‹ Contribution à l'étude du délire dans les maladies du cœurChapitre 7 sur 34 · OBSERVATION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

OBSERVATION PREMIÈRE

Mélancolie. — Hallucinations diverses. — Insuffisance mitrale. — Délire des persécutions. — Idées de suicide. — Hypertrophie — Palpitations. (Asile de Bron, service de M. le professeur Pierret.)

AÀ..., âgée de 61 ans, ménagère, sait lire et écrire ; pas de renseignements sur les parents de l’aliénée, qui sont morts depuis longtemps. La maiade a eu un enfant mort-né ; jusqu’à la ménopause, elle était toujours bien réglée. Depuis trois ans, elle souffre de douleurs dans la tête; elle a été opérée de la cataracte il y a un an. A..., travaillait à la journée comme lingère chez diverses personnes où on l’estimait beaucoup. Elle est très pieuse. Vers juillet 1882, changement de caractère : elle était douce, dévouée aux familles chez qui elle travaillait, et, tout-à-coup, on lentend soutenir des théories socialistes avec les domestiques de ces maisons; elle se plaint de l'inégalité des conditions et de l’injustice du sort. Devenue triste, elle s’imagine qu’une famille très religieuse de sa connaissance l’a vouée au démon et qu’elle est damnée. Depuis ce moment, elle se

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croit toujours environnée de démons qui la menacent ; elle a offert 40 francs au curé de G..., pour être exorcisée. Voyant sa demande repoussée, elle se croit abandonnée, perdue, et dit quele seul moyen d’en finir est de se noyer. Elle à eu quelques accès d’excitation.

Entre à l’asile de Bron, dans le service de M. le professeur Pierret, le 5 août 1882.

Au moment de son admission elle est calme, répond très-bien et reconnaît l’exactitude des faits ci-dessus ; elle attribue son délire à ses nerfs qui lui font faire des choses absurdes. Elle raconte que le médecin de son pays l’a traitée par la digitale, ce médicament apaisait ses nerfs et elle s’en est toujours bien trouvée. — Dans son jeune âge, elle a eu des rhumatismes, des douleurs au niveau du cœur, des étouffements. Son cœur bat quelquefois très-fort, elle « des palpitations.Elle sent bouger les démons dans les reins, dans le ventre, mais surtout le long de la colonne vertébrale et dans la tête, ils remuent comme des mouches; elle a constamment des bourdonnements d’oreilles. Ces démons la poussentà faire du mal, ils lui disent qu’elle va mourir, que sa place est au cimetière, qu’il faut qu’elle se détruise, qu’elle deviendra folle ; elle en a fait partir un en lisant l'Evangile et le curé de G... lui en a expulsé un autre en la bénissant. Elle a vu à la messe un des démons qui la tourmentent, il avait la forme d’une grosse mouche avec des ailes grises. Ces démons, elle les entend, ils se parlent entre eux etse donnent des noms de saints : saint Pierre, saint Paul, etc.

Œdème périmalléolaire lorsqu'elle reste longtemps debout. Ni sucre, ni albumine dans les urines. Quelques râles sous-crépitants dans les poumons, surtout aux bases.

Cœur : souffle au premier temps et à la pointe. Hypertrophie; tracé sphygmographique de linsuflisance mitrale, pouls irrégulier.

HT

Traitement : pilules de Meglin, digitale, café, admi nistrés successivement et à plusieurs reprises.

Depuis un an que la malade est en traitement, nous avons vu peu d'amélioration chez elle; ses hallucinations persistent toujours avec plus ou moins d'intensité; lorsquelles sont insupportables, au dire de la malade, on remarque une exagération de troubles cardiaques et, au moyen de la digitale et du café, on lui rend un peu de tranquillité et de bien-être. Cette malade n’est jamais agitée, elle est toujours mélancolique; quelquefois, elle est un peu plus triste que d’habitude.

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