‹ Contribution à l'étude du crédit agricole en AlgérieChapitre 108 sur 117 · Caractères économiçurs du colun européen · texte numérisé non relu

Caractères économiçurs du colun européen

On connaît les débuts difficiles de la colonie française en Algérie et les hésitations des pouvoirs publics à continuer l'onivre commencée. On sait les difficultés que renconlrèrcnt les premiers colons, obligés d'aboi'd de faire le cou|) de feu contre les indigènes Philippar 1

2 LE DÉVELOPPEMENT ET l'aCTION DES SOCIÉTÉS DE CRÉDIT

loul en moissonnant leurs champs. Le colonel Trumelel ^ a décrit cette période mouvementée et montré les difficultés auxquelles se heurtaient les immigrants pauvres qui avaient formé la première population de la colonie. Comment ces colons ont-ils pu arriver aux résultats que Ton peut constater actuellement? C'est ce que Ton ne peut concevoir qu'en envisageant tous les éléments en œuvre et en examinant le rôle économique de chacun d'eux.

Les colons français, venus de la métropole, appartiennent à deux catégories distinctes. Il est venu en Algérie, d'une part, des colons très riches, et, d'autre part, des colons qui n'avaient l'ien. Ils ont été diversement utiles au développement de la colonisation et ont agi d'ailleurs d'une façon différente.

Les colons très riches ont été tout d'abord des descendants d'anciennes familles, que leur caractère indépendant poussait à se fixer en Algérie dans l'espoir d'une existence plus libre. Il est venu aussi, un peu plus tard, des descendants de riches familles commerçantes de grandes villes métropolitaines, possesseurs de capitaux importants, et qui espéraient faire, en Algérie, des affaires fructueuses.

En général, ces colons ont peu réussi. On en cite quelques-uns qui ont accru leur patrimoine, mais beaucoup d'autres ont quitté l'Algérie ou y demeurent avec un capital fort amoindri. Leur insuccès tient, en général, à ce qu'ils ont vu trop grand et considéré l'Algérie comme un pays fabuleux où le sol rend au centuple la semence qu'on lui confie. Or, rien n'est plus inexact. Les conditions de la culture ne difTèrent pas sensiblement en Algérie de ce qu'elles sont en France, et les récoltes étant d'une année à l'autre extrêmement inégales, le succès ne peut résulter que d'un effort patient et d'une prudence qui fait réserver le surplus des bonnes années pour parer au déficit des mauvaises. L'emploi des capitaux doit être progressif et modéré, de façon à suivre les progrès de la culture et non à vouloir les forcer par une mise de fonds brusque et exagérée. Résulte-t-il de là que la venue de ces riches colons ait été inutile? Nullement. Elle a préparé la voie à leurs successeurs, et de deux façons difTérentes. D'une part, les essais tentés ont montré, souvent, des méthodes culturales fructueuses, qui, appliquées prudemment et progressivement, ont rendu d'inoubliables services. C'est ainsi que les essais de M. Arlès-Dufour dans la Mitidja ont

* Boufarik, par le colonel Trumelel. Alger, Jourdan, 1887.

puissamment contribué à fixer un assolement perfectionné ', alors que les résultats pécuniaires de son exploitation ont été bien loin de lui être profitables.

D'autre part, il est arrivé souvent, que les domaines achetés à des prix excessifs et dans l'exploitation desquels avaient été enfouis d'importants capitaux, ont été revendus, moyennant des prix très inférieurs, à des acquéreurs d'une origine dillerente, qui, doués des qualités de prudence et d'économie qui manquaient aux premiers propriétaires, ont su tirer de leur acquisition un parti remarquable. Les capitaux dépensés trop largement ont donc servi, en définitive, à l'accroissement de la richesse générale du pays.

Mais à côté des services rendus par ces colons riches, il faut bien reconnaître le dommage qu'ils ont causé à l'Algérie, au point de vue de la réputation. Chaque insuccès devait forcément avoir, au lieu d'origine des victimes, un retentissement peu favorable à l'Algérie. Ce n'est donc pas celte première catégorie de colons qui a le plus puissamment contribué au développement de la colonie, celui dont le rôle a été prépondérant. C'est le petit colon français qui a apporté, à défaut de capitaux, les qualités les plus remarquables de la race, à savoir l'ardeur au travail et l'esprit d'économie, il faut noler cependant que les éléments importés n'étaient pas tous de qualité supérieure. Il se fit peu à peu une séleclion, et ceux qui sont restés étaient évidemment les meilleurs.

La nécessité de l'effort continu a imprimé au colon algérien une empreinte particulière. « Ce qui caractérise l'Algérien, adit .\L Maurice Colin, c'est un utilitarisme farouche ». Et il est évident (pie la nécessité d'une lutte continuelle pour l'existence a modifié dans un sens plus pratique le caractère généralement théorique et idéaliste du l'^rançais. On en trouve la preuve dans res|)rit de sagesse des Délégations financières, dar)s la composition des grands journaux d'Algérie, laissant de côté les questions |uirement poliliipies \)0{\v placer au premier plan les intérêts économiques. D'ailleurs, la question religieuse, qui est en Fi-ance le nœud de toutes les questions politiques, n'existe pour ainsi dire pas en Algérie. La seule question [)olitique qui ait réussi à troubler sérieusement la colonie a été celle de l'antisémitisme: encore lif véritable (piestion en cause était-elle bien la t|ueslion économique. Cette modification de la race

* V. Lecq el Uiviore, Manuel de l'ugilculleur al;/f'fien. Paris, Challamol, 1900.

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