TROISIÈME PARTIE
TRAIÎITEMENT.
a) Chirurgical.
Nous ne voulons pas nous occuper du traitement chirurgical du goitre.
Comme nous l’avons dit au début, notre travail est surtout philosophique, et comme tel, nous nous sommes attaché plus spécialement à la prophylaxie de la maladie.
Nous dirons cependant, en passant, que l’exothyropexie, par les résulats qu’elle a donnés à ses auteurs, par la simplicité de son manuel opératoire, peut rendre de grands services, même aux pratriciens de la campagne.
b) Médical.
Coindet est peut-être le premier qui ait fait usage des préparations iodiques en thérapeutique pour com-
battre le goitre. Tous les médecins sont d’accord pour l'emploi de ce spécifique.
Quelques-uns convaincus que dans les pays endémiques tous les habitants subissent l'influence et peuvent être considérés comme soumis à une véritable diathèse spéciale qui, dans les localités fortement éprouvées, pourrait être appelée la cachexie goitreuse, ont étudié l’administration de l’iode à des populations entières.
On a songé d’abord à l'addition d’iodure de potassium au sel de cuisine, comme étant le mode le plus simple d'administration en masse aux populations atteintes de goitre (0 gr. 56 centig. d'iodure par kilogramme de sel marin). Ce traitement est préservatif et curatf. Il est dû à MM. Boussingault et Grange. Malheureusement il offre quelques dangers ou au moins de graves inconvénients. Il peut se produire des phénomènes d'ioduration sur des sujets particulièrement susceptibles. Ce traitement ne trouvera une application utile que dans les localités où la surveillance médicale peut être exercée.
« Il ne serait nullement impossible d'organiser une surveillance médicale, avec le concours des médecins des localités endémiques pour obtenir le contrôle nécessaire dans le traitement collectif, sous quelque forme qu'il ait lieu. Ce traitement a été, du reste institué déjà dans trois départements français (un ne l’est plus malheureusement) le Bas-Rhin, la Haute- Savoie et la Seine-Inférieure.
« Dans ce dernier département, le mode d’administration de l’iode à été déterminé par le Dr Vingtrinier ;
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il consiste dans quelques gouttes de teinture d'iode mélangées à de l’iodure de potassium à chaque repas ; une pincée de poudre d’éponge calcinée sur la langue ; tous les soirs, des frictions pratiquées sur le cou avec
. de la pommade iodurée, e& la suspension, dans les
rideaux du lit, d’un flacon ouvert, contenant de l’iode métallique; en plus l'application des règles de l'hygiène générale. |
« M. Morel a constaté que ce traitement était efficace ; mais il est incontestable pour nous qu’il est trop compliqué: M. Morel convient du reste qu'il est difficile de le faire adopter et qu’on échoue contre l’incurie, l'apathie, et quelquefois même l'opposition systématique des intéressés. » |
Ce traitement coûte en outre 4fr. par tête, prix relativement élevé quand il s’agit de l’appliquer sur une grande échelle.
Il suffirait, suivant notre conviction, d'adopter un seul mode d'administration générale de l’iode, et nous croyons que par l’ingestion directe de ce médicament, en très petites doses journellement répétées, on obtiendrait des résultats certains. Le point essentiel consiste dans la Surveillance médicale qui nous paraît nécessaire..…..
Le Dr Dagan a administré, dans des écoles de tout un canton, une pastille contenant un. centigramme d’iodure de potassium, à chaque enfant. Sur 640 enfants des deux sexes affectés du goitre, 490 ont guéri complétement et 129 ont été notablement améliorés...
M. Dagan a observé plusieurs récidives successives; mais il affirme que lorsque la guérison avait été obte-
nue trois ou quatre fois chez le même individu, le mal ne reparaissait plus. Ce médecin distingué n’a pas observé un seul cas d'iodisme ; il est vrai que son traitement s’appliquait aux enfants goitreux, à l’exclusion de ceux qui n'étaient pas atteints de cette infirmité, et qu'en général, selon bon nombre d’observateurs, l’iodisme ne se produit pas facilement chez les enfants. Il est important d’ajouter que le traitement du docteur Dagan revenait à trente centimes par individu. (Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, p. 203 et 204, t. XXIIL.) |
Le traitement individuel est certainement celui qui est le plus usité. Le goitre, chez les enfants, et même chez les adultes, se guérit très bien, lorsqu'il n’est pas ancien, par les frictions de pommades iodées et l’usage des pastilles d’éponge calcinée.
M. le docteur Chabrand conseille d'appliquer quelques sangsues à la base de la tumeur, afin d'obtenir une guérison plus prompte. « Nous avons vu, dit-il, pendant plusieurs années, traiter le goitre, à l'hôpital militaire de Briançon, avec la pommade iodurée en frictions et l’iodure de potassium ou la teinture d’iode pris à l’intérieur. Ce traitement est très long. Il faut le continuer vingt ou trente jours, et quelquefois plus longtemps encore. M. Larivière, médecin militaire, employa plusieurs fois, en 1857, d’après notre conseil, des sangsues à la base de la tumeur et obtint des résultats plus prompts. Le goitre, chez les militaires de la garnison, n’est autre chose, en effet, qu’une congestion ou une subinflammation du corps thyroïde. Nous avons employé nous-mèême les sangsues dans plusieurs
cas de goitre récent et toujours avec avantage. Le même moyen nous a encore parfaitement réussi dans quelques cas de goitre ancien, non point pour le faire disparaître, mais pour le diminuer et arrêter des accès de suffocation qu’il occasionnait en comprimant la trachée-artère. »
Personnellement nous avons eu un bon nombre de goitres à soigner. Nous avons adopté un système mixte,
A cause des dangers de l’iodisme, nous n’avons Jamais prescrit un traitement dépassant quinze jours de durée.
Nous faisons prendre de la teinture d’iode tous les matins dans un verre de lait. (Le lait nous paraît le meilleur véhicule pour ce médicament.) Nous faisons frotter, le soir, une pommade iodurée, sur la tumeur et nous surveillons notre malade. Comme il arrive souvent que les gens de la campagne ne reviennent pas chez le médecin, parce qu’ils voient q'e le traite : ment ne leur produit pas un effet immédidt, ou encore parce qu’ils pensent guérir, sans autre consultation, nous leur recommandons toujours, à la première visite, de ne. pas continuer le traitement plus de dix à quinze jours. S'ils reviennent, nous le suspendons si nous craignons des accidents d’iodisme,etnous faisons prendre, pendant une dizaine de jours, de l'éponge calcinée. De cette manière, nous pouvons continuer longtemps le traitement, et nous avons rarement vu, les goitres, surtout ceux d'enfants y résister.
c) Prophylactique.
Le traitement prophylactique du goitre découle tout naturellement de son étiologie.
Le jour où son bacille sera connu, isolé, on n'aura que lui à combattre; et peut-être une vaccination antigoitreuse viendra remplacer toutes les mesures prophylactiques en usage aujourd’hui.
En attendant la connaissance de la cause exacte du mal, de la cause unique, il faut se contenter de lutter contre les causes multiples, immédiates ou lointaines, une à une, et mettre les individus dans Ja possibilité de lutter contre cette cause spécifique.
Nous croyons que le goitre et le crétinisme remplacent, à la campagne, la tuberculose des villes. C’est la dégénérescence d’une espèce qui ne peut et ne doit plus vivre. Le crétin-goitreux est un dégénéré dans tous ses orgänes, dans tout son être.
Comment est-il tombé dans cet état? Par une prédisposition au mal, ou par le germe du mal qu’il avait en naissant; par des soins insuffisants -pendant sa première enfance ; par un défaut d'éducation qui aurait pu développer le peu d'intelligence qui se trouvait dans son cerveau ; par une mauvaise alimentation, une habitation insalubre ; et enfin un travail excessif et des alternatives de hautes et de basses températures,
Si on pouvait supprimer toutes ces causes, il y aurait, peut-être encore quelques goitreux dans un temps plus où moins éloigné d'ici, car nous croyons à
la nature infectieuse de cette maladie, mais il n’yaurait plus de crélins ; de ces êtres dégénérés qui sont la désolation de leurs familles, et de ces familles dégénérées qui sont l’opprobre de leurs hameaux.
Pour arriver à ce but, il faudrait d’abord que la loi ne permit pas aux crétins de se marier. Plusieurs auteurs ont indiqué ce moyen comme un des plus efficaces. L’hérédité est sans doute une puissante cause de propagation du goitre et du crétinisme ; et il faudrait, comme on fait pour les espèces animales, surveiller la génération dans la reproduction ; mais peut-on appliquer à l’homme une pareille loi sans attaquer sa liberté morale ? Où commencerait ensuite le degré de crétinisme qui empêcherait le mariage ? |
La Commission piémontaise demandait l’empêchement pour tous les individus qui ont une tendance au crétinisme.
« Mais alors, dit M. Chabrand, il faudrait dans certaines localités, s'opposer au mariage des troisquarts des sujets nubiles ; et pour obtenir une population saine, on arriverait à la dépopulation. »
Nous nous contentons d'indiquer, aux populations des villages où le goitre est endémique, le danger qu’il ‘y a de s’allier aux familles crétineuses, et nous conseillons aux pasteurs de ces populations de le leur rappeler souvent ; et si après cela, les mariages entre semi-crétineux ou consanguins contineunt nous aurons au moins fait notre devoir, en les avertissant de ce danger.
L'éducation et l'instruction jouent aussi un rôle important dans les pays où règnent le goitre et le créti-
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nisme. M. Chabrand dit : «Nous le répétons, l'éducation développe l'intelligence, le défaut d'exercice la tue... « Abandonnés à eux-mêmes, les semi-crétins et les crétineux resteront toute leur vie dans un état d’ignorance et d’abrutissement qui ne fera que s’aggraver en devenant le triste héritage de leurs descendants. Il importe beaucoup de leur donner l'instruction dont ils sont susceptibles, de cultiver les dispositions particulières qu’ils manifestent; en un mot, de leur appliquer le principe énoncé par M. le D' Voisin, au sujet des idiots, « développer ce qui existe ». Ce devoir appartient spécialement aux ministre de la religion et aux instituteurs qui doivent, au milieu de ces populations déshéritées, redoubler d'activité et de zèle... »
Dans les mesures hygiéniques générales, la plupart des auteurs placent, en’ première ligne, le changement des eaux potables. Les eaux sont considérées non. comme le .seul: véhicule du principe toxique, mais comme le plus important.
Monseigneur Billiet, le savant prélat qui a étudié le goitre dans la Maurienne, rapporte, dans une lettre adressée en 1864 à M. Morel «qu’il existait, dans la cour de l’école normale d’Albertville, un puits de douze mètres de profondeur. De 1840 à 1860, il y avait là un pensionnat de jeunes filles dont ies élèves étaient complètement exemptes de goitres. En 1860, après avoir fait des réparations à la maison, on étendit les décombres dans la cour, autour du puits, à la hauteur d’un pied ou deux ; on y établit alors une école normale de soixante à quatre-vingts élèves, dont vingt à vingt-
cinq prirent le goitre en peu de temps. M. le Recteur de l’Académie y fit creuser une citerne et fermer le puits. Le goitre y disparut entièrement. » (Dictionnaire encyclopédique, p. 197.)
D’autres exemples aussi sûrs prouvent que les eaux potables jouent un rôle important dans la production du goitre.
L'usage de l’eau de citerne parait donc un excellent moyen prophylactique contre l’endémie goitreuse. Les auteurs s'accordent à dire que l’eau de pluie ne contient jamais le principe goitrigène.
Les habitants des hameaux où le goitre est endémique pourraient bien se réunir pour faire construire une citerne dans de bonnes conditions pour ramasser les eaux de pluie qui seraient les seules utilisées comme eaux potables.
L'administration pourrait aider ces habitants déshérités dans la construction de ces réservoirs d’eau potable. On ne saurait trop s'attacher à faire disparaitre
le goitre de nos pauvres montagnes.
L'établissement des citernes offre bien quelques
difficultés, mais qui ne sont pas insurmontables: Il y a deux autres moyens, qui sont loin d’être aussi effcaces, mais qui ont été indiqués par beaucoup d’au- teurs et que nous recommandons d’une manière toute particulière, à cause de leur simplicité.
Le premier de ces moyens consiste à laisser reposer l’eau dans un réservoir ou dans des récipients en bois par exemple, plusieurs jours avant de s’en servir. M: Boussingault cite l'exemple d’une famille habitant une localité où l’endémie goitreuse était très intense.
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et qui s'était préservée du goitre par la seule précaution de conserver l’eau pendant deux jours avant de s’en servir.
Le second moyen consiste à faire bouillir l’eau avant d’en faire usage. Nous sommes convaincu que ce moyen est très efficace; el que si, dans tous les villages où le goitre est endémique, on ne buvait que de l’eau préalablement portée à l’ébullition, il n’y aurait plus rien à craindre des eaux pour sa production.
L'agent auquel on attribue le goitre n’a pas encore été isolé, mais tout porte à croire que c’est un agent organisé, un microbe, et alors quel meilleur moyen pour le détruire dans l’eau, qui est son meilleur véhi-. cule, que de faire bouillir cette eau.
Lorsque nous aurons encore conseillé l’assainissement des marais, l’endiguement des eaux suspectes de manière à ce qu’elles baignent la moindre surface possible, dans les environs et surtout dans les villages où le goitre est endémique, nous aurons indiqué à peu près la prophylaxie hydraulique,
Passons aux habitations.
Nous avons décrit, dans l'étiologie du goitre endémique, l'habitation des vallées infectées; habitation étroite, humide, sale et mal aérée. Nous avons dit que nous considérions celte habitation comme une des causes puissantes de la production du goitre. Il importe rait donc beaucoup d’assainir les habitations.
Pour cela, il faudrait appliquer aux habitations des localités endémiques la loi sur les logements insalubres. Mais, pour cela, il faudrait que la loi fut modifiée,
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car, telle qu’elle est aujourd’hui, elle donne au localaire.et à l’usufruitier droit de réclamation contre son propriétaire, mais elle n’oblige pas celui-ci à assainir sa maison lorsqu'il Lhabite lui-même, ce qui, dans les localités infectées, est le cas le plus fréquent, même dans les familles les plus pauvres.
Si les propriétaires ne sont pas tenus, de par la loi, à assainir leurs habitations, ils y sont tenus pour leur santé personnelleet pour celle de leurs enfants. Car les habitations insalubres ne donnent pas seulement le goitre, mais elles peuvent procurer beaucoup d’autres maladies dont les sciatiques et les affections scrofuleuses se rencontrent le plus souvent.
Nous engageons donc nos compatriotes à prendre bonne note des conseils que nous allons leur donner, afin d’en faire leur profit. ;
Nous engageons même beaucoup MM. les instituteurs à répéter ces conseils à leurs élèves, dans les leçons d'hygiène qu’ils leur donnent, Nous sommes convaincu que c’est un grand service à rendre aux populations.
4° Pour assainir les maisons existantes, il faut agrandir les fenêtres ou en ouvrir de nouvelles s’il n’y en a qu’une; blanchir les murs à la chaux toutes les années et planchéier le sol.
Nous insistons tout particulièrement sur cette nécessité de planchéier le sol. C’est une dépense qüe tous les propriétaires peuvent faire, même les plus pauvres. Presque tous ont du bois, ou, s’ils n’en ont pas, l’administration forestière peut leur en délivrer. La plupart d’entre eux pourraient faire ces planchers eux-
mêmes à temps perdu, et n'auraient ainsi aucune dépense à supporter. Les moins habiles n'auraient que la main-d'œuvre d’un ouvrier pendant quelques journées. Il n’est pas nécessaire que le plancher soit artistement fait, il suffit qu’il soit hygiéniquement fait. Pour cela, comme presque toutes les habitations sont audessous du niveau du sol, nous conseillons beaucoup de mettre, entre le plancher qui est à faire et le sol qui existe, une couche de gros gravier ou, mieux encore, de pierres cassées d’une épaisseur de 25 ou 30 centimètres et même davantage, si c’est nécessaire, pour élever le plancher nouveau à une marche au-dessus du sol extérieur. Cette petite réparation, qui est à la portée de tous, aurait une très heureuse influence sur l’assainissement de la maison.
Nous voudrions aussi voir perdre l'habitude de jeter de l’eau sur le sol de l'habitation au lieu de ja porter dehors.
Ce qui ne devrait pas exister non plus ce sont ces habitudes de malpropreté si fréquemment liés à l’ex-
trême misère,
Pourquoi ces tas de linge sale dans les coins cachés de la maison? 6 Vo
Pourquoi ces tas de mauvais souliers qui se pourrissent, pendant des années, sous les lits et sous les caisses ou les armoires ?
Il ne doit y avoir dans la maison aucun coin respecté par le balai de la ménagère.
La propreté de la personne n’est pas moins utile que celle de la maison. Il faut habituer les enfants, dès leur bas âge, à se laver tous les matins les mains et la
tête, et leur faire prendre des bains généraux de temps en temps, au moins tous les mois. La propreté est à la portée de tout le monde, des pauvres comme des riches,
2° La construction des. maisons nouvelles devrait ètre soumise à certaines règles, dont la principale serait l'élévation du rez-de-chaussée au-dessus du niveau du sol.
L'administration pourrait encourager, par des subventions, Soit l'assainissement des maisons existantes, soit la bonne édification des constructions nouvelles. Avec ces subventions elle aurait un droit de surveil- Jance et pourrait secouer un peu l’apathie des habitants.
L'alimentation figure parmi les causes les plus indiscutables du goitre. L'insuffisance d’alimentation est due à la misère des populations qui habitent nos vallées. Nous avons décrit cette alimentation. Il est difficile de combattre le paupérisme et son influence néfaste ; nous ne saurions néanmoins trop appeler l'attention de l'Administration sur ces malheureux. M. Chabrand conseille l'usage du sel dont plusieurs habitants font une consommation insuffisante.
« Ils reconnaissent, dit-il, que leurs bestiaux ne pourraient s’en passer et s’en privent eux-mêmes. Les aliments lourds et insipides qui leur servent de nourriture exclusive exigent impérieusement, pour être digérés, qu’on les associe à une grande quantité de sel. Le sel, comme on l’a dit, est un condiment indispensable; il facilite la digestion et rend la nutrition plus
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complèle. On a calculé que chaque individu doit en consommer 15 à 16 grammes par jour, s’il veut conserver ses forces et sa santé...
« Nous croyons aussi que l’usage du café est d’une utilité incontestable [pour combattre et pour prévenir . le goitre et le crétinisme.Nous remarquons que, depuis une vingtaine d'années, le crétinisme perd du terrain dans l’arrondissement de Briançon, et nous mettons au nombre des causes de cette amélioration l’usage du café, qui s’est répandu dans les hameaux les plus écartés et les plus pauvres. Lecafé nous paraît posséder des propriétés très précieuses pour vaincre l’engourdissement du corps et de l'esprit que l’on remarque chez les personnes disposées au crétinisme. Il est généralement admis que le café agit favorablement non-seulement sur les fonctions de nutrition, mais encore sur les facultés intellectuelles. »
Nous sommes convaincu aussi que l’usage du vin influe considérablement sur la disparition du goitre. Non l'usage immodéré comme le pratiquent certains paysans de nos campagnes, qui n’en boivent qu’une fois par semaine, le dimanche ou le jour du marché, et qui en boivent à perdre la raison. Cet usage-là est plus nuisible qu'utile ; il favorise, au contraire, le développement du crétinisme. Mais l’usage modéré, le vin pris en petites quantités, aux repas, agit comme tonique et fait partie d’une bonne alimentation. M. Ladoucette, ce bienfaiteur de notre département, était pénétré de cette vérité, quand il léguait une rente suffisante pour assurer, aux soldats des garnisons des Alpes, une ration de vin tous les jours.
Des vieillards du Champsaur nous ont dit bien souvent qu'autrefois il ne se consommait presque pas de vin dans ce pays, qui n’en produit pas ; tandis qu’aujourd’hui on en boit dans toutes les maisons et autant que dans les pays de production. Aussi le goitre n'existe pour ainsi dire plus dans cette vallée. Il est vrai que ses habitants sont relativement aisés et se nourrissent assez bien, mieux qu’autrefois. Ce qui prouve que l’alimentation joue un rôle important dans la diathèse goitreuse.
Contre le travail excessif que nous avons indiqué comme cause éloignée, nous voudrions voir l’Administration multiplier les routes dans les pays où le goitre est endémique. Si les chemins étaient praticables, les habitants de ces vallées auraient probablement des bêtes de somme et ne seraient pas obligés de porter toutes leurs récoltes sur le dos et de remplacer eux-mêmes ces bêtes de somme.
Un moyen qui réussit toujours pour guérir le goitre est l'abandon du pays endémique et le séjour au bord de la mer. Plusieurs auteurs l’ont indiqué déjà, et nous avons pu le vérifier nous-même, pendant notre séjour à Marseille. Nous avons retrouvé là plusieurs fils de goitreux, partis des Alpes sans goitre ou avec un commencement de goitre. Les premiers n’ont jamais pris de goitre, et les seconds ont vu le leur disparaitre sans traitement. Nous ne parlons que des jeunes gens ou des jeunes filles.
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