‹ Contribution à l'étude du délire dans les maladies du cœurChapitre 18 sur 34 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

Rétrécissement et insuffisance de l'orifice mitral. — Insuffisance aortique. — Excitation, fureur. — Tentative de suicide. — (Service de M. le professeur Soulier) publiée dans Lyon-Médical, par M. Leclerc, interne.

L. A..., 20 ans, domestique, entré à l’Hôtel-Dieu, dans la salle Saint-Bruno, lit n° 1, dansle service du profes-

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seur Soulier, le 25 mai 1883, pour y mourir le 25 juin. Il a eu deux attaques de rhumatismé articulaire aigu, dont la dernière date de six moix. .

Il n’est pas alcoolique et n’a jamais, au dire de sa femme, présenté de signes d’aliénation mentale.

Il entre à l’hôpital pour une affection cardiaque. L’auscultation révèle les signes d’un rétrécissement avec insuffisance de l’orifice mitral et ceux d’une insuffisance aortique.

Outre le cortège ordinaire des symptômes de toutes les cardiopathies, à la période asystolique, anasarque, œdème pulmonaire, congeslion avec augmentation du volume du foie, petitesse et irrégularité du pouls, symptômes que je ne fais que signaler ; le malade présentait en outre un léger nuage d’albumine et un tympanisme intestinal assez prononcé avecuñe ascite insignifiante. Il était apyrétique, mais ce qui dominait la situation, c’est un état cérébral bizarre et certains troubles mentaux qui, bien que signalés dans les auteurs, ne se présentent peut-être que rarement avec autant d’intensité.

Signalons d’abord une anxiété très prononcée qui faisait que le malade était toujours inquiet. Le 13 juin,un état nostalgique considérable s’empare de lui : il veut partir, il pleure et demande ses parents. De plus, il est d’une loquacité extrême, parlant seul, interpellant à tout instant les sœurs ou le personnel médical du service pour leur répéter sans cesse la même chose.

Cet état fait place le 24 juin, à un délire furieux, le malade nous accuse de vouloir l’empoisonner ; il se répand en invectives sur tout le monde ; ‘il quitte son lit et avec son couteau de poche se fait de nombreuses scarifications assez profondes, principalement sur la verge et les bourses tuméfiées par l’œdème. On applique la camisole de force et on donne 2 grammes de chloral. La base du traitement précédent avait consisté en infusions de digitale et en teinture de muguet.

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Le 25, le malade meurt subitement, sans agonie.

Y aurait-il une relation entre ces troubles psychiques et certaines altérations valvulaires un peu particulières constatées à lPautopsie? Disons d’abord que l’idée d’une endocardite ulcéreuse nous étant venue, nous avons examiné avec le plus grand soin le cerveau, le foie, les reins et la rate, qui nenous ont présenté aucun infarctus, ni aucune trace d’oblitération artérielle. Le cerveau n’offrait, en outre, ni épaississement des méninges, ni opalescence, ni surabondance de liquide dans les ventricules.

Le cœur pèse 620 grammes. Pas de traces de péricardite sèche ou liquide. L’orifice mitral n’admet qu’un doigt. Tout le bord libre de ses deux valvules est parsemé de petites granulations, séparées par de légères échancrures, ce qui lui donne un aspect crénelé et ulcéré. Pas d’induration bien prononcée. Teinte jaune chamois de l’endocarde de l’oreillette gauche.

Ni l’orifice aortique, ni la surface interne de l’aorte ne présentent de plaques athéromateuses. Mais le bord libre des trois valvules sigmoïdes offre les mêmes végétations, le même aspect ulcéré et crénelé que les valvules mitrales. De plus, toutes les trois sont parsemées de petits pertuis, au nombre de 6 à 10 sur chaque valvule et dont les plus grands admettent le bout d’une allumette. Ils sont en général ovales, et le pourtour de leurs bords est lisse. Plusieurs sont séparés les uns des autres par des mailles de tissu valvulaire, dont l’ensemble constitue avec le pertuis un élégant treillis.

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