OBSERVATION VIII
Insuffisance mitrale. — Troubles cérébraux. — Délire. — Autopsie. (Th. Limbo.)
La nommée Belleville (Geneviève), âgée de 81 ans, est entrée une première fois, le 17 février 1874, au service de M. Auguste Ollivier, hospice des Incurables, à Jurysur-Seine, salle Sainte-Geneviève.
Antécédents : Cette malade, menstruée à l’âge de 16 ans, a vu ses règles disparaître à un âge assez avancé, dit-elle, mais qu’elle ne peut préciser. Jusqu’alors, elle avait toujours été bien réglée. Elle affirme n’avoir jamais eu d'enfants ; elle n’a jamais fait de maladies aigués, nerveuses, rhumatismales ou autres. Elle est sourde depuis 30 ans environ; cette surdité, qui à d’abord commencé du côté gauche, est aujourd’hui complète des deux côtés. La malade a toujours manifesté un caractère irritable ; elle s’emportait facilement, mais ne présentait aucun trouble intellectuel et ne divaguait pas.
Depuis 18 mois qu’elle est à l’hôpital, elle se plaint de dyspnée. Elle raconte qu’à la suite d’une chute, elle eut des palpitations cardiaques ; jusqu'alors, elle n’avait rien éprouvé du côté du cœur et n’avait jamais eu d’œdème. Cette chute eut lieu il y a environ six mois et la malade rapporte à cette date le début de ses accidents.
Etat actuel. — La dyspnée est assez intense. Au moindre mouvement, la malade est essoufflée et accuse des palpitations. A la percussion, on constate une légère augmentation de la matité précordiale. La palpation révèle un abaissement de la pointe du cœur qui bat entre le sixième et le septième espace intercostal. A l’auscul-
tation, les battements du cœur paraissent irréguliers et il est difficile de distinguer le moment où se produisent les bruits anormaux ; on entend cependant un bruit de soufñe à la pointe. Le pouls estpetit, fréquent, irrégulier; les artères sont indurées et athéromateuses.
Il n’y a pas d’ascite, pas d’æœdème des jambes ni de la face.
À l’auscultation de la poitrine, on constate quelques räles sous-crépitants disséminés. Il n’existe pas de troubles digestifs; pas de diarrhée. Le foie est légèrement augmenté de volume. Il n’y a ni sucre ni albumine dans les urines.
La malade est très irritable ; le 1 mars, la diarrhée se déclare et dure cinq jours. Les selles sont très liquides.
Le 5, la diarrhée disparaît, mais nous constatons de l’œdème dans les membres inférieurs, surtout au niveau des malléoles.
Le lendemain, la malade se plaint d’une petite excoriation qui siège au sacrum. Dans le courant de la journée elle est prise tout à coup d’un accès de délire ; elle entre en fureur et veut sortir de l’hôpital ; on est obligé de lui mettre la camisole de force. Son visage est injecté ; la température reste néanmoins à 37°. L’agitation persiste toute la soirée ; mais, le lendemain matin, le calme reparaît.
Prescription. — Potion avec teinture de digitale et vin diurélique.
Les jours suivants, l’œdème persiste et la malade est toujours très irritable. Le 14, l’œdème diminue; mais il survient un nouvel accès de délire : la malade ne veut pas répondre aux questions qu’on lui adresse; elle fait des efforts pour quitter son lit et on est obligé de lui mettre de nouveau la camisole de force. Cet état persiste les jours suivants , jusqu’au 26 mars, époque à laquelle se produit une légère amélioration, avec diminution plus
considérable de l’æœdème malléolaire. On enlève alors la camisole.
Le 1° avril, l’amélioration est à peu près complète, il n’y a pas d’œdème ; l'intelligence et le calme ont reparu. La malade quitte nos salles.
Nous la voyons entrer de nouveau, plusieurs jours après, 20 avril, et meurt le 12 mai, avec tous les symptômes de l’asystolie.
Autopsie. — Nous relevons ce qui à trait aux altérations du cœur : le cœur pèse 500 grammes. Il est hypertrophié. Les oreillettes sont notablement dilatées ; le cœur gauche et surtout l'oreillette gauche présentent leur maximum de dilatation. La valoule mitrale est insuffisante ; les valves sont déchiquetées, indivises sur les bords ; les cordages tendineux sont épaissis et adhérents aux parois ventriculaires. Il existe en outre une insuffisance de la valvule tricuspide. Il n’y a pas insuffisance aortique. Les artères sont légèrement athéromateuses. Dans les auricules on observe des caillots anciens qui sont plus solidement intriqués dans les cordages tendineux.