CHAPITRE V
Diagnostic et traitement.
Dans les hôpitaux, il est ordinairement facile de reconnaître un délire cardiaque; les malades entrent pour une affection du cœur, ce n’est qu’ultérieurement, vers la fin de la maladie et sous les yeux du médecin que le délire se développe.
Dans les Asiles, ces malades présentant, à leur entrée, et du trouble des facultés intellectuelles et des lésions du cœur, à côté de cas très nets de délires dépendant directement des affections cardiaques, il existe une multitude de cas où il est difficile, sinon impossible, de dire : 1° si c’est la folie ou la maladie du cœur qui à joué vis à vis de l’autre un rôle pathogénique ; 2° si la maladie du cœur ne se trouve pas associée avec d’autres causes pour produire les troubles de l’intelligence.
Au début, alors que le délire cardiaque est encore à
… Sf — peine marqué on pourrait le confondre avec une simple excitation mentale sans perversion des facultés; mais l'erreur serait sans inconvénients, car à ce faible degré les indications sont les mêmes. Il faudrait bien se garder de considérer comme produit par des lésions du cœur, des troubles psychiques et du délire qui neseraient que le résultat de l’usage prolongé de la digitale (mais il faut avouer que c’est là une éventualité bien rare). A la suite de l’accumulation decemédicamentdans l’organisme on voit quelquefois apparaître des nausées, des vomissements, des tiraillements d’estomac, des coliques, des vertiges, du délire, etc. On constate en même temps la précipitation et le désordre des battements cardiaques ainsi que l’irrégularité et la petitesse du pouls. Dans le doute et en tenant compte de la prédisposition des malades, on n’aurait qu’à suspendre le médicament.
Quant à déterminer le moment où un cardiaque délirant peut être considéré comme aliéné on s’en rapportera au principe d'Alfred Maury : Nul n’est, dit-il, à proprement parler, parfaitement sain d’espritet de corps, il n’est personne qui ne soit sujet aux maladies comme à l'erreur. Mais quand le trouble de l’intelligence devient assez considérable pour que la somme d’erreurs auxquelles il donne lieu soit beaucoup plus grande que cela n’arrive pour le commun des hommes, alors seulement on regarde l'intelligence comme lésée, de même que lorsque le trouble de l’économie devient assez grand pour altérer notablement une ou plusieurs fonctions physiques on déclare qu’il y a maladie.
Le traitement du délire cardiaque doit avoir pour but de combattre les troubles circulatoires et les lésions car-
diaques qui en sont le point de départ. Pour établir ce traitement, il faut faire une distinction entre les troubles qui relèvent de l’anémie ou de l’ischémie cérébrale, et ceux qui se rattachent à l’hyperhémie de l’encéphale mais ces indications ne diffèrent pas de celles que l’on rencontre dans tous les traités classiques. s
Dans nos observations, le traitement de la maladie du cœur a donné, dans neuf observations, de bons résultats, au point de vue des troubles psychiques. On a vu ceuxci diminuer d’intensité ou disparaître complètement.
La malade de l’observation 1 avouait elle-même que la digitale « calmait ses nerfs » et qu’elle était moins agitée, moins malade après avoir usé de ce médicament.
Le malade de l’observation 11 a vu ses crises d’hystérie disparaître après l’usage de la digitale. Celui de l’observation 12, également hystérique, s’est au contraire très bien trouvé de l’emploi des opiacés.
La digitale a donné d’excellents résultats au malade de l’observation 14, et les saignées au malade de lobservation 15.
La digitale, les saignées et le traitement général des maladies de cœur aux malades des observations 16, 17 et 18.
Enfin, le malade de l’observation 19 demande à grands cris du bromure de potassium, c’est le seul médicament qui lui procure un peu de tranquillité.
La question d’irresponsabilité peut être posée au médecin pour des faits accomplis par des cardiopathes et tombant sous le coup de la loi. Les plus fréquents sont des actes de violence, des coups et blessures, voire même
des meurtres et autres crimes, ainsi que nous en avons un exemple dans l’observation 6.
Il est donc bon de se rappeler que ces actes délictueux commis par des malades, sous linfluence du délire cardiaque, peuvent être entachés d’irresponsabilité.
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