‹ Contribution à l'étude du droit naturel: Le droit naturel comme base de validité du droit positif et comme guide du législateurChapitre 23 sur 45 · I. — Le caractère objectif de la valeur · texte numérisé non relu

I. — Le caractère objectif de la valeur

La valeur n'est pas une construction subjective que chaque individu élaborerait pour lui-même, comme chaque individu détermine le but de son action. Si la valeur n'est pas un but, n'est-elle pas tout de même subjective, maïs alors en tant que simple idéal le droit déterminé par l'individu? M. Louxrrscn (1), élève de Georges Tassrrou, le célèbre juriste

(1) Sur la valeur et différents aspects de cette question, voyez dans un domaine largement philosophique et Comme base philosophique de cette conception, Ladislas TATARKIEWICZ : Ce que nous savons et ce que nous ignorons des valeurs, travaux du IX° Congrès International

serbe, l’affirme. 11 ne veut voir en la valeur qu'une création individuelle, comme chaque individu crée son propre idéal.

Cette doctrine ne correspond à une part de vérité que si lon considère tout autre idéal que le droit. Mais le droit ne peut être conçu comme la simple mise én œuvre d’un idéal subjectif. S'il n’était que cela, imposer cet idéal (de droit) un autre que son auteur devient incompréhensible. Il ne peut y avoir que fortuitement coïncidence entre l'idéal que professent deux individus. Cette solution ne peut nous expliquer que quelques rares cas d’obéissance. Et la force du droit serait bien faible s’il n'existait un élément plus convaincant dans ke droit.

On peut d’ailleurs dire que la doctrine de LouxirscH rejoint, dans une certaine mesure, celle de la motivation (2), car il faudrait supposer, pour que ce fut un élément de conviction à caractère général, que le droit soit un impératif suffisant, que l’idéal qui l’exprime par hypothèse ici subjectif — soit devenu objectif par une coïncidence qui ne peut s'expliquer que par une mode très répandue à un instant donné.

Mais cela n’expliquerait toujours pas comment cette création pourrait s'imposer aux autres par elle-même, car la coïncidence ne peut jamais être intégrale. Une telle coïncidence nc peut êre imaginée que par une généralisation purement hypothétique. Il s'en suivrait qu’un législateur ne pourrait jamais connaître les possibilités qu'aurait le droit de s'imposer.

La valeur doit donc avoir une existence en elle-même, détachée de toute source subjective. L'’impératif existe en lui-même; dans le monde des phénomènes, son existence se traduit par un fait d’obéissance générale devant l'expression de certaines valeurs. Quand un droit contient de la valeur il existe une force qui s'impose de façon générale, en même temps qu'elle s'exerce en chaque individu.

La valeur est donc une réalité objective.

de Philosophie, t. X, PARIS, HERMANN, 1937, qui écrit : « Les valeurs ont beau appaïtenir au monde des phénomènes, elles sont trop compliquées pour être aisément dégagées et justement parce qu'elles sont personnelles, elles sont difficiles à étudier », p. 11-12. « … il n’y a pas de savoir au sens propre et strict. de la valeur... il n'y a que des solutions personnelles et divergentes », p. 15.

(2) Voir plus loin, p. 111.

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