‹ Contribution à l'étude du Lathyrisme chez les BovinsChapitre 8 sur 8 · C5. EE · texte numérisé non relu

C5. EE

« Je suis disposé à penser néanmoims que la toxicité de celle plante augmente avec son degré de maturité ; mais il ne reste pas moins établi, à mon avis, qu'elle est dangereuse avant sa floraison, et que ce danger augmente progressivement avec la croissance. La graine est plus loxique que la plante à l’état vert.

« Un chien, auquel on a donné intentionnellement des graines arrivées à leur complet développement, et préalahlement écrasées et mélangées à de la viande, est mort peu de temps après. »

La Revue des Sciences naturelles appliquées, dans son fascicule n° 3 du 5 février 1895, publie une note de M. Fray sur les Effets nuisibles d’une plante nouvelle cullivée comme fourrage. Cet auteur donne de la plante une description semblable à celle que j'ai donnée précédemment. Il ajoute : « Cette plante produit sur le bétail des effets qui méritent d'être signalés. Les veaux la refusent, les vaches, et en général les bêtes adulles, la mangent de mauvaise grâce ; elles laissent beaucoup de débris qu'on est obligé de mettre au fumier ; la brassée qu'on leur sert, dure‘d’un repas à l’autre ; ce sont les propres expressions d’un cultivateur. Si le bétail ne mange cette plante qu'en petite quañlité, pendant peu de lemps, el surtout si la nourriture est variée, alternée, les effets de la Gesse en question se font peu sentir ; mais s'il ne mange pas autre chose, au bout de quelque temps il devient malade, 1l tombe dans une espèce de marasme, il se meut difficilement, il finit par être atteint de paralysie, et 11 faut l'abattre.

« De nombreux cas d'empoisonnement par l'usage de cette plante se sont produits à Pézieux et à Beynost.

« Ces faits ont attiré l'attention des vétérinaires, qui ont envoyé la plante aux laboratoires, afin de savoir si elle renferme un principe vénéneux.

« Cette précaution n’était pas nécessaire, Si, ce qui me paraît certain, celte plante est réellement la Gesse articulée. En effet, d’après M. Cornevin, auteur d'un bon

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traité des plantes vénéneuses, les propriétés toxiques de certaines gesses sont si bien constatées et produisent des effets tellement caractéristiques que, pour les désigner, on a inventé un mot tiré du nom générique de ces plantes (lathyrus). Cet empoisonnement à reçu le nom de Lathyrisme. Ab

« Parmi les espèces de ce genre plus spécialement accusées d’être vénéneuses, on cite la Gesse Chiche (Lathyrus Cicera), parfois cultivée comme fourrage ; la Gesse Cullivée (Lathyrus Satirus) ; la Gesse sans feuilles (Lathyrus ephaca), plante de nos blés ; la Gesse Clymène (Lathyrus Clymenum), plante d'Afrique et du midi de la France. Or, la Gesse articulée est une espèce très voisine de la Gesse Clymène, tellement que certains auteurs les confondent ensemble. Si donc la seconde est vénéneuse, 1l n’est pas étonnant que la première le soit aussi. »

Au sujet des graines qu'il avait eu l’occasion d’examiner, M. Fray ajoute : « Les graines vendues dans notre région étaient originaires d'Italie. »

Dans le Recueil de Médecine Vétérinaire, numéro du 15 Octobre 1898, Lucet de Courtenay relate, sous le litre : « Enzootie de méningo encéphalite dans une vacherie, occasionnée par l'usage du Lathyrus clymenum », une série de cas d’empoisonnement causés par la Gesse Clymène. Je lui emprunte quelques passages

« Le matin du 25 juillet, le fermier trouve une de ses bêtes, pleine de sept mois, âgée de quatre ans, en très bon élat, atteinte de paralysie. Le soir du même jour, une autre bête du même âge, également en excellent état et avant vêlé depuis un mois, est prise à son tour de symptômes paralytiques.

« Le 27 juillet, une autre bête, de quatorze ans, non pleine, devient paraplégique. Une quatrième, âgée de sept ans, ayant vêlé depuis cinq mois, est atteinte le 28 juillet. Une cinquième enfin, est prise le 1% août.

» Comme les deux premières, ces trois bêtes sont en

parfait état. Tous les animaux de l'étable sont, du reste, des animaux de choix, fort bien entretenus et nourris.

«€ Au moment de l'apparition des symplômes, quatre des malades, les numéros 1, 2, 4 et 5 habitaient la même vacherie. Le n° 3 était logé dans une étable voisine avec quelques autres bêtes, la ferme comportant deux vacheries se faisant face el séparées par la cour au milieu de laquelle se trouve de fumier.

« À l'époque de ma visite, loutes les vaches indemnes sont isolées et logées, à quelque distance de là, dans un vieux bâtiment transformé provisoirement en vacherie. Quant à celles qui sont malades, elles sont réparties dans trois logements différents. Une vacherie contient les n* 1, 2et5. Un hangar en renferme une autre, le n° 4. Dans une grange enfin, est placé le n° 3.

« Depuis le 10 juillet précédent, toutes ces bêtes allaient aux champs el recevaient en outre, comme nourriture à l'étable, des mélanges de son et balles d'avoine, du sainfoin ou de la luzerne, et de la paille. Mais avant cette date, pendant environ huit à dix jours, 1l leur avait été distribué abondamment et presque exclusivement des vesces vertes, pour la plupart en fleurs. De l’aveu du fermier, ces vesces n'étaient pas pures el contenaient environ moitié de vesces étrangères.

» Pensant alors trouver dans ce fait l'origine de l’affection pour laquelle j'étais appelé, je fais part de mes soupçons au propriétaire. Mais celui-ci m'objecte d'abord qu'il possède quinze à vingt lapins ; que ces animaux ont été nourris exclusivement pendant le même temps avec le même produit, et qu'aucun d'eux n’a été malade. Cependant, il avoue que cette nourriture semblait ne pas leur convenir et qu'ils la mangeaient mal. Ensuite, que son plus proche voisin, dont l’élable compte douze vaches, à partagé avec lui la même semence, qu'il a par conséquent nourri ses vaches d’une façon identique pendant à peu près le même temps, et que, cependant, aucune d'elles n’a été indisposée. »

«Malgré ses objections et jusqu'à preuve du contraire, je continue à incriminer les vesces données, quinze Jours avant-l'apparition du premier cas, du 1* au 10 juillet environ. Aussi, dans le but de mieux m'informer, Je prie mon client de bien vouloir mexprocurer, s'il en existe encore quelques tiges dans son champ, un échantillon de ce fourräge. Une petite botte m'en est remise que J'adresse à mon maître M. Railliet, qui y découvre sans peine d'assez nombreux exemplaires de Lathyrus clymenum. »

Les animaux de l'espèce bovine ne sont pas seuls à souffrir de l'alimentation par les Gesses. On sait depuis longtemps que certaines Gesses peuvent être nocives pour l’homme. Les agriculteurs, depuis Pline et Columelle, et dans les temps modernes Olivier de Serres, Vilmorin, Yvart, sans exclure les gesses de l'alimentation, ont cependant indiqué que leur usage abusif peut entrainer des accidents. \

Au point de vue médical, quelques brèves relations sont données par Ramassini (1691), Duvernay (1770), Delanoux, et d’autres encore. Mais le premier travail précis sur le sujet est un mémoire de Despanaranches, de Blois (1829) ; on y trouve nettement indiquée la cause de la maladie, due à la consommation du pain renfermant pour moitié de la farine de Jarosse (Lathyrus cicera), de même que la marche, les symptômes et la pathogénie probable de l'affection.

Depuis lors, la même affection a élé décrite en plusieurs pays. Aux Indes, James Irving et Kirk l’étudient en 1856. En Italie, le Lathyrisme est étudié en 1847 par Pellicioti dans les Abruzzes, en 1880 par Brunelli en Toscane. En 1873, Cantani observe quelques cas à Naples et donne à l'affection le nom de Lathyrisme qui lui a été conservé depuis.

Les travaux de Proust, parus dans le Bulletin de l’Académie de Médecine en 1883, et la thèse de médecine du Docteur L. Aster, soutenue devant la Faculté de Médecine de Lyon en 1883, relatent de nombreux cas étudiés en Algérie parmi les indigènes,

Les travaux de Monsieur Brocq Rousseu prouvent que l'animal avant absorbé une certaine quantité de Gesse reste pour ainsi dire saturé par le poison qu'elle contient. Sans présenter aucun symptôme dans l'intervalle, il peut mourir Intoxiqué de longs mois après si on lui distribue à nouveau la même substance, la nouvelle quantité de produit toxique ainsi absorbée venant pour ainsi dire combler la mesure en déterminant la mort avec tous les symptômes du lathyrisme.

Les auteurs modernes ont indiqué la toxicité de ces plantes pour l’homme aussi bien que pour les animaux.

Il faut reconnaître d’ailleurs que certains d’entre eux font intervenir les conditions de culture, l'état plus ou moins avancé de la végétation, et même le climat.

Néanmoins, tous s'accordent à reconnaître à la Gesse clymène une toxicité particulière. Dans son ouvrage « Les plantes vénéneuses et les empoisonnements qu'elles déterminent », Cornevin parle de la Gesse clymène.

G. D. Lander, professeur de chimie et de toxicologie au « Royal Collège vétérinaire » de Londres, dans son « Traité de toxicologie vétérinaire », indique la même plante comme susceptible de produire des accidents toxiques. es Pouchet, professeur à la Faculté de médecine de Paris, dans son « Précis de pharmacologie et de matière médicale », dit que des accidents ont été causés en [tale par des graines de Lathyrus mélangées à des graines de blé.

Friedherger et Frôhner, dans leur « Pathologie el Thérapeutique spéciales des animaux domestiques », parlent des accidents causés chez le cheval par les Lathvrus.

M. Cadéac, dans son « Traité de Pathologie interne des animaux domestiques », décrit longuement les symptômes de ces accidents chez le cheval et chez le bœul.

M. Moussu, dans son traité des « Maladies du bétail », traite le même sujet.

« La Revue vétérinaire militaire » de 1922, page 51, relate une épizootie de lathyrisme dans l'armée.

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M. Ed. Maleval, dans un travail récemment paru, relate lui aussi de nombreux cas de Lathyrisme chez le cheval.

Tous les auteurs sont d'accord pour incriminer les Gesses, el tous sont unanimes à déclarer que la Gesse clymène est la cause d'accidents beaucoup plus constants que les autres espèces.

Expérimentation

Effets de la Gesse sur les différentes Espèces animales

« Les herbivores alimentés exclusivement de Gesse pourpre à l'état de fourrage vert pendant huit ou dix jours, écrit M. Schribaux dans le Journal d'Agriculture pratique (1895. T. II, page 52), succombent généralement vers le 12°, 14°, 15°, 21° ou 27° jour. Quelques-uns peuvent survivre à l’'empoisonnement et ne présenter aucun symptôme, aucun malaise apparent. Il est à supposer que l'organisme, chez certains animaux, est doué d'une résistance dont les causes nous échappent. Ceux dont la ration de Gesse est mélangée dans des proportions diverses à d'autres plantes pendant 10, 20 et même 30 Jours peuvent également résister à l’action nocive de cette plante ou ne présenter que des symptômes passagers de narcotisme. Mais on peul aussi rencontrer dans ces conditions, un üers, un quart ou un cinquième des animaux composant l’étable, succombant après 10, 20, 30 ou même 40 jours de décubitus absolu. Le Lathyrisme peut demeurer latent et ne se déclarer qu'après un temps plus ou moins long dont le terme ne peut être fixé aujourd'hui.

« Les premiers symptômes que l'on observe sont les suivants : poil piqué, salivation, diminution de la sécrélion lactée, amaigrissement, faiblesse du train postérieur, qui est chancelant. Les animaux éprouvent de la peine à se mouvoir et semblent sous le coup d'une profonde lassi-

tude. Au pâturage, ils se couchent, et n'arrivent, lorsqu'on parvient à les faire lever, que péniblement à l'étable pour s'y laisser choir, et le plus souvent pour ne plus se relever, ce qui arrive vers le 2 ou le 3° jour.

« C'est ce que j'appellerai la forme paralytique.

« Quelquefois, les animaux parviennent encore à se lever et à se maintenir plus où moins longtemps debout ils peuvent parfois encore marcher el parcourir sans tomber, des distances plus ou moins grandes, mais ils portent constamment la tête basse, très près de terre, sans qu'il leur soit possible de la lever.

« Dans ce cas, le Lathyrisme revêt la forme cérébrale, et la mort est généralement moins prompte. La gravité est égale dans les deux cas:

« Lorsque les animaux ont été alimentés exclusivement de Gesse vénéneuse pendant dix Jours au moins, tout {raitement paraît rester infructueux.

« Quelques cas de guérison ont été observés chez les animaux qui en ont consommé une quantité moindre ou mélangée à d'autres substances. |

« Le poison (Lathyrine) se localise et s'accuniule dans le système nerveux. Son élimination n'a pas lieu par la sécrétion lactée, puisque des jeunes veaux ont pu continuer, pendant 15 et même 20 jours, à être alimentés exclusivement du lait de leur mère, sans qu'ils aient ressenti le moindre malaise.

« Les auteurs ne signalent, du reste, aucun accident produit par la viande provenant d'animaux abattus dès le début de la maladie.

« Un chien auquel on à donné intentionnellement des graines arrivées à leur complet développement et préalablement écrasées et mélangées à de la viande est mort peu de temps après.

“Deux pigeons alimentés pendant 3 jours à l’aide des

mêmes graines ont éprouvé. dès le 2° jour, une très vive diarrhée qui à cessé avec celle alimentation mais qui aurail amené infaillhiblement la mort à brève échéance si on n'avail pas supprimé à temps ce genre de nourriture.

« Deux autres pigeons auxquels on avait distribué les mèmes graines préalablement soumises à une décoclion prolongée n'ont absolument rien éprouvé d'anormal.

« Administrée à vingt-cinq lapins, et toujours avant la floraison, au repas du soir, vingt de ces rongeurs ont été trouvés étendus morts le lendemain matin à la première heure, lenant encore dans la bouche la Gesse imcriminée. Les cinq autres ont succombé peu après dans la Journée. »

Telles sont rapportées par M. Schribaux, les observations faites par M. Revouy, vétérinaire à Vienne (Isère).

M. Maleval décrit les symplômes qu'il a observés chez le cheval et le mulet.

« Le symplôme pathognomonique, écrit cet auteur, du Lathyrisme chez le cheval et le mulet est un bruit de cornage émanant du larvnx, à modalités variées, accompagné de menace d'asphyxie. »

Il ajoute : « Nous sonimes amené à penser que le Lathyrisme peut se manifester sur le cheval et le mulet par différents symptômes pouvant être isolés, associés où se succéder dans le temps. Par rang d'importance, ces symptômes sont : Cornage, Adynamie, Parésie ou Paraplégie, Irritabilité.

« ILest nécessaire que les animaux aient fait usage de celle plante (Lathyrus) un certain temps pour voir apparaître les effets toxiques, mais ces effets se manifestent indifféremment par un des symptômes précités et l'appariüion de l’un d'eux ne dépend nullement du degré d'intoxication du sujet, c'est-à-dire de la quantité de gesses absorbées. »

Dupuy, cité par Baillet et Raynal, a observé du lathvrisme chez le mouton.

Il existe quelques observalions qui tendent à affirmer que les Gesses sont dangereuses pour le porc el les volailles (Proust, Verrier, Gabory).

« Chez l'homme, dit le « Nouveau traité de médecine », les premiers symptômes apparaissent après une nuit froide

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et humide ; le sujet s'est couché bien portant, mais au réveil il constate que les membres inférieurs ne peuvent être déplacés que difficilement.

Plus rarement, le début est lent, progressif.

A la période d'état, les troubles moteurs dominent la scène et existent souvent seuls. Ils réalisent le syndrome de la paraplégie spasmodique. Sitôt que le sujet veut exécuter un mouvement, apparaissent des tremblements violents, les jambes s’agitent comme les feuilles d'un arbre secoué par le vent (Proust).

« Dans les cas graves et avancés, les réflexes peuvent être abolis ; la démarche est impossible et le sujet demeure couché. »

Mis en expérience au moment même de la maladie des vaches, trois séries de deux lapins furent nourris

1°) La 1° série avec des vesces triées dans le fourrage consommé par les vaches ; |

2°) La 2° série avec le fourrage complet ;

3) La 3° série avec des gesses triées dans le fourrage.

Après neuf jours, les lapins de la 1" série continuent à vivre et à se bien porter, alors que ceux des 2° et 3° séries meurent après avoir présenté des symptômes de paraplégie comme les vaches. Les lapins de la 3° série sont particulièrement maigres, étant donné qu'ils accepaient difficilement de manger la Gesse.

En résumé, le grand symptôme qui domine dans toutes les espèces est la paraplégie. Toutes les espèces paraissent affectées.

Contrairement à ce qu'affirme pour l'homme le Nouveau Traité de Médecine, le Lathyrisme tue les animaux ; seuls résistent à l’intoxication des sujets plus particulièrement réfractaires pour des causes qui nous échappent.

Le point sur lequel tous les auteurs sont d'accord, c'est que, quelle que soit l'espèce envisagée, le poison des Gesses agit par accumulation.

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Conditions particulières dans lesquelles se produisent les Intoxications par les Gesses

« Chaque fois que l'occasion s'en présente, écrivait Cornevin dans le « Journal d'Agriculture pratique », (année 1890. T. II, page 421), je fais remarquer les inconvénients et même les dangers résultant de l'emploi, dans le langage courant et surtout dans les dialectes régionaux, d'appellations identiques appliquées à des graines et à des plantes différentes ou de dénominations différentes donnés à des mêmes végétaux.

« Parmi les exemples qu'on peut citer, ceux fournis par la famille des légumineuses sont particulièrement nets : plusieurs espèces des genre vesce, gesse, pois et cicer ont des vocables communs ; vocables locaux, je veux bien, mais qui n'en entraînent pas moins des confusions regrettables parfois, puisque quelques-unes de ces espèces sont toxiques, tandis que les autres sont fort nultrilives.

« Dans mon « Traité des plantes vénéneuses », J'ai montré que dans une partie de la France on se sert de l'expression Jarosse ou Jarousse, laquelle désigne, suivant les contrées, le Lathyrus cicera, le Lathyrus satirus, l'Ervum ervilia, et l'Ervum monanthos, c'est-à-dire des Gesses et des Ers, plantes voisines botaniquenient, mais différentes au point de vue loxicologique.

« Il en est de même des mots pois cornu, appliqués par les uns au Cicer arielinum, graine alimentaire excellente, et par les autres au Lathyrus cicera, graine renfermant un principe toxique.

« Voici un nouvel exemple démonstratif des dangers el des pertes qui peuvent résulter de la logomachie en

pareille matière. On trouve dans le genre Lathyrus ou Gesse une espèce de l'Europe méridionale et de l’Afrique, c'est le Lathyrus clymenum, Gesse clymène. Cette Gesse est désignée en Ilalie, où elle est commune, sous le nom de Cicerchia nera, qu'on à traduit dans le langage commercial et dans la langue courante par celui de Vesce noire d'Italie. Elle n’est pas connue autrement dans le port de Marseille, où elle arrive d'Italie et d’ailleurs.

« Cette dénomination populaire est fâcheuse parce qu'elle donne à croire à ceux qui ne sont pas prévenus ou qui ne sont pas très familiers avec les caractères distinctfis des graines de Vesces et de Gesses, qu'il s'agit d'une Vesce, c'est-à-dire d’un excellente légumineuse fourragère appartenant à une variété caractérisée par la coloration de son spermoderme et croissant en Italie.

« C'est ce qui est arrivé dans notre région du Sud- Est. En 1893, lors de l'implacable sécheresse qui régnait, M. Blanc, marchand grainetier à Lyon, acheta à Monsieur Botazzo, des « Vesces noires d'Italie » qu'il vendit aux cultivateurs sous le nom de » Pesettes étrangères » (pesette est le nom donné aux Vesces en Dauphiné, en Bresse et dans le Lyonnais). Ces pseudo-vesces étant des Gesses clymènes amenèrent la mort des bêtes bovines qui les consommerent. »

« Combien de fois, écrit M. Schribaux, dans le « Journal d'Agriculture pratique » (année 1895. T. II, page 52), n'ai-je pas dit aux agriculteurs : « Procédez avec les semences comme avec les engrais ; ne faites usage que de semences analysées, dont la composition vous a été indiquée sur la facture. À la réception de la marchandise, prélevez, en présence de deux témoins impartiaux, deux échantillons moyens qui seront cachetés avec le cachet de l'un des témoins. Adressez un des échantillons à la station d'essais de semences du Ministère de l'Agriculture, 16, rue Claude-Bernard, à Paris, afin de vous assurer de l'exactitude des garanties fournies par le vendeur. En cas de contestation; le second échantillon resté entre les mains du vendeur servira à une contre-analyse. »

« Je n'exagère certainement pas en disant que l'agriculture du Sud-Est a perdu l’année dernière (1894) plusieurs centaines de milliers de francs par l'emploi de la Gesse pourpre vendue comme Gesse ordinaire.

« En prenant les précautions si simples que je viens d'indiquer, ce désastre aurait pu certainement être prévenu. Les marchands grainiers, même les plus imporlants, même les plus consciencieux, vendent quelquefois de mauvaises semences, faute de les avoir examinées avec soin. Tel est le cas des vendeurs de Gesse pourpre dont la bonne foi me paraît indiscutable. Je ne saurais répéter suffisamment qu'on vend encore aujourd'hui les semences comme on vendrait du savon, de la chandelle, comme si la composition en était invariable. Il faut bien dire que l'indifférence presque générale des acheteurs perpétue cette incurie.

« Aux Syndicats, aux agriculteurs instruits de précher l'exemple, d'imposer aux fournisseurs la livraison de semences dosées, de faire connaître aux petits cultivateurs et les dangers auxquels ils s'exposent en achetant des semences au commerce el les moyens de s'y soustraire ».

Il est assez curieux de noter que les mêmes conditions se trouvant réunies en 1922, les mêmes faits se sont produits. Après une sécheresse prolongée, les graines de Vesce indigène ayant manqué, les grainiers ont mis en vente des « Vesces d'Italie ». Ces « Vesces d'Italie » contenaient une quantité importante de Lalhyrus clymenum, les empoisonnements furent nombreux. Un seul point diffère de ce qui s'était produit en 1894. Les accidents se produisent en Normandie et en Bretagne, alors qu'ils s'étaient produits dans le Sud-Est. |

Notons la même incurie dont parle M. Schribaux qui empêcha les acheteurs de faire procéder à l'analvse des graines.

Mais aussi bien en 1894 qu’en 1922, les tribunaux eurent à connaître de l'affaire et les marchands grainiers furent condamnés à payer les dommages causés à ieurs acheteurs.

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Les Intoxications par le Lathyrus clymenum devant les Tribunaux

Le « Journal d'Agriculture pratique » (année 1895. 3. II, page 116), faisait paraître un article de M. Schribaux, Directeur de la station d'essais de semences de l'Ins- Utut national agronomique. Je ne saurais mieux faire que de reproduire cet article au début du présent chapitre

« J'ai signalé dernièrement les empoisonnements causés par la Gesse pourpre ou Gesse clymène consommée en vert, gesse vendue dans la région du Sud-Est comme vesce ordinaire.

« Les agriculteurs victimes de cette fraude ont actionné leurs vendeurs en dommages-intérêls. Ceux-c1 arguant de leur bonne foi, voulaient se retrancher derrière l’article 1645 du Code Civil, aux termes duquel le vendeur, lorsqu'il ignore les vices cachés de la chose vendue, ne doit que la restitution du prix, sans autres dommages-Intérêts que la restitution des frais de vente.

« Le Tribunal de Lyon (Audience de la Première Chambre du 13 mars 1895), tout en reconnaissant qu'en raison de la disette des fourrages en 1893, les marchands erainiers se sont trouvés plus d'une fois en présence de graines rares qu'ils ont pu confondre avec les graines usuelles, n’en à pas moins condamné les fournisseurs de Gesse pourpre à indemniser les agriculteurs des dommages causés par la perte des bêtes à cornes.

« Deux considérants du jugement du Tribunal de Lyon méritent surtout d'être retenus.

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« Attendu que la bonne foi dont excipe la maison venderesse ne saurait faire disparaître sa responsabilité ;

« Qu'en s’intitulant devant le public, marchands grainiers, les sieurs X, Y, Z font profession de connaître la nature, les variétés, les propriétés des graines dont 1ls font commerce, et doivent d’ailleurs, comme tous marchands, répondre de leur marchandise...

« Par ces motifs

« Condamne les sieurs X, Y, Z à payer avec intérêts, à parüir de la demande en Justice, à M... pour les causes sus-énoncées, la somme de six mulle francs. »

« I s'agissait d'une exploitation où dix-neuf animaux empoisonnés par la Gesse pourpre avaient élé abattus ; une partie avait servi à l'alimentation jusqu'à concurrence d'une somme de trois mille farnes.

« Trop de marchands grainiers ne savent pas ou ne se donnent pas la peine de rechercher si leurs semences sont bien de l'espèce et de la variété qu'ils indiquent. Beaucoup de lecteurs se rappellent sans doute qu'au printemps de 1892, par exemple, alors que le blé de mars valait Jusqu'à 60 francs les 100 kilos, des négociants, agissant d'ailleurs avec une entière bonne foi, ont livré comme tels des blés d'automne tirés d'Angleterre, qui n'ont donné que de la paille...

« Il était utle de rappeler que la responsabilité du marchand grainier demeure entière, même dans le cas où il trompe l'acheteur par ignorance ».

Dans un arüicle paru dans le « Journal d'Agriculture pratique » (année 1896. Tome [, page 426), Cornevin relate un procès qui se termina devant la Cour d'Appel de Grenoble. Plus loin, je reproduis les attendus de ce jugement. En voici l'origine, telle qu'elle est contée par Cornevin

« M. Blanc, marchand graimier à Lyon, acheta des graines sous la dénomination de « Vesces noires d'Italie ». Il en revendit une partie à M. Vial, marchand épicier à Poullieux, sur Saint-Laurent-de-Mure (Isère), qui en revendit lui-même à M. Badin, cultivateur à Poullieux. Deux

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vaches, nourries avec le fourrage produit par ces graines, sont mortes.

«€ M. Badin assigna M. Vial en réparation de préjudice causé. M. Vial appela M. Blanc en garantie et celui-ci appela son vendeur, M. Bolazzo, en arrière garantie.

« Le Tribunal de Vienne condamna M. Bolazzo comme responsable de l'accident survenu.

« Sur appel de ce jugement interjelé par M. Botazzo devant la Cour de Grenoble, conformément aux conclusions de M° Clozel, du Barreau de Lyon, la Cour de Grenoble à rendu un arrêt le IS février 1896, déchargeant M. Botazzo de toute responsabilité et mettant la condamnaüon à la charge de M. Blanc pour les motifs que fait connaître la lecture de l'arrêt.

ARRÊT DE LA COUR D'APPEL DE GRENOBLE Audience du 18 Février 1895

Présidence de M. Legris, premier Président

Affaire Botazzo contre Blane, Vial et Badin.

Sur l'appel de Botazzo

« Attendu que par une lettre du 10 octobre 1893, qui sera enregistréé, Botazzo à confirmé à Blanc un marché passé à Lyon de 200 quintaux vesces d'Halie à 18 francs les 100 kilos, logés à l’entrepôt de Ja douane ; que les expédilions de ces graines lui ont été faites les 23 et 27 octobre et 729 novembre 1893

« Attendu que des nombreux documents el attestations fournis à la Cour, il résulte que les graines, objet de ce contrat, sont communément appelées dans l'usage courant sur la place de Marseille « Vesces noires d'Italie », mais qu'elles sont en botanique, des Gesses clymènes :

« Attendu que ces Gesses clymènes ou Vesces noires d'Italie semées et devenues plantes, renferment un principe toxique qui ne permet de les employer comme fourrage qu'avec certaines précautions, qu'elles doivent être fauchées avant la floraison et être mélangées avec d'autres

fourrages pour servir sans danger à l'alimentation du béail ; que ces graines sont encore, après moulure, employées sous forme de farine :

« Atlendu que Botazzo, courtier à Marseille, n'avait point à s'enquérir du mode d'emploi de ces graines vendues à Blanc, qui faisait, à cette époque, un commerce élendu et spécial de grains et graines : quil a livré la marchandise achetée sous un nom peut-être scientifiquement inexact, mais qui lui est habituellement donné, el pour un prix très inférieur au prix des vesces ou pesettes du pays avec lesquelles d'ailleurs, pour une personne familiarisée avec les graines, comme Blanc, la Gesse clymène ne peut être confondue.

« Attendu que Botazzo a donc livré ce qu'il avait vendu : que Blanc à été averti et par le nom de la marchandise et par la vue de l'échantillon qui lui avait été remis lors du marché, et par le prix - inférieur de 18 francs, qu'il achetait des graines qui ne pouvaient, à aucun égard être des vesces ou peselles ; que Botazzo a exécuté loyalement les conditions du marché et qu'il ne peut être responsable des conséquences dommageables que l'emploi qui a été ensuite fait par les clients de Blanc, de ces graines, à pu occasionner : que celle responsabihté incombe à Blanc exclusivement ;

« Attendu, en effet, que celui-ci n’a point revendu ces graines sous leur nom habituel, mais qu'il reconnaît luimême les avoir livrées sous le nom de peseltes étrangères : qu'il les a vendues pour un prix qui se rapprochait du prix des peseltes du pays ; qu'ainsi les acquéreurs n'ont point été mis en garde contre les dangers de cette plante. sur la nature et conditions d'emploi de laquelle se seraient prémunis, si Blanc leur en eût vendu la graine sous son véritable nom commercial de vesces noires d'Italie ; que, par suile l'appel de Botazzo est bien fondé pour le préjudice que ces graines ont pu occasionner à Badin, qui s'en est servi comme de pesetles pour semer, pour nourrir ses bestiaux ;

« Sur l'appel de Blanc contre Vial et Badin, attendu

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qu'il y a lieu d'adopter ces motifs donnés par les premiers juges et de confirmer leur décision, que Blanc ne saurait être condamné à des dommages-intérêts à raison de son appel à l'égard de Vial, que cet appel n’est ni vexatoire, ni de mauvaise foi.

A PEN OUS.- 14 COUT OU, : 2. UN dE ue statuant sur l'appel de Botazzo contre Blanc et Vial, contre le jugement du Tribunal de Commerce de Vienne du 21 mai 1895, dit bien fondé l'appel de Botazzo et mal fondés les appels de Vial et Blanc ; réforme en conséquence la décision attaquée en ce qu'elle a condamné Botazzo à relever et garantir Blanc des condamnations prononcées contre ce dernier, auquel la même décision a alloué des dommages-intérêts, décharge par suite Botazzo de toutes les condamnations prononcées contre lui ; confirme pour le surplus en ce qui concerne Blanc et Vial le jugement entrepris ; dit qu'il n'est dû aucuns dommages-intérêts nouveaux à Vial, condamne Blanc à tous dépens d'appel, y compris le coût de l'enregistrement de la lettre du 10 octobre 1893, du présent arrêt et de sa signification s'il v a lieu ; condamne Blanc et Vial à l'amende consignée par Botazzo, distrait les dépens au profit de MM. Rabatel, Tivollier et Bertrand, sous leurs affirmations de droit. »

Enfin, je crois devoir donner encore les attendus du jugement qui vint terminer l'affaire d'empoisonnement que j'ai eu l’occasion d'examiner et de suivre moi-même.

ExrraiT DU JUGEMENT DE LA PREMIÈRE CHAMBRE DU TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCE

Audience du 19 Juillet 1924

« Entre M. D.., agriculteur demeurant à M... demandeur, suivant exploit du 29 mai 1923,

Et MM.

« Attendu que le 11 juillet 1922 D... mit au pâturage quinze de ses vaches dans un champ voisin de sa ferme où il avait semé de la vesce dite « Vesce d'Italie », mélangée d'avoine ;

« Allendu qu'après 12 jours de cette nourriture, les vaches donnèrent des signes de maladie, qu'après les avoir observées pendant trois jours, il manda un vétérinaire, M. Boissière, qui diagnosliqua sans hésitation nn empoisonnement par la Gesse pourpre, loxique qui se trouvait mélangée à la Vesce.

« Attendu que bien qu'immédiatement retirées du champ, qualorze vaches moururent successivement, empoisonnées par la nourriture qu'elles avaient absorbée.

« Allendu qu'en présence de cette situation D... assiena en référé devant Monsieur le Président du Tribunal de céans M.., qu'il disait lui avoir vendu la vesce d'Falie incriminée ;

« Allendu qu'à la date du 2 août 1922, il oblint une ordonnance désignant trois experts auxquels était donné mission notamment d'analyser le fourrage absorbé par les vaches, d'examiner les animaux, d'en faire l'autopsie, de rechercher les causes de leur maladie et de leur mort, d'évaluer le préjudice causé à D...

« Attendu...

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« Allendu qu'il résulle des rapports des experts et sans qu'aucune contestalion ait été soulevée à ce sujet, que le fourrage absorbé par les vaches de D... contenait en même temps que 20 % d'avoine et quelques pieds de colza, de la vesce d'Italie et de la Gesse pourpre dans une proportion de 42 % pour la première et de 58 % pour la seconde, que la Gesse pourpre est une plante éminemment toxique pour les bovins et à loute époque de sa végétation, el qu'enfin, c'est sans aucun doute possible, le fourrage incriminé qui a occasionné la mort des vaches de D... ;

« Attendu que le seul point de fait que le Tribunal ail à résoudre consiste à rechercher s’il y a identité entre les graines vendues à D... par M... ;

« Attendu que suivant facture signée et acquittée du 25 avril 1922, D... a acheté à M... cent kilos de vesce d'Ilahe pour le prix de cent cinquante francs ;

« Altendu que la date de cel achat coïncide complètement avec l’élat de développement du fourrage incriminé

tel qu'il a été constaté au moment de l'expertise, que l'étendue du champ ensemencé correspond exactement à la quantité de graines achetées par D... à M..., que les graines vendues à D... étaient des vesces de provenance d'Italie, pays où croit spontanément et abondamment la Gesse pourpre, alors qu'on n'en rencontre jamais dans le nord de la France et surtout en Seine-Inférieure ;

« Attendu que la présence de cette Gesse pourpre dans le champ de D... ne pouvait, ainsi qu'on l’a soutenu, provenir de l’avoine que celui-ci ÿ avait en même temps semée, que les experts constatent non-seulement que c'était de l’avoine de pays excrue dans ses propres champs, mais que cette semence n'ayant été mélangée à la vesce que dans une proportion de 20 %, il est tout à fait impossible que les impuretés qu'elle aurait pu contenir produisent les 58 % de Gesse pourpre relevés dans le champ de D... ; quon na trouvé d’ailleurs de Gesse dans aucun autre champ exploité par celui-ci ;

« Attendu...

« Attendu que de toutes ces constatations découle la preuve évidente qu'il y a identité entre la vesce d'Italie semée par D... et celle achetée par lui à M... que c'est d’ailleurs l'opinion des experts :

« Attendu...

« Attendu que quatorze vaches étant mortes par suite de l'absorption du fourrage incriminé, D... demande au Tribunal, en conformité des prescriptions de l’article 1160 du Code Civil, de prononcer la nullité de la vente des graines dites « Vesces d'Italie » à lui vendues par M... pour cause d'erreur sur la nature ou la substance de la chose vendue, et, comme conséquence, en vertu de l’article 1382 du même Code Civil, d'entériner le rapport des experts, et de condamner M... à la restitution du prix de vente de la marchandise, soit 150 francs, et à lui payer la somme de trente deux mille francs à titre de dommagesintérêts, en plus les articles portés par les experts pour mémoire dans leur rapport, ainsi que les intérêts de droit et les frais de référé et d'expertise.

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« Attendu...

« Attendu que si M... poursuivi devant le tribunal correclionnel du Mans et devant la Cour d'appel d'Angers pour falsification de denrées a été acquitté, s’il a été décidé par les juges correctionnels que ce n'est pas sciemment qu'il a livré le produit toxique objet du litige, sa responsabilité quasi délictuelle n'en reste pas moins certaine. Attendu que M... était grainetier et qu'en cette qualité il devait être dans la possibilité de discerner la Gesse de la Vesce d'Italie et, soit qu'il ait agi par ignorance, soit qu'il ait négligé de vérifier la marchandise par lui vendue, soit même que celte négligence ou ce défaut de vérification soit le fait de son mandataire, 1l a commis une négligence très grosse ou une faute professionnelle dont il doit réparation.

« Attendu...

« Par ces motifs

« Le Tribunal statuant en matière ordinaire et en premier ressort :

« Déclare nulle la vente des cent kilos de « Vesce d'Italie » au prix de cent cinquante francs, consentie par M... à D... et ce pour cause d'erreur sur la substance vendue, dit bien fondée l’action en dommages intérêts intentée par D... contre M.., et, entérinant le rapport des experts

« Condamne M... à rembourser à D... la somme de 150 francs, prix de la vente, à lui payer à titre de dommages intérêts la somme de 32.000 francs, plus les frais du vélérinaire el des médicaments par lui exposés, et au remboursement des frais d'expertise ordonnée par le référé du 2 août 1922, avec intérêts à 8 % l'an :

« Rejetle toutes les fins et conclusions contraires. »

Nous voyons, d'après ces attendus, que tous les tribunaux sont unanimes dans leurs appréciations. Tous condamnent le marchand grainier, qui par négligence ou défaut de vérification, n’a pas reconnu dans la graine mise en vente par lui la présence de graines toxiques. Le cultivaleur n'étant pas obligatoirement connaisseur, obtient la réparation des dommages à lui causés par la mise en consommation du fourrage toxique.

Conclusions générales

Il existe chez les bovidés une intoxication chronique, le Lathyrisme qui, d'après les faits antérieurs et ceux que nous avons observés paraîl un peu spéciale et différente de celle que l’on observe d'habitude, chez le cheval, au moins dans sa cause.

a) Parce que l'intoxication peut être produite par la plante verte à peine en fleurs

b) Parce que (est-ce là une simple coïncidence) cette intoxication est toujours produite par le Lathyrus clymenum.

Les symptômes sont ceux d'une paraplégie. d'une adynamie complète. Le bruit de cornage n'a pas été constaté.

Le principe toxique est encore inconnu. Il agit par accumulation, en particulier dans le système nerveux.

Le diagnostic ne peut être fait sans avoir enquêté sur les conditions d'alimentation auxquelles ont été soumis les animaux. L'examen des substances alimentaires est indispensable, mais il est aisé de reconnaitre la Gesse clymène grâce à ses caractères botaniques tout à fail spéciaux. Le pronostic est toujours grave, et on peut aflirmer que seuls parmi les animaux qui ont consommé le fourrage pendant une douzaine de Jours, quelques rares sujets plus résistants pourront échapper à la mort.

Le traitement paraît être inopérant. Les tribunaux semblent d'accord pour condamner les vendeurs de graines

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contenant des graines toxiques, faciles à reconnaître pour les professionnels ou les personnes averties.

Il reste néanmoins aux agriculteurs quelques précauons à prendre qu'ils ne devraient jamais négliger d'abord exiger de leurs fournisseurs la livraison de marchandises loyales, conformes à la facture, ensuite faire experliser les graines par les organisations spéciales, avant l'enséemencement de leurs champs et la mise en consommation des fourrages qui en proviennent.

Vu . Le Doyen H. ROGER

Un : Le Président de la Thèse DESGREZ

Uu et Permis d imprimer Le Recteur de l'Académie de Paris P,. LAPIE

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