‹ Contribution A L'étude Du Chlorhydrate De Cocaine Au Point De Vue De Ses Actions Physiologiques Et ThérapeutiquesChapitre 22 sur 29 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Action de la cocaïne sur les autres muqueuses de l’économie: Son emploi en injections hypodermiques

Si je réunis en un seul chapitre l’action de la cocaïne sur les muqueuses de l’économie autres que celles déjà étudiées, c’est que je n’ai pu recueillir aucun fait personnel qui pût me permettre de contrôler et au besoin discuter cette action. Les faits contenus dans la littérature médicale relativement à ces différentes actions sont aujourd’hui connus de tous les médecins, et il n’est pas une seule de ces observations qui n’ait été reproduite déjà plusieurs fois. Aussi, loin d’entrer dans le détail de ces faits, je me bornerai à les analyser rapidement, et je donnerai de chacun d’eux des notions suffisantes pour les applications pratiques, tout en évitant avec le plus grand soin de tomber dans le rôle d’un vulgaire copiste.

Toutes les muqueuses, disais-je avec Heymann en commençant, sont influencées par la cocaïne; la dose seule diffère suivant les organes, pour obtenir le même degré d’analgésie. Cette différence dans les doses est proportionnelle à la constitution plus ou moins délicate de l’épithélium des diverses muqueuses. Plus cet épithélium se rapproche de l’épithélium de l’épiderme, plusles doses de cocaïne devront jêtre fortes. Ce principe une fois bien établi, la posologie est de beaucoup simplifiée.

… En suivant la division anatomique que j’ai adoptée, les premiers or-

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ganes à revêtement muqueux qui se présentent, en dehors de l’œil, sont le nez, l'oreille.

Je réunis ces deux muqueuses dans une même étude; car, très-rapprochées par leur constitution même, elles le sont aussi par leur manière d’être influencées par la cocaïne. Ici, en effet, pour obtenir l’analgésie, les solutions à 10 et 20 p. 100 sont nécessaires, et c’est ce qui explique, je crois, l'opinion de certains auteurs qui ne reconnaissaient à la cocaïne aucune action sur ces muqueuses. En employant les badigeonnages faits avec ces solutions, lanalgésie se produit trèsbien, permettant ainsi certaines opérations très-douloureuses sans cela.

C’est ainsi, par exemple, que Bull, Kirschner, Knapp, se sont servis avec succès de cet alcaloïde pour pratiquer sans douleur ja paracentèse de la membrane du tympan ou extirper des polypes de l’oreille. Morell-Mackensie, Heymann, l’ont employée sur la muqueuse nasale, soit pour extirper des polypes, des saillies osseuses; soit pour calmer les douleurs produites par des ulcérations syphilitiques.. Chaque fois, Panalgésie produite a permis au malade d’éviter une douleur plus ou moins violente. On a voulu encore attribuer à la cocaïne une action spéciale sur le coryza; je ne sais ce qu’il faut penser de ce fait.

D’après von Anrep, la cocaïne diminuerait la sécrétion, mais resterait sans influence sur la maladie.

M. Constantin Paul aurait constaté les bons effets de cet agent thérapeutique dans des observations analogues.

Les applications sur la muqueuse de la bouche, du larynx, du pharynx, sont aussi très-nombreuses. Les solutions à employer sont un peu variables. Si l’on veut agir sur le palais, il faut des solutions de 10 et 15 p.100. L’arrière-gorge, le plancher de la bouche, sont plus vite influencés, et une solntion à 5p.100 suffit ; dans la plupart des cas, on pourrait même se servir avec succès de liqueurs moins fortes. Parmi toutes les opérations pratiquées dans ces régions, je citerai un cas d’amygdalotomie rapporté par M. Lermoyez dans le Bulletin de thérapeutique du15 février 1885. Dans cette observation, quatre badigeon= nages avec une solution à 4 p. 30 ont permis l’ablation des deux amyge dales sans que la malade ressentit aucune douleur.

RDS

L'application de la cocaïne dans les cas d’ulcérations pharyngées est aujourd'hui vulgaire, et les résultats obtenus sont assez nombreux pour qu’on puisse recommander cette méthode. Sous l’influence de ce traitement les douleurs se calment, et le malade peut alors déglutir sans douleur et reprendre quelques forces. Les vomissements, souvent liés (chez les phthisiques surtout) à ces ulcérations, disparaissent; l’état général s’améliore quelquefois, et pendant un certain temps le malade paraît renaître à la vie. Dans un cas que j'ai pu observer dans le service de M. le professeur Combal, une malade complétement aphone et la gorge remplie d’ulcérations tuberculeuses dépérissait à vue d’œil. On essaya la cocaïne, et pendant quelques jours on put constater une amélioration très-remarquable. La déglutition se faisant sans douleur, la malade, sous lPinfluence d’une nourriture plus abondante, reprit des forces, et, chose plus curieuse, après chaque badigeonnage, elle recouvrait la voix pour quelques heures. Cette amélioration dura plusieurs jours; puis les accidents se reproduisirent et la cocaïne n’agit plus. C’est là, en effet, ce qui arrive quelquefois; et, bien que M. Labbée ait émis une opinion contraire, il faut bien avouer que souvent,au bout d’un temps variable, la cocaïne ne produit plus aucun effet. Mais, si l’on suspend pendant quelques jours le traitement, de nouveaux badigeonnages donneront encore de bons résultats. Les moyens d'administration sont variés: les plus ordinaires sont les badigeonnages etles pulvérisations.Ce dernier mode d’emploi répond à une indication plus spéciale, et c’est sur la muqueuse bronchique surtout qu’on veut agir par ce moyen; on a pu ainsi calmer des toux spasmodiques, si pénibles pour les malades; mais les essais dans la coqueluche ne paraissent pas avoir été très-heureux, et même on aurait constaté, à la suite de ces pulvérisations, des accès assez violents de suffocation. Ces faits sont peu nombreux, et on ne saurait établir encore des règles pratiques à cet égard.

Je n’ai pas encore parlé des bénéfices que la laryngoscopie a retirés de la cocaïne. Après plusieurs badigeonnages de larrière-gorge, la muqueuse est assez analgésiée pour que le miroir du laryngoscope passe

complétement inaperçu. C’est là un résultat important à signaler, car, malgré les moyens employés, l'examen au laryngoscope est toujours demeuré assez pénible pour les malades.

Je passe tout de suite aux applications de la cocaïne à Panus, laissant pour la fin ce qui concerne les organes génitaux. Dans le Bulletin de thérapeutique du 15 janvier 1885, M. Obissier rapporte une observation de fissure à l’anus guérie radicalement par la cocaïne, après une semaine de badigeonnages faits /oco dolenti avec une solution à 2 p: 100. Un mois plustard, M. Dujardin-Beaumetz a rapporté une observation à peu près analogue.

Je n’äi vu pour ma part que deux cas de fissure à l’anus traités par la cocaïne, et je dois avouer que ce traitement a toujours échoué. Quelque soin que j’aie pris à faire les badigeonnages, je n’ai jamais pu ob« tenir d’amélioration.

Est-ce à dire que la cocaïne n’agit pas sur l’anus ? Non; je crois que la solution que j’employais était seulement trop faible (2 p. 100), et, n’ayant pas eu d’autre malade à ma disposition, je n’ai pu confirmer ce fait par de nouvelles expériences.

J’arrive enfin à une application de la cocaïne aussi classique aujourd’hui que son emploi sur l’œil: je veux parler de l’analgésie produite par cette substance sur la muqueuse vulvo-vaginale. Les observavations de Cazin, Dujardin-Beaumetz, de Ranse, ont été reproduites dans tous les articles sur la cocaïne; mais l’utilité de cet agent dans tous ces cas est assez importante pour que je résume brièvement une de ces observations. Je choisis le fait cité par Dujardin-Beaumetz Il s’agit d’une jeune femme de vingt-cinq ans qui, après un accouchement laborieux, est atteinte d’un vaginisme très-rebelle, rendant tout rapport sexuel absolument impossible. Cet état durait depuis deux ans, lorsqu’elie se décide à entrer à l’hôpital Cochin. À Pexamen, le toucher très-pénible fait percevoir, en arrière de l’orifice, une bride contractile tendue fortement et résistant à l'introduction du doigt. Après chloroformisation, on pratiqua la dilatation ; mais les résultats de cette opération furent nuls. Enfin, le 3 décembre, on badigeonne à deux

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