‹ Contribution A L'étude Du Chlorhydrate De Cocaine Au Point De Vue De Ses Actions Physiologiques Et ThérapeutiquesChapitre 21 sur 29 · LUE · texte numérisé non relu

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leur, ni fatigue. Il y a douze jours environ que les douleurs ont commencé ; les mictions sont devenues plus fréquentes, les urines renferment une notable quantité de sang. Il n’y à pas eu de blennorrhagie, pas de refroidissement.

À son arrivée à l'hôpital, le malade souffre beaucoup en urinant et rend du sang presque pur. Les mictions sont très-fréquentes.

31.— Le cathétérisme est assez facile; mais, à dater de ce moment, la pollakiurie augmente.

4 avril. — Nouveau cathétérisme; mais cette fois un spasme uréthral trèsviolent empêche la sonde de pénétrer dans la vessie. On fait alors une instillation de XX gouttes de la solution ordinaire de cocaïne ; 15 minutes après, le cathétérisme s'effectue très-facilement, sans aucune douleur.

5.— La journée d'hier a été bonne ; le malade n'a pas souffert après le cathétérisme. Le malade demande avec instances une nouvelle instillation, qui, dit-il, lui adoucit le canal.

6. — La pollakiurie à beaucoup diminué, le malade ne souffre plus. L'hématurie est abondante. M. le professeur Dubrueil pense qu’on pourrait avoir affaire à une tumeur vésicale. Les instillations sont continuées jusqu'au 12.

Le malade va bien; les mictions sont régulières, se font sans douleur, mais l’'hématurie persiste.

Cette amélioration des symptômes dure quinze jours environ, sans nouvelle injection de cocaïne, et le malade, se croyant guéri, sort de l'hôpital.

Obs. XV. — Cystite. Cathétérisme très-douloureux. Amélioration. — Jean D... trente-deux ans, est atteint depuis cinq ans d’une cystite qui le fait beaucoup souffrir ; les urines sont purulentes. D..., qui était infirmier à l’hôpital de Toulouse, à été traité par les instillations de nitrate d'argent, qui n’ont pas donné de résultat. À son entrée à l'hôpital, le malade urine au moins trente fois par jour, dit-il, et chaque fois les douleurs sont très-grandes.

Le 11 mars, on pratique le cathétérisme. La sonde pénètre assez facilement, mais le malade souffre beaucoup. En explorant la vessie, on trouve un calcul.

Le lendemain, après chloroformisation, un lithotriteur est introduit, mais on ne retrouve plus la pierre.

Pendant six jours, le malade est laissé au repos; son état est toujours le même. Le cathétérisme, pratiqué le 18, provoque des douleurs très-grandes.

19 mars.— Injection dans l’urèthre de XX gouttes d'une solution de cocaïne 2 p.100.

20. — Le malade est content ; la journée d'hier a été très-bonne, il n’a uriné que sept fois au lieu de vingt-quatre, chiffre ordinaire de ses mictions pendant la journée.

On pratique le cathétérisme, et cette fois le malade ne souffre pas. Jusqu'au

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28, on continue les instillations et l'amélioration persiste. Le malade dit qu'il est guéri.

24,— Pas de cocaïne. Le malade urine vingt-sept fois dans la journée ; les douleurs reparaissent.

25. — On reprend les instillations ; le malade n’urine plus que huit fois, et sans douleur.

27, 28, 29. — Les instillations sont continuées, mais le malade éprouve au fond du canal une douleur lancinante ; il ya de l’hématurie, tous les accidents primitifs reparaissent aussi intenses. On reprend la cocaïne.

30, 31.— La pollakiurie disparaît, mais les mictions sont douloureuses, les urines contiennent du pus.

Le ? avril. — Les urines sont redevenues claires ; le malade se trouve mieux. Le mieux persistant, le malade quitte la salle et travaille dans l’intérieur de l'hôpital.

Obs. XVI. — Je citerai enfin, sans la rapporter tout au long, l'observation d’un militaire porteur d’un retrécissement et d’un spasme de l’urèthre rendant le cathétérisme impossible.

La cocaïne, instillée tous les matins dans le canal, a permis de passer avec facilité des sondes jusqu’au n° 16; mais ces instillations n’ont pas empêché l’apparition d’une fièvre très-intense, qui à duré plusieurs jours. Le malade, à peine rétabli, est parti en convalescence.

La première observation est un exemple frappant de ces spasmés survenant brusquement après une violente émotion. M. le docteur Guibal, dans son intéressant travail sur le spasme uréthral (Paris, Baillière, 1880), rapporte plusieurs faits de ce genre, et en particulier celui de Sebeaux, que je rapprocherai de la première observation. Il s’agit dans ce cas d’un homme de vingt-huit ans qui, à la suite d’une violente colère, se trouve tout à coup dans l’impossibilité d’uriner; il souffre beaucoup. On le sonde , et tous les phénomènes morbides disparaissent aussitôt. Ces mêmes accidents se produisent plusieurs fois, et toujours le cathétérisme a le même succès.

Dans mon observation, c’est aussi après une grande émotion, la frayeur, que les troubles de la miction apparaissent; mais, à l’encontre du cas de Sebeaux, la malade ne souffre pas, et le cathétérisme, absolument indolore, n’amène aucune amélioration. Une première fois cet

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état dure quatre mois sans querien puisse l’améliorer, puis il disparaît brusquement.

Quelque temps après, nouvelle frayeur et nouveaux accidents semblables aux premiers. Pendant huit jours, le cathétérisme, nécessaire pour évacuer l’urine, n’amène aucune amélioration; puis, sous l’influence d’une instillation de X gouttes de solution de cocaïne à 2 p.100, la miction redevient possible, et, après trois jours de ce même traitement, la malade urine normalement et sort de l’hôpital étonnée d’être guérie si vite.

Comment expliquer, dans ce cas, l’action de la cocaïne? Dans cette observation, comme dans toutes celles qui suivent, je crois que la cocaïne n’a eu qu’une action purement locale; elle a agi sur les terminaisons nerveuses du sphincter vésical contracturé, et ce muscle, soustrait à l’impression des irritations extérieures qui le maintenaient en contracture, est revenu à son état normal. Cette explication n’est peutêtre pas parfaite: mais il faudrait, pour la rendre telle, connaître la nature même de cette irritation et son rôle dansle maintien en contracture du sphincter vésical. Je crois que le départ entre l'importance des causes centrales et des causes externes, dans la formation des spasmes et contractures en général, n’est pas encore très-bien établi. Ou plutôt le spasme, la contracture, une fois produits, qu'est-ce qui maintient leur permanence? Là est le point le plus obscur, et peut-être Paction analgésique purement locale de la cocaïne servira-t-elle à résoudre ce problème.

Quoi qu’il en soit de ces interprétations, les expériences précédentes démontrent que la cocaïne a une action analgésique certaine sur la muqueuse uréthrale. Cette action peut même amener la guérison dans certains cas déterminés; de telle sorte qu’on peut émettre la proposition générale suivante sous forme de conclusion : la cocaïne efface, pour un temps variable mais toujours assez court, l’hyperesthésie dont ‘la muqueuse uréthrale est le siége, et, sous cette influence analgésiante, les spasmes ou contractures disparaissent. Si cette hyperesthésie n’est liée à aucune lésion, si elle est uniquement sous la dépen-

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dance d’un état général plus ou moins névrosique, la cocaïne pourra À elle seule amenerla guérison. Au contraire, si cette irritabilité exagérée est subordonnée à une lésion (tumeur vésicale, calcul... .), la cocaïne agira encore pendant un certain temps : elle facilitera le cathétérisme, régularisera les mictions, supprimera la douleur ; mais ses succès seront transitoires, et, la cause morbide persistant, les effets continueront à se manifester. Dans tous ces cas, et quel que soit le pronostic basé sur la lésion elle-même, la cocaïne aura une utilité évidente.

Si les effets de la cocaïne sur la muqueuse uréthrale sont connus depuis assez longtemps, en ce qui concerne le cathétérisme rendu plus facile, je crois que les observations de guérison sont, par contre, assez rares. C’est pourquoi j'ai particulièrement insisté là-dessus. Je ne reviendrai pas sur les faits relatifs au cathétérisme et qui sont aujourd’hui classiques ; je constaterai seulement que la première observation de ce genre a été publiée en France par M. le professeur Dubrueil (traduction d’une observation du D’ Fessenden N. Otis). Puis M. le professeur agrégé Grynfeltt, dans la Gazette des sciences médicales de Montpellier, a rapporté un cas analogue tiré de sa clientèle. Je bornerai là les citations bibliographiques, pour m’occuper du manuel opératoire suivi par ces auteurs.

Dans tous les cas, c'est avec une seringue uréthrale ordinaire que les injections ont été faites, et la quantité de liquide employée a été assez considérable. Je crois qu'il est préférable de se servir de la seringue de Guyon avec la sonde à olive ; on arrive ainsi très-facilement sur le point malade, et XV à XX gouttes d’une solution à 2 p. 100 suffisent le plus généralement pour produire l’analgésie.

Par ce moyen, on n’emploie que la quantité rigoureusement nécessaire de cocaïne, et c’est là une économie qui n’est pas à dédaigner, vu le prix de cet alcaloïde; de plus, on agit avec certitude sur le point même que l’on veut modifier. C’est là le procédé opératoire que j’ai toujours suivi pour faire les instillations dans les observations précédentes, et toujours la solution employée a été à 2 p. 100. Ce titre

de solution est en effet bien suffisant dans la plupart des cas, quand on veut agir sur la muqueuse uréthrale. Si je passe rapidement sur. les observations qui précèdent, c’est que la conclusion qui se dégage de chacune d’elles est assez claire pour qu’il soit inutile d’insister ; il est toutefois un fait sur lequel je dois encore dire quelques mots. M. Grynfeltt, à la fin de son observation, ajoute: « Mieux que par les injections sous-cutanées de morphine ou les lavements laudanisés, recommandés comme prophylactiques de la fièvre uréthrale par quelques chirurgiens, on pourra, à l’avenir, peut-être, par les injections uréthrales de cocaïne, prévenir l’apparition de ces accès fébriles se manifestant par voie réflexe (Dolbeau). . de toute lésion rénale préexistante. »

. | en l’absence

La dernière observation dont je donne plus haut le résumé ne semble pas devoir légitimer les espérances de M. Grynfelit. Dans ce cas, en effet, pendant près de 20 jours, le cathétérisme a été pratiqué avec assez de facilité, grâce aux injections quotidiennes de cocaïne ; tout semblait devoir marcher à souhait, et la dilatation du canal s’obtenait peu à peu avec régularité, lorsque toutà coup le malade est pris d’une forte fièvre : la température monte jusqu’à 40°9, et pendant plusieurs jours le pronostic reste assez grave; puis tout disparaît, et il se forme alors un abcès péri-uréthral qui est guéri par le drainage et le débridement. Un seul fait ne suffit pas pour conclure; maisil était, je crois, intéressant de faire ressortir ces accidents, que je n’ai vus se reproduire qu’une seule fois chez les malades soumis aux injections uréthrales de cocaïne.

Pour terminer ce chapitre, il serait intéressant de comparer la cocaïne et le nitrate d’argent dans leurs actions sur l’urèthre, mais cela m'éloigneraitun peu de mon sujet. Je tiens cependant à déclarer qu’en

rapportant les observations ci-dessus, je n’ai pas l’intention de substi-

tuer la cocaïne au nitrate d’argent dans toutes les affections de la muqueuse uréthrale. Ces deux agents ont sans doute certaines analogies, mais ils conservent néanmoins une action individuelle qu’on ne saurait substituer au hasard l’une à l’autre. Tous deux agissent locale-

a ON ——

ment sur la muqueuse, mais leur manière d’agir est différente. L'un exerce une influence rapide, passagère; l’autre agit plus profondément et d’une manière plus durable. Ce n’est là qu’une rapide esquisse du parallèle qu’on pourrait faire entre ces deux agents, dissemblables dans leur mode d’action et très-rapprochés dans leurs résultats théra-

peutiques.

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