‹ Contribution à l'étude du goitre dans les Hautes-AlpesChapitre 10 sur 13 · CIE | D · texte numérisé non relu

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foulés vers le centre. La transpiration se supprime brusquement ; l’exhalation pulmonaire devient plus abondante. De là, un surcroît d’activilé dans les organes respiratoires ; de là aussi des angines, des laryngites, des bronchites, des pneumonies, des endopéricurdites et autres phlegmasies des divers organes qui prennent une part plus ou moins active à l'acte de la respiration.

Les troubles respiratoires, observés pendant l'été, sont encore plus marqués au printemps où les variations-de température sont encore plus considérables.

Les troubles produits dans l’économie par les changemeuts de température tiennent surtout à ce qu'ils sont trop brusques et que l'équilibre entre les diverses fonctions n’a pas le temps de se rétablir. Ces perturbations quotidiennes dans l’acte de la respiration pulmonaire et dans les fonctions sécrétoires de la peau altèrent profondément l’hématose et la production de la chaleur animale. De là, atonie des tissus, chairs molles, bouffies ; de là, dégénérescence et abâtardissement du corps et de l’esprit; de là, enfin, goitre et crétinisme..….

La position de la glande thyroïde au-devant de la trachée-artère et du larynx ; ses rapports avec l'aorte, les carotides, l’artère pulmonaire, les veines jugulaires, les nerfs pharyngés, pneumogastrique et grand sympathique, son organisation éminemment vasculaire démontrent assez qu’elle doit jouer un rôle important dans la respiration et la circulation. Toutes les fois donc que ces fonctions seront entravées par une cause quelconque, le corps thyroïde deviendra le siège d’une

congestion sanguine. Cet organe fréquemment congestionné restera, avec son système vasculaire plus développé, plus gorgé de sang et finira par augmenter de volume. Ce sera le goitre dans sa forme la plus simple. Ces hyperhémies se reproduisant souvent pourront donner lieu, tantôt à une inflammation se terminant par résolution, tantôt à une extravasation sangnine dans les vésicules ou le tissu cellulaire interstitiel. De là des indurations, des kystes et autres altérations du tissu de la glande, constituant le goitre chronique avec toutes ses complications. |

Une autre cause capable d’amener une augmentation de volume dans le corps thyroïde, c’est le refroidissement auquel il est soumis pendant les variations brusques de température. En effet, ces refroidissements occasionnent, soit un afflux, soit une soustraction de sang. Le plus ordinairement, il en résulte un engorgement sub-inflammatoire qui, à force de se reproduire, altère la nutrition de la glande et engendre son hypertrophie et les tumeurs de diverse nature dont elle est si souvent le siège. »

Cette cause indiquée par M. le D’ Chabrand, nous parait très digne d'attention. Nous avons pu la contrôler, dans notre pratique et dans notre rayon médical. |

Les deux seules communes, du bassin du Drac, qui ont le goitre endémique, sont Saint-Jacques et Saint-Maurice, dans le Valgodmar. L’altitude de ces communes est entre mille et onze cents mètres. La vigne n'y est pas cultivée, mais il y a des fruits et du froment ; et la température y est très élevée, en été,

pendant le jour, à cause de la réverbération des roches voisines, et très froide, pendant la nuit. Les hivers y sont rigoureux, surtout du côté de Saint- Jacques, à cause de son exposition au nord.

M. Niepce avait déjà fait la même remarque. Il avait dit que les vallées les plus infectées sont celles qui, très froides en hiver, jouissent en été, d’une atmosphère étouffante, où la fraîcheur des matinées et des soirées d'été offre un contraste énorme avec la chaleur brûlante du milieu du jour.

Nous pouvons donc dire, avec M. Chabrand, que la patrie de prédilection du goitre, dans les Alpes, se trouve vers les dernières limites de la région de la vigne, en avançant de la plaine vers les montagnes.

Notre conviction est donc que c’est surtout aux influences de la température que l’on doit attribuer la production de cette maladie.

Des observateurs plus habiles que nous pourront diriger leurs études et leurs investigations de ce côté; à moins que la bactériologie ne vienne éclairer défiuitivement cette question jusqu'ici si obscure.

M. Chabrand donne, à l’appui de sa théorie plusieurs exemples encore et arrive aux causes secondaires. Il met en première ligne les efforts et le travail excessif.

« Tout le monde sait, dit-il, que des individus sont devenus goitreux après avoir poussé des cris ou soulevé des fardeaux, et que plus d’une femme a eu le goitre, à la suite du travail de la parturition.

Ainsi les efforts qui, dans quelques circonstances, sont suffisants pour donner naissance au goitre ne doivent pas être oubliés dans la recherche des causes

de cette maladie endémique puisqu'ils viennent ajouter leur influence à celle de la cause essentielle, par le trouble qu’ils apportent dans la respiration et la circulation. »

Béclard, dans son Traité de physiologie, dit : « Dans tous les efforts, les mouvements respiratoires se trouvent suspendus pendant un temps plus ou moins long. L'influence accélératrice. qu’exerce l'inspiration sur le cours du sang veineux n’agit plus. Le sang, poussé par les contractions persistantes du cœur, s’accumule dans lesystème veineux, et celui-ci devient turgide. La face, le cou, la poitrine s’injectent. »

Il est certain que dans le Valgodmar, comme dans le Briançonnais, il y a beaucoup de villages où les habitants sont obligés de remplir les fonctions de bêtes de somme. Et nous sommes de l'avis de M. Chabrand quand il dit:

« Là, hommes et femmes transportent, sur le dos, les engrais, les récoltes, le bois... Nous voyons arriver, les jours de marché, de pauvres gens portant sur le dos du bois, du charbon, du blé, des pommes de terre, etc. Le fardeau est fixé au moyen d’une courroie qui vient passer sur le front et qui les oblige à fléchir

‘la tête en arrière et à porter le cou en avant. Dans cette attitude, la gène de la respiration, causée par l'effort est considérablement augmentée; il y a tuméfaction et affiux énorme de sang dans les vaisseaux du cou et de la face. Des efforts de ce genre, souvent répétés sont bien propres à déterminer un état congestif dans les vaisseaux de la glande thyroïde et du tissu cellulaire environnant, et à produire consécutivement une

hypertrophie et une altération organique de cette glande.

« Ce sont précisément les habitants des régions où les goitreux sont en grand nombre qui sont ainsi obligés de porter des fardeaux. En général, leurs propriétés - sont situées sur des pentes très raides, et ils ne peuvent faire un pas sans monter ou descendre; aussi il est très commun de rencontrer parmi eux une foule d'individus asthmatiques ou atteints de maladies organiques du cœur. Dans quelques villages, les hommes sont maçons ou charpentiers et travaillent de leur état pendant l'été. Les femmes restent seules chargées de Ja culture des champs. Ces pauvres femmes sont obligées de se livrer à ces rudes travaux, même pendant la grossesse et jusqu’au moment où les douleurs de l’enfantement commencent à se faire sentir. Un grand nombre se lèvent le lendemain ou le surlendemain dé l’accouchement et reprennent leurs occupations pénibles au bout de quelques jours. Dans ces conditions, les jeunes femmes de la campagne, après quelques années de mariage, ne sont plus reconnaissables ; elles sont vieilles à trente ans. Il en est ainsi chez tous les peuples qui emploient les femmes à des travaux étrangers à leur sexe. »

Avec la cause déterminante indiquée par M. Chabrand, nous élablissons facilement l’étiologie du goitre.

Nous avons d’abord une foule de causes éloignées et qui préparent les populations à la réceptivité de cette terrible affection, ou qui mettent les individus dans l'impossibilité de résister à ses atteintes.

Nous les avons toutes passées en revue.

Les eaux viennent en première ligne, sans qu’on puisse bien préciser ce qui leur manque ou ce qu’elles ont de trop pour devenir goitrigènes.

Viennent ensuite les habitations insalubres ; l'air vis cié ; la mauvaise alimentation; les travaux excessifs ; et enfin, comme cause immédiate, les perturbations profondes et fréquentes de la respiration et de la circulation, perturbations produites par le passage brusque et fréquemment renouvelé d’une température froide à une température très élevée et vice-versa.

Une fois produit le goitre s'aggrave par la transmission héréditaire et les mariages consanguins.

Connaissant les causes du goitre, nous allons essayer d'indiquer les moyens de les combattre.

Le traitement de cette maladie va faire l'objet de notre troisième parlie.

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