DÉFINITION
Nous avons vu dès le début de notre travail que nous nous proposions d'entendre par Kyste simple des os :
« Une affection du squelette, se caractérisant par la fr mation d’une cavité kystique unique tapissée d’une membrane propre siégeant dans un os; sans qué une maladie générale ou une affection connue (précédente ou concomitante) de Forganisme du ne intéressé puisse en expliquer directement la pathogénie. » \
Une Sr tAbS définition restreint donc d'elle-même considérablement le nombre des observations que nous pouvons donner. Duteil, en 1913, qui avait réuni toutes celles connues à ce moment basa son travail sur 96 observations.
Nous aurions pu aussi en donner un chiffre plus important que celui auquel nous nous-sommes bornés ; mais nous ne pensons pas que nos renseignements sur l'affection qui nous intéresse eussent été plus complets et surtout plus précis.
Nous avons préféré les avoir plus rares et mieux étudiés.
Et c'est surtout de l'observation personnelle que nous essaierons de tirer les éléments essentiels de notre courte étude. -
Etiologie et Pathogénie
Cest plus particulièrement chez les jeunes-sujets que l'on rencontre le « Kyste simple dès os », Toute la période de dé croissance peut en voir l’évolution. Depuis la seconde enfance, en passant par l'adolescence où elle atteint son maximum de fréquence, la maladie frappe encore assez couramment des sujets avoisinant la trentaine. Plus rarement, elle peut atteindre l'age mür, nous citons l'observation d'une femme de 49 ans. Mais sur nos 14 observations, 10 de nos sujets n'avaient pas dépassé 16 ans, et le plus jeune avait plus de 5 ans. Quand au sexe, l'affection ne parait pas affectée plus particulièrement l’un que l’autre. Cependant Sequi, de Lyon, a pensé que le kyste du tibia, atteint plus particulièrement les garçons. As ,
Nous avons rencontré des observations relatant des cas ayant intéressé les différents os du squelette, mais c'est aux os longs qu'ont rencontre plus particulièrement cette variété de kystes, et il ‘semble même que l'ordre de fréquence est en raison directe de l'ordre de longueur des os du squelette comme
le montre le petit tableau suivant Er
Fémur Tibia Humérus Müller 39 2 Ado 16 °/, 50 cas étudiés Silzor A D de eo 07 »
Dille Ben 16: 090). .103 )
qui montre en effet que le fémur, le tibia, l'humérus, sont
les plus atteints.
Parmi les causes déterminantes, celle qui a été considérée
comme la plus importante a été le traumatisme. Il est certain en effet que dans la plupart des observations on rencontre à l'origine de la maladie, un ou plusieurs traumatismes. Les auteurs ont donc voulu voir là l’étiologie de cette curieuse affection. Kümmer, Frangenheim, Mütel, pensaient en effet qu'on pouvait en expliquer la génèse par le traumatisme et Mauclaire allait jusqu'à désigner la maladie sous le nom « d'ostéite vocuolaire métatraumatique. »
Faut-il penser d'autre part que le traumatisme qui est le plus souvent une chute (elles sont si fréquentes chez les en- : fants et les adolescents), n'est qu'un agent révélateur plutôt qu'un agent causal ? —— Le fait est courant en pathologie — souvent en effet des femmes porteuses de tumeurs malignes du sein, racontent au chirurgien que leur mal est consécutif à un coup, dont elles précisent souvent la date. Tietze et Broca, notamment, n'acceptent pas l'hypothèse étiologique du. traumatisme. Eten 1913 encore, Bérard et Alamartine, s’accordent à dire que le traumatisme a une € influence adjuvante » mais se refusent à croire que sa seule influence puisse déterminer cette affection. ;
En ce qui nous concerne, Fhistoire clinique de notre malade, le résultat de l'examen microscopique nous portéraient à nous ranger plutôt du côté de l'hypothèse traumatique. ,
Pathogénie -— En présence de cette affection osseuse, : les auteurs se sont demandés quel en était le processus pathogénique. |
D'aucuns voulurent y voir, un néoplasme, ayant subi la £ dégénérescence kystique, d'autres l'aboutissement d'un trouble profond dans là nutrition et la calcification de l'os, quelques uns enfin le résultat d'une infection siègeant au niveau de l'os et certains enfin les conséquences d’un traumatisme.
Théorie Néoplasique -—- En 1876, Virchow émettait l'idée S
ee
que « les kystes osseux ne sont que le produit de ramollissement d’un enchondrome. »
Faisant l’autopsie d’une femme de 56 ans opérée de Iymphosarcome du cou, Virchow trouva par hasard un kyste solitaire à parois épaisses de- l'humérus droit. La paroi était formée par une couche continue de cartilage fibrillaire qui se continuait en bas par un cordon axial de 4 c/m de long, Quelques îlots. de cartilage fibrillaire mélés à du cartilage hyalin existaient dans la substance médullaire de l'os aux environs du kyste.
Se basant sur la présence du tissu cartilagineux Virchow considéra ce kyste huméral comme le produit de la fonte de noyaux enchondromateux et de là, naquit cette théorie qui fut en honneur jusqu'en 1891 et qui expliqua les kystes osseux par la tonte kystique de néoplasmes.
Sans chercher à voir la véracité de l'observation de Virchow qui fut revue ét contredite en 1891 par Miesner, (ce dernier en faisant un cas d’ostéite fibreuse)-on peut dire que cette théorie jetta le trouble dans les idées. I existe en effet des formations kystiques osseuses résultant de la fonte kystique de néoplasmes et nous en avons rencontré des observations. Mais dans ces cas - le tableau clinique, l'évolution, l’examen microscopique des lésions sont bien différents des faits qui nous intéressent en ce moment. L'allure envahissante de la maladie, sa rapidité d'évolution, les récidives opératoires, sont cliniquement le fait des néoplasmes. Microscopiquement, les cellules cancéreuses envahissent le tissu osseux environnant et ne donnant pas la sensation d’une tümeur limitée et bénigne comme celle qui nous occupe.
Quand à la présence des ilots cartilagineux rencontrés dans des kystes simples qui ont pu les faire confondre avec des formations néoplasiques,/malignes du fait qu'ils sont iso-
lés, ils ne sauraient déterminer le diagnostic de méoplasme. On
sait en effet qu'on peut en rencontrer dans tous les processus d'ostéite, notamment les ostéites par irritation, comme l'a montré Lexer.
Mais bien après Virchow on a pensé que le kyste simple était le produit de ramolissement d'un Sarcome : c'est ainsi que - Haberes par exemple, se basait pour émettre cette opinion sur la présence de cellules sarcomateuses, Mais il est difficile d'admettre cliniquement cette assimilation au sarcomme, du kyste simple. Rationnellement traité, en effet il guérit toujours et ne récidive jamais. |
Et aujourd’hui, les partisans de cette théorie néoplasique ne discutént, plus guère que sur l'hypothèse d’un sarcome atténuéé.
Les histologistes en effet ont eru se trouver en présence de sarcomes à myéloplaxes. Des erreurs d'examem se sont pro-
duites. Celle du malade de Delanglade est restée classique. = Un premier histologiste ayant conclu à sarcome à myéloplaxes pour ce malade ; Cornil fut amené sur l'insistance de P. Delbet à examiner les mêmes coupes et Cornil démontra d'une facon définitive qu'il s'agissait d'un processus d'ostéite fibreuse « Les prétendus myéloploxes ne sont jamais dans ces cas associés à une trame conjonctive globo ou fuso-cellullaire, ce sont en réalité des ostéoclastes agents de la résorption osseuse». 5
M- le Professeur Sabrazès pense que l’on assiste là à une réaction du tisssu osseux qui ressemble au processus sarcomateux, analogue à celle qui se produit autour de certains corps étrangers et qui a pu en imposer pour du sarcome. Mais il. pense aussi quo le tissu bordant le kyste présente un polymorphisme cellulaire qui contraste avec la cytologie des sarcomes. Et enfin la clinique oppose aux histologistes un argument caqital : la guérison sans récidive après une opération discrète.
\ Théorie infectieuse. - On a voulu aussi, voir dans le kyste simple des os le résultat d’une infection ou le reliquat d'une infection atténuée - quelques arguments en effet plaident en faveur de cette idée,en apparence. —
En 1875, Cosselin faisant l'étude des kystes des maxillaires les considéraient comme des kystes:-inflämmatoires. De leur coté Ollier et Poncet ont décrit des ostéomyélitesa tlénuées, äboutissant à la formation de cavités kystiques à contenu albumineux.
D'autre part, certaines manifestations de la syphilis, de la Tuberculose, sont susceptibles de dofiner des aspects microscopiques qui simulent plus ou moins grossièrement les kystes des os. ; Ho
: C'est de l'assimilation au kyste simple de ces affections di-. -verses, qu'est née la théorie infectieuse. Mais il arrive aussi que de véritables kystes simples ont été rencontrés chez des malades relevant d'une maladie infectieuse récente, telle que la typhoïde par exemple. FA
Ainsi Mario Ponzio et Corson nous rapportent des observations de malades qui ont eu la fièvre typhoïde. Le malade de Corson a vu se développer le kyste deux ans après sa typhoïde. Le malade de Mario Ponzio une année après. Malheureusement-les auteurs restent muets sur l'examen bactériélogique du contenu des kystes chez leurs malades.
Par contre Kôpke et Braun ont fait l'analyse Bétnioloet
pue ; Kôpke a trouvé dans le liquide du kyste du staphyloco- qué doré, Braun a trouvé dans la membrane quelques diplocoques prenant le Gram et les ensemencements faits probablement avec le contenu du kyste, ont donné du staphylocoque blanc pyogène. Dans beaucoup de cas, les examens bactériologiques sont restés complètements négatifs. Alors il est permis de se demander s'il existe une catégorie de kystes simples des
PE ue
os réellement infectieux ? (Thèse Sequi, à l'appui de cette idée). — Il y aurait des preuves convaincantes dans les observations que nous venons de citer. On peut aussi se demander si dans les autres cas l'infection est tellement discrète que localement elle ne se manifeste pas, ou si l’agent pathogène est si
subtil qu'il passe inaperçu.
Mais la clinique fait plutôt éliminer l'hypothèse d’une infection même ralentie. Toute infectiou évoluant dans un un os y donne en effet des manifestations douloureuses très accusées, une modification de l'état général, (température, ‘ frissons ele. ) qui ne peuvent passer inaperçus.
Ça ne parait donc pas être dans cette hypothèse infectieuse qu'il faut trouver l'explication du kyste simple des os.
Et il parait plus vraisembable de penser que c'est sur des observations d'abcès des os que se sont arrêtés. les auteurs
partisants de cette théorie, plutôt que sur des kystes simples.
Théorie trophique. — Dans la quasi-unanimitè des cas. le kyste simple des os est une maladie de l'enfance ou de la seconde enfance, de l'adolescence, du jeune âge en un mot. C'est donc en pleine période de travail, de transformation, que les os en sont frappés ; avant qu'ils ne soient arrivés au stade terminal de leur évolution, à l’ossification définitive: ES
Cette coïncidence de l'affection avec l'état de transformation des os longs, a amené les auteurs a penser que le kyste simple n’était que le résultat d'un trouble profond dans la nutrification et dans la calcification de los, suivant un processus d'ostéile fibreuse placé sous une influence encore inconnue. Peu à peu, grâce à l'intervention des ostéoclastes, du tissu fibreux, se substitue à l’os qui finalement ne subsiste plus que sous la forme d'une mince couche compacte périphérique. La pseudo-tumeur ainsi constituée peut être le siège d'hémorragies
CARRE: | Ep
et sinfiltrer de sang ou bien subir la dégénérescence myxtomateuse et donner naissance à la formation kystique. »
Déjà, Mikuliez avait invoqué cétte théorie et il appelait l'affection ostéo- -dystrophie juvénile fibro-kystique. Bon nombre d'auteurs se sont ralliés à cette manière de voir. Quelques-uns voulurent même voir dans ces kystes une variété d'ostéomalacée. Gayet et Bonnet, ayant décrit en effet des formes d’os- “ téomalacie localisées. Mais cliniquement et anatomiquement l’assimilation de ces deux maladies est impossible. Récemment énçore Bérard et Alamartine pensent qu'il s'agit dans cette affection osseuse, de troubles dystrophiques, car ils la dénomment d’une appéllation voisine de celle de Mikulicz ostéodystrophie fibro-kystique.
Théorie traumatique. - La localisation nette de ces lésions, l'existence de traumatismes ayant intéressé la région malade, d’une façon plus on moins directe et violente ont fait chercher dans le traumatisme, Comme nous l'avons vu plus haut, la principale explication pathogénique de cette ostéopathie. De nombreux auteurs tels que Frangenheim, Blodgood, Buchanan, Kunmer, Engels, ont attaché leurs noms à cette manière d'expliquer ces faits. Récemment encore Mauclaire s’en faisait le champion et allait jusqu'à appeler la maladie qui nous intéresse € ostéite vacuolaire métatraumatique. » = Il semble en effet que cette conception rallie le plus grand nombre de suffrages. À peu près dans toutes les observations de kystes simples des os, un ou plusieurs trautnatismes sont relevés dans lhistoire de la maladie. Certains sans gravité immédiate, d’autres pouvant aller jusqu'à entraîner la fracture de l'os considéré. à
On objecte bien que la plupart du temps les malades - souffraient antérieurement à leurs chutes ou aux heurts qu'ils ee ontrecus, On dit bien aussi que ces heurts étaient de minime