‹ Contribution à l'étude du délire dans les maladies du cœurChapitre 30 sur 34 · OBSERVATION XIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIX

Hypertrophie. — Asystolie. — Démence. — Hallucinations. — Idées de persécution. -- Tentatives de suicide. (Asile de Bron, service de M. le Docteur Max-Simon). Communiquée par les docteurs Brun et Taty.

W.., tisseur, actuellement sans profession, 54 ans, né à Paris, domicilié à Lyon. veuf, sait lire et écrire.

Les renseignements sont fournis par le fils.

Antécédents héréditaires. — Père, commis voyageur en librairie, aliéné, excès de boissons, maladie d’ennui ; se levait la nuit, criait, puis restait sans parler, sans vouloir voir personne, écrivait beaucoup. A été au séminaire pour être prêtre, puis a renoncé subitement à cette idée. À voulu ensuite reprendre ses études pour cette profession, mais on n’a pas voulu le reprendre. — Deux oncles, vivants, mariés à Lyon, deux tantes, l’une vit encore et est mariée. — Trois sœurs, deux sont plus âgées que lui, l’autre à deux ans de moins que le malade. Elles ont été placées à la Trinité, non comme

sœurs, mais comme orphelines. La sœur cadette est mariée. Elle a une fille qui est à l'Asile de Bron. Le malade a une fille mariée, qui prenait des crises et avait la boule hystérique ; ila un fils faible et maladif.

Antécédents personnels. — Le malade étant orphelin, a été placé à l’âge de douze ans dans une maison de bienfaisance ; il avait déjà des palpitations de cœur. À exercé ensuite le mêtier de tisseur. Toute sa vie, 1l a souffert de palpitations cardiaques ; lorsqu'il courait, ses palpitations étaient tellement fortes, qu’il lui est arrivé de tomber plusieurs fois épuisé. N’a pas eu d’autres maladies ; quelques excès alcooliques.

Avant d’entrer à l’Asile, il a été traité par la digitale et le régime lacté. Le chagrin et les préoccupations morales paraissent avoir joué un certain rôle dans la production du délire. £

Le caractère s’est modifié depuis quelque temps. Le malade se préoccupait beaucoup de ses affaires. Tendances tristes. Début brusque, le malade a perdu connaissance au café ; quand il est revenu à lui, il avait perdu la mémoire et n’a pas pu renseigner sur son identité. Sa famille Le retrouve et il passe quelques jours chez lui en présentant des alternatives de dépression et d’agitation. Nuits tranquilles; phases de dyspnée et d’oppression. Hallucinations de la vue et del’ouie, même pendant le jour; visions terrifiantes ; incohérence des idées ; tentative de suicide.

Etat actuel. — Le malade entre à l’Asile le 9 décembre 1882. Nous trouvons de l’incohérence dans les idées; perte de la mémoire. Les fonctions digestives sont normales. Le cœur est hypertrophié. Pas de souffle ; battements forts et tumultueux ; pouls irrégulier; faux pas du cœur. Pas d’hémoptysie ; poumons sains.

Le 13 juillet 1883. — Le pouls est très irrégulier : les battements sont forts. 'On ordonne KBr. 3 gr. Le malade à des idées bizarres et hypocondriaques. IL dit

avoir un trou dans le côté gauche; il n’a pas de cœur. »

Le 18 décembre 1883. — Le malade présente un peu d’hébétude intellectuelle plutôt que d’affaiblissement ; pas d'idées délirantes à proprement parler. Les idées délirantes hypocondriatiques qui lui faisaient dire qu’il n’avait pas de cœur ont disparu. La mémoire a beaucoup diminué; il lui arrive de ne plus se souvenir d’une chose qu’il vient à peine de voir. Il souffre de palpitations et d’oppression. Presque toutes les nuits il est réveillé en sursaut par des battements cardiaques ; alors il s’effraye, a des visions effrayantes, mais assez fugaces; se sent énervé ; ne peut rester à la même place et souffre beaucoup. Demande à grands cris du bromure de potassium qui paraît le soulager beaucoup. Lorsque pendant la journée il lui arrive d’avoir une contrariété ou de se fatiguer un peu, la nuit suivante est très agitée et il souffre davantage. Il ne peut faire aucun effort sans éprouver de l’oppression et des éblouissements qui lui font perdre quelquefois la notion de lui-même.

À l’examen du cœur : pas de bruit de souffle ; battements tumultueux très irréguliers, asystoliques, impulsion forte, soulevant parfois la main. Pas de voussure thoracique bien appréciable. Un peu de dysphagie à la fin du repas. — Pouls irrégulier avec faux pas et, parfois, impulsions énergiques. Ni sucre, ni albumine dans les urines.

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