CHAPITRE V
Importance pratique et thérapeutique
Au début de l’année 1923, quand nous avons demandé le sujet de notre thèse à M. le docteur Noël Fiessinger, et qu'il nous parlait de l'importance que l’on pouvait accorder au souffle jugulaire en clinique, nous étions, comine bien d’autres, très scepliques. L'année passée à la consultation de l'hôpital Saint-Antoine nous a moniré combien nous avions tort de négliger ce symptôme.
De tous temps, en effet, ce signe a été discuté. Beaucoup d'auteurs lui ont reproché sa trop grande fréquence en dehors de tout état anémique. Chauveau, par exemple, à l'Hôtel-Dieu, trouve sur 20 femmes qu'il examine , 13 souffles au premier examen, el 7 souffles après plusieurs auscultations. Sur 20 hommes, Q ont un souffle immédiatement, 711 en présentent un après deux ou trois essais. Aussi Chauveau conclut que tout sujet sain ou malade présente un souffle jugulaire au premier essai ou après plusieurs auscultations. De même, Parrot sur
100 femmes qui nourrissent et sans choix préalable, rencontre 82 souffles. Il trouve le souffle jugulaire chez tous les enfants et dans 4/5 des cas chez l'adulte.
Au contraire Aran, trouve deux souffles jugulaires sur 229 hommes et 19 sur 174 femmes. Sur 41 femmes observées par lui et présentant un souffle jugulaire, il rencontre 17 chlorotiques et 15 anémiques.
D'autres auteurs ont donné leurs statistiques, les uns prouvant la valeur séméiologique du souffle jugulaire, les autres leur enlevant toute signification pathologique. ; Fa
Nous n'avons pas fait de statistique, mais nous avons cherché systématiquement le souffle jugulaire de beaucoup de malades. Sauf chez l'enfant et Ha femme jeune, ce signe n'existait pas le plus souvent en toutes positions ; et, quand on le rencontrait, avec les caractères sur lesquels nous avons insisté, il n’était pas rare de constater un léger état anémique, voire même une chlorose fruste. Nous persistons done à croire, malgré les diverses opinions émises à ce sujet, à la valeur séméiologique du souffle jugulaire ; et nous dirons qu'au cours d'un petit syndrôme fonctionnel de chlorose, l'existence du souffle jugulaire, jointe à la diminution de la valeur globulaire, a la valeur d'une signature, signature diagnostique et therapeutique.
Nous avons traité nos chloroses frustes à peu près de la même façon, en se basant sur deux principes fondamentaux : repos et fer. Trousseau disait « à
maladie chronique, il faut une thérapeutique chronique » et il ajoutait : « le fer doit être administré longtemps, et il faut souvent y revenir, en laissant entre chaque reprise des intervalles d’autant plus grands que la santé sera plus parfaite ». Pour nos petites chloroses, nous recommandons
1° Dix jours de repos au lit ;
° Vingt jours de cessation de travail ;
3° Une alimentation libre avec viandes saignantes, légumes verts, avec fruits frais ;
4° Prendre avant chaque repas une des pilules
Poudre dé fer réduits ere 5 centigrammes Pondredéahubarne see 10 centigrammes Extrait mou de quinquina q.s. p., une pilule n° 20
pendant ro jours. Cesser 10 jours et reprendre. Nous avons toujours préféré recourir à des doses minimes et à une des formes les plus insolubles du fer, comme le faisait le professeur Albert Robin. Parfois, cependant, chez les enfants en particulier, nous nous sommes servis du tartrate ferrico-potassique, du protoxalate de fer.
À cette ordonnance-type que nous donnons plus haut, on peut ajouter quelques conseils d'hygiène : permettre des exercices modérés, promenades au grand air tout en ayant soin d'éviter la fatigue, séjour à la campagne (déconseiller en général le bord de la mer) ; frictions sèches ou à l’eau de Cologne, et, vers la fin du traitement, hydrothérapie avec drap mouillé ou douches d'abord tièdes puis froides.
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Conelusions
1° La chlorase est une maladie qui disparaît. Gomme toute maladie qui disparaît, on en retrouve encore des formes frustes. Celles-ci ne sont pas fréquentes et s’observent chez les jeunes-filles et les enfants.
2° Le caractère principal de ces chloroses est la chute de la valeur globulaire beaucoup plus que la diminution du nombre des globules rouges,
3° La recherche des souffles jugulaires apporte des renseignements précieux au diagnostic clinique. Mais il faut en connaître les différents facteurs de production. Ceux-ei, jugés d'après les expériences personelles ,sont :
a) Un liquide fluide, mobile, peu visqueux ;
b) Une vitesse d'écoulement suffisante ;
c) Un certain rétrécissement du calibre du vaisseau.
4° Il existe normalement chez la femme jeune et
chez l’enfant un souffle jugulaire en position verticale qui n’a aucune valeur pathognomonique.
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5° Dans les chloroses frustes, avec chute de la valeur globulaire, ce souffle s'entend avec une remarquable facilité et dans des conditions mécaniques variables : lêle en extension et en rotation du côté opposé à celui que l’on ausculte, tête en rectitude, tête en flexion ; sujet étendu, assis ou debout. Il ne paraît pas en rapport avec des phénomènes nerveux.
6° Le souffle jugulaire est très marqué dans cerlaines anémies, rare au contraire dans les leucémies
-et les anémiés cancéreuses.
7° Les chloroses frustes ainsi dépistées par les souffles jugulaires et par la chute de la valeur globulaire sont facilement améliorées par le repos, l'alimentation plus riche en fer, et une thérapeutique ferrugineuse à doses légères.
Vu, le Doyen, Vu, le Président,