OBSERVATION VIN
Prise dans la collection d'observations du service.
A. Maria, 23 ans, couturière, entrée le 10 juin 1882, hospice Saint-Louis, salle Henri IV, lit no 35, service de M. le professeur
Fournier. | Antécédents personnels. — Rougeole dans l'enfance ; pas d'autre
manifestation strumeuse. L Réglée régulièrement depuis l’âge de 11 ans, bon appetit, parfois
un peu de pyrosis.
Elle porte sur la face interne des cuisses, à leur partie supérieure, des plaques de lichen plan d'environ 40 centimètres de diamètre.
Début. — C’est surla cuisse gauche que l’affection a débuté il y a dix-huit mois. La malade ressentit alors sous la peau, comme un œuf de pigeon roulant sous le doigt. La peau s’est recouverte d’un bouton qui ressemblait à un furoncle et qui a crevé. Autour de ce bouton sont survenus les petits éléments papuleux plats du lichen plan quis’est étendu excentriquement à la façon d’une tache d’huile. Cette éruption est très prurigineuse, surtout la nuit etlorsquela malade est assise depuis quelque temps.
Parfois, la malade voit sa main se tuméfer, soit la droite, soit la gauche ; ou bien c’est à la bouche, une lèvre, la supérieure ou l’infé-. rieure, ou enfin c’est une paupière, Cette tuméfaction localisée reviendra parfois deux fois dans un mois et d’autres fois sera plusieurs mois sans apparaître. C’est surtout la nuit qu'apparaît cet accident, qui survient sans cause, sans occasionner la moindre douleur ; la gêne de la vision, lorsque c’est la paupière, cu des mouve« ments, lorsque c’est la main, attire seule l’attention de la malade.
Le col est ulcéré depuis l'accouchement, la délivrance ayant été laborieuse. C’est depuis cette époque que la malade affaiblie est devenue maladive.
L’éruption sur chaque cuisse présente les caractères suivants:
40 Mosaïque absolument parfaite, constituée par une légion de petites papules arrondies ou polygonales, absolument plates, planes, lisses, unies, brillantes, non squameuses. Plusieurs d’entre elles sont brunâtres et véritablement mélasmiques. Du reste, l’ensemble de la région vulvaire de l’éruption est pigmentée. Les papules sont des types de lichen plan. Quelques-unes sont ombiliquées et présentent un pelit pertuis central bien manifeste.
En outre, la malade se plaint de l’estomac et de troubles nerveux.
19 Estomac. — Plutôt vers la région épigastrique qu'à l'estomac, tiraillements. Mange peu, mais digère assez bien. Cependant, après avoir mangé, elle a des renvois, des aigreurs.
20 Troubles nerveux. — Céphalie constante, plus intense le ::atin que le soir depuis cinq ou six mois.
Le froid, l’application de la main toujours froide de la malade calme cetle douleur qui siège au vertex. Lorsque la malade sort au soleil, cette douleur augmente, et elle a tous les symptômes de la migraine; la vue se trouble, elle a des nausées et elle sent le besoin de se coucher.
Etant jeune fille, elle était sujette à des attaques de nerfs, à de grandes attaques qui ont disparu depuis qu’elle à eu un enfant; cependant, elle en a euune petite il ya trois semaines (constriction de
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la poitrine, nausées), Assez souvent, lorsque surtout la malade ne digère pas bien ou a une contrariété, elle ressent à l'épigastre une boule qui parfois semble remonter à la gorge et concourir à la dys pnée avec la sensation de constriction de la poitrine. Il ya du nystagmus. D'ailleurs, pas de signes de sclérose en plaques, ni d’ataxie.
La malade se dit très myope, ce qu’elle éprouve depuis son enfance à la suite de convulsions. Mais on peut se demander sil ne s’agit pas d’un rétrécissement du champ visuel d'origine hystérique; il semble y avoir aussi un peu d'achromatopsie. Ce fait que la malade voit mieux à la lueur du crépuscule qu’au grand jour, fait penser à la cataracte, mais l'examen des yeux éloigne cette hypothèse.
La malade se sent toujours froid partout, aux membres supérieurs aussi bien qu'aux membres inférieurs. [1 n'y a que la têle qui, au contraire, est brûlante, lourde et souvent rouge. Lorsque la malade est assise depuis quelque temps, ellese sent engourdie, « ne se sent plus ».
Depuis son accouchement, la malade est devenue très faible. En se faisant serrer la main, on voit que là malade est en effet très faible, surtout du côté gauche. Au dynamomètre, elle amène l'aiguille à 300 de la main droite et à 25° de la main gauche.
6 juillet. Badigeonnage avec solution Hg0 Az05 au centième. Amélioration.
Les ulcérations du col sont presque cicatrisées.
Le 16, La malade quitte l'hôpital, mais son lichen, quoique amélioré, n’est pas guéri.