F. QUANTITÉS DE LIBER ET TAILLE DES TUBES CRIBLÉS
Chez les Monocotylédones, la quantité de liber est toujours en rapport avec la quantité de bois contenue dans un organe, puisque chaque faisceau contient à la fois du bois et du liber et en général le développement du liber d’un de ces faisceaux se montre proportionnel au développement du bois.
Pour ce qui concerne les Dicotylédones, il est utile de ne pas confondre le développement du tissu libérien avec sa richesse en tubes criblés ; c’est ainsi que la Glycine à un liber formant une couche épaisse; mais les tubes criblés bien caractérisés y sont petits et assez peu nombreux. La racine du Lappa major possède un liber développé en une couche très épaisse, mais les tubes criblés ne s’y rencontrent qu’en certains points. Au contraire, chez la Vigne, les divers Cucurbita, les Lagenaria, Impatiens, etc., le liber comprend surtout des tubes criblés et des cellules-compagnes avec un parenchyme très réduit.
En règle générale, plus le bois contient de vaisseaux, plus le hiber contient de tubes criblés (Vigne, Cucurbita, Ampelopsis, ete.); au contraire, si le bois comprend surtout du parenchyme ou des fibres, le liber ne contient qu’un petit nombre de tubes criblés (racine de Lappa major).
On peut se demander aussi s’il existe une relation entre la taille des vaisseaux du bois et celles des tubes criblés. MM. Westermaier et Ambronn (1) ont constaté que chez les
(1) Westermaier und H. ,Ambronn, Bezichungen zwischen Lebensweise und Structur der Schling- und Kletterpflanzen (Flora, n° 27, 1881).
ÉTUDE DU LIBER DES ANGIOSPERMES. 239 plantes grimpantes, les vaisseaux du bois ont un diamètre notablement plus considérable que ceux des plantes dressées. M. Hérail a confirmé ce fait pour un grand nombre de plantes|; les exemples suivants sont assez imstructifs à cet égard :
Diamètre des plus gros vaisseaux.
{ Clematis vitalba (plante grimpante)....... 90 we | Clematis recta (plante dressée)... ........ 50 ( Tecoma radicans (plante grimpante).. ..... 130 ! Tecoma capensis (plante dressée). ......., 39
Aristolochia Sipho (plante grimpante)..... 200 &
Aristolochia Clematitis (plante dressée)... 10 p
Cette particularité est due évidemment à ce faitque les tiges grimpantes ou rampantes possèdant un diamètre très faible relativement à la surface des feuilles, la grande taille des vaisseaux doit compenser leur petit nombre pour fournir aux organes foliaires l’eau qu'ils perdent par la transpiration.
MM. Westermaier et Ambronn ont voulu étendre ces résultats aux tubes criblés, en faisant remarquer que les plantes dont on cite généralement les tubes criblés pour leur grande taille sont précisément des plantes grimpantes ou rampantes (Vitis vinifera, Gucurbita Pepo, Aristolochia Sipho, ete.). Les exemples qu’ils citent sont d’ailleurs trop peu nombreux pour justifier la loi qu’ils énoncent.
M. Hérail (1) a repris cette question et les faits qu'il a observés lui paraissent infirmer les vues de MM. Westermaier et Ambronn. D’après lui les Lomicera et Clematis, quel que soit leur genre de vie, ont un liber absolument identique; de plus certaines plantes grimpantes peuvent présenter des tubes criblés très étroits, tandis que des plantes grasses (Séapeha), des plantes aquatiques (Menyanthes trifohata), ou des rhizomes de Monocotylédones, possèdent des tubes à section relativement grande. De ces quelques faits, M. Hérail n’hésite pas à conclure que la structure et la position particu-
(1) Hérail, loc, ct:
lière des éléments libériens échappent à toute relation physiologique. : 04
Il ne me semble pas que la conclusion de M. Hérail soit plus justifiée que celle de MM. Westermaier et Ambronn. Le fait qu’une plante est dressée, grimpante ou couchée, aérienne ou aquatique, ne domine évidemment pas toute la physiologie du végétal. Pour énoncer une conclusion générale, il eût fallu comparer les diverses conditions d’existence et les principaux caractères d’un grand nombre de plantes à liber bien connu.
Plantes polycarpiennes. — Devant fournir de nouvelles feuilles au printemps, les plantes polycarpiennes accumulent pendant l’été des réserves nutritives dans la tige (1), le rhizome ou même les racines. Quand ces réserves ont à traverser toute la tige aérienne pour s’accumuler dans les tiges souterraines ou les racines, la plante possède habituellement des tubes criblés, nombreux et bien développés. Il suffit, pour se rendre compte de ce fait, de considérer les beaux tubes criblés des Phragmites, Typha, Menyanthes trifoliata, Ophrys, Orchs, etc.
Pour ce qui concerne les plantes ligneuses polycarpiennes, accroissement en diamètre intéressant à la fois toute la longueur des tiges et des racines, il doit exister des tubes criblés nombreux et assez]bien développés pour conduire dans toute la plante les substances nécessaires à cet accroissement. C’est en effet ce qu'il est facile de constater chez les diverses Amentacées. Si les feuilles sont grandes et nombreuses, la nutrition est plus active et les tubes criblés sont de plus grande taille (Tilia, Æsculus, Juglans, etc.). Ce caractère s’exagère encore si en même temps les tiges sont très grêles ; il est alors facile de constater que le liber contient de très nombreux tubes criblés de grande taille (Vavis, Cissus, Tecoma, Aristolochia, Rubus, Rosa, etc.).
En résumé, chez les plantes polycarpiennes, les tubes criblés sont, en général, d'autant plus nombreux et d'autant mieux
(1) A. Gris, Comptes rendus, 26 février 1866; Id., 12 mars 1866.
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développés que les réserves s’accumulent dans des organes plus inférieurs de la plante, que les tiges sont plus grèles et les feuilles plus grandes et plus nombreuses.
Plantes monocarpiennes. — Ici les conditions de vie sont toutes différentes ; des réserves ne s’accumulent plus dans des organes inférieurs de la plante, mais seulement dans les fruits et les graines. La nutrition est d’autant plus active que les feuilles sont plus grandes et plus nombreuses, et cette activité se manifeste par la taille qu'acquiert la tige, aussi bien que par le nombre et la grandeur des fruits. En raisonnant ainsi, on arrive facilement à cette conclusion que, parmi les plantes monocarpiennes, celles qui se font remarquer par la grande taille de leur tige, de leurs feuilles et de leurs fruits, doivent posséder de nombreux tubes criblés, bien développés, pour conduire à destination les substances assimilées dans les feuilles. Et l'observation vient confirmer pleinement ces prévisions (Cucurbita, Lagenaria, Ricinus, Impatiens, etc.). En général on peut dire qu’une plante herbacée qui produit dans le cours de son unique année d’existeuce de grandes feuilles, une tige forte et noueuse, possède presque sûrement de grands tubes criblés.
Des quelques notions que nous venons d'acquérir, 1l parait résulter que le développement et le nombre des tubes criblés se montrent généralement en rapport avec la surface foliaire. Or, habituellement, plus cette surface est grande, plus la plante perd d’eau par ses feuilles, et plus la circulation des liquides doit être active dans les vaisseaux du bois. On en couclura facilement que les plantes dont le bois se montre riche en vaisseaux doivent être aussi bien partagées au point de vue des tubes criblés, et réciproquement. Ainsi, chez les Vitis, Cucurbita, Catalpa, Ampelopsis, Ricinus, etc., le bois se montre très riche en vaisseaux et le liber en tubes criblés. Chez les Senecio crassifolia, Tanacetum vulqare, Lappa major (racine), le bois est pauvre en vaisseaux ; aussi le liber contient-il relativement peu de tubes criblés.
Au point de vue de la taille des tubes criblés et surtout de 7° série, BoT. T. X (Cahier n° 4). 16
leur diamètre, MM. Westermaier et Ambronn ont cru pouvoir avancer que les plantes grimpantes et couchées possédent les plus gros tubes criblés. Comme nous l’avons déjà dit, il ne nous paraît pas légitime de donner la prédominance à ce facteur. Le nombre et la grandeur des feuilles, la quantité de liber contenue dans la tige, le lieu d’élection des réserves, la taille et les affinités de la plante doivent aussi entrer en ligne de compte. Nous pouvons dire, en règle générale, que les tubes criblés possèdent un diamètre d'autant plus grand que les vaisseaux du bois sont eux-mêmes plus gros. Le tableau suivant montre cette relation chez quelques plantes pourvues de gros vaisseaux :