PAR
M. EDMOND PHILIPPAR
Ancien élève de l'Ecole de Grignon.
Sir Charles Richard Dodge avait été chargé, en 1889, d'une mission ayant pour but d^étudier la culture du lin en Europe, au double point de vue de la production textile et de la production grainière. Son rapport, imprimé à cette époque, était épuisé; mais des expériences faites en 1891 et plus récemment encore en 1895 sur la côte du Pacifique, ayant donné d'excellents résultats, on s'est rendu compte en Amérique de l'intérêt que cette culture pouvait présenter au point de vue national. Aussi, dans le
1. A Report on flax culture for seed and fiber in Europe and America, par Sir Charles Richard Dodge. Publié par le U. S. A. Department of Agriculture. (Washint;ton, 1898.)
CULTURE DU Ll.N EN EUROPE ET EN AMÉRIQUE 5i9
but (le venir en aide aux cultivateurs, le département de l'ag^riculture des Etats-Unis a-t-il jugé opportun, étant donnée la situation économique actuelle, de publier un résumé de ce rapport paru en 1889 en y joignant les documents récents de quelque intérêt pour l'agriculleur,
La première partie du rapport est consacrée à l'étude de la culture du lin en Europe. Après avoir rappelé les caractères botaniques et les variétés du lin, l'auteur étudie d'abord la culture belge. C'est la Belgique, dit-il, qui produit le plus beau lin d'Europe. C'est aux eaux de la « Lys dorée » que le lin de Courtrai doit sa belle couleur blonde. Le lin bleu du Brabant, au contraire, acquiert la sienne par le rouissage à l'eau stagnante. Trois facteurs interviennent dans la culture du lin. Ce sont : la préparation du sol et la rotation des cultures; l'emploi des semences améliorées; le perfectionnement du traitement des tiges. Il étudie chacun de ces points et décrit les trois systèmes de rouissage employés en Belgique : à la rosée, à l'eau courante et à l'eau stagnante. Il examine ensuite les prix de la main-d'œuvre et remarque que ces prix pourront rendre la concurrence difficile au Nouveau-Monde. Il décrit ensuite un système de rouissage particulier, le système van Mullen Deswarte, dans lequel l'opération s'efïectue dans un réservoir spécial, de manière à éviter la contamination des rivières. La citerne est divisée en deux parties, séparées par un plancher à claires-voies; le lin est placé dans le compartiment supérieur ; l'eau arrivant par le compartiment inférieur, vient baigner le lin ; elle se charge des principes végétaux qu'elle dissout, et, devenue plus dense, elle s'écoule peu à peu vers le fond, d'où elle est évacuée, tandis que de l'eau fraîche, plus légère, monte la remplacer. Les avantages de ce système sont les suivants : absence de risques, économie de travail, faible consommation d'eau, maximum de son utilisation, non-contamination des rivières, possibilité pour les cultivateurs de rouir eux-mêmes leur récolte, applicabilité du système à toute espèce de fibre.
L'auteur passe ensuite à la culture française, limitée suivant lui aux départements du Nord, du Pas-de-Palais et à la région voisine. Il no mentionne pas la région de l'Ouest, Sarthe, Mayenne et Bretagne. 11 constate que cette culture a subi une diminution considérable depuis vingt ou trente ans. Elle a même disparu dans
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beaucoup d'endroils. Seuls, dil-il, les environs do Lille lui sont restés lidèles. Celte circonstance est probablement due à la présence de la Lys, qui permet d'obtenir des filasses de qualité supérieure, celles qui sont rouies dans d'autres eaux devenant trop sombres. L'auteur insiste sur l'action des engrais; il mentionne leur emploi très abondant, notamment celui des tourteaux.
La culture du lin en Hollande est très brièvement examinée; elle est en effet analogue, à peu de cbose près, à la culture belge. Elle est faite en vue de la double production de la fibre et de la semence. Le rouissage se fait généralement à la ferme même, dans l'eau stagnante, en recouvrant la filasse de boue. Il en résulte nécessairement un produit d'une coloration très foncée.
La culture irlandaise produit un lin qui jouit d'une grande réputation, et cependant les procédés de culture sont très rudimentaires. Le « lin irlandais » constitue une marque de commerce, et beaucoup de lin exporté de France et de Belgique prend cette dénomination dans les manufactures anglaises. Cette culture est en décadence depuis plusieurs années. D'après sir Henri Wallace, elle aurait suivi l'échelle suivante :
. . . 229.178 acres (de 4,046 mètres' carrés'
Celte diminution considérable est due à deux causes : la baisse des prix et l'infertililé du sol. La baisse des prix a été la suivante :
1869 16 7 cents par pouncl.
D'autre part, le sol est si peu fertile qu'on ne peut obtenir deux recolles successives qu'en les espaçant de sept à douze ans.
C'est la Russie qui tient la tête des pays producteurs de lin. En 1891, les consuls américains de Russie ont fait sur ce sujet des rapports dans lesquels ils constataient l'existence de deux sortes de culture : l'une dans les terres noires pour la production de la graine; l'autre dans les terres ordinaires pour l'obtention de la fibre. La qualité influe d'ailleurs considérablement sur le prix. Le tableau suivant met en évidence l'énormité de la produclion russe.
Acres.
Tonnes (1.016 k.04L