À MES MAITRES DANS LES HOPITAUX
Stage :
MM. ces :
PROFESSEUR QUÉNU, 1916 PROFESSEUR CHAUFFARD, 1917 Docreur MOSNY, 1917 (in memoriam) PROFESSEUR CLAUDE, 1917 Docreur PROUST, 1920 PROFESSEUR LÉON BERNARD, 1920 Externat :
MM. LEs :
| Docreur LAPOINTE, 1921 Docreur DUPUY-DUTEMPS, 1921 DocTEUR GRENET, 1922 Docreur BOUFFE pe SAINT-BLAISE, 1922 DocrTEUrR HALBRON, 1922 DocTEurR COYON, 1922 DocTEUR NoëËëL FIESSINGER, 1923 DocrTEeur GUIMBELLOT, 1924
Introduetion
Au début du XVIF siècle, un professeur à la Faculté de Montpellier, Jean Varandal, créa un mot pour désigner une affection connue depuis fort longtemps : aux termes dde Mmorbus virginœus, febris alba, icteria alba, et à tant d’autres, il substitua celui de chlorose.
Le mot créé est resté. Mais comme nous le faisions remarquer, avec notre maître Le docteur Noël Fiessinger, à la Société Médicale des Hôpitaux, le 9 novembre 1923, la chlorose, autrefois d'observation journalière, est devenue de plus en plus rare aujourd'hui, «au,point que dans une consultation active, telle que celle de l'hôpital Saint-Antoine, on passe facilement plusieurs mois sans observer un seul cas typique de chlorose ».
Il est très difficile d'expliquer les raisons de la disparition des diagnostics de grande chlorose. Cependant, avant de nous étendre sur le sujet même de ce modeste travail, à savoir la valeur séméiologique des souffles jugulaires et en particulier les rapports de ces bruits avec les chloroses frustes, nous voudrions essayer de chercher les raisons que l’on
peut invoquer pour expliquer la disparition des cas de grande chlorose classique.
La constatation que nous faisions l’an dernier fut l’occasion de plusieurs communications qui enregistrèrent le même phénomène.
À Paris, les professeurs Chauffard et Achard, les docteurs Louis Ramond et E. Rist, constatent le fait dans leur clientèle hospitalière. À Nancy, le professeur G .Étienne n’a pas observé un seul cas typique de chlorose depuis 1914, malgré les conditions pé: nibles de la guerre. Chez l'enfant, Hallé constate Ia même disparition des cas de chlorose.
A l'étranger, ce phénomène s’observe de la même façon : Richard Cabot, au Massachusetts général Hospital de Boston, enregistre que les cas de chlorose sont tombés de 52 en 1899 à 1 en 190, à 3 en 1906. Guillaud et Godall, dans leur Traité d'hématologie, et Pallitzer, assistant de la clinique du professeur Ortner à Vienne, font en 1912 la même constalation. Au X° Congrès Scandinave de médecine interne, le professeur Schaumann, de Helsingfors, a publié des statistiques provenant d'hôpitaux de Stockolm, de Gothenburg, et de Helsingfors : toutes mettent en évidence la chute dans le courbe de fréquence de la chlorose dans ces dernières années. En Suisse, Naegelé, de Zürich, s'exprime de la même façon. Toutes ces opinions étrangères ont été rapportées le 16 novembre à la Société Médicale des hôpitaux par le docteur Rist qui constate que « la chlorose est bien en voie de disparition de la
Te
population parisienne », puisque, même « à la fin du siècle dernier, il n'y avait guère de salle de femme où il n'y eut toujours au moins un ou deux cas de chlorose ».
Tout récemment enfin, le 22 septembre 1923, paraissait dans The Journal of the Americ. Méd. Association le compte rendu d'un travail de 3. M. H. Campbell qui notait la diminution des cas de chlorose depuis 1903. En 1916, pour cet auteur, il v avait moitié moins de chlorose qu'en 1910 et moins d'un quart des cas de chlorose de 1908.
Pour pouvoir trouver les raisons de la disparition de cette maladie, il faudrait pouvoir connaître son étiologie exacte. Or, cette étiologie a fait, de tous temps, l’objet de nombreuses théories qui ne sont, en réalité, que des hypothèses nullement prouvées par l'expérience.
La première théorie, celle d'Hippocrate, de Gallien, Lazare, Pinel, Beau, Trousseau et Virchow, voulait que la chlorose fut liée à des troubles de la menstruation.
D'autres auteurs du XVII siècle, notamment Hoffmann, Lieutaud, Stoll, Sauvage, Tardieu, considéraient la chlorose comme une « cachexie », c'est-à-dire une anémie ou hydrémie.
Ces deux hypothèses, comme on le voit, faisaient entrer les symptômes importants de l'affection dans son étiologie. ;
Une troisième hypothèse soutenue par Sydenham, assimilait la chlorose à l’hystérie, d'où le nom
ÉSARIER
de phtisis nervosæ donnée par Morton à cette maladie. De mênxe Becquerel regardait la chiorose comme une névrôse dans laquelle l'hydrémie était une altération secondaire.
Deux autres théories plus intéressantes attireront plus spécialement notre attention : chlorose, maladie inflammatoire : chlorose, maladie d'évolution.
Le caractère inflammatoire de la chlorose a été soutenu pour la première fois par Grimaud, en 1781, qui considérait la chlorose comme un état inflammaloire lent partant de l'utérus. Plus tard, cette hypothèse fut reprise par Clément et Lemoine (de. Lille) qui avaient observé au cours de l'affection des phénomènes infectieux tels que la phlébite. Metchnikoff se ralliait à ces idées, l'infection, ayant pour lui, comme point de départ la persistance de la menbrane hynren et la septicité du sang menstruel retenu par elle.
La théorie qui considère la chlorose comme une maladie d'évolution est la théorie moderne, la plus facilement acceptée aujaurd'hui. C'est celle qui a été soutenue par Ashwel, Bouillaud, Michel Lévy, Germain, Sée, Hanot, Gilbert Hayem. La chlorose est une maladie d'évolution qui apparaît à la puberté, disparait souvent avec elle, mais peut réapparaîltre, irrégulièrement, au cours de la vie génitaie de la femme.
Deux données étiologiques dominent en effet la disparition de la chlorose : l'âge et le sexe. En général, l'affection touche la femme au moment de sa
io puberté, si bien que la synonymie de « morbus virginum » est tout à fait justifiée, dans l'immense majorité des cas. Mais à cette constatation, viennent s'ajouter d’autres faits fort intéressants, et en particulier la question des antécédents héréditaires des chlorotiques. "+ |
Certains auteurs ont insisté sur la fréquence de la tuberculose dans les antécédents héréditaires des chlorotiques (Heyem, Jolly, Hanot). D’autres y ont remarqué la syphilis, d’autres enfin lalcoolisme.
Pour Hanot, la « chlorose est l’ensemble des manifestations qui expriment l'insuffisance héréditaire de tout l'organisme à faire les frais de la charge nouvelle de Iàa puberté féminine... C’est une maladie d'évolution, la maladie d'évolution de la pu- -berté ». Pour Gilbert (Congrès de Moscou de 1897} la « chlorose représente un des modes d'expression de la déchéance organique héréditaire d’où sa coexistence fréquente avec d’autres stigmates de déchéance ». Hayem, enfin, dans ses leçons sur les maladies du sang, enseigne, en 1900, que « la chlorose est essentiellement une malade de la dégénérescence organopathique ». ;
Les classiques, comme nous le voyons, se sont attachés seulement à l'explication de la chlorose de la jeune fille. Or, il existe des chloroses aussi importantes chez la femme, celle de la fin de ‘a grossesse ou celle qui suit un allaitement proloncé, par exemple. Dans ce cas, il faut élargir le cadre de la chlorose et chercher à envisager la pa-
thogénie d’une façon plus large.
Ris
Là chlorose est une maladie de déficit. C'est Le déficit en fer qui en est cause ; or, dans certaines circonstances de la vie féminine, sous l'effet du fonctionnement des glandes vasculaires internes (ovaire, corps thyroïde) l'organisme a besoin de toucher aux réserves en fer. Le foie ne suffisant pas, le prélèvement se produit au niveau des globules rouges. La chlorose apparaît dès lors. Cette façon de voir explique pourquoi, à l'origine de la chlorose on peut trouver soit une époque physiologique chez la fenime, soit une maladie toxique ou infectueuse dans les deux sexes. Ce qui distingue la chlorose des anémies véritables c’est que la chlorose est surtout un déficit hémoglobinique, l’anémie surtout un déficit globulaire. Le signe caractéristique et iinportant de la chlorose réside dans la diminution de la valeur globulaire. C
Si donc la chlorose est la maladie du déficit en fer, pourquoi donc les conditions qui président à son apparition restant les mêmes, cette maladie est-elle en voie de disparition P Nous en avons cherché les raisons. *
CIRCONSTANCES INFECTIEUSES. — Nous ne voulons pas dire que la tuberculose diminue de fréquence, mais certainement les mesures de préservation familiale augmentent. La lutte contre le foyer familial tuberculeux à été menée avec plus d’ampleur et plus de précision. Les établissements spécialisés, les dispensaires se sont développés et ont éloigné de certai-
nes familles des agents dangereux de contaminativn. Les cas de tuberculose, au début, sont plus facilement dépistés, depuis que la radioscopie et le laboratoire apportent leur aide si efficace aux moyens d'investigation clinique. L'hygiène scolaire, familiale ou urbaine, s’est améliorée. La tuberculose, en somme, voit se resteindre son territoire d'action familiale.
Pour la syphilis, on peut en dire de même. Une thérapeutique appropriée a pu peut-être empêcher la réalisation d’un tableau complet de grande chlorose. Il est certain que les progrés de la cure syphilitique ont considérablement limité l'étendue dex complications de la maladie. La chlorose pouvait en être une dans quelques cas.
CIRCONSTANCES TOXIQUES. — L'intoxication oxycarbonée professionnelle devient exceptionnelle.
L'alcoolisme des jeunes et très rares et les constatations de Magnus Huss sur les rapports entre la chlorose et l'alcoolisme ne peuvent avoir cours dans nos pays. Il est certain que l’organisation usinière moderne se perfectionne et que les circulations d'air, la ventilation en général, constituent le sujet de précautions multiples de la part des patrons.
CIRCONSTANCES HYGIÉNIQUES. — Elles se sont considérabement améliorées depuis quelques années. L'ouvrier prend plus soin de son intérieur. L'aération est souvent plus parfaite. Dans les milieux ouvriers
2 Bid.
Pal
parisiens, la misère y est rare, quand le père travaille et ne boit pas. La jeune fille ne consacre pas à son travail une peine épuisante, rentre chez elle pour y trouver une bonne alimentation.
Enfin la vie au grand air est une orientation actuelle de la vie populaire. La pratique des sports des jeunes gens pousse aussi les jeunes filles à une vie extérieure. La classe ouvrière, plus que la classe bourgeoise, s'occupe de culture physique. Pendant les vacances, on dirige les jeunes vers la campagne et tous savent que dans les grandes villes les trains partant vers la mer, la montagne ou la forêt, sont bondés d'enfant que les familles ouvrières, il y a quelques années, n'auraient pas éloignés de leur taudis.
En somme, la chlorose étant une maladie de déficit, si les causes multiples de déficit disparaissent, la maladie s’efface. On pourrait dire que la chlorose était une maladie sociale. L'amélioration dans la répartition des salaires a permis l'effacement de cettemaladie de déficit.
Mais si la grande chlorose a disparu, il n’en reste pas moins des formes estompées, des formes frustes que nous étudierons plus spécialement dans ce travail. Nous avons cherché à préciser l'importance des renseignements que peut apporter, pour le diagnostic des chloroses frustes, l’observalion des souffles jugulaires. Depuis quelques années et surtout depuis la disparition progressive de la grande chlorose classique, la recherche des