‹ Contribution à l'étude du Lichen planusChapitre 18 sur 41 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

» (Personnelle.)

La nommée À ..., âgée de 50 ans, concierge, entre le 5 mai 1883, salle Henri IV, service de M. le professeur Fournier.

Amntécèdents hérédiiaires. — Rien à signaler.

Anlécédents personnels, — Impéligo du cuir chevelu pendant l'enfance; pas d’alcoolisme ; pas de rhumatismes. La malade nie tout antécédent syphilitique. Depuis très longtemps, elle est sujette aux migraines, surlout le matin. Bien qu’ellé n'ait jamais eu de véritables attaques d'hystérie, elle est très nerveuse ; pleure pour la moindre contrariété.

La nuit elle se réveille souvent avec une sensalion d’étouffement qu’elle localise au niveau dela gorge. A 30 ans,elle a eu la diphthérie. En 1810, elle contracta la petite vérole.

Réglée à 17 ans. Elle s'est mariée, n’a jamais fait de fausse couche, et n’a même jamais été enceinte.

I y a neuf ans, elle a eu une éruption semblable à celle qui l'amène à l’hôpital, et fut traitée par M, Guibout (arsenic, bains d’amidon). Ce traitement améliora beaucoup sa maladie, qui finit par guérir tout à fait. [I y a cinq mois, au moment de la ménopause, ont apparu des boutons prurigineux, gros comme une tête d'épingle, et surtout abondants au niveau de la ceinture. M. Guibout, qui revit la malade au mois de mars, lui redonna de l'arsenic et des bains. M. Fournier a vu la malade, il y a trois semaines, à la consultation, et lui a prescrit le même traitement.

Elat actuel. — L'éruption, qui est disséminée sur presque tout le carps, ne se présente pas partout avec les mêmes caractères.

La tête est indemne.

Main gauche. L'éruption occupe seulement la face dorsale du poignet, On y voit des papules et des macules.

Les papules, dun rouge très pâle, presque jaunes, sont arrondies, rugueuses au toucher, grosses comme une tête d'épingle ou un grain de chenevis, peu ou pas prurigineuses. Isolées, elles tendent cependant par places à figurer des arcs de cercle, dont le centre est occupé par les macules. Celles-ci, brunâtres, très peu visibles, sont plus apparentes quand on tend la peau. En somme, au niveau de la main, la lésion semble en voie de guérison.

Sur la face dorsale de la main droite, les papules, plus affaissées encore, présentent les mêmes caractères généraux.

Avant-bras gauche. L'éruption est surtout marquée à la face antérieure de l’avant-bras. Les papules sont les unes isolées, les autres groupées.

Isolées, elles sont aplaties, luisantes, de dimension égale à celles du poignet, jaunâtres, et forment un léger relief, appréciable au toucher. A leur centre, on voit, sur certaines d’entre elles, un petit point noirâtre, qui semble être l’orifice oblitéré d'un follicule pileux. Les bords de la papule polygonale sont en rapport avec de pelits sillons très visibles à la surface de l’épiderme. Le prurit est peu marqué. Il n’y a pas, à proprement parler, de desquamation. Au-dessus du poignet, existent quelques lésions de grattage.

On voit ces papules isolées se grouper peu à peu, une par une, puis deux par deux, et constituer ainsi de pelites plaques. Cellesci ont une coloration un peu plus foncée, plus rouge. Leur forme est irrégulière ; leur surface parsemée de légers sillons, dans l'in tervalle desquels on perçoit assez distinctement la juxlaposition des papules primitives. Le prurit est assez intense. Une fine desquamation les recouvre. La peau commence à étre légèrement épaissie.

Sur la face postérieure de l’avant-bras, il n'existe que très peu de papules.

Avant-bras droit. Les éléments présentent les mêmes caractères. Ce qui frappe surtout, c'est la tendance des papules à se grouper en cercles, ou en demi-cercles,*dont les segments constitutifs sont interrompus en certains points par des intervalles de peau saine. Un cercle‘complet, de un centimètre environ de diamètre, se voit à la partie moyenne de lavant-bras (face antérieure). Le centre en est déprimé ; les bords, prismaliques, saillants, sont brunâtres et formés par l'union de plusieurs papules.

Au niveau du coude droit, on trouve plusieurs papules isolées, d’une coloration luisante, cuivrée, plus volumineuses que celles que nous avons déjà décrites.

Bras gauche. La face externe du bras est indemne. Sur sa face interne, les papules isolées, très nombreuses, sont très brillantes,

très prurigineuses, et surtout remarquables en ce qu’elles sont disposées en séries linéaires, suivant les lésions de grattage. Pas de ganglions axillaires. La malade nous dit qu’elle transpire abondamment depuis le début de sa maladie.

Sur le bras droit, le siège de l’éruption est le même; l'aspect est plus terne.

Sur le thorax, depuis les clavicules iusqu’aux seins, l’éruption n’a plus ies mêmes caractères. On trouve là des papules très nombreuses, grosses comme une tête d’épingle, acuminées, de même couleur que lereste de la peau, terminées à leur sommet par un point noir ou un petit filament blanchâtre (matière sébacée), et donnant : au toucher la sensation d’une série d’aspérités très rapprochées et pointues. Il n’y a que peu de prurit, et pas de desquamation. Au milieu de cette éruption, -on trouve disséminées quelques papules de lichen plan, notamment au niveau des seins. La malade nous dit qu’elle s’est frictionnée il y a quatre mois avec de l'huile de croton. Elle n'avait pas déjà une éruption sur le thorax.

Sur l'abdomen, on retrouve encore les deux formes de papules, mais elles sont beaucoup moins abondantes. :

Pas de ganglions inguinaux. C’est surtout au niveau des hanches, des reins et de la région sacrée, que l’éruption est confluente.

Mais, tandis que sur les hanches on ne trouve que des papules de lichen plan, sur les reins et dans la région sacrée, on retrouve, mélangée à ces mêmes papules, l'éruption que nous avons décrite sur la p itrine. Les papules sont seulement plus brunâtres, plus colorées, plus sèches et plus rugueuses encore. Les démangeaisons y sont lrès vives surtout la nuit. Il n'y a ni desquamation ni épaississement de la peau.

Sur les cuisses, il n'existe que deux ou trois papules de lichen plan, isolées.

Sur la jambe droite, le long de la crête tibiale, plaques de coloration presque cuivrée, et datant de quatre ou cinq ans, au äire de la malade. Les unes sont absolument lisses, un peu blanchâtres à leur centre ; les autres au contraire sont plus irrégulières comme surface. Sur leur pourtour, on rencontre des papules isolées de lichen plan, avec leurs caractères ordinaires. La peau n'est que très peu épaissie. Sur la surface dorsale du pied, les petits éléments, peu nombreux et disséminés, sont analogues comme coloration à des tubercules de lupus, La peau est assez fortement épaissie.

La malade à bon appélit; elle n’est point dyspeptique : les fonctions iptestinales sont faciles et régulières.

Cœur et poumon sains. Depuis huit jours, la malade souffre de l’annulaire droit et au pouce gauche. Au niveau de l'extrémité de chacun de ces doigts, s’est formée spontanément une grosse bulle,

qui a crevé, et a laissé sourdre une sérosité jaunâtre. Actuellement, la matrice de l’ongle est rouge, enflammée, douloureuse. La pression fait sortir un peu de pus placé entre l'ongle et la matrice. En somme, il s’agit ici d’un périonyxis (tourniole),

L'état général est bon. La malade accuse seulement une insomnie très rebelle depuis quatre mois. lille l’attribue aux démangeaisons très vives qu’elle ressent pendant la nuit.

. 26 mai. La malade sort de l’hôpital. Nous l'interrogeons sur le début de son affection. Elle nous dit que les premières papules ont apparu à la ceinture, qu’elles sont demeurées localisées à ce niveau. pendant trois semaines environ ; et qu'au bout de ce temps ellesont apparu sur les membres supérieurs ; puis au bout d’un certain temps sur le tronc ; et enfin « un peu partout. »

Voici quel est l’état de la malade le jour de la sortie :

- Aux avant-bras, les papules ont en partie disparu. De celles qui persistent, les unes sont complètement affaissées, les autres, encore saillantes, ont une coloration plus pâle que le premier jour. Des macules brunâtres alternewt avec les papules. Les cercles, qui étaient constitués par les éléments primitifs sont beaucoup moins visibles. Le centre est surtout très déprimé au-dessous du niveau des bords. Même affaissement des papules à la poitrine ; peu ou pas de pigmentation consécutive. Au bras, les éléments isolés sont à peine saillants. À la ceinture, l’éruption, beaucoup moins abondante que le jour de l'entrée, a subi les mêmes changements que partout ailleurs. Le long de la crête du tibia on ne distingue plus de papules isolées, mais à leur-place, les segments sont fortement pigmentés en rouge brun très foncé. Cette coloration disparaît à la pression, pour faire place à une teinte jaunâtre.

La malade a été soumise pendant son séjour au traitement suivant : glycérolé tartrique au 1/30; liqueur de Fowler à l’intérieur, 3 gouttes à chaque repas.

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