OBSERVATION XVIII
Recueillie par M. Brocq, interne du service,
Le nommé D..., âgé de 56 ans, fumiste, entre le 20 octobre 1881, à l'hôpital Saint-Louis, salle Saint-Jean, n° 50 (service de M. le Dr Vidal.)
Cc malade a eu pendant sa jeunesse des conjonctivites chroniques répétées. À vingt ans, il a contracté une blennhorragie et des chancres simples. Il avoue avoir fait autrefois des excès de boisson. Plus récemment, il a été atteint deux fois de pneumonie : il tousse beau coup et est très oppressé depuis quelque temps. Depuis six à sept mois, sa langue est malade : une petite plaque blanche s’est montrée sur la face dorsale de l’organe, et s’est peu à peu agrandie.
L’éruption qu’il porte à la jambe remonte à 25 ans : elle a commencé par un bouton semblable à ceux qu'il a maintenant, prurigineux, mais qui n’a jamais suinté.
Actuellement, dans le cuir chevelu, il existe plusieurs petites plaques arrondies ou triangulaires, rouges, sur lesquelles on voit très distinctement l’orifice des follicules pileux. Les poils sont tombés. A côté existent d’autres plaques, blanchâtres, et sans traces de follicules.
La partie antérieure de la langue est lisse, coupée de sillons qui dessinent des losanges et des carrés irréguliers, comme dans la syphilis. En certains points, l’épiderme est blanchâtre, épais. Le malade y ressent quelques picotements. M. Vidal pense qu'il s'agit ici d’une glossite scléreuse syphilitique.
Sur la partie latérale gauche du trone, se trouvent deux ou trois papules livides, volumineuses, peu desquamatives à leur surface, mais très prurigineuses.
A la partie antéro-supérieure de la jambe gauche, éruption formée par des papules semblables, constituant de véritables tuber-
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cules, grâce à l’épaississement considérable du derme. Les papules, recouvertes de fines squames, disposées en lamelles, y composent des groupes irréguliers, de formes variables. La peau, à ce niveau, est très indurée. A la périphérie des papules les plus volumineuses, on en trouve de plus petites, les unes disposées autour des poils, les autres dans leurs intervalles. Les plus superficielles sont lisses, jaunûtres.
Râles sibilants dans la poitrine.
Traitement. Deux cuillerées par jour de sirop de quinquina biioduré. Savon de potasse sur les jambes malin et soir. Le jour, diachylon. Salseparcille,
Le malade ne veut pas rester à l'hôpital. Il vient toutes les semaines pour se faire examiner.
Au bout d'une semaine la langue va beaucoup mieux, ce qui prouve la nature syphilitique de l'affection de cet organe. Le lichen planus, qui avait été tout d’abord fort modifié, ne bouge plus.