CULTURE DU LIN EN EUROPE ET EN AMÉRIQUE
Pays. Années
Allemagne 1883
Autriche 1883
France 1884
Irlande 1883
Belgique 1884
Italie 1883
Hollande 1884
Hongrie 1885
Suisse 1884
Danemark 1881
Angleterre 1883
Grèce 1873
Roumanie, Serbie, Bulgarie, Turquie, Portugal, environ
Totaux approximatifs ....
Russie 2.171.490
Mais la qualité de ce lin n'est pas aussi bonne que celle des autres lins européens. Cotte infériorité provient du mode de rouissage généralement employé, le rouissage à la rosée, (|ui est défectueux. Ce système ayant été très employé aux Etats-Unis, les lins américains étaient surtout en concurrence avec les lins russes. Des essais ont été faits en Russie pour améliorer les procédés, mais le manque d'eau convenable a entravé ces elTorts. L'auteur examine avec soin les procédés russes, car il croit que si les lins américains étaient soigneusement traités, ils égaleraient facilement ceux do Russie.
Après cet examen de l'Europe, l'auteur passe à celui des Etats- Unis. C'est vers 1890 que le premier rapport sur ce sujet fut publié par le département de l'Agriculture, et l'idée de reprendre la culture du lin en Amérique ne fut pas très bien accueillie. La presse agricole objectait que la nature du sol et le climat n'étaient pas favorables. Ces arguments furent réfutés, et la récole de 1891 vint démontrer combien cette culture pouvait prendre d'extension. D'ailleurs il y a cinquante ans, cette culture existait, etelleexisie encore actuollemonton Virginie. Il ne devait donc pas être impossible do la restaurer et d'en faire la base d'une nouvelle indu si rie. conçue d'après les principes nioilerinvs. Dans les dtuix années (|ui suivirent, un grand pas fut fait. Le dép'.irtomenl de l'Agriculture lit venir d'Europe et distribua aux stations d'essai des semences des trois variétés suivantes : Riga pur do Russie, Hollandais à tleur
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blanclie, lin belge, avec un questionnaire sur les résultats obtenus. Quarante stations retourneront le questionnaire, où étaient prévus le choix de la variété, la préparation et la nature du sol, etc, etc. Les résultats ont été bons on général, et les quelques échecs constatés s'expliquent par un semis tardif, des sécheresses, ou une végétation parasite. Aussi, de l'ensemble des expériences a-t-on pu tirer un certain nombre de conclusions sur les circonstances favorables à la culture du lin aux Etats-Unis. L'auteur résume ces résultats, destinés à guider les cultivateurs dans leurs essais, puis examine ensuite, d'une façon générale, les besoins de l'industrie et la façon dont la culture devrait être faite. Il conclut à la nécessité de la division du travail, enlevant au fermier toute opération industrielle et ne lui laissant que le risque du croît.
Il serait également nécessaire, pour la prospérité de l'industrie, que les fermiers fussent à même de reconnaître les différentes qualités de lin et d'apprécier la valeur du lin «. bien venu ». Pour arriver à ce résultat, il serait bon que quelques véritables « leçons de choses » leur fussent faites au cours desquelles ils seraient à même de voir et de manipuler des échantillons réussis. C'est d'ailleurs ce qui a été tenté, en 1892, avec un certain succès.
Il semble aussi,, dit avec grande justesse sir Charles Dodge, que les renseignements recueillis en Europe ne doivent pas être considérés comme des articles de foi, mais simplement des points de repère destinés à guider les agriculteurs dans la formation d'une pratique conforme aux conditions économiques et à l'esprit national. Dans cette recherche, les stations d'essai devront jouer un rôle prépondérant, et leur concours apparaît com.me indispensable.
Après avoir cité un rapport de M. Thornton, sur d'autres expériences faites en 1895, sir Charles Richard Dodge termine par un examen de l'état actuel de cette culture aux Etats-Unis. Elle n'existe pour ainsi dire pas. Elle a pour elle les conditions de température, qui sont favorables, quoi qu'on en ait dit ; la fertilité du sol, la perfection de l'outillage, l'intelligence et l'initiative des cultivateurs, la possibilité d'obtenir de beaux produits, la possession d'un vasie marché national et l'espoir de l'exportation. D'autre part, elle a contre elle l'ignorance de certains cultivateurs,. la trop grande confiance dans la fertilité du sol, l'aléa de toute culture nouvelle, le manque de certaines machines, la timidité
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des capitalistes due en partie au resserrement du crédit, en partie à la défiance, et surtout à Pignorance des facteurs nécessaires pour mettre en marche l'industrie, qui doit être le résultat d'une coopération entre le cultivateur et le filateur. 11 est assez piquant devoir un Américain se plaindre de la timidité des capitalistes, et cependant l'auteur revient encore sur ce sujet dans un autre paragraphe intitulé : « La coopération du capital est essentielle. »> Le fermier, dit-il, ne peut produire de lin sans savoir s'il le vendra; le filateur ne peut faire de marchés avant de savoir ce que sera le produit. C'est donc par de petites associations locales entre le producteur et l'industriel que la nouvelle industrie pourra naître et se développer. Le g-ouvernement, dit sir Dodge, ne peut qu'indiquer la voie ; c'est aux intéressés à coopérer pour « mettre sur ses pieds» la culture du lin. Elle s'est étendue dans le monde entier, mais c'est toujours l'Europe qui tient la tête. Ses exportations diminuent, dit sir Dodge, nous devons donc la remplacer.
Le rapport de sir Charles Dodge envisage deux ordres de faits : des faits agricoles et des faits économiques. Au point de vue agricole, les expériences qu'il expose semblent avoir été bien conduites; le système des questionnaires et celui des essais semblent bien compris. On peut donc conclure avec lui à la possibilité de la création d'une culture du lin. Maintenant, est-elle opportune au point de vue économique? Il est très possible que les x\méricains arrivent facilement à alimenter leur marché intérieur; mais au point de vue de l'exportation, ils ont certains désavantages. D'abord, en matière commerciale, la « marque », ne s'improvise pas, et l'Europe a vis-à-vis de l'Amérique cette supériorité. Do plus, si la production européenne diminue, c'est que les débouchés diminuent. Les causes en sont succinctement, mais très nettement indiquées dans la Statistique agricole de 1892 (p. 173). Les étoffes de coton ont remplacé presque partout celles de chanvre et de fil, et la navigation à vapeur a diminué d'une façon considérable l'usage des voiles. D'ailleurs, l'emploi des cAbles métalliques tend à remplacer Cflui des c;\bles végétaux là où l'on s'en sert encore. Aussi no scnihle-t-il pas que la situation économique générale soit très favorable à l'entreprise prdjrlét» : ce qui semble, d'ailleurs, le prouver, c'est l'hésitation des ea|Mtalistes, qui, sollicités depuis une dizaine d'années d'ap|)ortt.'r leur concours à cette œuvre, restent peu enthousiastes.
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Il csL possible, néanmoins, que l'entreprise réussisse, étant données les circonstances spéciales aux Etats-Unis, et en tout cas, c'est une idée bien américaine que celle de cette création subite d'une culture et d'une industrie nouvelles, sur tout un territoire. Les moyens employés sont bons, le succès couronnera-t-il l'entreprise ?
Si l'on examine maintenant ce qui se passe en France, on voit que la culture des textiles a constamment diminué. Voici, en effet, les cliiffres que donne la Statistique de 1892, pour la culture du lin (p. 473).
hectares.
Etant donné que l'augmentation de 1862 est due à la guerre de sécession qui avait arrêté les exportations de coton des Etats- Unis, on voit que le mouvement de décroissance a été continu et rapide. C'est pour remédier à cet état de choses que le Parlement a décidé, en 1892, d'accorder des primes à cette culture. Quels ont été les résultats obtenus par cette mesure? Le tableau suivant permet de s'en rendre compte.
Années. Surfaces cultivées. Surfaces primées.
hect. c. hect. c.
On constate, de 1892 à 1894, une augmentation, mais qui n'est que passagère, et en comparant le dernier chiffre au chiffre initial on constate, malgré les primes, une baisse des surfaces cultivées. Il est probable qu'après deux ou trois ans d'essai, les cultivateurs ont reconnu que la prime ne suffisait pas à rendre cette culture rémunératrice, et Font abandonnée. Il est, d'ailleurs, impossible d'arrêter par des lois les faits économiques. On comprend que pour certaines cultures, qui sont d'un intérêt vital pour la nation, on puisse chercher à encourager les producteurs et les aider à lutter contre des conditions défavorables, mais ce n'est pas le cas
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pour le lin. Si on peut admettre qu'il est nécessaire qu'une nation produise elle-même les céréales nécessaires pour sa nourriture, en cas de guerre, il n'est nullement utile qu'elle produise ellemême ses étoffes et ses cordes. Et quand elle n^y a pas intérêt, il est impossible de l'y forcer : c'est ce que semblent démontrer les faits. Les primes que l'on a accordées paraissent donc constituer une dépense inutile, et la tentative du gouvernement américain vient encore aggraver la situation. En effet, de deux choses l'une : ou elle réussira, et les Américains, entrant, tôt ou tard, en concurrence avec nous, nous donneront le lin à meilleur marché; ou elle ne réussira pas, et ce sera la preuve indiscutable que les débouchés de cette culture se sont fermés et qu'il est temps de lui en substituer une autre.
M. Edmond PHILIPPAR
Ancien élève de l'école de Grignon.
Le siècle qui s'achève a vu des progrès immenses s'accomplir dans toutes les sciences et surtout dans celles qui servent de base aux diverses industries. Le progrès a poursuivi sa marche avec une rapidité sans cesse croissante et dont la régularité rappelle celle d'une progression géométrique. Chaque progrès en efîet, produit de ceux qui l'ont précédé, sert à son tour de hase aux recherches et aux raisonnements qui en amèneront d'autres. Cette loi éclate avec une évidence indéniable et une force saisissante dans la dernière moitié de ce siècle, car on a pu dire avec j ustesse * que la « distance est beaucoup plus grande entre les procédés techniques du xvni® siècle et l'industrie contemporaine qu'entre les procédés du xvni* siècle et les arts de l'antiquité, même égyptienne ». Une amélioration continue dans toutes les branches de l'industrie mécanique a transformé les divers modes de produciion; et la plus-value résultant de cette transformation, déversée dans le monde entier par les moyens de transport modernes, a révolutionné de toutes parts les conditions matérielles de la vie, augmentant d'une façon presque universelle, le bien-être de l'humanité.
Au milieu de cette évolution générale, il est cependant une industrie qui a peu progressé : c'est l'industrie agricole. Il est hors de doute que si ses procédés ont incontestablement subi de très sérieuses améliorations, la somme de ces dernières ne peut être comparée aux résultats obtenus par les autres industries. Les économistes ont cherché par différentes raisons à expliquer cette infériorité, constatée par eux comme une loi. « Chez les peuples