‹ Contribution À L'Étude du Diabète PancréatiqueChapitre 25 sur 42 · NOS CONSTATATIONS EXPÉRIMENTALES · texte numérisé non relu

NOS CONSTATATIONS EXPÉRIMENTALES

La plupart des auteurs qui ont pratiqué des extirpa- . tions partielles du pancréas ont laissé des fragments

glandulaires soit dans la portion splénique, soit dans

la portion descendante (processus uncinatus), mais pres.

que toujours à distance des canaux principaux et sans connexion avec l'intestin. Ils désiraient montrer ainsi que l'influence atténuante ou empèchante de ces reliquats glandulaires sur le diabète ne dépend en rien de la sécrétion du suc pancréatique vers l'intestin. Mais les restes glandulaires ainsi abandonnés ne tardent pas à : se seléroser par rétention du sue paneréatique, ce qui explique les diabètes très tardifs comme ceux de SAND- Meyer. Celte sclérose est très différente d’un animal à l’autre ; tantôt la glande est retrouvée presque intacte

plusieurs mois après l’opération, tantôt les débris glan-

dulaires sont à grand'peine reconnaissables sous le

microscope.

Quand le diabète apparaît dans ces conditions, il est

bien difficile de savoir ce qui subsiste de la glande, au moment de son apphrition. On suppose en général que, quand un diabète continu survient après une ablation incomplète du pancréas, c’est que la destruction de la glande a été achevée par un processus lent de sclérose et de dégénérescence.

Pour nous rendre mieux compte des conditions néces-

saires à l’apparition du diabète pancréatique, nous avons :

pensé qu’au lieu d'abandonner un fragment pancréatique

à une destruction lente dont il est difficile de prévoir

et de mesurer l'étendue, il serait peut-être plus intéres-

sant de laisser un fragment glandulaire de dimensions

- connues en le protégeant le mieux Hot conire toute

destruction ultérieure.

Pour cela, le seul moyen était évidemment dre conserver toutes les connexions vasculaires, nerveuses et surtout canaliculaires de la portion de glande respectée. Il n’est plus question aujourd’hui de démontrer que la sécrétion pancréatique externe est indépendante du rôle de la glande dans le métabolisme des hydrates de carbone. Les auteurs sont presque unanimes à reconnaître cette indépendance ; il n’y a donc plus aucun intérêt, dans l’étude du diabète, à inaintenir loin de l'intestin

les reliquats glandulaires. Notre manière d’agir devait

avoir pour avantages non seulement d'éviter la sclérose des parties restantes, mais encore, en laissant s’écouler vers l'intestin de petites quantités de sue pancréatique, d'améliorer la résorption et l'assimilation des aliments et de permettre une survie plus longue. |

Le problème physiologique que nous nous sommes

posé était en effet le suivant : obtenir, par une opération

‘ne lésant que le pancréas, un diabète se rapprochant

le plus possible cliniquement de ce que nous observons

en pathologie humaine.

RE | «RAA

Technique

| £ ï : Le chien est l’animal qui anatomiquement se prête le

mieux à des recherches sur la physiologie pancréatique. . Son pancréas, libre dans le mésentère duodénal, présente une forme en fer à cheval avec une partie moyenne adhérente à l’intestin, une partie descendante libre ou processus uncinatus qui reçoit par sa pointe le pédicule vasculaire inférieur, artère et veine pancréatico-duodénales inférieures, et une portion splénique très longue également libre. Derrière la portion adhérente ou gastroduodénale, au point où le méso est le plus court à 1 ou- 2 centimètres de l’abouchement dans l'intestin du canal de Wirsung, monte un très gros pédicule vasculaire qui chemine en partie au milieu même du tissu glandulaire. Cesont les vaisseaux pancréatico-duodénaux supérieurs. L'artère est la plus volümineuse de celles qui nourrissent le duodénum ; sa ligature entraîne presque fatalement la nécrose de l’anse duodénale, suivie de péritonite vers le troisième jour après l'opération.

On peut presque dire que tout le secret de la réussite de l'opération consiste à ménager ces vaisseaux. Nous choisissons des animaux vigoureux, mais d’assez petite taille, de 7 ou 8 kilogrammes en moyenne. Le chien, à jeun depuis la veille de l'opération, est anesthésié, soit par le chloroforme, après injection souscutanée de morphine ou d’atropine-morphine (0 gr. 01 de morphine et 0,001 d’atropine par trois kilogr. d'animal),

soil par le SCIE RL intra-péritonéal. Il est rasé, la peau aseptisée à la teinture d’iode. Toutes les précautions d’asepsie, d'usage en chirurgiehumaine, doivent être employées avec une extrême rigueur.

L’incision va de l’appendice xyphoïde au voisinage de l’ombilic ; nous la faisons aussi courte que possible pour éviter les éventrations ultérieures qui surviennent fréquemment après de grandes incisions, quand l’animal a infecté ses sutures.

On trouve dans cette région une abondante graisse pré- péritonéale. Le péritoine ouvert, la première anse qui se présente sous le doigt introduit dans la cavité abdominale est l’anse duadénale qui continue l’estomac qu’on reconnaît facilement au toucher. Comme l’anse est libre, le doigt l’amène facilement au dehors et on reconnaît immédiatement la portion descendante du/ pancréas étalée dans le méso, de coloration gris-rosée bien spéciale.

A l'extrémité de cette portion arrive le pédicule pancréatico-duodénal inférieur.

Il n’est pas indispensable de ménager ces vaisseaux : on peut très bien les couper entre deux ligatures et comme le mésentère est presque avasculaire jusqu'au pédicule supérieur, on peut libérer par simple traction tout le processus uncinatus libre, jusqu’au commencement dé la portion adhérentle au duodénum. Une dou- . ble ligature est placée en ce point sur le pancréas même et la glande sectionnée au bistouri ou au thermocauière.

Cette première ligature, nous la plaçons à environ un

centimètre du point ou le Wirsung se jette dans l'intes-

tin, point qu'il est facile de préciser ; car on voit le canal excréteur sous forme d’un petit cordonnet blanc soulever la paroi intestinale.

Le processus uncinatus enlevé, nous allons à la recherche dela portion splénique. Saisissant le pancréas entre le pouce et l'index introduits dans la cavité abdominale, nous le suivons en exerçant de légères tractions jusqu’au moment où les doigts ne sont plus séparés que par une mince lame péritonéale, l'épiploon pancréatico-spléninique. On est sûr à ce moment d’avoir entre les doigts l'extrémité splénique du pancréas. Il importe de n'exercer jusque-là sur la glande que des tractions très modérées, car on risquerait de déchirer le pancréas mince et friable et de laisser vers la rate, à son insu, un volumineux fragment glandulaire. Au contraire, quand on est sûr d’avoir entre les doigts l'extrémité splénique, une traction plus vigoureuse déchire toute une portion du mésentère, si faiblement vascularisée qu’elle ne saigne jamais et amène dans le champ opératoire toute la. portion splénique libérée. IL faut bien entendu faire attention de ne pas prendre entre les doigts avec l’extré-. mité splénique du pancréas les vaisseaux spléniques dont la rupture enirainerait une hémorragie mortelle ; c’est un accident qui ne nous est jamais arrivé.

À ce moment se place le troisième temps de notre opération, la dissection du gros pédicule vasculaire pancréatico-duodénal supérieur. Cette dissection, nous la faisons avec les doigts ; le tissu pancréatique friable et peu résistant se laisse facilement séparer des vaisseaux que nous dénudons aussi complètement que possible,

de façon à ne pas laisser autour d’eux des débris pancréatiques plusou moins dilacérés dont nous ne connaî- ‘{rions pas exactement les dimensions et la valeur foncetionnelle. A ne Enfin, cette opération accomplie, la libération du pancréas est poursuivie un peu au delà des vaisseaux, jusqu’à un centimètre environ du canal de Wirsung. En ce point la glande est sectionnée au bistouri ou au thermocautère entre deux ligatures et la paroi est refermée en deux ou trois plans. Le mieux est, après surjet péritonéal, de suturer muscles, aponévrose et peau en masse avec des fils de bronze ; puis quelques crins réunissent aussi exactement que possible la peau. Le pansement est la plupart du temps inutile ; il ne tient pas et se souille d'urine. Un badigeonnage de la ligne de suture à l'acide picrique a l’avantage d'empêcher l'animal de lécher sa plaie ; nous employons aussi la teinture d’iode. Après une telle opération (c’est celle que nous avons presque toujours pratiquée), nous savons que nos animaux ont conservé, autour d'un canal de Wirsung perméable, un noyau pancréatique du volume d’une noix, pesant environ 5 grammes, comme nous J’avons constaté à quelques autopsies, représentant à peu près la sixième ou la septième partie du pancréas total dont le poids est d’environ 20 grammes, pour les animaux que nous employons (chiens de 7 ou 8 kilog.).

Nous savons d’autre part, toutes nos autopsies nous ont permis de le vérifier, qu’en dehors du fragment glandulaire volontairement laissé, il ne reste en aucun

autre point trace de glande.

HD

Cette opération est rapide et facile à pratiquer. Elle demande à peine une demi-heure ; elle réduit au mini- , mum le nombre des ligatures : trois suffisent, deux sur la glande, une sur le pédicule vasculaire inférieur. Elle réduit également au minimum le shock opératoire etla perte de sang et souvent les animaux quelques minutes après l’opération, se promènent dans le laboratoire. Elle nous place donc dans les meilleures conditions pour avoir des survies longues. ;

Pourtant la mortalité est encore assez élevée. Elle est due en partie à la saleté et à la mauvaise tenue des locaux ordinairement consacrés aux animaux. Les sutures s’infectent, se disjoignent et l’animal meurt de péritonite après éventration. |

Cette complication, comme l’ont remarqué tous les expérimentateurs, est beaucoup plus fréquente lorsque les animaux deviennent diabétiques dès le début, les glycosuriques s’infectant facilement et cicatrisant mal leurs plaies.

Une complication, assez fréquente et qui a causé plusieurs fois la mort de nos animaux deux ou trois jours après l’opération, est la pancréatite suppurée du moignon pancréatique laissé. L'animal succombe rapidement avec un syndrome péritonéal. A l’autopsie, la cavité péritonéale est presque partout saine ; elle est seulement un peu rouge et vascularisée au voisinage du moignon pancréatique mou, friable, complètement transformé en ure petite éponge purulente. Nous pensons. que cette pancréatite est d’origine intestinale ; le Wirsung met en communication large avec l'intestin ce moi-

gnon souvent traumatisé, dilacéré, au cours de l’opération ; des. canalicules peuvent avoir été rompus et l'infection se fait vraisemblablement par voie ascen- dante. Aussi faut-il éviter avec beaucoup de soin, au cours de l’opération, de dilacérer, de malaxer entre les doigts le fragment de pancréas que l’on a l'intention de laisser en place.

Une fois nous avons observé comme complication tardive de l’opération un énorme abcès aréolaire du foie, ‘tout le lobe de Spiegel étant transformé en une éponge

purulente.

Résultats de nos expériences

Cas où l’extirpation partielle du pancréas fut suivie de diabète ?

Chien I. — Poids 16 kilog. 200. ‘

Opéré le 24 février 1910 à 10 heures du matin.

Ablation de 18 grammes de pancréas (portion descendante et portion splénique). La portion gastro-duodénale laissée en place est divisée en deux noyaux.

” Le soir à neuf heures : glycosurie.

- Le 25 février. — Bon état.

Le 26 février. — Mort. EPA Sphacèle de l’anse duodénale et de la portion pancréatique

restante,

Chien Il. — Glycosurie immédiate umporlante, persisle le

lendemain, s’alténue le surlendemain. Bonne santé le premier

jour, vomissements les suivants, mort le quatrième jour. Pan-

créalile suppurée. du moignon : on voil ne l’'imporlance des suppuralions. Fait par adoxal : la destruction FRET du Dai Se créas restant à fait disparaitre da glycosurie.

Opéré le 7 octobre RONA

Pancréas enlevé : 15 grammes.

Le 8 octobre. — Glycosurie constatée.

Le 9 octobre. — Urines un peu mélangées de mMatbres fécales et de matières vomies ; volume 450 centimètres Der Réduction très Jorle de la liqueur de Febling. Polydipsie ; quelques vomissements, peu d’appétit.

Le 10 octobre. — Les urines réduisent si faiblement la liqueur de Fehling que la présence du sucre ne peut être affirmée qu'après soigneuse défécation.

Mort le soir.

Auropsie : Le moignon pancréatique est transformé en une éponge de pus avec un peu de péritonite autour de lui. Le. reste de la cavité péritonéale est intact.

ne

Chien II. — Poids: 11 kilog. 500.

Opéré le 6 juillet 1910.

Ablation de la portion verticale et de la portion splénique du pancréas.

Poids du pancréas enlevé : 30 grammes.

Autour du canal de Wirsung reste une portion de pancréas de la dimension d'une grosse noix. Suites opératoires excellentes.

Le lendemain de l’opération, quelques vomissements, pas de glycosurie.

Le 8 juillet. — Les vomissements ont cessé ; un peu de diarrhée.

RCE TRE 113 ST Le 9 juillet. — L’animal s’alimente. Un échantillon d’urine est recueilli dans la journée. Elles sont abondantes, pâles, à reflet verdâtre. Après défécation au réactif de Patein, l’échanà FER tillon est dosé et contient 8 °/, de sucre. ass Le 10 juillet.’ = Au matin, on constate que l'animal s’est éventré ; l'épiploon est en contact avec le sol ; état général mauvais. | | L’épiploon est réséqué ; une désinfection aussi soigneuse “que possible est faite à la teinture d’iode et la paroi est suturée. 5 Jusqu'au 76 juillet, état général mauvais ; vomissements,

suppuration et même sphacèle de la paroi abdominale.

Le 17 juillet. — État général meilleur. animal recommence à s’alimenter. Ictère imputable à l'infection.

. Les urines contiennent des pigments biliaires. Pas de sucre.

Le 20 Muller — La glycosurie fait toujours défaut.

Le 1° août. — Trois heures après un léger repas hydro-carboné (lait, 30 gr. de sucre) les urines réduisent fortement la liqueur de Fehling.

Mais l’amaigrissements’accentue, l’ictère persiste. L'animal semble bien avoir quelque suppuration péritonéale enkystée.

Mort le 10 août.

L’autopsie ne put être pratiquée. Cet animal qui avait conservé le sixième de son pancréas avait présenté à deux reprises une glycosurie très nette semblant en rapport avec l’alimentation. Il n’y eut pas de glycosurie immédiate, imputable au traumatisme opératoire, puisque, pendant les deux jours quisuivirent l'opération les urines, necontenaient pasde sucre.

On peut se demander si l'infection n’a pas contribué à faire Jacob 8

disparaître la glycosurie qui s’était montrée si intense le troi-

sième jour (8 Br. %/0).

Chien IV, — Poids :8 ilogrammes, Opéré le 18 avril. poids de pancréas enlevé : 21 grammes.

On laisse autour du canal de Wirsung un noyau pancréatique gros comme une noix représentant à peu près la sixième ou la septième partie de la glande. de den | Suites opératoires excellentes. LITE

La glycosurie est constatée dès le lendemain de l’opération.

Les jours suivants, amaïgrissement assez considérable.

Le 22 ul — Glucose : 7 gr. 70°.

Le 24 avril. — Glucose : 8 gr. 20 2).

Le 28 avril. — Glucose : 10 gr. °/,, soit pour les urines de vingt-quatre heures, 30 grammes de sucre pour la journée du 27 (300 c. c.) et 50 grammes pour la journée du 28 (500 c. c.).

Le 29 avril. — Poids de l’animal : 7 kgr. 200.

Le 30 avril. — Glycosurie.

Le 6 maï. — Glycosurie. Poids : 7 kilogrammes.

Appétit augmenté. État général excellent.

Le 10 mai. — Glycosurie. ;

Pour se faire une idée de la polydypsie et de la SN. de l’animal, on mesure les aliments et les liquides offerts et ingérés dans les vingt-quatre heures.

Eau : 1 lit. 150.

Viande : 600 grammes.

Le 11 mar. — Les urines réduisent toujours aussi nettement la liqueur de Fehling. L'animal est triste, l'appétit un peu diminué. ne É

Le 13 mai, = Poids: 7 kilogrammes. Glycosurie. L'animal

a exactement le même poids que le 6. Malgré l'intensité de la "Le glycosurie, il semble se maintenir en état d'équilibre.

Du 15 au 16 mai. — Urines des vingt-quatre heures.

Quantité : 800 centimètres cubes.

(Fehling) Sucre +/,: 3 gr. 10 ; pour vingt-quatre heures : 24 gr. 50. | É |

Le 20 mai. — Poids de l’animal, 6 kgr: 500.

Réduction intense de la liqueur de Féhling.

Le 22 mai. — Aliments ingérés du 21 au 22:

Eau : 600 centimètres cubes.

Viande : 400 grammes.

Le 24 mai. — Diarrhée. Léger ictère. Pigments biliaires dans les urines.

. Sucre, 4 gr. 68 2}.

Le 11 juin. — L’animal très amaigri est cependant gai et de bonne apparence. Toujours polyurie et polydypsie.

On pratique comparativement l’analyse des urines de la veille au soir, peu de temps après l’ingestion des aliments et de celles du matin, l’animal étant à jeun depuis douze heures environ. |

Urines du soir : 4gr. 50 / (Fehling).

Urines du matin : 3 gr. 80 °/, (Fehling).

La glycosurie se montre donc assez niblement influencée par l’alimentation.

Le 13 juin. — 6 gr. 88 de glucose °/, (Fehling).'

Le 16 juin. — 215 centimètres cubes d’urines émises en une seule miction contiennent 5 grammes °/, de glucose.

Même voracité, mais amaigrissement énorme. Un ‘extrait préparé avec du pancréas frais de chien en le hachant, en le

faisant macérer à froid, puis en stérilisant le liquide après

filtration pendant quelques secondes à 110°, température qui,. d’après Lépine, ne détruirait pas les substances glycolytiques. du pancréas, est injecté dans la saphène. Les urines recueillies le lendemain donnent 4 °/, de sucre. Donc aucune modification.

Le 18 juin. — Pas de réaction de Gerhardt sur les urines ‘avec perchlorure de fer. L'acétone est recherchée par la réaction de Lieben : alcalinisation avec quelques gouttes de lessive de soude et addition de liquéur iodo-iodurée : aucun précipité d’iodoforme. L’acétone, si elle existe (les urines n’avaient pas été distillées), n’existe pas en quantité bien abondante.

Le 22 juin. — UÜrines : Sucre, 4 gr. 80 °/ (Fehling) ; urée,

14 grammes par litre.

Le 25 juin. — Réduction très intense de la liqueur de Fehlinge.

Le 27 juin. — Diarrhée. Selles absolument liquides dès

que le chien s’alimente. Les urines sont trop souillées pour pouvoir être recueillies. L'animal un peu abattu reste polyphagique et polydypsique,

Le 1e juillet. — Depuis trois jours on fait ingérer quotidiennement 4 grammes de pancréatine. Ees urines réduisent nettement la liqueur de Fehling.

Le 6 juillet. — On cesse l’administration de la pancréatine, Il semble que sous l'influence de ce traitement, les troubles digestifs $e soient améliorés.

Le 9 juillet. — La diarrhée étant moins profuse, on peut enfin recueillir sans mélange les urines de vingt-quatre heures.

Quantité : 300 centimètres cubes. À

(Fehling) Glucose : 5 gr. 20 °/,; pour les vingt-quatre heures, 15 gr. 60.

Le 17 Juillet. — Réduction forte de la liqueur de Fehling.

Le 29 juillet. — Urines: glucose (polarimètre), 32 gr, 21 par litre ; urée (hypobromite) ; 31 gr. 12.

Le 9 août. — Réduction forte de la liqueur de Fehling.

Le 17 juillet. — Urines de vingt-quatre heures:

Volume : 760 centimètres cubes. ù

Glucose : par litre (polarimètre), 2 gr. 478 ; pour les vingtquatre heures, 1 gr. 87. Uréé : par litre, 41 gr. 89 : pour les vingt-quatre heures, 31 gr. 83. ca Cette baisse subite de la teneur en sucre de l’urine semble ‘indiquer la fin prochaine de l'animal.

Il est tellement amaigri qu’il peut à peine se tenir debout : il reste toute la journée couché, attentif d'ailleurs à ce qui se passe autour de lui ne faisant de mouvement qu’autant qu’il lui en faut faire pour saisir ses aliments qu’il mange, couché, avec voracité.

Le 20 août. — Réduction encore très nette de la liqueur de Febling.

Le 23 août au soir, l'animal est trouvé mort dans sa cage. Comme personne n’était présent pour pratiquer l’autopsie, le garçon du laboratoire eut l’heureuse idée de placer l’animal entier après ouverture du ventre dans un bain de formol du commerce à 10 °/0,

On put ainsi pratiquer l’examen histologique des organes dans des conditions de conservation encore assez bonnes.

La vessie très distendue contenait 125 centimètres cubes d'urine avec 2 gr. 19 °/, de glucose (Fehling).

Bien que le formol soit réducteur, nous ne croyons pas que la quantité qui a pu en passer dans la vessie soit une cause

d'erreur bien importante.

Poids après la mor! : 4 kilog. 400.

Cet animal avait survécu 127 jours.

Le diabète qui avait fait son apparition dès le lendemain de l'opération n’a jamais disparu. Jamais le sucre n’a fait défaut au cours des nombreuses analyses qui furent pratiquées. Le taux de la glycosurie fut en général élevé ; si ce n’est quelques jours avant la mort, il n’est jamais tombé au-dessous de 3 grammes °/, représentant un minimum de 15 à 20 grammes par jour. Au début alors que l’animal avait d’abondantes réserves de graisse, elle fut beaucoup plus forte jusqu’à 10 grammes ‘fc dans une analyse. |

Malgré cette énorme glycosurie, l’amaigrissement fut très

‘lent; la courbe de poids est restée une fois plus d’une semaine en plateau.

Les troubles digestifs ont été très marqués, les matières fécales abondantes contenaient en quantité des fibres musculaires non digérées; à l’œil nu elles ressemblaient souvent à du hachis, la viande étant à peine modifiée; mais ce fait est dû en grande partie à la polyphagie, à la quantité énorme d'aliments ingérés. :

Ce diabète fut en effet un diabète avec polyurie, polyphagie et polydypsie.

AuTopsie. — On constate qu’il n’y a pas d’infection. Pas tracede pusdans le ventre au voisinage dureliquat pancréatique.

L'anse duodénale est très légèrement adhérente à la face

inférieure du foie, mais s’en laisse facilement détacher.

| Le nodule pancréatique restant a le volume d’une gross, amande. Il a conservé sa coloration rosée normale ; il ne donne aucune sensation d’induration entre les doigts,

Les voies biliaires sont normales,

re foie semble d'aspect et de volume tout à fait normaux ;1l

pèse 156 grammes, ce qui représente le 1/51° du poids initial

(8 kilog.) et le 1/28° du poids final de l’animal (4 k. 400). Ce dernier chiffre est voisin des poids relatifs donnés par les auteurs. H faut donc admettre que le foie a diminué à peu, près dans la même mesure que le reste du corps.

. La rate est toute. petite.

Le rein gauche pèse 25 grammes : le droit 28 grammes ; ? ils sont d'apparence tout à fait normale ? à la coupe.

Les capsules surrénales sont de dimensions normales.

Le corps thyroïde semble normal.

Au point de vue histologique £

Rancréas.— En plusieurs points, des fragments du reliquat

pancréatique ont été prélevés avec une partie de la paroi intestinale y attenante. La fixation a été achevée soit par le bands de Zenker, soit pere liquide de Lindsay.

Toute la partie du noyau pancréatique adhérente au foie a subi lautolyse et ne peut guère être interprétée au point de vue histologique. On y voit cependant des cellules acineuses volumineuses, bourrées dé grains de zymogène, mais dissociées, altérées par l’auto-digestion. re Sur un certain nombre de coupes, nous avons pu trouver en bordure du fragment une étroite bande que le formol a sans doute plus rapidement baignée et dont les éléments sont mieux conservés, quoique leur fixation laisse encore à désirer. Il n’ya pastrace de sclérose. Certains acinisont d'apparence absolument normale. Leurs cellules sont hautes, à noyaux bien colorés. La zone basale, basophile est très nettement visible ; la zone apicale de la cellule est bourrée de grains de

zymogène. Il semble même dans ces volumineux acini que la

2e top 2 | zone basale de la cellule soit diminuée au profit de la zone api- cale!

| Mais à côté de ces gros acini on trouve surtout à la périphérie des lobules, des zones formées de tout petits acini de quatre ou cinq cellules petites, basses, presque réduites à leur zone basale, avec noyaux fortement colorables.

Quelques acini ont une lumière très élargie et son! remplis d’un produit de sécrétion finement granuleux. !

Faut-il voir dans ces acini de très petite dimension quelque processus de morcellement et de régénération analogue à ce que décrivent Curtis et Gellé dans des pancréatites diabétiques?

Les îlots de Langerhans semblent extréèmement rares ; tout au plus avons-nous pu en rencontrer quatre ou cinq; ils sont petits, semblent atrophiés. On distingue seulement leurs noyaux tassés les uns contre les autres, rappelant ce que Laguesse appelle l'aspect syncytial; d’autres sont vacuolaires.

Les surrénales sont normales.

Foie. — Fixé par l’acide osmique, il ne présente pas cette dégénérescence ou plutôt cette Are graisseuse massive signalée dans de: nombreuses expériences et que quelques ‘auteurs semblent considérer comme une SHRRENAEEUS fatale de l’ablation du pancréas.

Les cellules hépatiques sont seulement un peu troubles, un peu plus granuleuses qu’à l’état normal (peut-être cet état est-il seulement dû à une fixation défectueuse). Quelques rares cellules, de place en place, ont franchement subi la dégénérescence graisseuse et se montrent bourrées de granulations colorées en noir par l'acide osmique.

En certains points, surtout semble-t-il autour des vaisseaux

sus-hépatiques, les capillaires sont très dilatés, les travées

hépatiques atrophiées, à cellules mal colorables : plusieurs

présentent un protoplasma vacuolaire.

Reins. — Ils présentent de grosses lésions épithéliales. Les

tubes contournés sont flous avec noyaux à peine colorables,

tranchant sur la coloration bien nette des glomérules qui sont d’apparence normale. Les cellules des tubes contournés sont granuleuses; sur un seul point, nous avons trouvé quelques

amas de cellules rondes entourant les tubes contournés.

Les anses de Henlé présentent des cellules tuméfiées, clai-

res, ayant pour la plupart conservé leur noyau.

Corps thyroïde. — Il présente des vésicules de dimensions

à peu près normales (nous avons pris comme terme de com-

paraison un corps thyroïde normal de chien). La matière col-

loïde a ses affinités normales; peut-être est-elle un peu moins

rétractile. Le point le plus intéressant est l’aplatissement

des cellules qui circonscrivent les vésicules ; elles ne forment

souvent qu'une mince bande où les cellules semblent être réduites à leurs noyaux aplatis eux-mêmes, au lieu de l’épi-

thélium cubique, haut, que l’on rencontre à l’état normal.

Une parathyroïde que nous avons vue incluse dans la thy-

roïde semble histologiquement normale.

Chienne V.— Poids: 6 kilogrammes. Opérée le 12 novembre 1910. Anesthésie : atropine-morphine, chloroforme.

Poids de pancréas enlevé : 12 grammes. Il reste autour du canal de Wirsung respecté un nodule pancréatique gros comme une noisette.

Le 15 nie — Les urines centiennent du sucre. Un échantillon dosé par la liqueur de Bonnans après défécation

par le réactif de Patein contient 2% gr. 72 de glucose par litre.

Le 19 novembre. — : Réduction très forte de la liqueur de Fehling. |

L'animal fait dans la se une petite éventration qui doit ‘être recousue. Cet accident n’a aucune suite fâcheuse.

Le 20 novembre. — Bon état général. Les urines ee nent 57 gr. 60 de sucre par litre.

Le, 25 novembre. — L'animal est ton nourri de. Ô viande depuis vingt-quatre heures.

Dosage : 36 gr. 53 de sucre par litre.

Le 2 décembre. — Lesurines ont été recueillies du 26 novem- ‘bre 7 heures du soir au 27 novembre même heure. Volume : 750 centimètres cubes.

Ürines recueillies du 30 novembre à 6 notes du soir au 1 décembre 6 heures du soir. Volume : 700 centimètres cubes.

Glucose : par litre, 76 grammes ; Pour, les vingt-quatre heures, 53 gr. 2. A

Le 3 décèmbre. — Réduction très nette de la liqueur de Fehling. |

Poids de l'animal : 5 kilog. 570.

Donc amaigrissement très modéré de 430 grammes en vingt etuñ jours.

Le 8 décembre. — Analyse complète des urines de vingtquatre heures. Volume : 800 centimètres cubes. |

Glucose par litre, 50 gr. 6 ; pour les vingt-quatre heures, 40 gr. 48. |

Urée par litre,38 gr. 43; pour les nel: quatre heures,30 gr.74.

Azote total, 20gr. 30 ; pour les vingt-quatre RRnrse 16 gr.24.

Azote de l’urée : 17 gr. 96 par litre.

Rapport azoturique 88 dos

D glucose R pas Het ES APPOFESN OR RSS 2,48

» E CÆ 123 FE 4 ï Ge dernier rapport est assez voisin de celui que Minkowski

constate dans les diabètes expérimentaux pass par extirpa- |

tion totale, 2,8

De fait cet animal qui au début présentait un diabète avec

amaigrissement lent et bon état général évolue brusquement

vers la forme grave. | CRE

Le 9 décembre. — Poids 4 kilog. 550 ; donc amaigrissement très rapide malgré une polyphagie très accusée. Le 10 décembre, — Des heures du soir au 11 à 9 heures du

matin, soit en seize heures, l'animal élimine 495 centimètres

cubes d’urine contenant 52 gr. 70 de glucose par litre.

La réaction de Gerhardt avec le perchlorure de fer est négative. :

Les urines distillées donnent la réaction de Lieben : forma tion d’iodoforme par addition de liqueur iodo-iodurée au produit de distillation alcalinisé par la soude. Le distillat donne également la réaction de l’acétone préconisée par Denigès avec le sulfate acide de mercure. [1 y a donc présence cer-

taine d’acétone.

Le 12 décembre. — La quantité d'urine émise en vingt-

quatre heures est de 580 centimètres cubes.

Le 14 décembre. — Depuis trois jours l'animal s’alimente à peine. L’affaiblissement et la prostration sont très accusés ; l’amaigrissement, est extrême. Le poids est de 3 kilog. 400 (poids initial 6 k.). |

Dans la crainte de trouver un matin l’animal mort dans sa cage, on le sacrifie après une survie de trente-deux jours pendant lesquels la glycosurie a été continue et très intense.

AUTOPSIE. — Pas trace d'infection. Le fragment pancréati-

que est facilement retrouvé, légèrement adhérent au foie, de

— 124 — | la dimension, sur une coupe, d’une pièce de 20 centimes en argent, ni induré, ni sclérosé, d'apparence et de consistance normales. Aucun abcès autour du nodule pancréatique.

La rate est petite, normale.

Le foie très volumineux pèse 237 grammes; il est jaune et offre à la coupe l’apparence d'un foie gras; il semble très altéré; la vésicule biliaire est volumineuse, contenant une bile vert noirâtre.

Les reins sont gros : 24 et 23 grammes.

Des fragments de foie, de reins, des surrénales, du nodule pancréatique sont prélevés et fixés par le liquide de Lindsay.

Histologiquement. — Le pancréas n’est pas sclérosé. Il présente de profondes lésions dégénératives. Une grande partie des acini présentent une lumière extrêmement élargie, remplie d’une matière finement granuleuse dans laquelle on peut rencontrer quelquefois quelques grains de Claude-Bernard hibres. Ces acini ressemblent grossièrement à une vésicule thyroiïdienne avec la matière colloïde centrale. Les cellules acineuses sont claires, à protoplasme vacuolaire ; on n’y rencontre plus qu’exceptionnellement des grains de Claude-Bernard. Comme chez l’animal précédent, on voit à la périphérie des lobules, des acini très petits tassés les uns contre les autres.

Nous n’avons pas pu trouver un seul îlot incontestable. ]1 est vrai qu’il est très difficile de s’y reconnaître en présence d’une glande aussi profondément altérée.

Le foie présenté une dégénérescence ou plutôt une surcharge graisseuse énorme. Des zones tout entières de la coupe forment de larges taches noires au milieu desquelles on distingue les noyaux cellulaires qui prennent encore les colo-

rants. En dehors des zones infiltrées de graisse, beaucoup de

cellules hépatiques présentent de la dégénérescence granu-

leuse.

Reins. — Ils présentent d’une part des lésions de néphrite

(dégénérescence ‘granuleuse des cellules des tubes contour-

nés); d’autre part, de la surcharge graisseuse des cellules des

tubes droits qui se montrent en maints endroits bourrées de gouttelettes noires (acide osmique).

Surrénales — Aucune modification histologique.

Corps thyroïde. — On y trouve les modifications que nous

avons décrites chez le précédent animal, c’est-à-dire, aplatissement des cellules épithéliales des vésicules, mais vésicüles de dimensions normales, matière colloïde à réactions colorantes

normales, un peu moins rétractile peut-être que normalement.

Chien VI. — Poids : 7 kilogrammes.

Opéré par M. Thiroloix et par nous le 24 mars 1911. | Le septième environ du pancréas reste en place autour du canal de Wirsung. |

Le 27 mars. — Les urines réduisent la liqueur de Fehling: Les 28, 29, 30 mars. — Réduction nette de la liqueur de Fehling.

= Le {* avril.— L'animal est prêté sur sa demande à M. Henri

Labbé qui en a étudié minutieusement les échanges au point

de vue chimique pendant toute l'évolution de la maladie. Ses

constatations sont consignées dans sa thèse (Paris, 1911).

Malheureusement, l’animal fut soumis à notre insu, en yue

de recherches spéciales à de nombreu«es intoxications par

l'acide chlorhydrique, le glycocolle, l’acide butyrique, l’acide lactique, l’acétone, le carbonate d’ammoniaque; ces intoxica-

tions multiples ont pu apporter quelque modification à la

Page 1