée çà et là dans les anciens auteurs, la preuve incontestable qu’ils ont observé quelquefois, et qu’ils savaient en général bien distinguer le cancer vrai de la glande parotide.

C’est à cette période de l’histoire que se rattachent les travaux de Braambergh, de Ivyll en Allemagne, la thèse d’IIourmann et la publication d’un certain nombre d’observations intéressantes dans notre pays.

Les bonnes descriptions de squirrhc parotidien de

Boyer et de Sabatier vinrent ensuite; elles démontrent nettement que les chirurgiens français de cette époque

avaient observé et connaissaient de véritables carcinomes de la parotide.

En 1841, la thèse de concours d’Auguste Bérard sur les opérations que réclament les tumeurs développées dans la région parotidienne, cette thèse, dis-je, marque une phase importante dans l’histoire des tumeurs de la parotide, elle résume les faits nombreux de ses prédécesseurs, les apprécie à leur juste valeur et constitue le plus précieux document pour établir les résultats de l’extirpation. Au point de vue du cancer, les succès opératoires obtenus et l’analyse minutieuse des faits montrent bien que les observations de carcinome y sont excessivement rares.

A l’article Parotide du Dictionnaire en 30 volumes , l’auteur a résumé les principales idées contenues dans sa thèse; la description du Dictionnaire en 60 volumes paraîtra à côté bien pâle et bien incomplète. Viennent ensuite un excellent chapitre de Vidal de Cassis qui avait très bien observé le vrai squirrhe, et une description magistrale du Compendium de chirurgie, à laquelle on a bien peu ajouté depuis.

Ces divers travaux nous amènent à l’époque où, sous l’impulsion de Robin et de Lebcrt, la science histologique faisait de rapides progrès : dans l’article Adénome du Dictionnaire encyclopédique , Broca indiquait les principaux

caractères de ces tumeurs; en 1858, Dolbeau publiait son excellent mémoire sur les enehondrômes de la parotide; les travaux de Broca, Verneuil, Robin, les discussions de la Société de chirurgie, auxquelles prenaient part Huguier, Gensoul, Ghassaignac et d’autres encore, démontraient à côté de l’épithélioma des glandes sudoripares l’existence d’une variété analogue de tumeurs parotidiennes.

Rufin, vers la même époque, paraissait Je mémoire de Bauchet sur 1 hypertrophie parotidienne. — Tous ces travaux eurent un certain retentissement, ils marquent un pas dans 1 étude si complexe des tumeurs de la parotide;

mais le dernier mot n’a pas été dit, et nous croyons qu’il y a encore beaucoup à faire pour tirer de la confusion toutes ces variétés.

G est l’œuvre des traités classiques, mais les éléments de ce travail sont encore bien disséminés, bien incomplets et bien peu nombreux. Malgré cela, le chirurgien qui relira avec soin les traités de Nélaton, deFollin et Duplay,

en France, les travaux de Billroth, en Allemagne, de Paget, en Angleterre, pourra se convaincre des points importants acquis jusqu’à présent, il sera à même de formuler sûrement dans presque tous les cas le diagnostic clinique de carcinome de la parotide. — Parmi les thèses plus récentes, je citerai, comme indiquant clairement le chemin qu’il reste à parcourir, la thèse de Planteau (1874) sur les tumeurs mixtes ou complexes delà parotide, celles de Jean (1873), de Branlat (1874) et enfin un très bon aiticle de M. Delorme dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques .

Depuis cette époque, les faits sont assez nombreux, mais en coi e disséminés et incomplets; je n’ai guère trouvé

qu'une étude d'ensemble sur le sarcome do la parotide par Kauffmann. [Arc hiv. f. Klin . chir ., Berlin 1881.)

Avant de terminer cette courte étude historique, je voudrais encore indiquer rapidement la valeur des principales observations connues de carcinome.

Les observations XL VI et XLIX de la thèse de Bérard sont des exemples avérés de cancer; il en est probablement de même des observations XX XVII et XL; les observations Y, YI, X, XIII sont bien incomplètes; sur la limite du cancer et des tumeurs transformées je placerais l’observation LI, rangeant très franchement dans cette dernière catégorie les faits XXI, XX Y, XL Y et LII.

M. le professeur Richet relate un beau cas de cancer dans son Traité cT anatomie chirurgicale ; Moore en a publié un exemple, sujet à discussion, dans le Mecl. Times d'octobre 1869; Otto Weber nous fournit le contingent de deux observations; celles de Triquet ne me paraissent pas concluantes à cause de la longue durée et des caractères de la tumeur; enfin la thèse de Planteau contient l’examen histologique d’un cancer opéré par Broca, mais l’histoire de la maladie fait défaut.

Outre ces observations, j’ai lu et vérifié toutes les observations de tumeurs parues en France depuis 1872, sans parler des anciennes; mon excellent ami, le docteur P. Bar, a bien voulu faire de meme pour les observations anglaises, américaines et allemandes, et nous n’avons pas trouvé un seul fait complet, précis, de cancer vrai de la parotide.

Qu'il me soit permis d’ajouter cependant que, d’après les précieux renseignements que j'ai pu recueillir de la bouche d’un grand nombre de nos maîtres, quelques-uns

seulement ont rencontre des cancers parotidiens, surtout des encéphaloïdes, une ou deux fois des squirrhes.

Les observations sont donc excessivement rares, elles existent néanmoins certainement, et je serais heureux si ce modeste travail pouvait contribuer à la publication complète des faits analogues.

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