CHAPITRE II
Etiologie et Pathogénie
L'influence des maladies du cœur sur la folie peut être véritablement causale, prédisposante ou déterminante ; ou bien elle peut simpiement se faire sentir dans le cours de la folie, pour en modifier la forme etla marche.
Le rôle étiologique de la maladie du cœur est souvent facilité par des conditions adjuvantes : telles que l’hérédité, la diathèse rhumatismale, le nervosisme congénital, les causes morales, les émotions vives, et enfin toutes les causes qui peuvent favoriser le développement de la folie. Avec Griesinger, on peut admettre que les maladies mentales sont : ou primitives, c’est-à-dire dues à une influence agissant directement sur l’encéphale, ou secondaires, c’est-à-dire produites sous l'influence d’un élément morbide se développant sur un autre point de l'organisme et dont l’action retentit nosologiquement sur le cerveau, Griesinger divise ce dernier groupe en trois modes pathogéniques :
1° Troubles de la circulation cérébrale (Ex. : maladies du cœur; maladies des artères ;
mure 2° Irritation nerveuse du cerveau (blessure d’un nerf, folie génitale) ;
3° Nutrition incomplète du cerveau par un sang vicié ou défectueux (anémie, intoxication).
Dans la classification de Morel, la folie cardiaque fait partie du troisième groupe (folies sympathiques). Pour les autres classifications, elle n’a pas de place, elle appartiendrait à la fois à plusieurs groupes. Ainsi, dans la classification d’Auguste Voisin, elle ferait partie des folies congestives et des folies anémiques.
Il est aussi difficile, en l’état actuel de la science, de donner une bonne définition de la folie cardiaque, que d’en trouver une de la folie en général. Nous considérons la folie cardiaque comme l’état d’un individu atteint d’une maladie de cœur, chez lequel survient consécutivement une perturbation des facultés mentales.
Nous avons éliminé dans nos recherches, les nombreuses observations d’embolies cérébrales et d’hémorrhagies, etc.; ce n’est pas que ces lésions, qui ont quelquefois leur origine dans une maladie du cœur, ne produisent des troubles psychiques, mais elles engendrent plus rarement le délire. « Comme la perversion d’une fonction suppose toujours que cette fonction existe, aussi bien que l’orgare qui en est lè siège, il faut, pour qu’il y ait délire, et par conséquent folie, que l’intelligence s'exerce encore et, par conséquent, que le cerveau ne soit pas profondément altéré dans sa texture. L’on peut donc dire d’une manière générale que les maladies du cerveau qui s’accompagnent de délire, sont celles dans lesquelles les lésions de cet organe ne sont que légères et consistent surtout en troubles circula-
MAS een toires ; tandis que celles où ces lésions sont plus profondes et intéressent la structure même du tissu cérébral provoquent, comme symptômes, des accidents qui indiquent non plus la perversion, mais la suppression des fonctions cérébrales, c’est-à-dire la stupeur, le coma, la paralysie. (Foville, Dict. Jaccoud., art. Délire.)
Il estsouvent difficile de faire la part de la lésion cardiaque dans les troubles cérébraux qui l’accompagnent. Il faut, dans la plupart des cas, tenir compte des altérations vasculaires qui coïncident avec la maladie du cœur ou qui ont pu l’engendrer, ainsi qu’on le constate pour l’orifice aortique.
D’un autre côté, il fallait prendre garde de rapporter à un trouble cardio-vasculaire les manifestations de la syphilis, de l’alcoolisme, du rhumatisme, de la goutte, etc., qui sont souvent la cause de la lésion cardiaque et qui peuvent déterminer, pour leur propre compte, le délire et de nombreux accidents cérébraux.
Les troubles circulatoires peuvent être produits par un grand nombre d’affections cardiaques ; ils peuvent aussi reconnaître pour cause un affaiblissement du cœur ou atrophie du muscle cardiaque, une compression de l’organe par des épanchements péricardiques ou pleurétiques abondants ; enfin et surtout, par un fonctionnement imparfait des valvules, qu’il s'agisse d’un rétrécissement ou d’une insuffisance, d’une lésion aortique ou d’une lésion mitrale.
Sous le rapport de l’affection cardiaque, cause du délire, nous trouvons dans nos observations : 11 fois l'insuffisance mitrale ; 2 fois l’insuffisance mitrale coïncide avec un rétrécissement du même orifice; 4 fois
no l’orifice mitral et l’orifice aortique sont pris simultanément ; une fois la valvule mitrale l’est avec la valvule tricuspide ; 2 fois l’orifice aortique est seul lésé ; une fois il y à rétrécissement et insuffisance et une fois simplement insuffisance. Nous trouvons de la dilatation avec hypertrophie dans trois autres observations ; de l’hypertrophie et despalpitations dans deux autres ; enfin, dans l’obs. 19, il existe de l’hypertrophie avec un état asystolie du cœur, sans bruit appréciable.
« Les cardiopathies peuvent agir par différents modes pour troubler l’équilibre de la circulation cérébrale et produire le délire. Tantôt elles produisent une hyperhémie constante et portant sur les trois ordres de vaisseaux ; tantôt, au contraire, elles produisent une anémie habituelle, et c’est ce qui a lieu, par exemple, dans l’insuffisance aortique ; tantôt, enfin, elles amènent une déséquilibration de l’état vasculaire — anémie artérielle et congestion veineuse — c’est ce qui à lieu dans les lésions mitrales. Enfin, la plupart des maladies du cœur influent sur l’hématose et fournissent au cerveau un sang insuffisamment oxygéné, vicié par l’acide carbonique et souvent dépourvude la proportion normale de globules sanguins. » (Ball et Ritti, art. Délire, Dict. Déchambre.)
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Observations