OBSERVATION XVII
Lypémanie. — Hallucinations. — Hypertrophie du ventricule gauche (Saucerotte).
C..., sous-officier dans un régiment de ligne, éprouva un jour, en sortant de dîner joyeusement avec des amis, une hallucination singulière. Il crut apercevoir des fan-
tômes blancs à formes fantastiques et indéfinissables, qui se posaient devant lui d’un air menaçant. C..…., crut d’abord qu’il était en proie à une de ces aberrations qu’enfantent quelquefois les fièvres bacchiques; mais la reproduction de ces apparitions vint bientôt le détrom— per. Honteux de ses terreurs, reconnaissant lui-même qu’il était le jouet de fantasmagorie et craignant surtout des plaisanteries de ses camarades, ce jeune homme n’osa avouer, tant qu’il était au régiment, la bizarre affection dont il était atteint. Mais lorsqu'il quitta le service il avoua tout et demanda conseil au médecin. À l’examen du cœur, on constata une hypertrophie du ventricule gauche. Soumis aux saignées locales et générales, à la digitale, aux bains froids, le malade fut débarrassé pendant deux ans de ses hallucinations. La mort tragique de son frère le fit retomber dans son premier état, par suite de l’analogie qu’il trouvait, non sans motifs, entre leurs positions mutuelles.
Avec l’exacerbation des symptômes pathologiques du cœur, revinrent les hallucinations et les terreurs qui en étaient la suite, et cela à un point tel, que C... n’osait rester seul dans sa chambre, ou coucher seul, dans la crainte d’être poursuivi par ses apparitions, qu’il avait même en plein jour. Le même traitement a ramené du calme, mais C... est souvent inquiet, morose; ilse plaint de palpitations, de douleurs dans la poitrine, de céphalalgie. Il a la crainte de perdre la raison et de finir comme son frère.